Tous les hommes demeurent égaux en droits
Tous les hommes naissent libres. Ce début renferme une fausseté palpable. Observez les faits, l'ous les hommes naissent dans un état de sujétion et même de la sujétion la plus absolue. L'enfant est dans une dépendance continuelle par sa faiblesse et par ses besoins. Il ne peut vivre que par le secours d'autrui. Il doit être gouverné pendant un grand nombre d'années, et la plupart des lois ne l'éinaiicipent que lorsqu'il a parcouru plus du quart de la plus longue vie , selon les probabiliiés communes.
Tous les hommes demeurent libres. Si cette liberté s’entend de l'état sauvage, de l'état de nature, des hommes errants dans les foréu, cette proposition peut être vraie; mais où est son utilité par rapport à nous? Les hommes actuels, les hommes qui naissent sous un gouvernement, sont tous par le fait assujettis à des lois, bonnes ou mauvaises. Le défaut de libei'té est te texte continuel des plaintes et des déclamations. Ces mêmes iégisialcurs qui déclarent solennellement que tous les hommes demeurent libres, ne cesseut de gémir sur la servitude héréditaire de la plupart des nations.
a Cette contradiction , dira-t-on, n'est qu’ap-
f)arente. Il faut distinguer le droit et le fait: es hommes esclaves dans un sens sont libres dans un autre; libres par rapport aux loi.s de la nature, esclaves par rapport aux lois politiques, qu’un appelle vainement d<M lois, et qui ne sont point telles, puisqu’elles sont contraires aux lois de la nature. »
Voilà le langage subtil auquel on a recours qnand 011 veut nier ce <|ui est, quand on est embarrassé par des faits notoires, quand un a contre soi l'cvidencc de la vérité. Les luis de la nature sur lc.squelles chacun raisonne à sa fantaisie, ne sont que des luis imaginaires ; relui
554 SOPHISMES ANAnCHIQEES.
<]ui les allège ne fait autre chose qu’alléger sa volonté particulière, et veut substituer une fiction à la réalité.
Le philosophe <j[ut cherche à réformer une mauvaise loi, ne me pas l'existence de cette loi et n'en conteste pas la validité; il ne prêche point l'insurrection contre elle. Il expose ses raisons; il fait sentir les inconvénienu de «'cttc loi et les avanta{;es qu'un trouverait à la révoquer. Le caractère de l’anarchiste est tout different. Il nie l’existence de la loi, il en rejette U validité, il veut exciter les hommes à la méconnaître comme loi, et à se soulever contre son execution.
T’ouï Us hommes demeurent ^^aux en droits. Tous les hommes, c’cst-.î-<lirc tons les êtres de l'espèce humaine. Ainsi, l’apprenti est é{;al en droit à son maître; il a te meme droit de ▼emer et de punir son maître, que son maître de le {rouvemer et de le punir. Il a autant de droits dans la maison de son maître que son maître lui>mêine. Le cas est le même entre le père et l’enfant, entre le tuteur et le pupille, entre la femme et le mari, entre le soldat et l’officicr. maniaque a le même droit d'enfermer ses cardiens, que ses i*ardiens ont de renfermer. L’idiot a le même droit de {gouverner sa famille, que sa famille de le gouverner. m tout cela n’est pas pleinement renfermé dans cet article de la déclaration , il ne simiiHe rien, absolument rien. Je sais bien que les auteurs de la déclaration ii’étaiit ni fous ni idiots, ne son{;eaient pas à établir cette r!{jalité absolue. Mais que voulaient-ils? L'i{i;noraDtc multitude devait-elle les entendre mieux qu’ils ne s’étaient entendus eux-mêmes ? Quand on proclame l'indépendance, n'est-on pas trop sûr d’être écouté?
Les distinctions sociales ne pezwent être ^bndées (jue sur f utilité commune. C’est ici un pas rétro{p*ade , une rétractation frauduleuse. Les lé{;islateurs avaient senti confusément qu'ils venaient d'établir ré{;alité dans toute sa plénitude. Que font-ils maintenant? Ils viennent parler de distinctions socialeSyOuhViant qu’ils ont aboli toutes les distinction». Ainsi , dans le même param'ophe, ils donnent et ils reprennent, ifs établissent et ils détruisent; ils avancent le principe absurde d'égalité pour plaire aux fanatiques, et ils {^lissent insidieusement le principe des distinctions pour apaiser les hommes timides on raisonnables qui se seraient révoltés contre la chimère de l'é(^alité présentée sans masqiie.
Mais qu entend-on par res mots, ne peuvent pas? Veut-on dire que ces distinctions ne sont point établies, — ou qu'elles ne doivent pas j’étre, — ou que si elles existent sans être fondées sur Tutilité commune, il faut les re{;arder comme nuUes et non avenues? On peut choi-
t ^'orct Traites tie législation, clisp- >3, Des fausses
sir, car ces mots entres trois sqptificatioos parfaitemeut distinctes. Si r«)n veut dire <pic ces distinctions n'existent paSy c’est un appel aux faits et à l'observation : si l’on veut dire qu’elles tic doitvnt pas existery c’est un appel au jufjenient des individus sur une matière de fait. Mais si l’on veut dire qu'elles ne peutfcnt pas exister parce qu’elles sont ludles en elles-mc- Dies, c’est un attentat contre la liberté d’opinion, c’est une invitation à $e soulever contre les lois.
Dans le premier sens , la proposition n’est pas dan{*ercuse, mais elle est évidemment fausse. Dans le second sens, elle est fondée en raison, mais il fallait l'expriiuer clairement , et non employer un terme passionné. Dans le troisième sens , elle contient une doctrine séiliûeuse. Dire que la loi ne peut pas y au lien de dire que la loi ne doit pas y c'est préparer l’insurrection et la justifier d'avance. Je ne saurais comparer ces expressions qu'à ces instruments qui ne présentent rien d’ofTensif aux yeux, mais dans lesquels on cache un poi(piard.