‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 93 sur 524 · DE L ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

DE L ESCLAVAGE

relui fie ses esclaves : il voudra les empêcher d'atteindre à la somme oui peut leur servir de rançon. Les laisser dans l’iipioraoce, les maintenir dans la pauvreté, leur couper les ailes à mesure qu'elles poussent, voilà quelle serait sa politique. Mais il n'y a de danger que dans la fixation du |irix : Ja lil>ertc de se racheter de (^é à {i;ré n a point d'inconvénient. L'iiitcrét de l'esclave lui conseille de travailler de son mieux pour avoir un plus (p-and appât à offrir. L'intérêt du maître lui conseiflc de permettre à l'esclave de s'enrichir au plus vite pour en tirer une plus grande rançon.

Le second moyen consiste à limiter le droit de tester, en sorte que, dans lès cas où il n'y a point de successeur dans la ligne directe, l’affranchis.sement suit de droit. L'espérance d’hériter est toujours très-faible dans des successeurs éloignés, et cette espérance n'existerait plus quand la loi serait connue. Il n'y aurait pas d'injustice quand il n'y aurait pas d'attente trompée.

On peut même aller un peu plus loin. A chaque mutation de propriétaire, même dans les successions les plus proches, on pourrait faire un petit sacrifice de la propriété à la liberté ; par exemple, libérer la dixième partie des esclaves. Une succession échue ne se présente

fas à l'héritier sous une grandeur déterminée.

Ine défalcation d'tiu dixième ne saurait être une diminution bien scitsible. A cette époque, ce serait moins une perte qu’une légère privation de gain. Sur les neveux, qui ont d'un autre côté la succession de leurs pères, la taxe en faveur de la liberté pourrait être plus forte.

Cette offrande à la liberté doit être déterminée par le sort. Tæ choix, sous prétexte d'honorer les plus dignes , serait une source de cabales et d’abus. On ferait plus de mécontents et de jaloux que d’heureux. Le sort est impartial : il donne à tous une chance égale de bonheur; il répand les charmes de l’espérance sur ceux mêmes qu’il ne favorise pas, et la crainte d'étre privé de sa chance, pour un délit articulé,

* Ce moyen pourrait donner aux esclaves la lenlalinn d'employer le meurtre pour accélérer leur liberté. C' est là une objection trf«-|;raTc contre celte loterie. Cependant il faut observer quo son incertitude même affaiblit ce dan{;er. On sera peu porté à cominrtlre un crime dont on ne serait pas sûr de retirer le prubc. Mais pour foire évanouir

serait ungage de plus de la fidélité des esclaves ' .

L'affranchissement devrait se faire par familles, plutôt que par têtes. Un père esclave et un fils libre. — Un fils esclave et un père libre. — CoiitrastcfâcheuxetchoquaDt! Source de chagrins domestiques!

II y aurait d'autres moyens d'accélérer un objet si désirable ; mais on ne pourrait les trouver qu'eu etudiant les circonstances particulières de chaque pay.s.

Cependant, ces liens de l'esclavage, que le législateur ne peut pas trancher d'nn seul coup, le temps les dissout peu à peu , et la marche de la liberté, pour être lente, n’en est pas moins siire. Tous les progrès de l’esprit humain, de la civilisation , de la morale , de la richesse publique, du commerce, amènent peu à peu la restauration de la liberté indiviffiicllc. L'Angleterre et la France oui été autrefois ce que sont aujourd'hui la Russie, les provinces polonaises, et une partie de fAllemagnc.

Les propriétaires ne doivent pas s'alarmer de ce changement. Ceux qui possèdent la terre ont une puissance naturelle sur ceux qui ne peuvent vivre que de leur travail. La crainte

a ne les affranchis, libres de se transporter où 5 voudront, n'abnndonnent leur sol natal et ne laissent la terre inculte, est une crainte absolument chimérique, surtout dans le cas où raffranchissement se sera opéré d'une manière graduelle. Parce qu’on voit l'esclave déserter unnd il peut, on en conclut que l’homme libre ésertera davantage : la conclu.sion opposée serait bien plu.s juste. Le motif de fuir n’existc plus, et tous les motifs de rester aiqpnentent.

On a vu en Pologne des propriétaires éclairéa sur leurs intérêts, ou animés par l’amour de la gloire, effectuer une libération totale et simultanée dans de vastes seigneuries. Cette générosité a-t-elle causé leur ruine? Tout au contraire : le fermier, intéressé à son travail, a été en état de payer plus que rcsclave, et les domaines, cultivés par des mains libres, reçoivent chaque année un nouveau degré de valeur.

cr((c tentation, U suffit que raffranebissement n'oût pas lieu dans tout les ras où le maître serait empoisonné ou assassiné, soit par la main d'un de ses serfs , soit par une main inconnue. Ce moyen de libération en dcvicudrail un de sûreté pour k maître.

TlTEUa ET PUPILLE.

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