DES TESTAMENTS
I . La loi ne connaissant pas les individas, ne saurait s’accommoder à la diversité de leurs be> soins. Tout rc qu’on peut exiger d'elle, c'est d'oflrir la meilleure chance possible de répon* «Ire à ces besoins. Cest à chaque propriétaire, qui peut et qui doit connaitre les circonstances où ceux qui dépendent de lui se trouveront après sa mort, à corriger les imperfections de la loi dans les cas qu'cllen’a pu prévoir.Lepouvoirde tester est un inslnimeiu mis dans les mains des individus pour prévenir des calamités privées.
a. On peut considérer le même pouvoir comme un instrument d'autorité confié aux in* dividus pour encourager la vertu et réprimer le vice dans le sein des familles. La puissance de ce moyen , il est vrai , peut être tournée en sens contraire; heureusement ces cas seront une ex* ception. L’intérêt de chaque membre de la famille est que la conduite de chaque autre soit conforme à la vertu, c'est-à*dire, a l'utilité génlTrale. Les passions peuvent orcasioner des écarta accidentels , mais la loi doit se régler sur le cours ordinaire des choses. La vertu est le fonds dominant de la société; on voit même des parents vicieux se montrer aussi jaloux que les antres derhonnéletéetdela réputation de leurs enfants. Tel homme peu scrupuleux dans ses affaires serait au désespoir que sa conduite secrète fiit connue dans sa famille, et il ne cesse au milieu des siens, d'être l'apAlre de la probité dont il a besoin dans ceux qui le servent. A cet égard, chaque propriétaire peut obtenir la confiance de la loi. Revêtu du pouvoir de tester, qui est une branche de la législation pénale et rémunérative, il peut être considéré comme un magistrat préposé pour conserver le bon ordre dans ce pcUl état qu’on appelle famille. Ce magistrat peut prévariquer, et même comme il n'est contenu clans Texercicc de son pouvoir, ni par la publicité, ni par la responsabilité, il sera plus sujet, ce semble, à en abuser qu’un autre : mats ce danger est plus rpie contre-balancé par les liens d'intérêt et d'.'iffcc-
tion qui mettent scs penchants d’accord avec ses devoirs. Son attachement naturel pour des enfants ou des proches est un gage de sa bonne conduite, qui donne autant de sécurité qu'on peut s’en procurer sur celle du magistrat politique. En sorte qu’à tout considérer, l'autorité de ce magistrat non-comroissionné, outre qu'elle est absolument nécessaire aux enfants mineurs, se trouvera plus souvent salutaire cpie nuisible pour les adultes eux-mêmes.
3. Le pouvoir de tester est avantageux sous un autre aspect : c'est un moyen de gnuvemer sous le caractère de mattre, non pour le bien de ceux qui obéissent, comme clans l’article précédent , mais pour le bien de celui qu i commande. On étend ainsi le pouvoir de la génération présente sur une portion de l'avenir, et l'on double en quelcpie façon la richesse de chaque propriétaire. Âu moyen d’une assignation sur un temps où il ne sera plus, il se procure une infinité d'avantages par-delà ses facultés actuelles.— En continuant au-delà du terme de la minorité la soumission des enfants, on augmente le dédommagement des soins paternels, on donne au père une assurance de pins contre leur ingratitude ; et quoiqu’il fût doux dépenser que de pareilles précautions sont superflues, cependant si l’on songe aux infirmités de la vieillesse, ou verra cpi il est nécessaire de lui laisser toutes ces attractions factices, pour leur servir de contre-poids. Dans la descente rapide de la vie , il faut lui ménager tous ses appuis, et il n'est pas inutile que l’intérêt serve de moniteur au devoir.
L'ingratitude des enfants et le mépris pour la vieillesse ne sont point des vices communs dans les sociétés civilisées, mais il faut sc souvenir que partout, plus ou moins, le pouvoir de tester existe. Ges vices sont-ils plus frc<pients où ce pouvoir est plus limité? Pour décider cette qiiestinn , il fauilrait observer ce qui sc passe dans les familles pauvres, où il y a peu de chose à léguer; mais encore cette inanicre déjuger sc-