SOPHISME DE DÉFIANCE
Ou ne volt pat tout. Cette mesure cache d’arrih^-pensées.
sophismG <Ie défiance consinte à interjeter, au lieu d'une objection sptK^iHqiie contre lamesure proposée, im»uup^-on insidieux qui donne à cntemlre que cette mesure en prépare beaucoup d’autres qui sont en arrière, qu’cJle est le commencemeut d’un plan que l'on cache et <pii se développera par de(p‘és selon le succès, k Je a ne prétends pas condamner ta mesure actuelle, a dit ranlaj^oniste <iui fait valoir ce sophisme, a Sic’étaitla tout, il n'y aurait pas de quoi s'aa lanner ; ]>rise eu elle-mème et isolément, elle a peut être bonne; mais soyez sur vos gardes, a cette mesure n'est pas seule; un ne vous dit a pas tout ce qu'on veut faire , et vous ne savez a point où l’on vous mène. Arrêtez-vous à temps, a ou vous irez par de(p'és plus loin que vous ne a voulez, a
On voit que ce sophisme s'appuie sur nn autre , sur la luiiue tle t innovation. Mais il est plus adroit, il élude mieux toute réplique; il n en- 0a{«e point le combat, car il n'attaqiic pas la mesure; il tend seulement à l’écarter ou à la différer sans bruit, en l’exposant à une défiance vofpie qui ne fournit aucune preuve.
(^t ar(^ument, si on peut lui donner ce nom, renferme une contradiction manifesle. Il commence par admettre la convenance de la mesure en question, en la eunsidéraiitseuleeC par ellemême, et cependant il conclutà la rejeter. L'absurdité n'est-elle pas du même genre que celle du juge qui déclarerait un homme innocent, et qui en même temp.s prononcerait sa condamnauon ?
Supposons deux mesures qui ne sont pas lices Tune à l'autre. Désigiions-les par A ei B, A est bon, Bf est mauvais. Rejeter A à cause de B ce serait une conduite qui aurait plus l'apparence du caprice que de ta raison. Mais le sophisme dont il s'agit va beaucoup plus loin. Les deux mesures présentées ne fournissent aucune objection positive : cependant, il tend à les faire rejeter sur deux présomptions, l’une qu'elles seront suivies d'autres mesure.s , l'autre que ces mesures seront mauvaises. En comparant encore ce cas à celui d'un juge, il revient à condamner un innocent à raison de ce que d'au-
tres pourront dans la suite se rendre coupables d'un délit. Ce sophisme est si vague, si déraisonnable, qu'on le croirait inventé comme un exemple imaginaire d’absurdité. Point du tout: il se produit et se reproduit dans toutes les assemblées politiques : il s'y montre avec orgueil et avec succès: il y exerce nn grand ascendant. Quand on s'adresse à la défiance , qn e.st presque toujours sur de se faire écouter. Les uns s y rendent par timidité, les autres pour faire honneur à la sagacité de leur esprit.
Si cet argument peut servir de motif à rejeter une mesure , il peut servir à les rejeter toutes : car quelle est la mesure dont on peutaHirmer qu’elle ne sera pas suivie do quelque autre qui sera jugée mauvaise ?
Hérodo est accusé d’avoir détruit une foule d’innocents, pour exterminer un individu qui lui était suspect. Les sophistes dont nous parlons ne peuvent qu'approuver cette politique d’iierode, et àsa place, pour être conséquents, Hs auraient dù agir comme lui.
Il n’est point de sophisme qui annonce plus de mépris pour ceux à qui on l'adresse. Il semble qu on leur tienne à-peu-près ce langage : • Messieurs, il y a une chose qui vous manque, c'est la faculté de discerner. Si vous acceptez cette première mesure qui est bonne en ellemême, vous voilà comme pris dans un filet et engagés à en recevoir d'autres qui seront mauvaises. Condamnez indistinctement tout ce qui vous vient sous ce caractère suspect de réforme : ne vous fiez pas à vous-mêmes pour prendre le bien et rejeter le mal : c'est un acte de raison dont nous vous déclaron.s incapables. »
Que penser d’une assemblée qui se soumet avec patience à un argumentsi injurieux ? Chaque membre aurait-il donc une opinion si humble de lui-même ? Celte humilité n'est guère â présumer. Si on pense bien de soi, serait-ce qu'on pensât mal de la majorité de ses collè-
Î;ues? Celte supposition est moins invraiserodable fine la première : et quand un voit une assemblée acquiescer à une insulte, on serait porté à soupçonner qu'elle y reconnaît une sorte de justice.
PEBSONNALITÉS INJURIEUSES.