DE LA PROPRIÉTÉ
Pour mieux sentir le bienfait de 1a loi, cherchions à nons faire une idée nette de la propriété. Nous verrons qu’il n’y a point de propriété naturelle, qu'elle est uniquement Touvrage des lois.
La propriété n’est qu'une base d'attente : l'attente de retirer certains avantages de la chose qn’on dit posséder en conséquence des rapports où Ton est déjà placé vis-à-vis d'elle.
H n'est point d'image, point de peinture, point de trait visible, qui puisse exprimer ce rapport qui constitue la propriété. C’est qu'il n’est pas matériel, mais métaphysique. Il aj>partient tout entier à la conception uc l'espnt.
Avoir la chose entre ses mains , la garder, la fabriquer, la vendre, la dénaturer, l'employer, toutes ces circonstances physiques ne donnent pas cette idée de la propriété. Une pièce d’étoHe, qui est acCneUement aux Indes, peut m'appartenir, tandis que l'habit que je porte peutn'étre pas à moi. L’aliment qui s'est incorporé «lans ma propre substance peut appartenir a un autre à qui j'en dois compte.
L'idée de la propriété consiste dans une attente établie, dans la persu.ision de pouvoir retirer tel ou tel avantage de la clmse scion la
nature du cas. Or, cette attente, cette persuasion ne peuvent être que l'ouvrage de la loi. ie ne puis compter sur 1a jouissance de ce que je regarde comme mien que sur la promesse de la loiqnime legaranüL Cestlaloi seule qni me permet d'oublier ma faiblesse nacurelle. Cest |>ar elle seule que je puis enclore un terrain et me livrer au travail de la culture dans l’espoir éloigné de la récolte.
Mais, dira-t-on, qu'est-ce qni servit de base à la loi pour le commencement de l’opération, quand elle adopta les objets qu’elle promit de protéger sous le nom de propriété. Dans l'état primitif, les hommes n'avaient-ils pas une attente tiaturelle de jouir de certaines choses , une attente qui dérivait de sources antérieures à la loi?
Oui. Il y a eu dès l'origiDe, il y aura toujours des circonstances dans lesqueUes un homme pourra s'assurer par ses propres moyens la jouissance de certaines choses. Mais le catalogue <le CCS cas est bien borné. Le sauvage qui a caché une proie, pent espérer de la garder pour lui seul, tant que sa grotte n’est pas découverte, tant qu’il veille polir la défendre ou qu’il est plus fort que scs rivaux; mais voilà
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tout. Combien cette manière Ue posséder est misérable et précaire! Supposez lamoindre con- Tcntion entre les sauvages pour respecter récipvxHpiement leur butin, voilà rintroduction a'un principe aucniel vous ne pouvez donner que le nom de loi. Une attente faible et momentanée peut donc résulter de temps en temps de circonstances purement physiques, mais une attente forte et permanente ne peut résulter que de la loi. Ce qui n'était qu’un ni dans l’état na> tnrel, est devenu pour ainsi dire un câble dans l’état social.
La propriété et la loi sont nées ensemble et mourront ensemble. Avant les lois, point de propriété. Otez les lois , toute propriété cesse.
Én fait de propriété, 1a sûreté consiste à ne recevoir aucune secousse , aucun choc , aucun dérangement dans l’attente qu’on a fondée sur les luis de jouir de telle ou telle portion de bien; le législateur doit le plus grand respect à ces attentes qu’il a fait naître. Quand il ne les contredit point , il fait resientièl pour le bonheur de la société. Quand il les heurte , il produit toujours une somme de mal proportionnée.