‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 469 sur 524 · II. Des classifications entassantes · texte numérisé non relu

II. Des classifications entassantes

Ce sophisme consiste à attribuer à un individu ou â une classe d’individus une identité d'opinions ou de dispositions avec d’autres individus, uniquement parce qu’ils sont liés par une dénomination commune, et sans faire attention aux circonstances qui établissent entre eux des différences essentielles.

Ce sophisme peut opérer dans les deux sens , c’cst-à-airc qu’on peut s’en servir pour créer des partialités soit favorables, soit défavorables : mais comme il est plus nuisible quand il propage la malveillance, c’est sous ce rapport qu’il est jilus important de le considérer.

Il a déjà été si(pialc dans cet ouvrage comme faisant partie du sophisme des personnalités injurieuses. Noscitwr ex cognominibus. Mais il est convenable de le ranger sous un chef à part, ne fûl-cc que pour faciliter les moyens de le reconnaître.

Les préventions qu’on rc^'oit sur le caractère

I Culte» dogme, sont des tonnes neutres; rrUgion, p'éié , dè%toiion , sont pris dans un sens d'éloge; superstition. , yonatisine, sont pris dans uii sens de

bbiiu*. Rien de plus commun que lapplication de m diverif^tiu aux niêincs vliosca, scion les vues de ceux qui

des différentes nations, sont des exemples vulgaires de celte erreur. Qu’cr/-c<? qui peut sortir de bon de Nazaredi, disaient les Juif» en parlant de Jésus-Christ ?

Hicn de plus commode pour les passions que ce mode de raisonner. La plus faible analo(pe prend le caractère de l'induction; une ombre parait une substance.

Dans la fureur de la révolution française, lorsque le vertueux et infortuné Ix)uis XV J était entre la vie et la mort, entre autres moyens pour étouffer la conscience publique, un eut recours à celui de répandre avec profusion des pamphlets inHammatoii cs : un de ceux qui circulèrent le plus était intitulé : Des crimes des rois.

Les matériaux pour un tel nu%Tage ne pouvaient pas manquer, puisque les rois étant hommes, sont sujets aux mcrac» crreur>, aux mêmes faiblesses, aux mêmes tentations nue tous les hommes, moins que le cominnn <lcs liommcs à l'égard de certains délits, mais pins

pnrlrnt. Ce qui «I religion aux yeux de l'un , est superstition uux yeux de raatrr.

X Ce sopliisme et I» quatre stiivAnU te rangent sous le prccCiIcnt, comme des espèces sous le genre.

SOPHISMES DES TERMES AMBIGUS

3u'eux à régard de quelques autres, à raison 'une plus grande facilité à s*j livrer.

L'auteur de ce libelle odieux ne se proposait

f>as un examen impartial du caractère des rois. I voulait tirer de cet amas d'imputations vraies ou fausses, un argument qui n aurait pas laisse sur la terre un seul homme en sûreté. « cri* mincis doivent être punis; les rois sont crimi* nels. Louis est roi , donc Louis doit être puni.» Cette logique des passions semble n'appartenir qu'à des moments de frcncsie; mais elle est beaucoup plus commune qu'on ne pense.

Pendant qu'on agitait en Angleterre la question de l'émancipation des catholiques, savoir si le quart de la nation, composé de catholiques, devait être tenu plus long-temps dans un état de dégradation sous la religion dominante, uii de leurs adversaires publia un ouvrage intitulé, Cruautés dt$ catholiques.

L’auteur, quoique usant de la même lo|;ique que celui dont nous venons de parler, n avait pointlamême intention. Ilncvoulait pointprovoquer de vengeance contre les catholiques; sou but était seulement de justîKer des lois qui les excluent de plusieurs oftices civils-ct politique.s, et qui lenrimpriiiiciit un caractère de réprobation. S'il n'avait pasce but, il n'en avait aucun. On ne peut se faire une idée juste de cet ar-

Sument qu'en considérant ses conséquences ans la pratique.

D'après cela, quel que soit le caractère des catholiques présents et futurs, ils doivent être jugés sur le* crimes de ceux qui, dans les siècles passés, ont porté le meme nom. L'oppression doit être éleruelle. L’amendement le plus parfaitlcur serait inutile. Qu’importe ce qu’ils peuvent devenir, puisqu'ils ne peuvent anéantir le passé, et qu'ils seront toujours responsables ac ce qui s’est fait avant eux ?

11 est certain que si les catholiques, en vertu d’une doctrine authentique, se croyaient dans rohligation de persécuter tous ceux qui professent une rchgion différente de la leur; et si des faits récents démontraient qu'ils persistent dans ce principe, on serait justement fondé à prendre toutes les mesures de sûreté nécessaires pour se garantir des effets de cette intolérance.

Si les catholiques d’Irlande et d'Angleterre reconnaissaient ce droit du glaive contre les protestants, s’ils professaient cette doctrine intolérante, il n’y aurait rien que de juste et de légitime dans l’argument qu’on en lireraitcontre eux : mais, dans ce cas, à quoi servirait-il d’alléguer la doctrine et la pratique des temps qui ne sont plus? Ce prétendu argument ne s'applique à rien ; car il oc s’agit pas de savoir ce qu'ont été les morts, mais ce que sont les vivants.

Ku Irlande, où les catholiques forment les trois nuarLs de la population, U n'y a pas d'exemple, de mémoire d'homme, qu ils aient maltraité les protestants, comme protestants, quoiqu’ils aient été tenus par eux dans un état d’oppression bien propre à les irriter. Mais cet argument pourrait ne pas paraître concluant : s’ils ne l’ont pas fait, dirait-on, c'est qu’ils n'ont pas pu le faire avec impunité.

llfaut donc voir ce «|Di ac passe dans les pays où ils dominent : il faut observxr l’esprit au gouvernement en France, en Allemagne, rela tivement aux protestants : c’est là un moyen de juger les dispositions actuelles des catholiipies beaucoup plus sûr que celui qu’on veut tirer des événements passés, à une époque qui fournirait <le quoi faire le procès à toutes les dénominations du cliristianisme. Je renvoie à cc qui a été dit au sophisme des personnalités.

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