CHAPITRE IV
SOPHISME QUI CONCLUT A REJETER AU LIEU d'aMENDER.
Inconvénient remédinble ou inférieur présenté comme objection concluante.
Il est telle question qui vue d*un c6té seulement,c'est-à-dire sous le rajipnrl de ses avantaf'es, parait entièrement résolue dans un scn>« ; mais envisiqp^c d'un autre c6té, c’est- à- «tire sous celui des uhjeclions, elle parait se résoudre dans un sens tout difTiVeiit. C’est là ce qui arrive dans les cas où les raisons d'utilité se parta^^eiit : chacun sc décide pour ou contre, selon rpi'il .1 été plus ou moins frappé dans le cours de son expé>rience par les avanla(*es ou les ineoiivcnieiils. La «piestion du divorce est peut-être de ce {^eiire. La différence d’opinion peut exister san.s mauvaise foi d’aucune p.irt.
Il n'eri e.st pas de même dans le sophisme dont il s’a{»il ici. La mesure proposée, Imnue sous des rapports essentiels, présente un iiicunvénient <pi on ne nie pas : scs antap^onisies, s'attachant uniqiiemonl à cette objection, la font valoircomme iin ar^'umeul concluant pour rejeter la mesure.
Il est clair que c’est donner a l’objection un effet qu'elle tie doit point avoir.
Ce sophisme se réfute par deux dilemmes.
L’nvnntapc de la mesure étant élahii , l’inconvéïiicnt allé^jué sera prépondérant ou non prépondérant.
Dans l’un et l'autre cas, U sera remédiable ou non renu’diahle.
iKfS que riiieouvéïiient n’e.st pas prépondérant la mesure doit être admise. S’il est reiiiédiahle, l’idijection ne doit que servir de hase à lin amendement.
Cette distinction , tonte facile , tmitévidentc qu’elle est, n’empêchc p.is ce sophisme de se rcprotluire sans cesse dans les iléhats lé^'islatifs. Chcxles uns, il y a défaut de discernement pour la saisir dans les cas particuliers. Chez les autres, il y a défaut de ('andctir; et c’est là un (retire de cataracte qu'aiiriin oculiste ne peut (pUTir.
Ce sopiiismc sc montre assez souvent dans
un parti d'opposition , sons une forme de lieu comiimii dérlamatoirc contre toute création de pl.ire ou d'oftïce nouveau , sans aucun examen préalable de son utilité.
Dans ces cas, on fait valoir doux ohjerüuiis (réiiéralcs , l’une tirée du Itesoin d'/humornie , l’autre du danger J accroître Cinjiuence du tjouven\cment.
0?s deux objections ont chacune leur force, et line fon'e prépondiTantc, quand il n’y a point de raison supérieure. Le sophisme con- .siste à les employer cumiiie des ar{ruments cunl'Iuants pour rejeter une mesure qui ne présente aucun autre inconvénient que ceux-là.
S’en tenir à ces deux moyens d’attaque , c’est moins combattre rétablissement proposé que faire l'aveu de son mérite. Kti effet , celui qui aurait quelque objtH'tion spéciH<(iie à pn-seii« ter, s'eu tiendrait- il à cciles-ci, qui s’appliquent à tons le.s emplois cxir^Uints, à tous ceux qui peuvent exister, et qui détruiraient le système entier du («ouvemcmcDt si un leur donnait une force pérem|iluire ?
S’a|»il-il d un office h créer? il sera exposé aux attaques par un autre paraIo{psnie. ()n le déiinnccra comme une (ilace parasite, ciimnic une affairt^ de faveur; on tournera en objection contre le plan , le iHuiéfice <|ui doit en résulter pour un on plusieurs individus.
Or, la circuustaiice de ce béiiétire individuel, considérée seule et iiidépendaimuent de toute autre objection, bien loin de constituer un arpnmeiit contre la mesure , est au contraire un ar(pimenl addiliumiel en sa faveur. I.a mesure est-cile bonne en totalité? elle devient meilleure par Ic.s profils individuels qui en lésulteiit. Ksl-cUo mauvaise en totalité ? le profit individuel est autant de soustrait à la soiiinie du mal <pTe!le fait naître.
Kti principe , rien de plus clair : mais la passion obscurcit l'évidence même. Voit-on ce profil individuel ^ il sert d'abord de préju(*é, et bientôt d’arciimcnt contre la mesure.
11 ii’cst pas diHicile de remonter à la source
5l8 SOPHISME DE PARTIALITE AVOUEE.
Je ce «ophismo , et J’explufucr sou ascenJauL 1/envie qui dénoncé est toujours sûre de plaire à l’envie <|ui écoute ; et ce sentiment amt avec d’autant plus de force, que ceux <|ui réprouvent peuvent souvent le méconnaître.
En parlant de cette passion si odieuse dans ses excès , je ferai une observ ation qui , au pre> mier moment, aura l’apparence d’un paradoxe. Je pense que ses effets , pris dans leur totalité, sont plus utiles que pernicieux.
Je ne crois pas qu’il fût possible à aucune société de se conserver sans la défianee et la vi(plance , qui ont pour première cause cette passion toujours secrète et toujours active.
lé^slateur (jui serait déterminé à n’employer à son service que les motifs sociaux, les motifs de pure bienveillance, trouverait bientôt ses lois sans force et sans effet.
Le jti{^c qui ne voudrait recevoir que dés dé> nonciateurs animés par <les motifs purs , serait bientôt sans emploi , relativement à toutes les fraudes sur le revenu, et à tous les délits qui n'affectent que le public en général. S’il ue vou-
lait écouter de témoins que ceux qui lui seraient amenés par le pur amour du bien public, Userait bientôt réduit à abandonner son tribunal.
Le législateur ne peut faire concourir les hommes à ses vues qu’en intéressaiu leurs affections et leurs passions. Les motifs qui les font agir sont personnels ou sociaux, ou antisociaux. Son premier objet sera non-seulement d’employer à son service tous les motifs sociaux qui sont déjà en action , mais encore de les cultiver, de les fortifier, de leur donner toute l’étendue possible '. Par rapport aux motifs jiersoniiels, il cherchera à les limiter, à les ré])rimer, sans leur imputer un blâme qu’ils ne méritent point. Par rapport aux motifs antisociaux, il ne se servira jamais de ces dangereux auxiliaires que par nécessité; il ne les mettra point de lui-mème en mouvement, mais cumme ils existent, il s'efforcera de diriger leur influence vers le bien public : il laissera surtout la concurrence libre dans les camères des honneurs et de la fortune , afin de convertir l’envie en émulation»