‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 51 sur 524 · RÉPONSE A UNE OBJECTION · texte numérisé non relu

RÉPONSE A UNE OBJECTION

Mais peut-être les lois de la propriété sont bonnes pour ceux qui possèdent , et oppressives pour ceux qui n’ont rien. Le pauvre est peut-être plus malheureux qu’il ne le serait sans elles.

Les lois , en créant la propriété , ont créé la richesse , mais par rapport à la pauvreté : elle n’est pas l’ouvrage des lois , elle est l’état primitif de l’espèce humaine ; l’homme qui ne subsiste que ou jour au jour, est précisément rbomme de la nature , le sauvage. Le pauvre dans la société n’obdent rien , je l’avoue , que par un travail pénible , mais dans l’état naturel € pcni-il obtenir qu’au prix de ses sueurs ? enasse n’a-t-elle pas ses fatigues , la pèche ses dangers , la guerre ses incertitudes ? Et si l’homme parait aimer cette vie aventurière , s’il a un insünct avide de cette espèce de p^ila, si le sauvage jouit avec délices d’une oisiveté si cbèrCTOkent achetée, faut-il en conclure qu'il est plus heureux que nos cultivateurs ? Non : le travail de ceux-ci est plus uniforme , mais la récompense est plus assurée, le sortde la femme est beaucoup plus doux, l’enfance et 1a vieillesse ont plut ae ressources , l’espèce multiplie dans une proportion mille fois plus grande , et cela seni suffit pour montrer de quel côté est la supériorité de bonheur. Ainsi les lois, en créant la richesse, sont encore les bienfaitrices de ceux qui restent dans la pauvreté naturelle. Ils participent plus ou moins aux plaisirs , aux avantamsetaux secours d’une société civilisée. Leur industrie et leur travail les placent parmi les

candidats de la fortune. Et n’ont*ils pas leurs plaisirs d’acquisition ? L'espérance ne se roélet-clle pas à leurs travaux ? La sûreté que la loi leur donne est-elle moins importante ? Ceux qui regardent de haut dans les rangs inférieurs , voient tous les objets plus petits ; mais vers le bas de la pyramide, c'est le sommet qui s’efface à son tour. Si loin de ces comparaisons, on ne songe pas à en faire; on n’est jamais tourmenté de l’impossible. En sorte qu’à tout considérer, la protection des lois peut contribuer au bonheur de la chaumière autant qu’à la sécurité du palais.

On est étonné qu'un écrivain aussi judicieux que Beccaria, ait interjeté dans un ouvrage dicté par la plus saine philosophie un doute subversif de l’ordre social : Le aroii de la propriétéf diuil, est undroitterribley ettjuinest peutêtre pas nécessaire. On a fondé sur ce droit des lois tyranniques et sanguinaires. On en a fait un abus afmux. Mais le droit lui-même ne présente que des idées de plaisir , d’abondance et de sûreté. Cest ce droit qui a vaincu l’aversion naturelle du travail, qui a donné à l’homme l'empire de la terre , qui a fait cesser la vie errante des peuples , qui a formé l’amour de la patrie et celai delà postérité. Jouir promptement , jouir sans peine , voilà le désir universel des hommes. Cest ce désir qui est terrible, puisqu’il armerait tous ceux qui n’ont rien contre ceux qui ont quelque chose. Mais le droit ni restreint ce désir est le plus beau triomphe e l’humanité sur elle-même.

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