SOPHISME DE PABTIAUTE AVOUÉE
Examm ttune maxime qui Teprésente la partialité comme louable.
Il ne faut pasj dit-on, argumenter de Fabus contre ttisage. Il ne faut pas conclure qiiitne chose soit mauvaise ^ à raison du mauvais usage quon enfuit.
Cette proposition est spécieuse ; elle peut s'expliquer (fans un sens raisonnable; mais elle est fausse eu cllc-mèine et daiq^crcuse dans les conséquences qu'on veut en tirer.
$’agit-il d'examiner une institution 7 tous les bons effets qui eu résultent, constituent ce qu'on appelle son usage: tous les mauvais effets qui en dérivent, non par accident, mais par la volonté des hommes, constituent ce qu'on appelle son abus.
On ne doit juger de la bonté d'une institution que par une conmaraison exacte et complète entre F usage et labus.
i* La maxime peut signifier qu’en faisant le bilan d'une institution, il ne faut pas conclure qu'elle soit mauvaise, parce que scs effets sont en partie mauvais.
I Voyez Tnùtês lic UÿiilaUon , page 231 , cbap. i6 de
Ce sens présente une vérité trop incontestable pour avoir besoin d’étre prouvée, mais utile et meme nécessaire comme avertis.<»eiuent, puis<|u'eile a été souvent oubliée ou volunuirenient méconnue par des écrivains amoureux du paradoxe.
Cette maxime, appliquée aux circonstances pécuniaires d’un individu, revient à ceci:- — de ce qu’un homme a des dettes, ne concluez pas qu’il n'a point de propriété.
a" La maxime peut signifier qu’en faisant l’examen en question, il ne fallait passer en ligne de compte que les bons effets, et omettre tous les mauvais. — Ce qui revient à dire qu’il est lion de sc tromper soi-même et de tromper les autres.
Ce sophisme implique h crainte de l’examen et le sentiment confus d'une mauvaise cause. 11 est nuisible dans tous ses effets.
Si la partialité est reconnue, non-seulement elle détruit la confiance, mais elle fait naître des soupçons qui vont souvent au-dela dn mal (]u'on a voulu aéguiser. Si elle n’est pas déconvcrlc, elle perpétue les abus qu’un examen ju-
ce volume, CuUurc Ht la hienvtiUance.
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SOPillSMK DE PiBTIALlTE AVOUEE. 5 KJ
(licieui aurait fait cesser. Elle entretient dans l'esprit public cette espèce de faiblesse intellectuelle (|tii tend à confondre le fatix et le vrai. liCs prt‘ju(*t’S nationaux ainsi flattés peuvent prendre un de(jré de force et de violence qui conduit aux plus (grands malheurs.
Il y a deux classes dVerivains à qui Ton peut particulièrement reprocher soit une partialité d'intérêt , soit une partialité de prévention : les historiens et les jurisconsultes ; les uns en faveur de leur patrie, de ce qu'ils appellent sa gloire et sa {p-andeur; les autres en faveur du système de lois qu’ils entreprennent d'expliquer.
Mais ce sophisme a été particulièrement enrôlé au serv'icc de la religion. I>a notion la plus commune est qu’on ne saurait montrer trop de partialité en sa faveur. Il ne faut prendre les (émoi(Tiiancs que d'une part.
L'auteur de cette maxime, quel qu’il soit, avait une ti'ès-mauvaisc opinion ou tic In reli- (vion ou des hommes : de la reli(pon , s’il estimait qii'aprcs un Hdèle calcul de ses «ffets, la balance tournerait contre elle : des hommes, si, croyant que Putilité de la religion serait démontrée par son résultat, il les jugeait incapables de saisir cette vérité, et pensait qu’un dût les tromper comme des enfants : opinion qui,
t Eu«cbc ê^liire, dans ton Hittnîre de rÊ(*lite, qn'îl a rapporté tout ec qui pouvait contribuer à rhoiineur de U irii|^ioii , et tuppriiné tout ce qui pouvait iouriier à M limite. Duiu U ihrrpamtiim évaHgcUtfMe , un doi ouvra('rs> (■'s plu* uv;iftU et Ici plu» i«(|rQC» que l'autiquilê iinut «il l«i**é*, le 39*cli«pitrc du 11* livre porte cetle propo«itinii *condalcutc : « C'oiHMcnl il ^ut être le^it me H converutbU if erm/ilo) rr Lifnustetè comme une mc<A*cine et ^urle bien rie ccuA ifuiont befoin ifètr* trvmpet. » Le cclébrc lii*U>. rien (îtblHMtvdan* *a liéfense, paf*. 1 3i , ren*ure avec beaucoup de force un ihéolo^ieu atinhi* qui «vail cherebé à pallier relie pru«i(*nnrd'Eu>ébe. Ueile un pa*u|xc de Melcbior Camt», «lui *e plaint «• de c« que les vie» de* piiilot<»plies M ont ^ie éerite* par Din^pèiie Lurri'c, et lelle» de* Cenar* n p«r Suétone, «vre un re»p«ct plu* «crupuleui pour U vé- I* rilé t que celle» de» martre» cl de* ftaiiit.» par le» écrivains T» caiiioliquet. « El cependant cette partialité înÛdèlc a des ronat^urneet plu* pernicieuse* dan* riiitloire ecclesiastique que dans l’hisloire politique. Si L«cr<^ avait caché U‘t délàut* de Platon , si Suétone avait défpiisé les vices d’Au(;uste, nous y aurions peut-êlrc perdu quelques ant?cdote» eurieiue» nu intirucitvet, e( nous aurions une idée ««(’érér du luérite de ee* lioiiimn célèbre». Voila le st'ul iuroiivéïiieul qui eût pu résulicr de leur silciux. Mais si
pour le dire en passant, doit aboutir au despotisme universel; car si les liommes sont ratlicalement incapables de bienjtip,er de ce qui leur convient, toute liberté leur est nuisible, toute connaissance est un piège de plus.
Pour déguiser cette partialité trop marquée, on a eu recours à un expédient. On a crée une antre entité abstraite qu’on a dévouée comme le bouc expiatoire, et qui est chargée de tous les mauvais effets : on rappelle tantôt superstition, tantôt fanatisme. La superstition fait tout le mal; et tout le bien, on l’attribue à la religion. C’est une espèce de manichéisme avec son hon et son mauvais principe.
Pour faire une balance exacte et impartiale, il faudrait séparer ce qui appartient aux différentes sanctions qui influent sur la conduite des hommes, ouvrir un compte pour tout ce qui sefait par la sanction naturelle, parla sanction politique, par la sanction de l'honneur (ou sanction morale); et quand on aurait vu ce qu’elles peuvent produire par clles-mcmes, conjointement ou séparément, on verrait ce qui reste à la sanction religieuse , ce rpii lui appartient incontestablement; et l'on aurait alors tous les cléments d’une discussion candide et instructive *.
Eusèb« avait rapporté fidtlcmont 1rs scandaleuses dissension* des rontesavurs de Lu foi, s'il avait montré que leurs vertus étaient nnprciiKcs d'oripjeil et d'obstination, que leur piété ii'étuit pas exempte d'endiousiustiic , il aurait prémuni ses lecteurs «ronire vcl excès de véiiérulinn pour eux , qui déf.énéra iasrnsibIcmeiiC en culte rciqpeux. Son flistoîre, en cachant nu palliant tout ce mii tient aux faiblesses liumuiiies, fut un de» moycos les plus crfîcaccs de consacrer U méniotrr, les reliques et les écrits des saints du parti doiniiiatit; et une grande partie des erreurs et des corrtipiioi)» des «gc* suivaiiU peut être jusiciniml attribuée âcettecriininrlle dissiinulaliuo de rHistuirc erciésiastique.
« Le» fublcs . dit l'abbé Fleury, se découvrent tôt ou tard ; » et, alors, elles donuent oerrasion de sc délier de tout , m et de conibullrc les vérités les mieux élabltcs. » l'remier dilCOKr* t«<r illigt. eccl. , pag. |6.
L'abbé KIrury est cependant l'homme «pii a le pieu altéré l'iiistoire dan* le setis iodiqué ;>ar Etisebe. Il supprima d'une relation antique tous les miracles rkiicules qui l'ouraient rendue suspecte, du langafTc d'un saint tonte amertume, de sa conduite toute violence. La minpuraisoit, année par année, «le sou Histoire ù celle de Kayiialdut, qui lui a servi de Imuc, est un tronstaol coniuiciilairc sur ce chapitre.
SOPIII8ME.S 1»E6 TEDMES AMBIGUS.