‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 65 sur 524 · DE QUELQUES ATTEINTES A LA SURETE · texte numérisé non relu

DE QUELQUES ATTEINTES A LA SURETE

cVêtre bUmë comme une injustice, il est souvent approuve comme un acte de bonne administration et d’économie. L'envie n'est jamais plus à son aise que lorscpi’elle peut se cacher •ous le masque du bien public ; mais le bien public ne demande que la réforme des places inutiles, il ne demande pas le malheur des individus réformés.

Le principe de la sûreté dans les réformes

Creserît que Tindemnité soit complète. Ix; seul énéfice qu'on puisse en tirer lé(;ilimement, se borne à la conversion de rentes perpétuelles en rentes via^^res.

Dira-t-on que la suppression immédiate de ces places est un gain pour le publie? Ce serait un sophisme. I>a somme en question serait sans doute un gain, considérée en elle-même, si elle venait d’ailleurs, si elle était acquise par le commerce, etc.; mais elle n’est pas un gain uand on la tire des mains de quelques innivius qui font partie du meme publie. Une famille serait-elle |itus riche parce que le père aurait tout ôté à 1 un de scs enfants pour mieux doter les autres? Kt même, dans ce cas, le dépouillement d'un KU grossirait l'héritage de ses frères, le mal ne serait pas en pure perte, il produirait un bien quelque paru Mais quand il s’agit du public, le profit d'une place supprimée sc repartit entre tous, tandis que la perte pèse tout entière sur un seul. I^egain répandu sur la multitude se divise en partie impalpable : la porte est toute sentie par celui qui la supporte à lui seul. Le résultat de l'opération c'est de ne point enrichir la partie quigagneet d'appauvrir celui qui perd. Au lieu d'une place supprimée, supposez-en mille, dix mille, cent mille. Le désavantage t(»lal restera le même. La dépouille prise sur des milliers d'individus doit se répiu’tir entre des millions. Vos places publiques vous présenteront partout des citoyens infortunés que vous aurez plongés dans 1 indigence : à peine en verrez-vous un seul qui soit sensiblement

Elus riche en vertu de ces operations cruelles.

es gémissements de la douleur et les cris du désespoir éclateront de toutes parts. Les cris de joie, s'il y en a de tels, ne seront pas l'expression du bonheur, mais de l'antipathie qui jouit du mal de ses victimes^. Ministres des rois et des peuples, ce n’est pas par le malheur des individusquevous ferez le bonheur desoations. L’autel du nien publie ne demande pas plus des sacrifices barbares que celui de la Divinité.

Je ne puis encore abandonner ce sujet, tant il me parait essentiel, pour rétablissement du principe de la sûreté, de poursuivre l’erreur dans toutes ses retraites.

Que fait-on pour se tromper soi-meme, ou pour tromper le peuple sur ces grandes injn^ices ? On a recours à certaines maximes pompeuses qui ont un mélange de faux et de vrai, et qui donnent à une question simple cncllc-mcme

un air de profondeur et de mystère politique. L’intérêt des individus, dit-on, doit céder à l'intérêt public. Mais ici qu’est-ce que cela signifie? Chaque individu ii’cst-il pas partie du ublic autant que chaque autre ? Cet intérêt pulic, que vous personnifiez, n’est qu'un terme abstrait: il ne représente que la masse des iiitcréU individuels. 11 faut les faire tous entrer en ligne de compte, au lieu de considérer les uns comme étant tout et les antres comme n’étant rien. S'il était bon de sacrifier la fortune d'un individu pour augmenter celle des autres, il serait encore mieux d’en sacrifier un second, un troisième, jusqu’à cent, jusqu'à mille, sans qu'on

finisse assigner aucune iimite;car, quel que soit e nomlire de ceux que vous avez sacrifiés, vous avcz.toujours la même raison pour en ajouter an de plus. En un mot, l’intérêt du premier est saoré, ou l'incérét d’aucun ne peut 1 être.

I^s intérêts individuels sont les seuls intérêts réels. Prenez soin des individus. Ne les molestez jamais, ne souffrez jamais qu’on les moleste, ci vous aurez fait assez pour le public. Cooçoit-on qu'il y ait des hommes assez absurdes pour aimer mieox la. postérité que la génération présente, pour préférer l’homme qui n’est pas à celui qui est , pour tourmenter les vivants , sous prétexte de faire le bien de ceux qui ne sont pas nés et qui ne naîtront peut-être jamais?

Dans une fpulc d’occasions, des hommes qui souffraient par ropération de quelque loi, n’ont pas osé se faire entendre ou n'ont pas été écoutes, à cause de cette obscure et fausse notion , que l'intérêt privé doit céder à l'inU'rêt public. Mais si c'était une question de générosité, à qui convient-il mieux de l'exercer? A tous envers un seul, ou à un seul envers tous?Qiiul est donc le pire égoïste, celui qui désire de conserver ce qu’il a, ou celui qui veut s'emparer, et même par force, de ce qui est à un autre?

Ln mal senti et un bienfait non senti, voilà le résultat de ces Ladies opérations où l’on sacrifie des individus au public.

Je finirai par une grande considération générale. Plus on respecte le principe de lapropriéle, plus il s’affermit dans l'esprit du peuple. De petites atteintes à ce principe en prt'p.Trent de plus grandes. Il a fallu bien du temps pour le porter au jioint oiï nous le voyons dans les sociétés civilisées : mais une fatale expérience nous a montré avec quelle facilité on peut l’ébranler, et comment le sauvage instinct du brigandage reprend l'ascendant sur les lois. Les peuples et les gouvernements ne sont à cet égard que îles lions apprivoisés : mais s’ils viennent à goûter du sang, leur férocité naliucUe se rallume.

Si fomVid parvHS

Fenil in omeruor, rethunl mbiesqnefurortjue: ^dntoniUnfue Uiment ÿiutito tanguine ^ucri.

Fervet et à trcfiido vix abstinet ortt magistrv.

Li'cas. IV.

nKS ÉCHANGES FORGES.

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