‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 476 sur 524 · SOPHISME QUI PROTÈGE LES · texte numérisé non relu

SOPHISME QUI PROTÈGE LES

chant à dcpn'cicr ceux qui gouvernent, en expo> saut aux regard» du public toute» leur» faute» réelle» ou supposée», en censurant leurs mc> sures? F)t Tupposition, en agissant ainsi, n'a pas plus le ]>rujet de dissoudre le gouverne* nient, (|ue le mécanicien ii’a celui de désorganiser l'instrument dans lequel il introduit un balancier.

Kn Angleterre, la disposition à l'obéissance est .singiilièreiiicut indépendante de l’e.slime

Sour les membres de l'admiiiistration , c’est-àirc ti'ès-indépendantc des opinions politiques et des partis; et plus cette indépendance est complète, plus la stabilité de l'état est assurée. I)ans Id divergence infinie des idées, tout se rallie pour le maintien des lois.

Cest ici un des avantages éminents de la constitution britanniqne, et on ne saurait l'eiivisO{*cr sous un point de vue plus intéressant. L’existence de la monarchie y est plus indépendante qu’en tout autre état, des qualités personnelles du monar(|ue et de l’estime où il est dans l'esprit du peuple. Pourquoi? C'est qu’avec un régulateur placé dans l’intérieur du système politiipie, pour prévenir lés écarts du pouvoir, on a beaucoup moins à redouter les vices personnels du chef suprême. Sa puissance pour faire le mal est, comparativement, peu «le chose. Aussi a-t-on vu souvent le nionar(|uc exposé aux censures les plus libres et même aux satires les plus audacieuses, sans que le respect pour la royauté en ait souffert, ni que la puissance royale en ait re^’u la moindre atteinte.

Chacun sait combien la représentation nationale , en Angleterre , a été vivement attaquée. La chambre des communes n’a pas hésité à recevoir des pétitions «^ui venaient de toutes parts pour solliciter cequ on appelle la réforme parlementaire ; et en cela, elle faisait très-sagernent, car le refus de ces pétitions eût prouvé qu’elle craig;nait l'opinion publique.

(^H pétitions n’ont rien de dangereux. Elles tendent, «lit-un, à dégrader la chambre des communes dans re.»timc du peuple. Mais si les imputations qu’cllc.s renferment sont fondi'cs, si la chambre des communes est devenue trop dépendante par rapport à la couronne, trop indépendante par rapport au peuple, ou si seulement il y a une forte tendance vers cet état, le changement demandé sons le nom de réforme ne peut être que désirable, et comment peut-on l’amener qu'en dépopnlarisant le système actuel d’élection? Si au contraire le public est plus frappé des inconvénients du changement «|ue de ses avantages, si la chambre des communes ne devient pas impopulaire , si elle po.«sèdc, en un mot, la «'nnHancc de la nation, les pétitions toml>cnt d’clles-mêrocs, la plus libre censure ii'a fait aucun mal ; et iiicmc elle aura toujours produit un effet trèssululairc, en conservant dans cette assemblée

PRÈVARIC.iTErnS OFFICIELS.

le sentiment de sa responsabilité et de scs devoirs.

On trouve partout, mais principalement dans les classes supérieures, des persoimes qui, sans désapprouver la censure en gémirai, la conüainiieiit presque toujours dans les «*as particuliers. Leur plainte habituelle contre les ceoseurs est «pi'ils mettent trop de chaleur, trop de vivacité, trop d'aigreur «lans leurs attaques, qu'ils cherebent à irriter le public plus qu'à l'écluirer ; et iU blâment cette violence, non-seulement comme indécente, mais comme imprudente et tendant à aliéner ceux dont on d? vrait sc concilier la faveur.

Voilà un reproche auquel les censeurs politiques n'échappent que bien rarement. Il est souvent mérité, j'en conviens, elc'esl un grand mal; mais aussi c'est une fonction bien difficile à remplir , «jiiand ou s’y porte avec sincériui et avec zèle.

Qu'on expose des abus dans les termes les plus décents, niais sans atténuer la v«.Vité, la

filaintc est toujours amère à ceux qui en sont CS objets : on ne saurait dire d’avance avec quel style ou peut échapper à leur blâme en blessant leur amour-propre ou leur intérêt. La cause de rirritati«>n est moins dans la forme UC dons la substance. Si la politesse et la moération du censeur sont des moyens de produire un plus grand effet, cette politesse et cette motlération blesseront d’autant pins la sensibilité de ceux qu’on attaque. Le tou injurieux dégrade celui rpii s’en sert. On est plus offensé quand on se voit aux prises avec des personnes décentes et mesurées, qu'avec des adversaires {possiers qui affaiblissent leurs reproches par la violence et l’exagération.

D’ailleurs, quami on a besoin de l’opinion publifpie pour influer sur le gouvernement, pour vaincre une opposition intéressée, on sent la nécc.ssitc de prendre un langage adapte à la multitude, lin simple exposé de 1 abus , un argument froid et ali.strait, ne produiraientaucun effet sur le public. H faut quelque stimulant dans l'expression ou dans le fond, pour le réveiller. Il faut sortir desidéesgénérules «pii le touchent peu, et les lui rendre sensibb^s par des applications personnelles. Or, dès qu on se livre à cette éloquence populaire, dès quon attaque les abus dans ceux qui en jouissent, on s’expose presque nécessairement au reproche d'animosité et de violence. Le pas est glissant. Le zèle contre les abus peut ressembler à la malveillance contre les personnes. Il y a toutefois des caractères par lesquels un peut distinguer l'un de ces sentiments d'avec l’autre.

Il est des cas où le langage de la raison pure peut suffire : ce sont ceux où il n’y a point de passion , point d’intérêt à combattre : mais dès rpi’il s’agit de grands abus à réfonner, il y a une phalange d’intéressés «pii s'y opposent ; et même , à parler en géuéral , les gouvernants

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