‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 76 sur 524 · IX. Liberté de pèche dans les grandes eaux · texte numérisé non relu

IX. Liberté de pèche dans les grandes eaux

Les ^ands lacs, les jprandes rivières, les grandes baies , et surtout l'océan , ne sont pas occupés par des propriétés exclusives. On les considère comme n'appartenant à personne, ou pour mieux dire, coairoo appartenant à tous.

Il n'y a pas de raison pour limiter U pêche de l'océan. La multiplication de la plupart des espèces <le poissons paraît inépuisable. La prmligalité, la magnificence de la nature à ccl égard, surpasse tout ce que l’on peut concevoir. L'infatigable ticwvcnnoek avait estimé le nombre des o‘ufs d'une seule munie au-<lelà de dix millions. Ce que nous pouvons prendre et consommer, dans cet immense magasin d’aliments, n’est

TITRES QÜI CONSTITUENT LA PROPRIETE. Bq

absolument rien comparé à la destruction qui Troisième inconvénient. La chasse ayant des s'opère par des causes physiques que nous ne saisons particulières, il y aura des ititerralles saurions ni prévenir ni alFaiblir. L’homme en où l’activité du chasseur sera enchaînée. Il ne pleine mer, avec ses nacelles et ses filets, n'est reviendra pas aisément d'une vie errante à une <|ue le faible rival des {p'ands dominateurs de viesédentaire, de l'iiidénendanre à l'assujettislocéan. Il ne fait pas plus de rava^*es parmi les 8ement,etd’unehahituaed'oisivetéànnehabipetites espèces que lesDaleines.Quantauxpoi»> tude de travail. Accoutumé, comme le joueur, sons des rivières, des lacs, des petits golfes, les à vivre de chances et d'espérances, un petit lois prennent pour leur conservation des pré- salaire fixe a peu d'attraits pour lui. Cesl aonc cautions efficaces et nécessaires. un état qui doit porter l’homme au crime par

Où il n*y a point de raison de jalousie, point la misère et la fainéantise, de crainte de voir diminuer le fonds de la ri- Quatrième inconvénient. L'exercice même de chesse, par le nombre des concurrents, il faut cette profession est naturellement fécond endélaisser a chacun le droit de premier occupant, lits. Tout ce qu’elle enfante de querelles, de et encourager toute espece de travail qui tend procès, de poursuites, de convictions, d'emk augmenter l’abondance générale. prisonnemeiits et d'autres peines, est plus que

suffisant pour en contre-balanccr les plaisirs. X. Liberté de chasse sur les terres nonnippro^ Le chasseur fatigué d’attendre vainement sa priées. proie sur les grands chemins, épie en secret le

gibier des possessions voUines. Se croit-il ob- Il en est de même des terrains qni ne sont servé? il se détourne, il se cache, il est fait à la pas appropries, les landes incultes, les forêts patienceet à la ruse. Ne voit-il plus de témoins? sauvages. Dans tes pays vastes, qui ne sont pas il ne respecte pins de limites, il franchît lesfo^ peuplés à proportion de leur étendue, ces ter- sés, il saute les haies, il dévaste les enclos, et rains vagues forment des espaces considérables sa cupidité trahissant sa prudence, le jette dans où le droit de chasse peut s exercer sans limite, des positions périlleuses dont souvent U ne peut L'homme n'est encore là que le rival des ani- sortir sans malheur ou sans crime. — oi la maux carnassiers, et la chasse étend le fonds chasse est permise sur les grands chemins, il des subsistances sans nuire à personne. faudra donc une armée de gardes pour préve*

Mais dans les sociétés civilisées, où l'agri- nir les écarts des chasseurs, crulture a fait de grands progrès, où les terres Cinquième inconuément. Laisse-t-on snbsisnon-appropriées ne sont qu'une très-petite nro- ter ce droit de chasse , si peu avantageux (raand portion de celles qui ont reçu le sceau de la il s'exerce dans des limites si étroites? Il faut propriété, il y a bien des raisons qni plaident dans le code civil et pénal un assortiment de contre ce droit de chasse accorde au premier lois pour en déterminer l'exercice et pour. en occupant. punir les violations. Cette mul^pUcation des

Premier inconvénient. Dans ces pays où la lois est déjà un mal, parce qu’on ne les multU population est nombreuse , la destruction des plie point sans les a^aiblir. Uc plus, la sévérité animaux sauvages peut aller plus vite que leur nécessaire pour prévenir des délits si faciles et reprofluction. Rendez la chasse libre, les es- si attrapants, donne un caractère odieux à la pèces qui en sont l'objet pourraient diminuer propriété, et place l'homme opulent dans un d'une manière sensible et même s'anéantir. Lo état de guerre avec scs indigents voisins. Le chasseur, qui aurait autant de peine alors à se moyen de couper court, ce n est pas de régler procurer une seule perdrix qu 'aujourd’hui a leclroit,mais de le supprimer, s'en procurer cent^ les renchérirait du cen- La loi prohibitive une fois connue, il ne se tuple. Il ne serait pas en perte lui-même, mais formera plus d’attente pour U jouissance de ce il ne fournirait en valeur à la société que la cen- privilège. On ne convoitera pas plus les perdrix tiènie partie de ce qu'il lui fournitactuellcment. que les poules ; et dans l'esprit uc la multitude En d'antres termes plus simples, le plaisir do même, le braeozmage ne se distinguera plus du manger des perdrix serait réduit à la centième larcin.

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