‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 376 sur 524 · EXCLUSION DES DISCOURS ECRITS · texte numérisé non relu

EXCLUSION DES DISCOURS ECRITS

i>e peut flc soutenir que par la liaison des discours, et l’espèce d’intèrèt dramatique qui en résulte. Alors rien ne passe sans examen ; tonte vérité frappe, toute erreur provoque sa réfutation; un mot lieureux , une expression juste valent un discours : et les armes, dans ces débats, ne potivanl être maniées <pic par des liommes habiles, rassemblée s'éparj^iic de l’eitiiui et (^a{pie du temps. Il n’y a rien d'utile dans la m<*thode des lectures, sinon de ménager à la médiocrité des consolations d’amourpropre aux dépens de l’intérôt public.

» Dira-t-on que les discours préparés ont ordinairement plus de maturité, plus de profondeur; que l'assemblée, par ce moyen, est moins exposée à entendre des opinions dangereuses ou irréfléchies? C’est précisément le contraire. Il faut de plus longues préparations, des méditations plus approfondies, pour parler d’abondance tpic pour écrire à loisir. Maîtriser son sujet, l’avoir éttidié sous tous ses aspects, avoir prévu» les objections, être en état de faire face à tout, ce sont l«î autant de conditions nécessaires pour l'orateur ; mais quel homme médiocre n’est pas en état d’tk:rirc, sur un sujet connu, quelques pages superficielles? On écrit pour faciliter la méditation, pour soulager la mémoire, pour s’épargner la fatigue de retenir une série d’idées. On écrit pour confier au papier ce qu’on veut, en quelque sorte, déménager de sa pensée : aussi on ne sait pas ce qu’on a écrit; mais ce qu’on veut dire, il faut le Mvoir. Qu’on demande à tous ceux qui ont fait preuve du talent de la parole dans l’assemblée nationale, pourquoi tU se sont réduits à lire des mémoires sur des snjets difficiles et complifpiés, ils en accuseront tous la brièveté du temps, les questions précoces , le nombre et la variété des matières : mais ils confirmeront ainsi que la méthode des discours écrits est vicieuse en elle-même. Elle ne fera jamais «les hommes de force dans une assemblée politique ; elle favorise l’inertie de la pensée, et, comme l’habitude de sc faire porter, elle jette dans rengourdissement et l’indolence.

■ Kn Angleterre comme ailleurs, le talent distingué de la parole est concentré dans un petit nombre d’individqs; mais on n’y tolère pas la méthode des lectures, qui multiplie les discours sans multiplier les idées : voit-on «pi’ilssoicnt moins forCsd’argumcnts dans leurs discussions? y a-t-îl moins de vigueur dans leurs athlètes politiques? Aussitôt que le défenseur d’une motion a cessé de parler, le parti contraire ne fbnmit-il pas un orateur, qui , par des arguments opposés , cherche à ef-

* Ce p»Ma^ r«t tiré da Courrier de Provence, b* 65.

a Elle» iivnent Üea de même deiu l'euemblée Djitionale. J'41 Tti MKivrat M. de Mîribcaa, alUnt à la tribune, et dan* la Irihnne même, recmMr de» note», qu’il parroarail de rwil sont l’interrompre, et qa'ü encbasiait qticlqiirfoi»,

facer l’impression que le premier avait faite ' ? *

Cenx qui n’ont pas le talent de la parole peuvent communiquer des faits et founiirlcs argtiments aux orateurs habituels. C’est le meilleur moyen de les faire valoir. Ces conimunirations, ces contributions d'idées ont continuellement lieu dans le parlement hritanniqiie *. *

Je ne puis me refuser au plaisir d’ajouter à ces ohseivaliuns celles d’un publiciste aussi distingué comme penseur que comme écrivain.

■ Quand les orateurs, dît-il, se bornent à lire ce qu’ils ont écrit dans le silence de leur cabinet, ils ne discutent plus, ils amplifient : ils n’écoutciit point, car ce qu'ils entendraient ne doit rien changer à ce qu'ils vont dire ; ils attendent que celui qu’ils doivent remplacer ait fini. Ils n’examinent pas l'opinion qu il défend, ils comptent le temps qu’il emploie et qui leur parait un retard. Alors il n'y a plus de discussion; cliaciin reproduit des objections di’jà réfutées; chacun laisse tie côté tout ce qu’il n’a pas prévu , tout ce qui dérangerait son plaidoyer teniiiiié d'avance. I..es orateurs sc succèdent sans se rencontrer : s’ils se réfutent, c’est ar hasard ; ils ressemblent à deux armées qui éfilcraient en sens opposé, ruiic à côté de l’autre, s’apercevant n peine, évitant même de sc regarder, de p«*nr de sortir de la route irrtivocahlcment tracée

» Vt>ulcz-vuusquenusassenihlées représentatb'es soient raisonnables ? imposez aux hommes qui veulent y briller la nécessité d’avoir du talent. Le grand nombre se réfugiera dans la raison, comme pis-aller ; mais si vous ouvrez à ce grand nombre une carrière où chacun puisse faire quelques pas, personne ne voudra se refuscrcet avantage. Chacun sc donnera son jour d’éloquence et son heure de célébrité. Chacun pouvant faire un discours écrit ou le commander, prétendra marquer son existence lq;islative , et les asseinhlées deviendront des académies, avec cette différence que les harangues académiques y décideront du sort et des propriétés, et même de la vie des citoyens.

» Je me refuse à citer d’incroyables preuves de ce désir de faire effet aux époques les plus déplorables de notre révolution. J’ai vu des représentants chercher des sujets de discours, pour que leur nom ne fût pas étranger aux grands nmuvemenU qui avaient eu lieu : le sujet trouvé, le discours écrit , le résultat leur était indifférent. En bannissant les discours écrits, nous créerons dans nos assemblées ce qui leur a toujours manqué, cette majorité silencieuse qui , disciplinée, pour ainsi dire, par U supé-

avM le plu* (*ran<l art, daiu la »ai(e de son ilitcovr». I7it homme d'e»prit le comparait à en charlatans <pii cmipent un ruban en pluaienr» pièce», le» mâchent un moment rt font sortir de leur bouche le ruban tout entier.

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