DES LOIS RELATIVBMEKT A LA SUBSISTANCE
Dès le premier coup d'oeil, on voit la sub* sisUnce et la sûreté s'élever ensemble au même niveau : l’abondance et l’éçalité sont manifestement d'un ordre inférieur. Kn effet, sans la sûrete' , l’égalité même n'aurait pas un jour de durée: sanslasubsistanre, l'abondance ne peut pas exister. Les deux premiers objets sont la vie même; les deux derniers sont les ornements de la vie.
Dans lalé^slation, l'objet le plus important, c'est la sûreté; n'eût-on point fait de lois directes pour la subsistance, on peut concevoir que personne ne l’aurait négligée. Mais si on n'avait pas fait de lois directes pour la sûreté , il aurait été bien inutile d'en faire pour la subsistance. Ordonnez de produire; ordonnez de cultiver, vous ue faites rien encore; mais assurez au cultivateur les fruits de son industrie, et vous avez peut-être fait assez.
La sûreté , avons-nous dit, a plusieurs branches : telle branche de la sûreté doit céder à telle autre. Par exemple, la liberté, qui est une branche de la sûreté , devra céder à une raison de sûreté générale, puisqu'on ne peut foire des lois qu'aux dépens de la liberté.
On ne peut donc arriver au plus grand bien que par le sacrifice de quelquebien subordonné. Distinguer celui de ces objets qui, selon l'occasion , mérite la prééminence , voilà la difficulté de l’art ; car tour-à-tour ils la réclament , et il faut quelquefois un calcul bien compliqué pour ne pas se tromper sur la préférence due à l’un ou a l’autre.
L’égalité ne doit être favorisée que dans les cas où elle ne nuit point à la sûreté , où elle ne trouble point les attentes que la loi a fait naître, où elle ne dérange point la distribution actuellement établie.
Si tous les biens étaient partagés également.
la conséquence sûre et prompte, c'est qu’il n'f aurait plus rien à partager. Tout serait bientôt détruit. Ceux qu’on aurait cru favoriser ne souffriraient pas moins du partage cpie ceux aux dépens desquels il se serait fait. Si le lot de l'industrieux n’était pas meilleur que le lot du paresseux , il n’y aurait plus de motif à l’industrie.
Poser en principe que les hommes doivent être é^aux en droits, ce serait, par un enchaînement de conséquences nécessaires, rendre toute législation impossible. Les lois ne cessent d’établir des inégalités , puisqu’elles ne peuvent donner des droits aux uns , cpi’en imposant des obligations aux autres. Dire que tous les hommes , c'est-à-dire tous les êtres de l'espèce humaine, sont égaux en droits, c'est dire qu’il n'y a plus de subordination. Ainsi le fils est égal en droits à son père : il a le même droit de gouverner et de punir son père , que son père de le gouverner et de le punir. Il a autant de droit dans la maison de son père, que son père lui- ZDcme. Le maniaque a le même droit d'enfermer les autres, que les autres de l’enfermer. L’idiot a le même droit de gouverner sa famille, que sa famille de le gouverner. Tout cela est pleinement renfermé dans l’égalité des droits. Elle signifie tout cela, ou elle ne signifie rien du tout. Je sais bien que ceux <pii maiutiennent cette doctrine de l’égalité des droits , n'étant ni fous ni idiots , n’ont pas intention d’établir cette égalité absolue: ils ont dans leur esprit des restrictions, des modifications, des explications. Mais s’ils ne savent pas parler d’une manière intelligible et sensée, la multitude aveugle et ignorante les entendra-l-elle mieux qu’ils ne s’entendent eux-mérocs ? Et si on proclame l’indépendance , n’est-on pas trop sûr d’être écouté?