REÇOIVENT
Après avoir considéré ces sophismes réduits à l’expression la plus simple, dépouillés de tons les ornements de l’cloquence et sépares des cir^ constances dans lesquelles on les fait valoir, le lecteur, qui n’aura vu dans les uns qu'un amas tle contradictions, et dans les autres qu’une apparence de raison qui s’évanouit au premier examen, aura peut-être quelque peine à conce>'oir quel est leur usa^je , quel est le parti qu’on peut en tirer.
Se peut-il que les politiques qui les emploient n'en aient pas reconnu l’absurdité? Se peut-il que ceux qui les reçoivent n’en aient pas senti le néant?
Non. Celle supposition est trop invraisemblable pour être admise. Il y a presque toujours feinta des deux parts. Tout cet appareil de fausses raisons, raussement données, faussement reçues, ne se soutient que par une convenance réciproque entre des nommes qui veulent s’entendre et se ména('cr. I^ur jeu est de se proté(Tcr les uns les autres contre l'iniputalion de n*a(pr que pour leur intérêt propre, sans aucun c^ard pour le bien public. C’est un voile spécieux sous lequel on se cache. On prétend avoir des opinions qu’on n’a pas. On prétend a{pr de bonne foi en conséquence de ces opinions. On est toujours sûr d’échapper à la conviction du contraire : car, à moins de lire au fond des coeurs et d’avoir une exacte mesure de l’intelligence d’un homme, peut-on af- Hrmer que l'opinion qu’il professe , tout absurde qu’elle est, ne soit pas U sienne?
Il y a des cas où le silence, le silence absolu, serait trop suspect. Ce Serait avouer qu’une mesure est injustiHable, qu’on est réduit à esquiver le combat. 11 est de toute nécessité d’obvier ù un soupçon (jui nuirait au crédit de tout le parti, en fuurmssant contre lui une présomption h la portée de tout le monde.
Un parti a toujours une réputation aménager. Ceux qui jouent le premier rùle ne peuvent conserver leur ascendant qu'autant qu iU sont prêts à soutenir l’attaque et la défense. Il leur importe donc d’avoir des arguments plausibles.
lorsque le sujet n'en fournit pas de bons, pour donner une couleur à toutes les mesures , et fussent-ils sûrs d’entraîner par leur autorité, ils doivent cacher cette force réelle et ne prétendre qu’à un succès de raison.
Ceux qui jouent le second rôle, ne fussentils determiués dans le fait que par la volonté du ministre ou du souverain, veulent, dans cette abnégation d’eux-mêmes, garder les dehors de l’indépendaoce et paraître ne voter que d'après la conviction de leur entendement.
Il suit de là que dans une assemblée politicpie, quelque mauvaises que soient les mesures, 1 honneur du parti exige qu'il y ait des arguments produits et soutenus pour conserver une apparence de liberté et d’honnêtetc.
il est vrai que si la fausseté de l’argument est reconnue, la réputation de sagesse peut en souffrir; mais la réputation d'honnêteté demeure inattaquable. Au reste, le risque est fort peu de chose. Les idées du vrai et du faux sont si mêlées, que le plus mauvais argument, soutenu par l’autorité et le crédit, appuyé par ceux dont il favorise les intérêts, aura toujours une multitude de partisans faux on sincères. Celui qui débite cette fausse monnaie se Batte qu'elle passera sans examen , ou que si elle est remséc , on supposera qu’il s’est trompé lui-même, et non qu il ait eu l’intention de tromper.
Dans cette vue, les différents sophismes produiront plus ou moins d’effet, selon 1a nature des cas.
Il en est qui ont comme un masque de prudence et de précaution; ils réussissent auprès des hommes timides et défiants; ils donnent à celui qui les emploie un air de circonspection et de modestie : mais Us plaisent moins aux esprits fiers et courageux. Â cette classe, se rapportent les arguments ad metum et ad verecum/iam ,1a crainte de l’innovation, le spectre du jacobinisme, l’idobitrie des anciens usages, l'autorité, et tous les êtres allégoriques dont on SC sert |K)ur subjuguer la raison quand on ne peut pas la convaincre.
a” Il en est d'autres qui ont un caractère de