‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 58 sur 524 · SACRIFICES DE LA SURETE A LA SURETE · texte numérisé non relu

SACRIFICES DE LA SURETE A LA SURETE

Ce titre parait d'abord énigmatique : mais le sens de l'énigme est facile à trouver.

Il y a une disliiu'tion importante à faire entre la perfection idéale de la sûreté et la perfection praticable. La première exigerait que rien ne fût jamais ôté à personne. La seconde est accomplie si l’on n'ôte rien au-delà de ce qui est nécessaire pour la conservation du reste.

Ce sacrifice n’est pas une atteinte à la sûreté : c'est simplement une défalcation. L’atteinte est un choc imprévu, un mal qu’on ne peut pas calculer, une irrégularité qui n’a point de principe fixe : elle semble mettre tout le reste en périt , elle produit une alarme générale. Mais la défalcation est une déduction fixe, régulière, nécessaire, à laquelle on s’attend, qui ne produit qu’un mal du premier ordre , mais point de danger, point d’alarme , point de découragement pour Tindustric. L'nc même somme d'argent, selon la manière dont elle sera levée sur le peuple, aura Tuii ou l'autre de ces caractères, et produira en conséquence, ou les effets amortissants de l'insériirité, ou les effets vivifiants de la confiance.

(^ant à la nécessité de ces défalcations, elle

est évidente. Travailler et garder les travailleurs sont deux o|>érations différentes et pour uii temps incompatibles. Il faut donc que ceux

3ui font naître les richesses par le travail, en étachent quelque portion pour fournir à l’entretien de.H gariliens de l’état. La richesse ne peut doue se défendre qu'à ses propres dépens.

La société attaquée par des ennemis, soit étrangers , soit domestiques , ne peut se maintenir qu'aux di'pens de la sûreté, noii-seulenient de ces mi'mes ennemis , mais encore de ceux mêmes qu'il s’agit de protéger.

S’il y a des hommes qui n’aperçoivent pas cette liaison nécessaire, c’est qu’à cet ega ni comme à tant d'autres, le liesoin du jour éclipse celui du lendemain. I..C gouvernement tout entier n’est gu’uii tissu de sacrifices. I^ meilleur est celui où la valeur de ceux-ci est réduite à son moindre terme. La perfection pratique de la sûreté est une quantité qui tend sans cesse à s’approcher de la perfection idéale sans pouvoir jamais y atteindre.

■ Il ne faut point prendre au peuple sur scs » besoins réels , pour des besoins de l'état îma » ginaircs. ■

• Les besoins imafçinaires sont ce cnie de* n mandent les passions et les faiblesses ue cenx « qui gouvernent, le charme d’un projet ex- « traordinaire , l'eiiTic malade d’une vaine • gloire , et une certaine impuissance d’esprit » contre les fantaisies. Souvent ceux qui avec ■ un esprit inquiet étaient sous le prince à la » tête des affaires, ont pensé que les besoins a de l'état étaient les besoins ae leurs petites a âmes »

L’auteur des Lettres Persanet a trop fait de chapitres dans l’^sprif des Lots. Qu'est-ce qu’on apprend dans cette description satirique ? Si Montesquieu avait condescendu à faire une énumération simple des vrais besoins de l’état, on aurait mieux compris ce qu’il entendait par des besoins imaginaires.

Je vais donner un catalogue des cas où le sacrifice de quelque portion île la sûreté en fait de propriété, est nécessaire pour en conserver la plus grande masse.

J . Besoins généraux de l’état pour sa défense contre les ennemis extérieurs.

а. Besoins généraux de l’état pour sa défense contre les délinquants ou ennemis intérieurs.

3. Besoins généraux de l’état pour subvenir aux calamités physiques.

4. Amendes à fa enargedes délinquants, à titre de peine où à titre d'indemnités en faveur des parties lésées.

5. Empiétement sur les propriétés des particuliers pour le développement des pouvoirs à exercer contre les maux susdits, par la justice , la police et la milice.

б. Limitation des droits de la propriété , ou de l’usage que chaque propriétaire fera de ses propres biens pour l’empccher de nuire, soit aux autres, soit à lui-même

La nécessité dans tous ces cas est trop palpable pour avoir besoin de preuves. Mais il faut observer que les mêmes réserves s'appliqueront également aux autres branches de la sûreté. On ne peut , par exemple , maintenir les droits de la personne et de l’honneur que par des lois pénales ; et les lois pénales ne s’exercent guère qu’aux dépens de la personne, ou de l'honneur.

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