DES LOIS RELATIVEMENT A L*ABONDANCE
Fera-t-on des lois pour prescrire anx individus de ne pas se borner à la simple subsistance, mais de chercher l’abondance? Non, ce serait un emploi bien superflu des moyens artificiels , lorsque les moyens naturels suffisent. L'attrait du plaisir, la succession des besoins, le désir actif d’ajouter au bien-être, produiront sans cesse, sous le régime de la sûreté, de nouveaux efforts vers de nouvelles acquisitions. Les besoins, les jouissances, ces agents universels de la société, apres avoir fait éclore les premières gerbes de blé, élèveront peu à peu les magasins de l'abondance, toujours croissants et jamais remplis, l^s désirs s’étendent avec les moyens: l'horizon s’agrandità mesure qn’on avance, et chaque besoin nouveau, également accompagné de sa peine et de son niaisir, devient un nouveau principe d’action ; l'opulence, qui n’est qu’un terme comparatif, n’arrête pas même ce mouvement une fois qu’il est imprimé; au contraire, plus on a de moyens, plus on opère en grand , plus la récom|>ensc est grande , et, par conséquent, plus est grande aussi la force du motif qui anime rhomme au travail.
Or, qu’est-ce que la richesse de U société, si ce n'esl la somme de toutes les richesses individuelles? Kt que faut-il de plus que la force de ces motifs naturels pour porter successivement la richesse au plus haut degré possible ?
On a vu que l’abondance sc forme |>eu à peu par l'opération continuée des memes causes qui ont produit la subsistance. Il n’y a donc point d’opposition entre ces deux buts. Au contraire, plus l’abondance augmente, plus on est siir de la subsistance. Ceux qui blâment l’abondance, sous le nom de luxe, n’ont jamais saisi cette considération.
Les intempéries, les guerres, les accidents de toute espèce attaquent si souvent le fonds de la subsistance, quune société qui n'aurait pas du superflu, et même beaucoup de superflu , serait sujette à manquer souvent du néce>saire. C'est ce qu’on voit chezles peuplades sauvages. C'est ce qu’on a vu fréquemment chez toutes les nations, dans les temps de l’antique pauvreté. C’est ce qui arrive encore de nos jours dans les pays peu favorisés de la nature, tels
PROPOSItlONS DE PATBOtOOlE.
qQ€ U Saètl«, et dent ceux oà legoirmnement coDtrane les opëratîoiis do commerce an lieu de se borner à le protéger. Mais les pars où le laxe abonde, et où l’administration est flairée, sont à l'abri de la famine. Telle est rheurense sitaatiun de rÂngleterre. Arec un commerce libre, un colifichet inutile en lui-méme a son utilité comme gage du nécessaire. Des manufactures de luxe oeriennent des bureaux d'aa-
surance contre la disette. Une fobri<|ne de bière ou d'amidon se eonrercira en moTenl de sub* aistance. Que de fois n'a-(>on pas aéclamé contre les chevaux et les chiens, comme dévorant la subsistance des hommes! Ces profonds politiques ne s'élèvent qne d'un degré au-dessus de ces apôtres du désintéressement qui, pour ramener l'abondance des blés, courent incendier les magasins.