III. Des vaques généralités
Il y a une espèce de .sophisme qui consiste à employer des expressions vagues et indéter-
minées dans le cas où la nature de la question admet des termes propres et spériHqiies.
Une expression est vague et ambiguë lorsqu’elle désigne un objet qui, considéré sous
SOPHISMES DES TERMES AMBIGUS. 02
certains rapports, est 5on, et sous d'autres, mauvais. 8 a{;it-Ü d’examiner si cet objet est bon ou mauvais , c’est toDi})er dans le sophisme que d’employer ce terme ambqpi, sans vouloir reconuaitre cette distinction.
Prenez pour exemple les termes gouvernement y lois y morale y religion y — termes si ncraux , qui embrassent taut de choses , et par conséquent très-susceptibles d'être convertis en instruments d’erreur.
Le (jeure compris sous chacun de ces termes peut se di8tin(Tiieren deux espèces, l’une bonnCy Fautre mauvaise.
Qui peut nier, en effet, qu’il n'y ait eu et qu’il n’y ait encore dans le monde )>eaucanp de mauvais {gouvernements, de mauvaises lois, de mauvaise morale et de mauvaise relq^ion ?
Cela étant ainsi, cette seule circonstance, qu’un homme attaque le {*ouvenicment, la loi, la morale, la reliçiun, ne fournit pas la pré» somption la plus ié{;ère d’un acte à blâmer. Si son attaque n’est dirigée que sur ce qui est mauvais en ce {*enrc , il peut faire du bien , et beaucoup de bien.
Que fait le sophiste ? Il écarte avec soin cette distinction essentielle ; et il impute à celui qu’il combat le dessein de miner, d'attaquer ou de détruire le {gouvernement, la loi, la morale ou la reti(pon.
Dans ce cas, le sophiste ne présentera pas son ar(piment d'une manière directe : il procédera par insinuation, sans rien affirmer positivement. Propose-t-on la réforme de quelques abus dans le système actuel du gouvernement, de la religion ou de la loi? Ce sophiste évasif vous régale d’une l>elle oraison , où il exalte la nécessité du gouvernement, de la relqpoii ou de la loi. Quel est le but de cette amplification ? Le but est d’insinuer que la mesure proposée a une secrète tendance préjudiciable à l’un ou à l’autre de ces objets de notre respect. Il éveille le soupçon sans énoncer rien de positif. S’il eût fait une a.sscrlioii directe , on se serait attendu à quelque raisonnement en forme de preuve; mais où il n'y a point d’assertion, il n’y a point de preuve à offrir, il n'y en a point à demander.
De toutes ces dénominations abstraites et ambi{pû^, U n’en est point qui plane plus haut dans cette atmosphère d’illusions, que le mot
• Plukicun penonnet (rèft-sinccmnfnt ■llachéet au culte annliciin , reprochent iroit defauts à réiabiiwcuicQt eccléaûistir|ue :
^ I* L'cxlrémc im-({alilé d« salaires, l'cicbset le ilrficit. — 1. esces tend à détourner les ecclé.Uisli<]uea des devoir* de leur pmfcMÎon , et ciiga^jc, comme une loterie, un trop raiid nombre de pcraormci « courir cette cluince. Le décit repousse de cet état les sujets les plus propres à te bien remplir, ou les rend incapables de le remplir comme il faut.
ordre , le bon onlre. Ce mot est d’un usage merveilleux pour couvrir le vide des idées et pour donner à Furateiir un air imposant.
Celui qui parle du bon ordre, qu’entend-il par-là? rien de plus qu’un arran{^ment de choscsauquel il donne son approbation et dont il se déclare le partisan.
L’ordre n'est que l’arrangement qui existe dans l'objet que Ion considère ; le bon ordre est celui qu'on approuve. Qu'était-cc que le bon ordre aux yeux de Néron? celui qu'il lui plaisait d'établir. Il n'y a point de police gênante, point de règles tyranniques, point tl'eniprisonncmenl arbitraire, qui n’aient été considérés par le despote comme nécessaires au bon ordre, et qualifiés comme tels par les esclaves du pouvoir. L’ordre est le mot favori dans le vocabulaire de la tyrannie. Pourquoi? parce qu'il est applicable au bien comme au mal ; parce (|u’il ne réveille l'idée d’aucun principe bxe qui puisse servir à motiver la désapprobation.
Au mot ordre, ajoutez soem/. L’expression
Earait un peu moins vague, un peu moins aritraire. Le mot social présente à l’esprit un état de choses considéré comme favorable au bonheur de la société : mais souvent il n’est employé que pour dcsi(jncr l’état actuel dans Icquella société existe. Cette guerre, connue dans l’histoire romaine sous le nom deynerre soeialcy n’était pas considérée comme contribuant beaucoup au bonheur public ; mais elle n'en était pas moins appelée la guerre sociale.
Intérêt y bien-être y 6on/icur , bien public y utilité générale y tous ces termes et d’autres semblables conduisent naturellement l’esprit à l’idée d'un but, d’une règle, d'un principe, et même du seul principe par lequel on puisse estimer ce qu’on doit de blâme ou d’approbation à Félat de choses en question. Mais le mot ordre n'a point d'idée accessoire de celte nature qui puisse importuner un despote. 11 n'en résulte aucune indication qui serve à {piider le jugement.
En Angleterre , le mot établissement ( ecclésiastique) est souvent enrôlé pour le même service. Ceux ({ui ne veulent attaquer que ses défauts , sont accusés de vouloir renverser l’établissement même
1* Le motle «lu sabùre. — La dithe opère comme oa découm(;cment pour l'a{*riculture, et pnxmil cotre les cedé- •hi»iiquc« et le* paroUsicm le* di*po»i(iou* le* plu* propre* à nuire au mliiiftlère des preiuten.
3* Le* forme» d adtnissioa. — L’obligation de sigoer un formulaire de foi , est inipotcc è tous ceux ^ui entrent dan* les ordres. Leur première démarche est de hcr leur croyance por un scrmeot tout au moins téméraire.
SOPHISMES DES termes! AMmr.L'S.