yue attalytûjue
J’entends ici par autorité l’opinion de tel ou tels individus qu’on présente comme suffisant par elle-même , inuépendamment de toute preuve , pour servir de base à une decision.
Il est des cas où il est nécessaire de s’eu référer à Vautorité : ce sont ceux où on ne saurait obtenir des arguments directs pour ou contre une mesure. Hors de ces cas nécessaires, l’em-
fdoi de l'autorité ne peut qu’être rangé parmi es moyens trompeurs de persuasion.
SOPHISME DE l’aUTORITC.
L*autorît^ avant une influence tantôt légitime et tantôt illégitime, U nous importe d’exa>' miner les circonstances qui constituent la valeur d'une opinion, c'est-à-dire l'opinion delà personne ou des personnes dont l’autorité est alléguée.
La valeur d'une opinion s'estime d’après les considérations suivantes :
1* Le degré d’intelligence de la personne en question ; 3* son degré de probité ; 3° la conformité des deux cas, c'est-à-dire celui dont il s'agit et celui où l’opinion alléguée a été rendue ; 4** la fidélité des intermédiaires qui l’ont transmise ; fidélité (|ui consiste dans un rapport exact et complet de celte opinion.
Telles sont les circonstances dont dépend la force légitime de l’autorité : telles sont les sources où l'on puise les raisons pour ou contre.
L’intelligence paraîtra en défaut, — s’il y a eu 1** insuÀisance par rapport aux motifs d’attention ; a" insuffisance par rapport aux moyens d'information ; — si , à raison de la distance des temps ou des lieux, la personne qne l’on cite comme autorité n’a pu acquérir une instruction complète , relative à la chose , — - etc.
La probité paraîtra en défaut ou meme elle sera suspecte si la personne était soumise à l'influence de quelque intérêt séducteur : car alors on peut présumer que son opinion déclarée n’était pas conforme a son opinion réelle, ou que cette opinion s'était formée, non d’après la raison , mais d'apres l'intérét : en effet dès qu’il y a un intérêt séducteur qui opère, l’intelligence n agit plus impartialement ; elle ne considère plus les deux côtés de la question avec la même attention; elle rejette les faits et les arguments c^i l’inquiètent, et ne s'attache qu'à ceux qui s'accordent avec son inclination. C’est dans ce sens qu'on a très-bien dît « que l’esprit est la > dupe du cœur. ■
Pour ce qui concerne l'instruction ou la connaissance sur un objet donné, il est probable qu’elle sera d’autant plus exacte et d'autant plus complète que l'individu aura eu plus de moyens et plus de motifs pour l'acquérir.
Par ces deux raisons, l’autorité la plus probante est l'autorité professionnelle ou scientifique, c'est-à-dire celle des hommes qui ont fait leur état, leur profession d’un art ou d’une science. Ils ont en général les plus puissants motifs d'intérêt, d'honneur et a inclination pour ne négliger aucun des moyens d’acquérir les connaissances relatives à leur état. Un jugement erroné de leur part, s’il est reconnu pour tel ,
fïeut faire une brèche à leur réputation , et parà même nuire à leur avancement dans le monde.
Au second degré de cette échelle je place l’autorité qui est dérivée du pouvoir. Plus un individu possède de pouvoir politique, plus l'autorité de son opinion dans les matières qui le concernent sc rapproche de l’autorité professionnelle, eu égard aux facilités que sa situa-
tion lui fournit pour obtenir les informations nécessaires.
Au troisième degré, vient l’autorité qui dérive de Vopulence» — L’opulence étant an insCrnmcntqui facilite, à tout.^ge,les moyens d'information, donne naturellement du crédit aux opinions de la classe qui en jouit.
Vient ensuite l’au torité dérivée de la réputa^ lion ; je n’entends pas la réputation spéciale, lative à un art ou à une science qui n'est autre que l'autorité des experts, mais la réputation générale , celle de quelque mérite supérieur qui est une des causes naturelles de respect.
Observez que de ces autorités, la première est la seule qui possède une force persuasive légitime , c'est-à-dire qu’elle seule , par rapport à l’information, réunit les motifs et les moyens. Dans les autres cas, quels que soient les moyens que possède un homme , en vertu de sa situation, il ne s’ensuit pas qu’il ait eu les motifs f c'est-à-dire des motifs assez forts, assez persévérants pour se mettre eu possession des moyens.
Au contraire, plus un individu s'élève dans l'échelle du pouvoir on de l’opulence , plus il est sujet à baisser même au-dessous du niveau commun , par rapport aux motifs de travail et d’application. Pourquoi? c’est que plus il possède , plus ses désirs sont dans un état de saturation, si j'ose employer cette expression de chimie, moins il lui reste de ces désirs non satisfaits qui opèrent sur l’esprit en qualité de motifs, qui lui servent d’aiguillon pour vaincre les difficultés de l’étude.
Mais si l’opinion des experts forme une base légitime d’autorité, c’est luujours’dans la supposition d’une probité parfaite de leur part, de cette branche de probité qui consiste en sincérité : toujours dans la supposition qu'il n'existe point d'intérêt oblique, agissant sur leur opinion pour la pervertir.
Dans le cas contraire, l’entendement de l’individu étant soumis à l’influence d’un intérêt séducteur, plus la masse d’information qu’il possède est grande , moins son opinion doit avoir d'autorité. Si elle doit servir cle guide, ce n'est que dans un sens inverse.
Supposez, par exemple, une question relative aux salaires ou aux ri^rompenses pour les services publics , l'oDwion de tout homme actuellement en office on en attente d’office , non-seulemcnt n'est pas égale en autorité, mais elle est inférieure à l’opinion de tout individu sans intérêt personnel à la question. L’autorité des intéressés n’est pas, dans le langage mathématique , égale à o .* elle est négative , elle est audessous de O , en tant qu'elle fournit une raison en faveur de l’opinion contraire.
Supposez de meme une question relative à la réforme de la procédure, tendant à la rendre plus expéditive, ]plus economique, moins vexatoirc ; l'opinion d un homme de loi qui s'enrichit
/|8a SOPHISME DE
par Ic$ vices du système judiciaire, n'est pas t‘{;ale a O ; mais dans un sens fnath('inali(|ue , clic est iiéf’alive, elle est au-dessous de O ,
Observons tuiitefuis <pie ce qui détruit son autorité, c'est que son ojiinioii iiiarrhe dans le nièiiie sens que son intérêt; car s'il fipinait contre son interet, son autorité n'en serait que plus (u'ande. Pourquoi ? c'est qu'ayant à un ^>lus haut déféré tout ce qui constitue les bases d un ju{*e'> ment éedairé, (|iiand un homme de cette classe se montre supérieur aux intérêts personnels, la prohahilité en faveur de son opinion, toutes choses d’ailleurs égales , est comparativement plus grande.
C'est d'après ce principe, fondé sur l'cxpcrience, que nos cours de justice ont établi une des règles les plus raisonnables et les moins sujettes à exception dans la procédure. La preuve la plus faible, c'est le témoignage d'un homme en sa propre faveur ; la plus forte , c'est sou témoignage contre lui-même.
Que fera-t-on en conséquence? l)oit-on exclure, doit-on rcftiscr d’entendre les hommes qui, par état, possèdent les meilleurs moyens il'infurmation , parce qu'ils sont exposés à Vinflucncc d'un intérêt séducteur ? Tout au contraire, c'est une raison pour les écouter avec plus d’attention : capables comme iU le sont, en vertu de leurs connaissances relatives , de fournir tous Icsargumcnts pertinents, tontes les objections directes cuntrela mesure proposée, plus on est fondé à conclure, s'ils ne la combattent que par de mauvaises raisons, qu’il n'y en a point de bonnes à alléguer contre elle* Le recours à des subterfuges est dans ce cas un aveu <lc défaite.
Nous avons dit de plus que, pour estimer la valeur d’une .lutorité, il y avait ueux autres circonstances à considérer , la conformiU^ dei cas , et la fidélité des iiilcrmédiaircs. Ceci ne demande que peu d'explication.
Ilclalivcmentàla conformité y il estclair qu'on n'en peut juger par aiieiinc règle générale. Clia- <pic cas requiert un cx.imen particulier, iiqe comparaison détaillée pour apprécier les ressemblances et les difTérenccs entre le sujet immédiat qui est en question, et le sujet passé auquel l'autorité se rapporte. Je me borne à observer quecet examen fournira souvent le moyen le plus sûr de ruiner le sopbijupc de l'autorité. Plus les circonstances seront men considérées , plus on trouvera que celles qui servaient de base à l'opinion alléguée ne sont point semblables à celles qui existent actuellement. Se conduire par autorité, c’est souvent faire le contraire de ce c|u'on croit imiter.
Quant à la fidélité des intermédiaires par lesquels l’opinion acté transmise, on ne fait mention de cette circonstance que pour la rappeler.
• Molitre, «tm» te /<»roe , ■ fti|*ruilé «| inlcrét
»ciluclcur yuc e»|>re»»ioa que «a vcrîic a rendue pni-
l’autoiuté.
Il n'est pas besoin d'en prouver l'importanre. Qui peut ignorer par combien de causes le rapport d'une opinion s'altère ou se dénature en passant par différents canaux? La force de l'autorité, en s'éloqpiant de sa source, va en décroissant de la inêtiie manière que dans le cas d'un témoignage juridique.