DE L*INDIGENCE
Dans le plus haut état de prospérité sociale, la plus grande masse des citoyens n’aiirad'autre ressource que son industrie journalière, et par
I Esprit dei Lois, liv.Xiit.c. I.
a Oa possède uo droit général de propriété aur one choae quand on peut rappliquer à tout , excepté à certains u^ea qui sont interdits par dea raiaoiu spéciales. Ces raisiKU peuveot te rapporter à troU chefs.
conséquent sera toujours à c6té de l'indigence, toujours prête à tomber dans ce gouflî^ par les accidents, les révolutions du commerce, les ca
I * Dctrimcot privé , lorsque te] usage de U chose nuirait à quelque autre individu, soit <uos sa fortune, soit autreoienl. Sic uterr tuo kT uh'um non Ltdas — tic utcrc tuo ul nli'enum non tœdas.
30 Détriment public, celui qui pourrait résulter pour
UnnUâi natitrellet , et lurCoat par lei maladies, cette crainte serait nn encouragement i 1a pa- L’enfance n’a pas encore, partes propres forces, reste et è la dissipation. Cest œ «la'os» reproche les moyens de tnbsister; la caducité de Tige arec raison à la plupart des étabUssemeots créés ne les a plus. Les deux extrémités do la vie se en faveur des pauvres.
ressemblent par l’impuissance et la faiblesse. Mais ees aeux moyens sont insuffisants , Si l'instinct naturel , l’humanité , la honte , comme on peut s’en convaincre avec un lég^ avec le concours des lois, assurent aux enfants examen.
et aux vieillards les soins et la protection de la Par rapport à l’^porpe , si les plus grands famille , cependant ces secourt sont précaires , efforts de l’industrie ne peuvent pas suffire à et ceux qui les donnent peuvent être bient6t l'entretien journalier d’une classe nombreuse, réduits à en avoir besoin poureux-mémes. Une encore moins suffiront-ils aux économies pour maison nombreuse , entretenue dans l’abon- l’avenir. D'autres pomroot tu{>pléer par le tradance par le travail de deux époux, peut perdre vail de cbatpie jour aux dé|i«nses ne chaque à chaque instant la moitié de ses ressources par jour, mais ils n'auront point de superffu à la mort de l'un , et les perdre en totalité par la mettre en dép6t pour le convertir en nécessaire mort de l’autre. dans un temps éloigné. Il ne reste ainsi qu’une
La caducité est encore plus mal partagée que troisièuiG classe qui pourrait suffire k tout , en l’enfsnoe. L’amour qui descend a plus de foice économisant, dans l'âge du travail, pour l’cqoe l’amour qui monte. l.a reconnaissance est poque où l’on ne peut plus travailler. Ce n’est moinspuissante que l’instinct. L’espérance s’ai- qu’à ces derniers qu’on peut foire unee^ièce tache aux êtres foibles qui commençât la vie, de crime de la pauvreté. « L'économie, diet ne dit plus rien pour ceux qui la finissent, a ra-t-on , est un devoir. S’ils l'ont né(^igée , Mais supposes, ce qui n’est pas rare , supposes a tant pis pour eux. La misère et 1s mort les tous les soins possibles pour Us vieillards , a attendent peut^tre , mais ils ne peuvent en l’idée de changer le rùle de bienfaiteur versera a accuser qu’eux seuls. Cependant leur catastoujours plus ou moins d'amertume dans les a tropbe ne sera pas un mal à pure perte : elle bienfaits reçus , surtout à cette époque de d<^ a servira de leçon aux prodigues. C’est ici une cadence où la sensibilité morbide de Vameren- a loi établie par la nature , une loi qui n'est pas, drait pénible un changement indifférent en a comme celle des hommes, sujette à l'incertisoi-méme. a tude et à l’injustice. La peine ne portera que
Cet aspect de la société est le phu triste de a sur les coupables, et se proportionnera d’elletous. On se représente ce long catalogue de a même à leur foute, a
maux, qui tous vont aboutir à Tindigence, et Ce langage sévère serait justifiable si l’objet par conséquent â la mort sous ses formes les de la loi était la vengeance ; mais cette venplus terrildes. Voilà le centre vers lequel l’i- geancc même, le principe d’utilité la condamne nertie seule , cette force qui agit sans relâche , comme un motif impur fondé sur l’antipathie, fait graviter le sort de enaque mortel. 11 fout Et ces maux , cet abandon , cette indigence , remonter par un effort continuel pour n'étre que vous regardei dans votre colère comme une pas enfin entraîné dans cet abîme, et l’on voit juste punition de la prodigalité, quel en sera k ses cùtés les plus diligents , les plus vertueux, le fhait ? Avez-vous la certitude que ces victimes y glisser quelquefou par une pente fatale, ou sacrifiées préviendront, par leur exemple, les s'y précipiter par des revers inévitables. fautes qui les ont conduites dans le malheur ?
Pourfoircfoccâcesmaux, iln’y aquedeux Ce serait bien mal connaître les dispositions moyens indépendants des lois : l’^ar^te — et du cœur humain. La détresse , la mort de quelles contnèulions volontaires, ques prodigues , si l’on peut appeler prodigues
Si ces deux ressources pouvaient constam- aes malheureux qui n’ont pas su se refuser aux ment suffire , il faudrait bien se garder de foire infiniment petites jouissances de leur état , qui intervenir les lois pour secourir les pauvres. La n’ont pas connu l’art pénible de lutter par la loi qui offre à l’indigence un secours indépen- réflexion contre toutes les tentations du modant de l’industrie, est, pour ainsi dire , une ment, leur détresse, dis-je, leur mort même loi contre cette même industrie , ou du moins n’aurait que peu d'influence, comme instruccontre la frugalité. Le mobile du travail et de tion , sur les classes laborieuses de la société, l’économie , c'est le besoin présent et la crainte Ce triste spectacle , dont la honte ensevelirait dn besoin fotur : la loi qui ôterait ce besoin et la plupart des détails, aurait-il, comme les
k conaaouaU en gfoéral. Sic vUr$ tuo «U rem pu- nkooe oo peut ne rêtex* de peur que je ne m'en ksie dn hlicam non Uetiaa. milà moi-méme.
Détriment de rindivida lai-méme. Sk utert tuo ut Un droit de propriété absolu et illimilé sur un objet tewtetîptum mon latias. ^ quelconque , serait le droit de cominetire presque tous les
Cette ép^ est à moi en pletac propriété r mais toute crimes. Si j'arais un tel droit sur le béluo que je viens de |4émêrc (fu’est cette propriété, relativement à mille usa(>cs , eouper, je pourrais l'employer comme une massue pour as* je M dois lemplorerniii blesser mon voisin, ni à couper sommer les niissimit, on le convertir en sceptre pour en set habits, ni la Caire briller en si{pie d'insurrection pour faire un sTmbole de royauté , en idole pour offenser k rc* boulerencr le gouTemeaeot. Si Je suis sniDeur ou ma- li(;ion nationale.
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«upplicet des malfaiteors, une publicité qui captivât ratlentioD, et ne permit pas tl’eu i(pK>> rer la cause ? Ceux à qui cette fe^n serait le plug nécessaire, sauraient-ila donner à cet ëvénement l'interprétation convenable ? Saisirout'iU toujours cette liaison qu’on suppose entre l'imprudence comme cause, et le malheur comme effet? Ne pourronMis pas attribuer celte catastrophe à des accidents imprévus et impo8>> giblcs à prévoir ? Au lieu de dire : V'oilù un homme qui a été l'artisan de sa perte, et son iudq*ence doit m'avertir de travailler, d’épariptcr sans relâche; — ne diront-ils point souvent, avec une apparence de raison : Voilà un infortuné qui s'est donné mille peines pour rien, et qui prouve bien la vanité de La prudence bie
maine Ce serait mal raisonner sans doute;
mais faudrait-il puuir si rq;oureusemciit une erreur de lof{ique , un simple défaut de réflexion clans une classe d'hommes plus appelée à exercer ses maius que son esprit?
D'ailleurs, que penser d’une peine cuii,re» tardée quant à son exécution, jusqu'à la dernière extrtvuité delà vie, doit commencer par vaincre à l'autre extrémité, c'est-à-dire, dans la jeunesse, l’ascendant des motifs les plus impérieux? Combien celle leçon prélenuue s’aj^ mibbl par la distance! Qu'il y a peu d’analogie entre le vieillard et le jeune homme ! Que l'exemple de l'un sigiiitie peu pour l'autre 1 A râge du dernier, l'idée d'un bien, celle d’un mal in^ médiat , occupant toute la sphère de 1a réflexion , excluent rklce des biens et des maux éloignés. Si vous voulez agir sur lui, placez tout près de loi le motif; montrez-lui, par exemple, en perspective un mariage, ou tout autre plaisir : mais une peine placée à un terme de distance, hors de son horizun intellectuel, est une peine en jiiirc perte. 11 s'agit de déterminer des hommes qui pensent très-peu ; et pour tirer instruction d'un tel malheur, il faudrait penser beaucoup. A quoi bon, je vous prie, un moyen politique destiné pour la classe U moins prévoyante, s'il est de iKiture à n'etre efficace (pic sur les sages?
Hécapilulona. La ressource de l'épargno est insoffisantc : i * KUe l'est évidemment pour ceux qai ne gagnent pas de quoi subsister; a* |>our ceux qui ne gagnent que rélroit nécessaire. Quant à la troisième classe qui embrasse tout ceux qui ne sont pas comprit dans les deux premières , l’épargne ne serait pas insufKsante en elle-roéme, mais elle le devient en partie par l’iinperfection naturelle de la pnidence humaine.
Passons à l'autre ressource, les conlriàulioNg volontaires : elle a bien des impeifections.
I . Son incertitude. Kilo éprouvera des vicissitudes journalières, comme l.i fortune et la liliéraliU’ des individus dont elle dépend. E.stelle insuffisante? Ces conjonctures seront mar^ quées par la misère et fa mort. Est-elle surabondante? Elle offrira une récompense à la paresse et à la profusion.
a. L’inégalité du fardeau. Ce supplément aux besoins des pauvres se forme tout entier aux dépens des plus humains, des plus vertueux individus de la société, souvent sans proportion à leurs moyens, tandis que les avares lomuient les indigents pour colorer leur refus d’un. vernis de système et de raison. l)n tel arrangement est donc une faveur acccMrdée à l’égoïsme, et une peine contre l’humanité, la première desvertu.s.
Je dis une peine, car tpioique ces contributions portent le nom de vulonLaires, quel est le motif d'où elles émanent ? Si ce n'est pas une crainte religieuse ou une crainte |K>litique, c'est une sym(>athie tendre, mais triste, qui préside à ces actes généreux. Ce n'est pas l'espoir d'un plaisir qu’on achète à ce prix, c'est le tourment de la pitié dont on veut se Libérer par ce sacri- Hce. Aussi a-t-on observé dans un pays ( en Ecosse ), où l'indigenoe est bornée à cette triste ressource, (luc le pauvre trouve le plus de secours dans la classe 1a plus voisine do la pauvreté.
3. Les inconvénienU de la di.stribulioa. Si ces contributions sont abandonnées au hasard comme les aumônes sur les grands chemins, si on les laisse payer à chaque (xxasion san.H iiv tennédiaire de l individu (lui donne à l'individu qui demande, l'incertitude sur la suffUance de CCS dons est aggravée par une autre incertitude. Comment apprécier, dans une multitude de cas, le degré de mérite ou de besoin? Le denier de la pauvre veuve u'ira-t-il point grossir le trésor éphémère de la femme impure? Troiivera-t-on beaucoup de coeurs généreux, de Sydney, qui repousseront de leurs lèvrea aliénas la coupe viviKante, en disant : Je puis encore aitenJre : songez tt abord h cet tnybrfuné qui en a plus besoin que moi. Peut-on ignorer que dans la distribution de ces gratuités fortuites, ce n'est pas la vertu modeste, ce n'est pas la vraie pauvreté, souvent muette et honteuse, qui obtient la meilleure part? Pour l'éiis.sir .sur ce théâtre obscur, il faut du manège et de l'intrigue, comme sur le théâtre brillant du monde: relui qui sait importuner, flatter, mentir, mêler, selon l'occasion, l’audace à la bassesse, et varier tes impostures, aura des succès auxquels l'indigent vertueux, dénué d’artifice, et conservant (le l'honneur dans sa misère, ne saurait jamais parvenir.
Les TTsis Ulcatt te inwBt et t'rnïuicnt,
DécfMiraffé* dn affroAU qu'Qs ewoicat.
Lrs faoi lalrnls sont hardis , rfîmot^s ,
Soaplea , a^oils, cl jamais rcbulés.
Ce (pie Voltaire dit des talents pent s'appliquer à la mendicité. Dans le partage des contributions volontaires , le lot du pauvre bouiiêic et vertueux sera rarement égal à celui du pauvre impudent et rampant.
Vcrscra-t-oü ces contributions dans un fonds
DE QUELQUES CAS SUJETS A CONTESTATIOir.
commnn) pour être ensuite distribuées par des individus chuiüi.H? Oefte méthode est bien préférable, puisqu’elle permet un examen ré^pilicr des besoins et des personnes, et mi'ellc tend à
Œtionner les secours : mais elfe a aussi une ce à diminuer les libéralités. Ce bienfait qui va passer par des mains étran^^ères, dont je ne suivrai pas rapplicatiun, dont Je n’aurai pas le plaisir ou le mérite immédiat, a quelque chose d'abstrait qui refroidit le sentiment. (Je que je donne mot-méme , je le donne au moment où je suis ému, où le cri du pauvre a retenti dans mon cœur, où il n’a que moi pour le secourir... (Je que je dounerais dans une contribution (*énérale, |>eut n’avoir pas une destination conforme à mes désirs : ce pauvre «lenier, qui est beaucoup pour moi et pour ma famille, que sera-t-il qu une («oulte d’eau dans cette masse de contributions d’une part, et pour cette midtitude de besoins de l'autre? C’est aux riches à soutenir les pauvres... Voilà comme iK'aucoup de {^ens raisonnent, et c est pour cela que les contributions réussissent mieux qiiaml il s’a{;it d’nne classe déterminée d'individus, que |K>ur une multitude indéfinie. Comme la mas.se entière des pauvres. Opendant c’est à cette masse qu’il fau t assurer la permanence des secours.
Il me parait, d’après ces observations, qn’on
fieut poser comme un principe général que le égislateur doit établir une contribution n-gulitTc pour les be.soins de l'indigence : bien en-
tendu qu’on ne r<‘garde comme indigents que ceux qui manquent du nécessaire; mais il s’ensuit de cette déKriition, c|uc le litre de l’indigent comme indigent, est plus fort que le titre du propriétaire d'un superflu comme propriétaire. (Jar la peine de mort rpii tomberait enfin sur l’indigent délaissé, sera toujours un mal plus grave que la peine d'attente trompée, qui tombe sur le riche quand on lui enlève une portion bornée de son superflu *.
(pliant à la mesure de la contribution légale, elle ne doitpas outrepasser le simple néces.saire: aller au-delà, ce serait mettre l'industrie à l’amende au profit de la paresse. Les établissements où l’on fournit au-<lelà du nécessaire ne sont lions qu’aiitani qu'ils se soutiennent aux frais des particuliers, parce qu’ils peuvent mettre du discernement dans la distribution de ces Mtcours, et les a]qdiqucr à des c!a.sses spécifiées.
Les détails sur la manière d’asseoir cette contribution et d'en distribuer le produit, appartient à l'économie politiqtie, cie même que la recherche îles moyens d’eiu'ouragrr l’esprit d’économie et de prévoyance dans les classes inférieures de la sfM’iété. Nous avons sur ce sujet si int(Tessant des mémoires instructifs, mais point de traité qui embrasse toute la question Il faut commencer par la tbéorio de la pauvreté, c’est-à-dire par la classification des indigents, et des causes c^ui amènent l’indigence, afin d’y assortir les précautions et les remèdes.
SECTION II