‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 362 sur 524 · PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS

sur lesquelles on délibère. La simple lecture d’une proposition ne peut en donner qu’une connai.ssance imparfaite et fugitive. Veut-on la

voyei dans le» rmifé» île léqiilation le chapitre cite plus haut, du St/le tles lois.

TABLEAU DES PROPOSITIOX8.

rendre vraiment présente à Tesprit des audi~ leurs, pendant toute la durée cle la délibération? il faut la tenir présente à leurs yeux.

Je me borue à donner une idée générale de ce tableau , réser>*ant un article séparé pour une description plus détaillée.

(ju’on se Hgure , au-dessus du siège du président, une galerie qui présente de front deux cadres d'un canevas à foud noir, mobiles comme une porte à deux battants, ayant neuf piedsde hauteur sur six de largeur ; ce canevas, régulièrement percé, sert à recevoir des lettres d'un caractère assez gros pour être lisible dans toute retendue de la salle. Ces lettres s’y attachent par un crampon, de manière à ne pouvoir se déranger. Dès qu'une proposition doitétre rol>jet d’un débat, on la fait passer aux compositeurs, qui la transi'rivent sur ce tableau , et qui la présentent comme dans une affiche aux regards de l'assemblée.

li’utilité de cette invention, sous son point de vue le plus général , consiste à disposer les choses de manière qu’un homme ne puisse pas éviter de connaître le texte sur lequel il doit voter.

Il est vrai que ce qu'il importe le plus de connaître, c'est le sens d'une proposition et non sa teneur, l'esprit plutôt <|ue la lettre : mais ce n'est que par la lettre qu un peut s'assurer de l'esprit ; une méprise sur un seul mot peut changer entièrement le fond du discours. Dès que les mots ne sont plus présents a la mémoire, on est en danger de tomber dans ces méprises : danger qu'il est insensé d'encourir, lorsqu'on peut l'éviter par un moyen simple et infaillible.

Il n'y a pas un moment, dans le cours du débat, où cliaquc membre n'ait besoin de connaître les termes précis de la proposition et de pouvoir la consulter, suit pour faire une application juste de ee qu'il entend, soit pour prendre une part active à la délibération, (^tte connaissance est pour lui de première nécessité, soit qu'il agisse comme juge, en donnant son suffrage, soit qu’il agisse comme avocat, en parlant pour ou contre.

Premièrement, par rapport à ceux qui écoutent, rien ne peut leur cire plus agréable et )Ui8 utile que ce tableau. Tout ce qui soulage a mémoire, facilite rintelligencc; on a beaiicoop moins d'incertitude sur le sens, quand on n’en a point sur les mots. Sur le simple énoncé ou la simple lecture d’une proposition, tous ceux qui ont été distraits, tous ceux qui oublient promptement, tous ceux qui sont venus trop tard pour l’entendre, sont dans la nécessité ou d'igtiorer le projet du début, ou d’aller aux informations. De là des mouvements irréguliers, des interruptions réciproques, de la confusion et du bruit.

Par rapport .à ceux qui parlent, Tutilité de ce tableau est encore plus sensible. S'agit- il

d'un projet de loi d’une certaine étendue, il faut, pour SC rappeler le texte, un effort de mémoire qui partage l’attention dans un moment où on a besoin de l'employer d’une tout autre manière. 11 ue faut pas être dans la nécessité de chercher des mots , quand on a déjà trop à faire à chercher des arguments : cette hésitation dérange la marche des idées.

Mais, d’ailleurs, cet effort de mémoire est souvent inefficace, liien n’est plus commun que de voir des orateurs, et même des orateurs très-exercés, tomber dans des erreurs involontaires sur les termes précis d'une proposition. Si onnes’aper^'oit pas de ce faux exposé, il en résulte un faux jugement : si on s’en aperçoit, les réclamations amènent des apologies ou des disputes; et voilà du temps perdu en accusations et en défenses.

Ce tableau contribuerait, de plusieurs manières, à perfectionner le débat. Nous venons de dire qu'il scn'ait de sauvegarde à l'orateur contre les erreurs involontaires ; il ne servirait

f>as moins à l'assemblée contre les exposés voontairement faux, contre les tournures insidieuses par lesquelles on impute à scs anlago nistes des sentiments qui ne sont pas les leurs. Ce défaut de candeur a le même principe que la calomnie : on espère qu’il en restera toujours quelque chose. Mais ce qui protège un faux exposé, c’est la difKculté de le distinguer d'une erreur involontaire. Prévenir ce mal, c'est prévenir l’autre.

Cl) autre inconvénient des débats, ce sont les digressions. Elles tiennent souvent à une faiblesse de l'esprit, oui, sans le vouloir, |>crd de vue le point dont il s’ajpt. Mais quand 1 orateur oublie le sujet, et commence à s'écarter, le tableau offre le moyen le plus propre à le ramener. Dans le régime actuel, comment remédic-t-on à ce mal ? Il faut qu’un membre se lève, qu’il interrompe le discours, qu’il rappelle l’opinant à l’ordre. C’est une provocation, c’est un reproche; l’amour-propre est blessé; l’orateur attaqué se défend : ce n’est plus un débat sur le projet, c’est un plaidoyer sur la compétence uc ses arguments. Le désagrément de ces scènes, quand elles ne sont pas animées par l’esprit de parti, engage à tolérer beaucoup de ces digressions, l’expérience ayant prouvé que le remède était pire que le mal. Quant au president, quoiqu'il soit de son devoir d’arrêter CCS écarts, il est de sa prudence d’éviter des aflmonitions fréquentes, et de se livTcr à des altercations qui pourraient compromettre sa dignité ou son impartialité.

Ma s en supposant ec tableau placé au-dessus de lui, Iccascst Ihcu différent. Il peut, sans interrompre l’orateur, l’avertir par un simple geste, et ce signe paisible n’a pas le d.ingcr d’une aposlrupne personnelle. C’est un calmant et non un stimulant, un avis et non une accusation ; ce n’est pas l’actc d’un adversaire, mais

Page 1