SOPHISME DES FAUSSES CONSOLATIONS
Dire qu’il faut supporter certains maux, à raison des avantages supérieurs qui en résultent; présenter les rùtés favorables cri opposition aux mauvais, pour faire iinejuste balance,
• Voyei Théorie det peines , art. dci Peines vicaires.
ce n’est point là ce que j'appelle le sophisme des fausses consolations : cesC, au contraire, la seule consolation solide <|ii’admcttcnt les affaires humaines dans la vie publique et privée.
Oa poarnit dire de même : coiuolaltansvicitirr*.
5o2 SOPHISUE des fausses G0NS0LATI05S.
Mais qaand on propose de soulai^er un mal , de reformer un abus, de faire cesser une oppression cjui tombe sur quelque classe de la société, il n est pas rare dans une assemblée politique de voir quelque ennemi intéressé de la mesure qui cherche à l'écarter adroitement, ou à l'affaiblir, en opposant au tableau de ce mal ou de cette injustice, soit le bonheur du peuple en général, soit ses avauta|;e8, comparativement à d’autres nations. « A quoi pensez-
■ vous de produire ces plaintes amères 1 vous
■ vous faites tort à vous-mêmes, vous ne rendez a pas justice à votre heureux (rouvernement. » Jetez les yeux sur la condition de vos voisins. » Considérez combien votre état est préférable » au leur. Votre prospérité, votre liberté, votre m commerce vous rendent un objet d'eovie ; N et quand on veut donner des leçons aux au- • très peuples, c'est vous qu'on prend pour mo- » dèles. •
Cest ainsi qu'onparvienttrop souventàdonncr le chancre à une assemblée , à la rendre indifférente sur des maux réels, à détourner ton attention d'un objet qui l’humilie pour la diriger vers un tableau plus agréable et plus flatteur.
Aucun argtiment n'est plus étranger à la question. Si je souffre d'un mat qu'on puisse faire cesser, le bonheur universel du genre humain ne serait pas une raison pour me laisser en souffrance.
L'individu qui se paie si facilement de cet argument, quand il s'agit d'autrui, le recevraitil pour lui-même ? Prenez l'orateur qui vient de
> (Tnt «ani doute un caractère très-aiinalile que relui de rnptimiste qui, au lieti de •'aflliçcrd'un mal impossible à nérir ou a provenir, dirige aussitdt son imafpuation vert les râtds les plus fsvorables de 1a vie, et oublie ce qu'il a penlii pour iiiieui juuir de ce qu'il possède.
Mais il ne fisut pas confondre ce caructère avec celui de CCS éboules que Aousseau a dépeints, si paisibles surira injustices publiques, si bruyants au moindre tort qu'on leur but , et qui ne gardent leur philosophie qu' aussi long-tenipt qu'ils n'en ont pas besoin pour eus-mêmes. •> Ces honnêtes »» gens du grand inonde, dont les maximes ressemblent i> neauroup à celles des fripons; ces gens si doux, si modé* I» rés , qui trouvent toujours que tout va bien , parce qu'ils w ont intérêt que rien n aille mieux ,* qni sont si contents do
le soutenir, et qni en parait si satisfait. — Que son fermier, ne lui payant pas sa rente, pré> tendit le consoler par la prospérité générale du pays , serait-il disposé à accepter ce mode de remboursement? Que dirait un juge si, dans une action pour dommage, un avocat opposait les bénéfices d'un tiers , comme un moyen de non-recevotr ? , partie lésée, ne doit pas
être indemnisé, parce que B et C sont en gain.
Si ce raisotmcineiit serait impertinent dans une cour de justice, que doit-il être dans une assemblée legislative? Ce que le commerce sur la plus grande échelle est au plus petit trafic , n'est qu’une faible image de l'importance comparative des besoins pour lesquels on s'adresse au législateur et au juge. L'injustice du législateur qui refuse une loi convenable, est à celle du juge qui refuse de juger, ce qu'est une banqueroute générale au refus de payer une dette privée.
On ne saurait imaginer un cas possible, où l'on pùt tirer de cet argument une objection sérieuse contre la plus petite amélioration , ou le soulagement du plus petit mal. Supposez un projet de loi pour amender une route ou en ouvrir une nouvelle. PeuUil entrer dans la tête d'un homme en sou bon sens, de s'y opposer sans alléguer aucune autre raison que le grand nombre ou la bouté des routes déjà établies ?
I..e l>on Samaritain versa de l'huile sur les plaies du pauvre voyageur. Le prêtre et le lévite, en passant auprès de lui, se consolèrent par l'agréable réflexion que ce mal n'était pas tombé sur eux-ménics *•
» tout tfl tnourlc , parce qu’ils ne se soucient de perstmiie; » qui, autour d'uue bonne table , souiiennent qu'ti n'esl pas a vrai que le peuple uit faim; qui, le gouixet bieu garni, it trouvent fort mauvais qu'on déclame en hrcur des paua Très; qui, de leur maison bien fermée, verraient voler, » piller, égorger, tnassaerer tout le genre httniaiu sans se apLitudre, attendu que Dieu les a doués d'une douceur » (rèi-niéritoirc à supporter les malheurs d'autrui. » Lettre à ifjLltmbert, sur Us SpectacUs.
Si Roukseau ci1t ajouté que ce portrait était relui d'an homme public, d'uu liomme spécialement cliargé de soo- Uger cra maux, de faire cesser ces înjustiew, il aurait cxacirmeni défiai l'espèce de aophiite dont il est ici que^ tion.