‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 2)Chapitre 32 sur 49 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Détpuis U milieu eu seizième siècle juM^u*em ^987»

Uaus cet espace de tems , Tinquisition des évèques ou de leurs ofïiciaux contre les hérétiques et suspects d'hérésie , a été renouvelée et corroborée par des édits, des déclarations très-nombreuici. Vers 1789, comme <m Ta ci*devant observé, Teitirpation des hérétiques était encore en principe de droit 9 confirmée par le serment du roi; et la coApétciico. <tes oiliciaux en cette matière n'a fini <|tt< par la loi de 1790, qui supprima les oflicialilés.

DE J.-D. I.ANJUINAIS. 38i

En i535, rinqaisitlofi, par ordre du roi, fit brûler k Paris six luthériens comme hérétiques. Ces ezëcntîons duraient depuis i5a5, et ne s^arrêtè- . tent qu^en i56o. François I'' en donna le signai, ft il était luthérien de croyance : on Ta nommé le p&re des lettres , et on le ^it établir la censure , et pro^soirement suspendre toot-k-feit Timprimerie, en haine des hérétiques.

En 1543, d'après les remontrances des évéqucs dn royaume, alarmés sur les difficultés opposées, disent-ils , h leurs poursuites contre les hérétiques , ëdit de François I**, qui maintient dans le royaume, avec les inquisiteurs dvt pape , les prélats ou leurs eSU:iaiâXj pour procéder, en cas cF hérésie, sui^ pont les constitutions canoniques; nous avons tu ci<-dev&nt ce qu'étaient les constitutions canoniques; et et après la déelaratiohou le jugement des juges d^ Église, Tédit enjoint aux tribunaux royaux de punir les hérétiques, par une fiction de droit , comme des séditieux, des perturbateurs de la ré^ publique, et des conspirateurs occultes.

L'arrêt horrible de 1 54o 9 poor brûler les hérétiques yaudois, raser les maisons, les villages, briUçiries habitans , ou les envoyer aux galères , antit été rendu sur les Yiv«s sollicitations de Tardievèque d'Arles et de l'ardievêque d'Aix. De vives sollicitations obtinrent, en 1 545 , une permission du roi pour l'exécuter. Ainsi , en i545, inquisition épiscppale , roysJe et parlementaire contre les hérétiques vandois , cruelles exécutions et dé-

38a OEUVRES

molitions, cruels massacres k Merindol^ h kCte, à Cabrière j dans vingt-deux TÎHages.

En 15499 é(Ut de'Henri II, qui, en amorinn les juges laïcs à instruire sur Thérésie en cas ib trouble et de scandale , concurremment a^ec la prclats ou leurs offidaux, ordonne qa^en celli matière , le jugement appartiendra ommx uJà juges d Eglise,

En 1 56o , le cardinal de Lorraine , ëvèque de plusieurs des diocèses de France, demande, au du clergé du royaume, que Ton rétablisse Y\ vite des grands inquisiteurs de Rome contre kl hérétiques. C'est lui, ce sont d'autres érèqnes fim* çais qui la veulent ; et c'est le chancelier de L'Hi^ pital qui en sauve la France , mais c'est en acGorduit l'édit de Romorantin, qui rétablit, qui corroboft F ancienne inquisition des évéques, comme dit k docte et pieux abbé Fleuri.

Tout cela ne suffit point au zèle sacré ; il (aot que, pour être plus active et plus puissante , l'inquisition devienne une seconde fois pariementaire, qu'elle soit exercée par les parlemens , un juge d'église toujours appelé. On va même jusqu*k créer, dans le parlement de Paris , et dans chaque parlement , une chambre ardente pour enquérir contre les hérétiques, pour les juger et pour les brûler. Les bûchers se rallument k Paris et dans les grandes villes du royaume. Viennent ensuite les horreurs de la Saint-Barthélémy, et puis les horreurs de li Ligue , approuvée par le pape contre le roi héré-

tique , et où figurent , avec les jésuites et les capucins , la plupart des évêques , des prêtres , des moines français ; les bulles scandaleuses , les jugemens inquisilopaux de Rome, pour priver du trône, comme hérétique , le chef de la branche des Bourbons ; vient ensuite le bref de Clément VIII , en 1592, pour faire élire, en France, un roi catholique ' ; et enfin , les ambassadeurs de Henri ly, réconcilié par les évêques de son royaume , publi-r quement fustigés k Rome, pour obtenir Tabsolution du pape, assurément très superflue.

A quoi aboutissent Tinquisition des évêques et toutes les inquisitions qu'ils ont suscitées? A la liberté de conscience , au célèbre édit de Nantes , en 1598.

Tant de folies , tant de persécutions §ont bientôt remplacées par des folies et des persécutions nouvelles, toujours au nom de la religion qui les condamne. Celui qu'on nommait sans cesse le plus grand des rois, sacrifie la justice, l'humanité et la paix de son royaume aux intrigues des jésuites et de son confesseur, pris parmi ces religieux. Il prépare par dé longues vexations, il prononce la révocation de redit de Nantes , et l'inquisition contre les hérétiques; la persécution la plus raffinée, la

plus cruelle et la plus soutenue recommence contre

' N'aTons-noiu pas vu , eo 1821 , soutenir, au nom d'aune commission centrale , et sans réclamation , dans la chambre des députés , que le roi n^est pas libre dans sa croyance , et qu^il est forcé d^étre catholique ? Est-ce que la ligue a recommencé ?

3tf OeCVEES

deax aiiHioDS de Français indoBlrieax. On kpri^ l^îqiie sans pitié les lois impériales de Thcodose d de ses successeurs, mais reaf<Nncées par In Imh^ ries du droit canonique, épiscopal et papal di douzième et du treizième siècles. Les intendav, les dragons et les bourreaux sont emplojes à dr prétendues conversions de deux millions ithammu qui ne sont la plupart ni réeUemem apparentai ni sincères; et des évêques, trompés pu tronpoil sur le yéritaUe étaft de choses, se )oignent à la fink des courtisans et k Tarrèt du pariement de Pariii de i 687, sur TaSaire de. la firanchise das amhasfrdeurs^ pour applaudir à tant d^excès du grand roi. Les plus excusables se taisent.

En même tems ^ les j&uites yictorieux ooncoC de nouyelles carrières k leur zèle intéressé anlam que déréglé. Ils persécutent par ruse et par violenoe les personnages du royaume les plus distingués par les sciences , et surtout par la science pratique de h religion et des bonnes mœurs. Tantôt, c^est pour un formulciire sur un fait dogmatique , sur le vrai sens de Jansénius; tantôt , c'est pour exiger la son mission la plus aveugle k une bulle en- tout ultnmontaine dans les formes , et qui , par sa rédaction, ne peut pas être proposée comme règle de foi catholique.

L'affaire du quiédsme, où Fénélon montra autant d'ardeur que Bossuet, et jusqu'k vouloir (c'ctf lui qui écrivit ces paroles ) brûler madame Guim et lui-même si t Eglise était en péril ^ cette afbire

DE J.-D. LANJUINAI8. 385

fiit en France une inquisition ëpiscopable et royalç^ où les agens de police et les lettres-de-cachet étaient tort actifs.

• LMuquisition sous Louis XIY n*a point de bourreaux ordinaires; mais le lieutenant-général de police^ maislesintendans, les premiers présidens, etc., isont armés d'ordres absolus , contre les hérétiques im^rceptibles , contre ceux qui ne sont point amis des jésuites ni des évéques dont les jésuites dispo- ' mdC. Cent mille lettres-de-cacbét, pour faire plaisir aux jésuites, portent la désolation dans les familles, changent en pouvoir arbitraire le pouvoir royal essentiellement protecteur , et attestent pendant tout un siècle Taveuglement fanatique des ministres, la iàiblesse des rois et Tintolérance d'un grand nombre d'évéques, d'ailleurs les moins édifians et les moins scrupuleux. Il n'y a rien de pire que la persécution des indiflférens et surtout des hjrpocrites. . Enfin , l'édit de février 1 787 rend aux prostesfansleur état civil, et fait bénir le nom de Louis XYI et de ses conseillers.

- Voyez , dans tout cela , si la juste liberté de conscience a de grandes obligations k la multiplicité de nos prélats français ; et si ce n'est encore assez, méditez les faits , les observations qui suivent. ' L'inspection des évêques établie sans loi sur nos écoles grandes et petites, s'annonce comme un pouvoir arbitraire, comme une inquisition épiscopale. Un supérieur de séminaire , établi pour nous former des évéques , a trouvé depuis peu que les Franm. ^ a&

çais ëtant devenus athées , il ^ut pour les gouMi ner fiâre dresser rëchafieiud dans tous les villaga^i)^

Plusieurs évêques ont assuré dans leurs nmÉi mens €(ue les Français sont toiis des méchan$j kà complices de Louvel*

M. de ... , bien connn ^ a fait k pit^ios, on sait, frapper la médaille assez ii Méchans , disparaissez , le Seigneur se riçeÊk^

L*accasé de Laverderie qui , sur paroles nues fabuleuses , a révélé des absurdités quatre pairs , qu'il a nommés, que di»-)e7 cinquante-quatre pairs , et contre huit députttt i^ été remercié publiquement.

On raconte k Paris, depuis (dusieurs maàm^\i qu*uu célèbre cardinal, évéque français, f* un jour que la France était perdue si Ton hâtait pas de comprendre Tinquisition panai bi rétablissemens qui doivent la sauver ; et il lait, car en matière de contre-révolution il 7 i des gens qui ne font pas grâce d*un seul abus» Il voulait que Tinquisition fiit papale , comme cdbif qui fut si imprudemment ressuscitée par le roidrEf* pagne , en 1 8 1 5. On ajoute que le bon cardind c» 1 \ muniqua cette idée lumineuse a un autre biaipv |t sant, mais demeuré toujours prévenu contre cicfli institution , et que le court dialogue suivant ibk blit entre eux. « Le cardinal : Je ne vois qu*i

' Voyez Nouveaux Eclaicittemens sur queues Objectiom fi^à oppose au Concordat. Pftris, 1818» în-^, page 5o, tha àM Leclèrc. T<

DE J.-D. LANJQINAIS. Sg^

^ c'est de rëiaUir ri|iqui«[ti<m du saintrofiice ^ •^£r bieA pensant : Oui; mais qui oserait être le mnd-inquisileur ? — Moi. — ^ On le tueraii;. Qui lirait ? — ^ Moi. » Ce trait , daâs le tams , a coum teis.

^'U est permis de conclure que jai»ais M. le mî* iltrQ des affaires ëtrangères ii0 s*est mépris pkig ptemedt que lorsqil^il a cm la France babituel'nient exemptée autrefois de Tinquisition , et lors- ^ a mis en avant qu^élle fut redevable de ce ^Kifait trop chimérique k la multiplication de nos '^êiques , et conséquemment k leur modération y k ir sage tolérance civile.

J^ose croire pourtant que lorsqu'à a soutenu le boiae )our ^ dans la même séance ^ en faveur des Hcordats , que les élections des. évéques yù/wn^ ftituées ( par les apôtres) pour des républiques, Me nouvelle aberration trop manifeste de sa méiiire ou de son jugement , est plus incompréhen- Ae que ce qu^il a dit sur le sort de Tinquisition France pour extirper les hérésies et les erreurs iitre la foi.

(încore un mot. PuisqueJes ministres continuent dnnander l'arbitraire impunément, et presque ^ scandale , attendu l'habitude ; puisqu'ils obiKiient l'arbitraire dans les deux Chambres , en lunt à peu près : « Nous en avons besoin ( pour 3li$ maintenir en place ) ; Nous en avons grand iir ; vous nous ferea plaisir; nous vous en ferons; aéra pour vous et pour nous chose commode ;

388 OR lî VUES '

les Français ne seront jamais asses majears , mûrs pour être laisses au rëgime de la loi fDaèJ^ mentale que nous ayons jurée..... » Pnis((Q*cilfJ"^ dans la Chambre élective , composée selon k mpl de juin 1819, et selon de nouvelles instructioofi préfets I on leur offre , on leur donne conta ment plus d*arbitraire qirils n*osent en exiger:] quoi se donner le tort superflu d*altërer rhislaîl|| tandis que la guerre sainte à la grande miMhff iion est h peine commencée , et que , dès la fMf micrc campagne , les généraux qui la dirigent blcut n\ivoir fait que se couvrir eux-ni£meiiV dieux et de ridicule?

Mais , en brisant la Charte y en quittant k pal du siilut , k quelle mer orageuse , h quel naaln|i terrible on continue d^exposer le vaisseau de rÉtt!

Page 1