‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 486 sur 524 · SUPPOSÉE · texte numérisé non relu

SUPPOSÉE

On peut être réduit k employer sophismes contre sophismes, à se servir pour sa défense des arguments ad hominem ou od popufum ; et si cela est permis pour soi, à plus forte raison le sera-l-if pour le hicn public. ■ Telle est la » nature de l'homme , dira-t-on , que ces nrgu- » ments fallacieux sont peut-être ceux qui pro- I» diiiront sur l’e-sprit public l'impression la » plus salutaire. Toute erreur est nuisible en

■ général et dans une longue durée : mais si » une erreur tout établie peut contribuer au « salut public, il ne faut pas hésiter à s'eii scrw vir. La mesure que nous combattons est per- » nicieuse. Ce serait imbécillité et même crime

■ de notre part que de ne pas tenter, pour la » faire échouer, des moyens qui, sans être al>-

■ solument iiinm^ents, ne sont pas criminels • par eux-mêmes. Il y n long-temps qu’on a » donné au sage le conseil de répondre au fou

■ selon sa folie. •

Il faut avouer que cette .ipologie serait ad-

missible si ces arguments sophistiques, ses appels aux préjugés et aux erreurs, étaient employés simplement comme auxiliaires ; s’ils étaient introduits à ta suite et non à la pUce des arguments légitimes.

Mais dans ce cas même la sincérité requiert ces deux conditions : i" que les arguments directs et pcrtiiienU soient placés en première lijpie, et qu’oii déclare d’avance que c'est par leur seul mérite qu'on voudrait décider <ïu sort de la cause ; a* qu’en présentant ces faux arjpiments, on ne dissimule point leur fathle.sse intri iisèqne, et qu’on donne k entendre qu’un ne s'en sert cni’à regret.

8i CCS uetix conditions ne sont point remplies, l’emploi des sophismes, même en faveur d’une Imiinc cause, est une forte présomption d'impruhité ou d'ineptie : ineptie, si celui qui s’en sert n'en voit pas la faiblesse; ituprobité, si connaissant leur tendance nui.sible, il cherche à les accréditer de tout son pouvoir.

Page 1