I. DU SOPHISME EN GÉNÉRAL
Le iophisme est nn argument faux revctu d’une forme plus ou moins captieuse. Il y entre toujours quei(|ue idée de subtilité, quoiqu'il n’implique pas nécessairement celle ue mauvaise foi. On peut l'employer en se trompant soi-mème, comme on peut débiter de la fausse monnaie que l'on croit bonne.
Entre erreur et sophisme y il y a une diffé* rence facile à saisir, erreur désigne simplement une opinion fausse ; sophisme désigne aussi une opinion fausse , mais dont on fait un moyen pour un but. Le sophisme est mis en œuvre pour influer sur la persuasion d'autrui et pour en tirer quelque résultat. Ainsi, l'erreur est l'état d'une personne qui entretient une opinion fausse; le sophisme est un instrument d’erreur.
Parler du bon vieux temps, croire que les anciens, comme anciens, étaient plus sa{|es, plus habiles que les hommes d'aujourd'hui, ce sera, par exemple, une erreur vutgaire. Sc prévaloir de ce préjugé, s'en servir pour combattre des innovations utiles ou pour défendre des institutions vicieuses, ce sera un sophisme.
Chaque sophisme a son caractère partictilier, mais ils ont tous un caractère commun, celui d' être étrangers h la question. — La question, dans une assemblée politique, doit toujours être celle-ci : La mesure proposée est-elle bonne ou mauvaise ? Il s'agit de calculer ses effets, de comparer les biens et les maux qu'elle peut produire : autant de biens, autant d'arguments en sa faveur; autant de maux, autant d'arguments contre elle. Le sophisme allègue pour ou contre une loi toute autre chose que la considération de scs e^ets; il tend à détourner l’esprit de ce point de vue, k lui en substituer quelqite autre, et à juger la question sans égard à son mérite intrinsèmte *.
Pour bien faire comprendre ceci, je donnerai un exemple tiré du barreau. Dans une cour de justice où la question serait l'innocence ou le crime d’un accusé, le sophiste, au lieu d'ex.!miner les preuves du fait, se jetterait sur l'ancienneté de la famille de l'individu, sur les
t Voyes Traité de léeidaUoa, pa|;. 3a. Des fausses ma-
services de ses ancêtres, sur 1a gloire dont ils se sont couverts, sur la fortune qu’il possède cl l'usage qu'il en a fait, sur la faveur ue l'opinion publique, sur les recommandations du prince , sur les erreurs des tribunaux, sur l'incertitude des preuves en général; et il composerait un plaidoyer tiré de considérations dont aucune ne se rapporterait directement au fait dont il s'agit.
D’après ce caractère, commun à tons les sophismes, on peut anticiper les conclusions suivantes, qui seront justihées par l'examen de chacun d’eux en particulier.
1* Les sophismes fournissent une présomption légitime contre ceux qui s'en Servent. Ce n'est qu'au défaut de bons arguments qu'on peut avoir recours à ceux-là.
a* Par rapport à de bonnes mesures, ils sont inutiles ; du moins, iis ce peuvent pas être nécessaires*
3* Non-seulement on peut les appliquer à mauvaise Hn , mais c’est leur destination la plus commune.
4'’ Ils entraînent toujours une perte de temps et on aHaiblissemcnt d’attention pour les objets que l'on discute.
5" Ils supposent, de la part de ceux qui les emploient ou qui les adoptent, un défaut de sincérité ou un défaut d'intelligence.
6* Plus ils sont suspects de mauvaise foi , plus ils ont, si je puis m'exprimer ainsi, une propriété irritante. Ils prennent souvent un caractère de mépris et iVinsnlte, et tendent à produire des achats pleins d'aigreur.
Le mal des sophismes peut sc diviser en deux branches, mal spécifique y mal générai.
Par le mal spécifique, j’cntciids l’effet immédiat de tel sophisme contre une bonne mesure ou en faveur d'une mauvaise.
Par le mal général, j'entends cette dépravation morale ou intellectuelle que produit l'iial>itudc déraisonner sur de faux principes, ou de se jouer de la vérité meme , en pervertissant la plus noble faculté de riiommc.
b' agit-il de délibérations qui aient delà pn-
mèrei de raisonner en matihre de UgistaSion.
INTHODUCTIOX.
bliciU’, le mal du sophisme ne sc borne pas à son ojM-Vatiun sur rassemblée : il en résiille de
f)his un mal exlenie, celui epti se répand dans c public, selon le dc{p'c d’iuQuence que le phisme exerce.
Le résultat s’offire de lui-méme. A proportion de ce qu’on fait pour détruire ou affaiblir ces
moyens d'erreur, on donne à l’intcUiKence publique un plus haut dc{;ré de force, et à la morale publique une plus jurande pureté. ()u place toutes les institutions utiles sous la snuvc{;ardc do la raison, et Ton prépare pour le gouvernement le succès do toutes les bonnes mesures,