DE LA RELIGION CIVILE
'l'vui oDt oti rhorribl* crime ; tom» mm\ ban frèrM qui ■• pMMaWat ^m
Qamrê Jirtwutêntnt 9t m^ditmii Voun|Ooi M lOBtrilt étÊkUB T powvifvol
Ce chapitre y un des plus remarquables par Térudition et le raisonnement y un des plus soigaâ de toiit l'ouvrage^ est fertile en erreurs historiqDeSi morales , religieuses et politiques y rëpei^ la plih
bE J.-H. LANJUI!VAIS. 467
put daâis ks Lettres de la Montagne j partie i'*, lettre i'*.
L^auteur ne s*y propose rien moins qae d*ëtouffisr les superstitions ^ de renforcer les liens sociaux, de maintenir la paix et Tunité dans la nation et dans le gouvernement , enfin de prévenir les injustices et les cruautés de Tintolérance.
Mais pour accomplir un si grand dessein , une œuvre si difficile , il n*a trouvé que deux moyens d'une exécution désespérée, et qui seraient plus\ pernicieux h Fespèce humaine que les maux dont il s'agit de la délivrer. Le premier moyen serait' de remplacer, on ne dit pas comment, toutes les religions par un déisme sans temple , sans autels et sans rites. L'autre consisterait non pas k protéger; mais k tolérer tous les cultes , excepté seulement le catholicisme , et avec lui toutes les religions qui se qualifient vraies , qui rejettent Tindiflërentisme. En même tems l'auteur voudrait imposer , sous peine de bannissement ou de mort, un déisme dont la nature serait fixée par l'autorité législative. Ce n'est pas Ik tout-k-fait le système des croisades , de l'inquisition , de la Saint*Barthélemi , ni le régime des dragonnades, ni celui des quatre-vingt mille lettres de' cachet pour soutenir une fameuse bulle qui^ même k Rome , n'appartient j^us qu'k l'histoire ; c'est un autre acte d'inhumanité du même
^enre.
Gomment Rousseau va-t-il s'y prendre pour nous
réduire h son déisme sans culte , k sa cruelle nlgîon civile?
Il appelle k son aide Thistoire et rantiqoité ^1 dénature ; il adresse k la religion cLrëdemie da reproches qu'elle ne mérite pas ; il expose le système de religion civile qiilil a inventé.
Recherches historiques.
Pour attaquer la théocratie des Israélites, ponr avoir un prétexte de la confondre avec des théocraties d'imposture qu'on a vu lui succéder, un écrivain lie d'opinions avec le fameux baron d'Holbadk, Boulanger imagine que les hommes n'eurent dobord d autres rois que leurs dieux , et d^ autre gou i^rnement que le ihéocratique . Il avait développé cette fiction avec plus d'appareil que de solidité dans les Recherches sur le Despotisme Oriental, publiées en 1761 ; deux ans après sa mort, Rousseau commence par adopter ce paradoxe, où la protection imaginaire des dieux locaux du polythéMie est comparée, égalée si mal à propos au gouvernement donné aux Hébreux par Moïse.
Suivant la religion, la Bible et les oupnekhat extraits des antiques védah j et tant de tradiuoos répandues dans l'univers , la vérité précéda le mensonge , le Dieu unique était adoré avant qu'on reconnût les faux dieux. On sait bien que ces règnes
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du ciel et des astres^ antërîeurs aux règnes des hommes j ne sont que des fables autrefois mises en tête des véritables histoires; et les premiers rois historiques de la Chine et de Tlnde nous apparaissent
'' .chefs des peuples théistes , avant aucune espèce de
^ théocratie.
' Des despotes se déifièrent eux-mêmes; ils se firent déifier par de vils flatteurs. D*abord Alexandre et ceux qui lui succédèrent ^ Jules César et tous les empereurs romains ^ jusqu'à Tépoque du triomphe extérieur de la religion chrétienne sous Constantin. Mais ni ces apothéoses honteuses , ni d'autres lin peu moins révoltantes n'établirent la théocratie. Soqs ces dieux prétendus , les lois et l'administration restaient au rang des actes humains.
Il n'est pas exact non plus de dire qu'en prenant leur Dieu pour leur roi, les peuples eussent yiaiV le raisonnement de Caligula, et qu'en faisant ce raisonnement ils eussent raisonné juste. Suétone rapporte qu'un jour on parla ainsi k Caligula, lorsqu'il se disait seul roi par rapport aux rois soumis aux Romains : « Vous êtes comme empereur de Rome, au-dessus des princes et des rois. » De ce qu'il y avait de ces rois qui s'étaient fait appeler dieux, Caligula conclut qu'il était dieu aussi^ et il se fît adorer. C'était sans doute un faux raisonne-* ment : attribuons-le aux premières peuplades, où k des peuplades ne ibrmant pas un vaste empire , ce raisonnement toujours fort mauvais n'eût pas été le raisonnement de Caligula, puisque la conclusion do
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cet insensé se fondait uniquement sur la grandar particulière de Tempire romain.
' Qnant au reproche de se donner des maUres m se donnant des rois, on sait que les premiers roiifr renteneffetbienmoins desmaltresquedescapilMB et des magistrats ; et il est assez dair qa^on a pi, qu'on peut établir ou reconnaître nnroi sans se do» ner un despote; c^est par abus et par erreUTy c*estptf fourberie et par yiolenoe que des rois et même d*» très chefs d'un nom moins élevé sont derenos ds tjrans. /^c^^z ci-dessus , p. 222. Tous les homaa peuvent dire comme TertuUien ^ j^pologéiiqae ^ n^ 34 ) : « Le titre de mettre est le privilège de h Divinité. Je ne suis point l'esclave du prince ; lesnl maître à qui j'appartienne est Dieu , son maint comme le nûen. Le prince est (ou doit être) le père de la patrie; comment en serait-il le maître? Cn titre qui suppose la bonté et l'amour vaut mîan que celui qui annonce la puissance. »
Si 9 généralement ^ on eât mis Dieu à la téîe dt chaque société particulière, il ne s'ensuivrait ptf qu'il y eût autant de dieux que dépeuples^. Cir. supposant roi le EMeu unique , la mqltiplicité im dieux-rois était impossible; et, dans Thypothè» du poljrthéisme , comme on prit pour dieux pres^ que universellement le soleil, la lune, les astres, le ciel et la terre , l'air et le feu , l'ean et d*aofires
* Voyez la rëfutalion de ce texte , par Voltaire , dans aa criti^ot àà Contrat Sôciml^ Mat ce titre : Idéet Répmhlieameê , ete. , n* M.
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f objets matërids , il est manifeste qae diveFS peuples ennemis auraient pu , dans l*hypothèse d*une théo- ^ dratie générale , ayoir les mêmes chefs suprêmes ? d*ordré civil, consëquement les mêmes fetxMx dieux ^ = EBe h^est donc pas une érudition bien ridicule celle 9 qui roule sur t identité souvent très-réeUe des dieu» i dedii^erses nations.
Le discours de Jephté sur les droits du dieu Char
■ mes dans le pays des Ammonites, compards à ceux t dti vrai Dieu dans le pays des Israélites ; ëtait sans, r doute une supposition , une simple concession
■ oratoire. Entendez-le autrement , Jephté anrait { commis une apostasie dont il ne iîit jamais soup- > ÇOi^ë ; il put condescendre k raisonner dans le îaxxx ; système des oinemis en paraissant reconnaître ( Gkamos pour un patron, un protecteur local; mais
il, ne prît Ghamos ni pour un vrai Dieu , ni pour le roi , ni pour le législateur , ni pour le magistrat des Ammonites. Loiii de songer que le Dieu d*Isnël j le Dieu unique ne fôt qu'une divinité locale , il tonnine son allocution en sens tout contraire : « Jéhovah, dit-il, jugera dans cette journée entre Inraêl et tes Ammonites. »
Ne cherchons pas comment dans le paganisme il n'y avait point de guerres de religion ; ce serait pour ainsi dire examiner comment dani une bon* die d'homme il poussa autrefois une dent dV>r. N'oublions pas qu'il y eut des exemples de guerres et de persécutions religieuses avant le christianisme. Laissant à part la guerre sacrée des Pho-
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ccens, et. admettant, si Tou veut, le tropsiiU commentaire de Rousseau sur cette exacte et aniîque dénomination , Ton trouve encore , dans ce qu^on a pu recueillir de renseignemens sur lliiitoire de la Perse , de Tlnde y de TÊgy pte , de h Groce, etc., assez de preuves des guerres et do persécutions religieuses eutre les hommes de Taotiquilc. C*est peine perdue que d^affînner ou d'nsinuer le contraire ■ .
L^auteur convient des persécutions religieuses aa nom des rois de Babyloue et de Syrie contre lesls raélites, obstinés à ne reconnaître que leur Dieu. Obstinés^ on est donc mutin et rebelle quand oo refuse de tomber dans Tidolàtric ! IMuis passons. Les dieux des paie ns furent donc quelquefois lilw di^ux jaloux. Cependant il est certain que cesiuonax*ques persécuteurs n^agissaieiit pas conmie lieutcuaus de roi de liaal ou d^Orosuiadc , rivaux ilr Jchovali. Dans ledit de Cyrus pour le rclahlissemeuL du toinple et de la ville de Jcrusalem, m^ib lisons que le Dieu des Juifs était le Dieu ilu ciel . et même le Dieu de Cjrrus ^
Outre le cullc domestique où le pcre de i'aniilif était pontife indépendant, il y avait ciivz les jdciens, i^ la religion commandée, ou réglée, nu soulFertc par les magistrats ; a" lu religion ilr> poètes ou celle des Uiéàtres; S"" diverses espèces àt
• Voy. Encfclopédie Mêihod, ; Dict. de Théol, , «ri. Fa mit ^ Paralip., chap. xxxvi, ▼, 33.
naturalisme quViu nommait religions des philosophes ; il n*est donc pas exact de dire que chaque religion était uniquement aitacliée aux loi$ de titat qui la prescrivaient. La loi des douze tables avait prohibe les cultes étrangers ; cependant les bacchanales s'introduisirent a Rome sans lois ; et le senatus-cousulte qui en réprima les abus se contenta d'en retrancher la plus grossière licence ; cet acte n'autorisa point le sénat a prescrire ni k proscrire, mais bien a permettre les cultes nouveaux.
Rome vit aussi d'autres cultes étrangers , comme celui de Mithra, celui dlsis; puis le judaïsme et enfii^le christianisme, s'établir d'eux-mêmes, par le seul tait , ou sans obstatles , ou malgré les sénatus-consultes et d'antres commandemens du sénat et des empereurs.
L'auteur parle des dieux des vaincus , comme forcés de faire hommage aux dieux de Rome ; mais il convient que les Romains laissaient aux vaincus leurs dieux, comme ils leur laissaient leurs lois , sauf le tribut imposé quelquefois dune couronne au. Jupiter du Capitole. \X ce Jupiter était le dieu des dieux pour toute l'Italie, et généralement pour le .paganisme , comme la Minerve poliade , ou de la ville d'A thènes , était celle des iigyptiens , des Grecs,. des Italiens, et s'il est permis de le dire, comme la J^otre-Dame dite d'un lieu quelconque est partout la même, la mère du Christ , après ces recherches peu exactes et encore moins utiles, faites dims l'antiquité pour montrer que le législateur doit
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définir et prescrire une religion de Tëtat , ei infliger des peines aux non-conformistes, nous wh rivons au teins de rÉvangtle , qui , metuni fin b II thciocratie judaïque , répronva toute iiominaim sacertloinle , consacra la séparation de la religm d'avec le goiivcrnemcnl, etrincompatibilitédosioerdoce avec les affaires séculières.
flotte «séparation dérive de la nature dos ckoio; elle est nécessaire h la lil>erté, k la* sûreté des d* toycns, cotnnie u la pureté de 4a foi , de la morale et de la discipline. Mettez dans le domaine do législateurs la conscience religieuse on auti-rdigieuse des citoyens , il y aura tjmnnîe saeaidotale ou tyrannie politique, ou les deux ensemble, a moins qu*on ne suppose exister une théocratie vraitiicnt divine, ou la presque impossible unilë de croyances religieuses dans Tétat, ou rindiAërence la plus complète en matière de religion, avec une liypcHrrisie secrète et universelle. Observons aussi que crtto séparation fut établie par Jésus-(]lirist niAtric ; elle nVst pas due ii tel christianisme que Tauteur apf>elle iVaujounthui, maisk ce qiril affecte de nommer le chrlsiianisme tfoÊh trefoisy h lu religion pure ^ simple et véritable àt rrivangile , <|ui distingue les envoyés et les peuplées, les pasteurs et les brebis. Yoilk donc uoirv auteur en fippositioii non-seulement avec la raîsoo, mais avec sa religion et avec soi-même.
Il objecte que te rfpynume spirituel des chrétiens est ffevenu , sent s un rite f visible ^ le plus violerai
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despotisme dans ce mondes» ci. La réponse n*est pas difficile. Quand le royaume spirituel est changé €{udque part en despotisme seulement spirituel , êocerdotal, épiscopal ou papal; d^abord , il a sa Gondunnation dans les livres fondamentaux , il est réprouve par TÉvangile; on peut s'en plaindre au]( pasteurs, et même souvent aux magistrats; par lliypothèse qu'il n'est que spirituel , il ne trouble que faiblement Tordre social; et de justes règles , comme nos libertés gallicanes , peuvent arrêter le désordre , à moins que le pouvoir exécutif ne les tienne enchaînées.
Liorsque ht prêtre ou pontife entreprend sur le temporel ^ sur le gouvernement de Tétat , il atténue sa propre influence, il se déclare anarchique, atreugle ou corrompu; il prépare lui-même son châtiment et sa ruine. Il doit trouver sa répression " dans l'administration et dans les tribunaux, k moins qii*il n'ait pour complices une ligue puissante de législateurs y d'administrateurs et de juges ; donc 6b n'est pas la religion qui fait le mal : chez les uns, o'est un fanatisme ignorant , stupide , hypocrite et IHTofanateur ; et chez les autres , c'est l'irréligion déguisée, c'est une ambition furibonde, une aristo* entîe ou une oligarchie , ou une jmniocratie ré^ Yolutionnaire ou contre-révolutionnaire, qui ne doivent pas ici nous occuper. Les plus graves abus de Pautorité spirituelle , favorisés par les ténèbres du moyen-ftge , ont régné long-tems dans toute l'Europe; il en existe encore des restes et des ves*î
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dges nombreux. On en trouve des théories dé?e- 4oppces dans les {aux actes attribués à des papet t dans plusieurs de leurs - ynôs actes bases sur ki faux, et dans les vrais monumens de Thistoire ancienne et nouvelle ; erifiji jusque dans on bref di pape Pie VII, en juin i8o5 '.
' Ces théories se glissent jusque dams Fense^nement actuel et impuni de certains livres , de certaines écoles et de certains prélats. On peut encore se rendre recommandable par des écrits, en affectant d*y substituer de fausses maximes, des abus dangereux aux vrais dogmes ou rites, à la réritable discipline de TEglise catholique^ et aux prf cieuses libertés gallicanes; tout ce qui s*en$ail, c'est que, tant qu'il y aura des honunes, ily aon àes abus, même dans les choses les plus excellentes et les plus nécessaires. Chacun doit, s*i] en est capable , faire à ces désordres une guerre de plume ou d'opinion; c'est aux chefs des peuples, c'est aux rois , aux législateurs et aux magistrats à les réprimer plus directement. Les abus ne s'inlnxliiisent et ne se maintiennent que par la volonté ou connivence des supérieurs, par la coiTiiption drt agens et le honteux silence des peuples ; mais df quelque part que le mal vienne, sous quelque voile
' Ployez , dans V Essai Historique sur la Puissance TemponUe des Papes, tome H, pages 3o6, 3o; et 3ao, le bref où Fir VII am condamner la déclaration du c1(*rgé de France , Je i68j , ri i*aflifrj^ ne pouvoir exercer le droit dr déftoser fes rvis et de priver de lemn biens les hérétiques ! !
DE J.-D. K4NJU1NAIS. 4;7
qti*îl soit cache , sans cesse il s^accuse lui-même ; il €ftt plus odieux par sa longue durée, il n*en devient jamais plus légitime. * •
' On ne lit pas sans éprouver un sentiment de tristesse les assertions suivantes dans Tutopie d*un philosophe, dans le projet de code social de Rousseau , fervent ami de tout ce qui lui parait vérité , liberté, justice : » Mahomet eut des vues très-saines; 9 il lia bien son système politique ; et tant que la » forme de son gouvernement subsista sous les ca- I» lifes, ce gouvernement fuf un, et bon en cela. » Mais la division entre les deux puissances a re- » commencé chez les mahométans. Eu Perse, elle » n*n pas laissé de se faire sentir... »
Dans la politique du moins, est-ce que Mahomet eut d^autres vues que le despotisme et la violence , la conquête et la servitude? Qu'importe aux sul-' ians que ce soit h titre de califes ou de lieutenans du prophète qu'ils régnent, pourvu que d'un signe ils fassent étrangler leurs adversaires , couper les oreilles, trancher, clouer les têtes, supprimer des populations entières , massacrer k-la-fois des milliers d'hommes, vieillards, femmes et enfans? Dans la Perse , encore aujourd'hui , ce ne sont pas les ministres de la religion musulmane qui sont redoutables au monarque ; ce sont les officiers du palais et une milice toujours indisciplinée , toujours barbare : de même h Constantinople, Alger^ Maroc et Tunis. Ce mal existe plus ou moins dans toutes les monarchieii plus ou moins despotiques.
Il ne convient pas sans doute que le dei^ hé dans Tctat une corporation politique ; tnais il ÊM être bien ahourtc contre rautorité spirituelle ds pasteurs, ou contre la liberté des cultes, pev apercevoir même en Russie , et en An^eterre , oi le prince est reconnu , dans un sens restreint , dhrf de la religion établie , encore deujc souveraim M cleux puissances , sous prétexte que ce chef de k religion n^a pas le diwi de la changer.
Rousseau n'est donc pas encore satis&it que k chei* civil puisse dUui jnot interdire ou faire ég[orger tous les prêtres et leurs coreligionnaires ; toudrait-il que ce chef pût aisément abolir la rehgioo même ? Voila pourtant ce qu*il nomme C unité dam Vétatj la tolérance 'j la liberté, la politique. L'éloge des doctrines de Hobbes, cet autre Machiavd. ne vient pas mal h la suite des louanges données aux vues de Mahomet. Si ce dernier les mérite, c'est faire trop d'honneur h Hobbes, arrivé bien ph» tard, do prétendre qu'il est le seul qui ait bien m le mal et le remède y qui ait imaginé ctf quil râ de juste et de vrai, en proposant de réunir les deux têtes de l'aigle.
Ces deux têtes jointes ne furent jamais, poàrk dire en passant , un emblème de la réunion terribk du pontificat et de renipire- en un seul hoDine. Elles n'ont désigné que la vaine prétention k réunir dans le même individu les restes de Tempire dX>rientfaceux de Tempirc d'Occident. Mais coocf»trez sur une même tête , en quelque pavs que ce
DE J.-D. LAMJUINAIS. 4^
«ôît y le vrai pontifical suprême et Tempire , vous aurez imposé au peuple un joug trop onéreux. Le roi et le pontife y chacun à part , sont assez forts pour déployer un arbitraire souvent oppressif; que deviendrait le peuple, si le même homme était en même tems et dans le même pays roi et pontife suprême? Voyez la féroce barbarie des états musulmans ; voyez le gouvernement papal , doux , mais impuissant, vu qu'il est despotique, réduit à démolir à-la-fbb tout une ville, et a donner des cités d^asile aux voleurs et aux rebelles.
9ejinvchjes adressés à la religion chrétienne , Urés de PhistoihB
et de la morale.
. Bayle s*est efforcé de prouver la possibilité d'une société civile d*athées. Warburton, au contraire, a soutenu que nul état ne pouvait se maintenir sans religion, sans la croyance d'une autre vie où le méchant est puni , où Thomme vertueux est récompensé. Notre auteur s'éloigne de Bayle et de Warburton ; il dit que jamais état ne fut fondé sans ^'une religion lui servit de base; mais il ajoute ^ au fond la religion chrétienne est plus nuisible qui utile à la forte constitution de l'état.
Ce reproche doit paraître bien insignifiant, lorsqu'on réfléchit que tout ce qui -çeoX fortifier la constitution d'un état, comme les arts et les métiers , les sciences et les lettres, un roi ,^des assemblées lé-
48o OEUVRES
'gislatives et municipales, une Traie liberté dek presse y une armée permanente, tout cda peut»* turellement ou accidentellement affaiblir, sous £* vers rapports Y cette même constitution. Sur t<M ces objets , comme sur la religion , il ne faut pv demander s'ils peuvent en quelque sens et das quelques circoustances imire h la force de la coastitutiouy mais si Tétat peut subsister et prospërar sans eux. Ce nVst pas absolument la plus fohi constitution qu^il iaut donner à un état, c*esl celle qui est préférable^ eu ogardh toutes les conditiam nécessaires pour la durée; autrement, celle qui assure le mieux les garanties sociales. Une ct^nstitntion relativement moins/brie que telle autre* peut être, à tout prendre, meilleure que cette autre et que beaucoup d'autres. Pour établir son paradoxe, inutile, parce qu'il est trop vague, l'auteur cl.ïsse les religions relativement a la société civile, el il précise des accusations spéciales contre la religion chrétienne.
Dans cette vue, ildistinguelareligionr/^'rAn/ii/nr. celle du citoyen et celle du prêtre. Il définit la première , celle qui serait bornée au culte purement intérieur et a la morale wwerselle . Telle est, à son avis , la pure et simple relif^ion de rÉ%*anple. D'abord, cette morale vraiment imiverselle est pTos aisée a proclanier <ju'h préciser pour faire des rbrrtiens sanspasteui^s. Ce n*est pas tout : Tauteur, en rejetant le cidte extérieur, se met en contradiction directe avec toutes les communions chrétiennes de
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V idutos lés époques; et de plus il suppose ^ dès qu^il lii n^admet point d*église enseignante, autant de '- croyances religienses et antant de morales soi-dii< Mnt universelles qu'il y aurait de chrétiens. Autant vi Tandrâit Tabsence de TÉvangile. Jésus n*a pas dit : B Vous n*adorere2 plus en un iemple , mais vous ne ï serez plus obligés d*adorer à Jérusalem ' ; vous :} mdoreret en esprit et en vérité^ partout ; car il sera f offert en tout Ueuy à mon nom^ une ablation pure * .{• (reucharistie). * -
0 La seconde^ dit-.il^ est inscrite dans un seul pays ; i la loi civile en prescrit les dogmes et le culte ext: lërietir; elle n*étend les droits et les devoirs de A l*bomme qu'aussi loin que ses autels ; hors la nation j< qui s*y est soumise , tout est , respectivement k elle,
0 infidèle f étranger, barbare : teUes furent, selon £ lai 9 toutes les religions des premiers peuples j et -i nous avons vu combien ï s'est mépris sur cet arti- ; I de. Dans cette seconde classe de religions purement locales, il comprend sans doute la loi de
1 Bfoiie; et cependant cette loi ordonne de faire du r . bien aux étrangers , et d'aimer lé prochain comme
pans la troisième esptee de religion , qu'il appelle du prêtre, comme s'il y en avait qui ne fns^ sent pas établies tout h*hhfois pour l'individu, pour r^tal et pour le prêtre , il comprend nommément
* Saint Luc, cbap. xiii.
* Hftlftcllle ; cHap. 1.
avec le boudhisme du Tibet et celui da Japon , b religion catholique , et sans doute aussi bien d*Mtres communions chrétiennes, nominativemont loites celles qui ont des prêtres, toutes <:eUes qnrk chef de Tëtat ne peut pas changer. Il en résahe, dit-il^ deux législations , deux chefs, deux patrieir et des devoirs contradictoires , un droit nuxêe M insôciable , parce que la direction spirituelle m religieuse y. demeure séparée de Tautorité sêciilière. •
Il faut bien que ces religions soient en effet moins insociables que Rousseau ne Timagine, puisque 9 sans compter le christianisme romain , florissant chez les peuples du monde les plus puissans, les plus civilisés, les plus éclairés , et qui montre une monarchie «de quatorze siècles , ces mêmes r^ iigions couvrent depuis si long-tems de vastes contrées dans TEurope, l'Asie et l'Amérique.
Mais , reprend l'auteur , mes trois sortes de r^ Iigions, erufisagées politiquement, ont toutes leurs défauts ; comme s'il était possible qu'il y eût ponr des êtres aussi imparfaits que les honunes une scak institution si parfaite , que les prêtres , les pontifes, les grands et les peuples n'en abusassent jamais.
11 examine d'abord sa seconde espèce , la rdi* gion des dieux locaux. Elle est mauvaise, dit-il. en ce qu'elle est fondée sur Terreur et le mensonge. en ce qu'elle est exclusive , conséquemment intolérante et tyrannique; en ce que le peuple qui b
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I suit croit faire une action saînie s*il lue quiconque , n*admet pas ses dieux , et nuit k sa propre sûreté' I en se mettant ainsi en ëtat de guerre avec tous les } autres peuples* Ces derniers traits sont d'une exa-^ r gératîou qui ne peut se concilier avec Tbistoire , et i moins encore avec des dieux qui , selon Rousseau , ; n^étaient pas Jaloux, Mais remarquez ce petit mot, t exclusive : aussitôt qu'une religion se dit vraie , I aussitôt qu'elle suppose ou enseigne que les inventions môme de Tidolâtrie, du magisme, du brahma- |. nisme, du boudhisme, du mahomëtisme ^ etc., sont . des mensonges, par cela même elle est mensongère ^ elle-même; elle est lyrannique, ennemie du genre ^ . bumaiii. Quelle folie !
I La troisième espèce, coQ[iprenant le catholicisme,
C8t ^i éç>idemnient mawaise f dit-il, que c'est per^
. dre le tems de s'amuser à te démontrer. Tout ce
qui rompt l'unité sociale ne vaut rien. Il n'y a dans
^ la |>remière phrase qu'une assertion hasardée , et
dans la seconde qu'une abstraction , un sommaire ,
., un abrégé trompeur , comme sont les sommaires ;
c*est une arme à deux tranchans , car elle attaque
, tous les gouvememens tempérés , tous ceux où les
^ branches de l'autorité politique se balancent pour
mieux garantir la justice, la liberté, la sécurité
commune. Nous ne dirons pas : Toute séparation
.d'influence ou de pouvoir, si l'on veut, est bonne ;
car , dans les choses qui s'appliquent k l'homme, le
Trai n'étant que relatif, est au-delk ou en-deçk de
toute assertion absolue. Mais nous n'hésitons pas k
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dire : La raisoa et Texpériepûe démontrciit qoek tyrannie ne peut £tre ëvitëe , 5*U n'existe pai da distinctions d'influence et de ponYoir , qui toalçi, plus ou moins, sous qndquqs rftppoitSy aflTaihliiwt Tunité gouvernemental^. Qusint k cette ob)eQtioik toute institution qui met V homme ^n t^otUradicÊm oifec. lui-même ne vaut rien, .elle a le vice radial de trop prouw. Qn ppurrait }a retourner nêm contre la morale la plus universelle ^ qui place rjiQmme entre sqd devoir et ses penchans déprava, et qui même admet en certains ca$. la colljiîoB dc^s 4^voir&, la nécewté d'ei^aminer lequel doit avoir la préférence.
Enfin , de ces trois sortes de religipn^ TanUiiir veqt bien approuver la première , et cette espice ne renfi^rme, selon lui , qu'une seule religion, cdk qui lui plait. Cest un prétendu christianisme, sans communion religieuse, sans instructions, sans ril4^ sans prières compiunes, conséquemnient tel ^kl répugne à la nature de Tiioii^me corporel et sodal? tel qu'il est réprouvé par l'Ancien et le ^'oaveiu Testamens , et par l'Evangile même , qui réunit Ifi fidèles en communauté de prières et de ecrémonics; c'est ce christianisme idéal , si exténué , si indcfiiûi si variable^ si indifférent, si nul, qu*il serait imperceptible, et que tous les siècles, ayant Rousseau, l'ont ignoré \ c'est cette chimère qu'il nomae h seule religion véritable^ et même la religion pure et simple de VÈ^fangile; on sait que l'Évangile n'était pas véritable en son intégralité pour l'auieor
n sceptique d^ la Profession de Foi d^un vicaire sa^»g voyard déréglé dans ses mœurs.
. L'athéisme a dit au dir-neuvième ^ècle : « Moins i '^fcs idëès^ religieuses ont de foixse dans ua {Mijii^ - » {^us on y est Vertueux, lib^e et p&isible. » Oti sefil ^ à quek résultais coiûduit cette maxime ; ce iont les tdi6me$ dtixqlibli aboiitîratt M religion iiomj^ > su^ ^ blÙM et Rentable) t^h qu'elle è^ faite ^us le 4j!ànitiii SôtiùL 'Nléki ^^ho^er étoqhnioitéy Fauteur se Acte de ^iiê cotttrë cette luéuie religion quHl a . ibniiëe ; et quHl permet taeîtement k châeaii^ de fikw îselon i^u. ge>^t, ou seloil le pays de ^sa ïtàk^ taâce ■ / côutiiecett& religion qu'il suppose mé/et î|m devrafit pourtant se muitiplkr k' proportion ék là'muhiplicité'des cerv^ux^ et se èontrarierk rm^- Ibd, ^ans cesser d'ëUfer véritable. Yoilk qu'il k èé»^ : dfirfe inutile à V état, et lir^n^ <U^il ^^ rtestplui cor^ ifèife é f€sprit sôciùi. Ici feommeboànt de loags Mpfodies pfécisèfiielit contre la religion j9/^^ et m^lède VÈifàngile;ctmivt\fd'ùhrisiiamsme cPûu^ mjhis, toïdté Xikltïi-lk même qui n'est ique la hi£p« J^toh, )^f^lè; mbhnw et véritable} et, par ebo^ tM-ï^Otrp/ eé& reproches retombent sur toutes^les communions chrétiennes. Elles ^èont ici blâmées toiflineis, prëtfisëttent k caute dé ce qu'dled x>nt de smM f de ^êritàbië tx de sublime. Ces doctrineis àiôtiC donc justifiées k l'avance V eti« censure «[4V>n
' Voir U Profession de Foi du Vicaire Savoyard, .liaus VÈmiUy
eu fait ici est rccouuue implîctlemcnt y par le c» seur même , fausse et impie.
Oui, elle est fausse, quamd ou dit qu^une sodéir chrétienne ne serait plus une société dlumums; qn^elle ne serait pets forte ni durable ^ que la religion chrétienne n ajoute aucune Jbrce ojux cmploisy quelle n* attache point à Fêtai les cœunia citoyens, quelle les en détache^ qu^elIe s*occife uniquement des choses du ciel ; que le chrétienyaif son desfoir oi^c une profonde indifférence sur k succès, pourvu quil nait rien à se reprocher; quil ne Jouit point de la gloire ni de lajflieiu nationales y que s'il y a un seul amibitieux , il a hon marché de ses pieux compatriotes ,- que si usurpe , il faut lui obéir, parce qu*i/ est une puissance, et la verge de Dieu pour puuir; quon st ferait conscience de le chasser, parce qu il faudrait user de force et verser du sang,- qu il n importe .au chrétien quon soit libre ou serf daiu i^tte vallée de misère , quon soit vainqueur ok vaincu ; que le christianisme ne prêche que senitude ou dépendance ; que les chrétiens sont faîh pour étf^ esclaffes y et qua\*ec eux toute guerre sacrée est impossible,.,
A cet abrégé fidèle d'une déclamation si pradoxale, upposous le raisomiement et Tliistoirr.
Quoi ! une société de vrais chrétiens ne serai: plus une société d hommes! « Ijiw. telle iissiTli«»u. ») ooiuiuc dit Voltaire lui même, est bien biz.irn' >• Veut-on dire que c:e serait une soriélc' de bt'lf»
DE J.-D. LAKJOINAIS. 487
» OU une sociëtë d^anges ? Bayle a traite fort au long M la question, si le^ chrétiens de la primitive Église » pouvaient être des philosophes , des politiques et » des guerriers? question assez oiseusç. Mais on » veutenchërir sur Baylc. On répète ce qu'il a dit; T» et, dans la crainte de n*étre qu'un plagiaire, on n emploie des termes hasardes j qui au fond ne si- » gnifient rien ; car y quels que soient lès dogmes » des nations, elles se feront toujours la guerre ' . »
Quel vague dans cette assertion! Une société chrétienne n est pas la plus forte... Toutes choses cgates d'ailleurs, une société généralement composée de vrais chrétiens serait la plus forte, puisque , de l'aveu de l'auteur, dans ce chapitre même, chacun jr remplirait son de^nnr; le peuple serait soumis aux lois , les chrfs seraient justes et modérés^ les magistrats intègres, incorruptibles, et tes soldats mépriseraient la mort *. Y a-t-il d'autres ëlémens de la force d'une société que la réunion d'avantages aussi précieux !
J.-J. Rousseau ajoute : Lorsque la croix eut chassé F aigle (sous Constantin)^ toute la valeur romaine dispurut. Otez de cette phrase les deux images qui lui donnent de l'éclat et choquent la vé* rite , il reste cette assertion fausse : Depuis Constantin , il n'y eut point de courage dains les armées
* Voltaire , idées RépupUcaines , n* 39.
> C'ett aiun ce que Monteiqiiiea ncomialt el éMhfppe , Esprit des Lois ^ IW. XXIV, chap. VI.
486 GBUVRKS
des empereurs ' . 11 y en eut asses pour souioiir pendaut plus de dix siècles Tempire d*Orieot ; et quand à celui d'Occident y il se divisa entre des rok barbares, mais presque tous chrëtiens, qui étaieni souvent, dans Torigine, des gënëraux de Tempirey en sorte que leurs troupes étaient celles de Tempirc y des troupes chrétiennes. Il est assez coaoi par rhistoire que les armëeS| devenues chrétienDeii n*en furent pas moins courageuses , entreprenatttt et victorieuses. Quant à la durée des ëtafs cbétiens, rhistoire dépose également de leur longw permanence.
Partout où cette religion est admise y et commih uément observée plus ou mcnns , elie auffmentê k force des lois, puisqu'elle oblige d*obéir généralemeut aux lois, a ceux qui les font, et de leur obéir non-seulement par crainte des peines légales, mail par obligation de conscience, attendu que les die&, les législateurs, les magistrats sont les ministres de la volonté de Dieu , et que sa volonté est que nous soyous soumis à Tordre établi parmi les hommes, et qu'enfin chacun doit ne demeurer redevable de rien h qui que ce puisse être '• Le chrétien , se rapportant k Dieu , a faim et soif de tu justice pour
' Machiavel mémo rcconnaiisait <{iic les toldaU chrctieni de rdopiiv furent les mcillrun , les plut deVouei, exciUb , non comme le* autm . |>ui- un fanati<[ue amour de la patrie , par une vapeur, toujoan li|e*Tr . de gloire humaine , mais par une anleur vive et sacrée |M>ur rjrcoinpli*semonl de leurs devoirs.
^ Saint P&ul aux Romainj y rh. XIU , y. 5, 6 , 8 ; laint Piciiv . c 11 y. \ .\ , i.j , |5.
lous ; il est donc patriote par les plus nobles motifs, s'il n^est pas vicieux, ignorant, inconséquent.
Celui que les chrétiens font profession d'imiter aVait, pendant le cours d'environ trois ans, par- jf couru la Judée sa patrie, en y faisant le bien» On avait vu couler ses larmes quand il songeait aux malheurs qu'elle s'attirait par sa propre faute ; etit aràit prouvé, hTôccasion, que c'était auprès de' lui une recommandation puissante que d'aiméi^ br nation juive '. 11 a dit aussi : Le saliit vient des Juifs *. '
Il est donc vrai que la religion chrétienne attache àrétàt,' aux justes lois, k'ia patrie , les cœur^ des citoyens : c*est une conséquence la plus directe du principe.de charité si recommandé envers le prochain et envers soi-même.' Les Macbabées conl- ImCtant, selon le texte de l'Ecriture, pour lés lois et Ja patrie^ combattant et mourant plutôt que de K*feher leur gloire , qui était celle de la nation, sont fipéqpemment offerts en exemple aux fidèles, mâme dens rÉglisè catholique^ Ces modèles ont été suivb per nos pères lorsqu'ils repoussaient en des giierres êàbréév lès Musulmans , sons Ghaiies-Martel , sôùs CSiarlemagne; et pour descendre à des lems plus modernes , sans parler de tant de héros français dont la religion est-moins connue, le pieux Latoun' tT^uifergne-Correc y proclamé premier grenadier
' Saint.Luc.ch.VlI.
* Saint Jeauy cb. IV, ▼. 33.
ifp OKUVRES
de France y nVt4i pas été un glorieux imitatar de ces juiis immortels?
Nous aurons vu nos ëvèques et nos prêtres coostitutionuels , k la fin du dernier siècle , bniTcr h
pauvreté, les prisons, les supplices et les asns- i nats , afin de nous conserver tout à-lafois le catholicisme et nos libertés religieuses, et nosliberts civiles, unies entre elles d*un nœud si élroil '. Dans toutes les phases de notre révolution, les pb zélés chrétiens, au péril de leur vie, ont comboUH les excès , ont défendu les saines maximes. Ah! si les contre-lois qui renversent ou énervent les droits les plus précieux, n*avaient de &utoirs. d'exécuteurs volontaires, et surtout d^agens exagéra teurs que de vrais chrétiens, nulle part les juslis libertés ne seraient de vains simulacres. Cest on chrétien qui a dit, en 1820, dans notre chaunbre des pairs : Plutôt mourir que de jamais concourv à exécufer la loi immorale et tyrannique sur lit nonré^'élations *. Nous avons vu TElspagne, pa« tout catholique , et travaillé de vieille date par riuquisition et les jésuites, nous Tavons vue, aviDi 18:^3, se délivrer pour un tems deux fois des jésuites et de riuquisition, rétablir avec un coura^ héroïque les libertés de Tétat , et remettre en viguenr Tesprit des anciennes constitutions du pj,v>
' Voyo/. P/'.'a^wi Jiistoru/ue iw Us Libertés des Ki^Useï ?* M. (irogoirc .raticicn cvëquc de Blois. * f^ovez Dnpin , sur la Procèthirr CrimineUe , în-8*, l'an». '^î*
ié
DE J.-D. LANJUINÂIS. 491
avec plus de /ormes sans doute qu^il n*y en avait eu pour les détruire au seizième et au dixrhuitième siècles. Les gouyememens sont représentatifs dans J^Angleterre, et dans les Amériques Septentrionale et Méridionale, généralement chrétiennes.
Ce n*est pas la faute dés vrais chrétiens si une partie de. Tltalie expie soys la bastonnade , par .commandement verbal y le crime d'avoir suivi j sans assez déformes, les exemples de rEspagne, de r Amérique Méridionale et du Portugal. Enfin , malgré Tabandon, c'est trop peii dire, où Ta laissée nue coalition dite sainte, qui s'est partagé les peuples comme des troupeaux, et qui a fait des guerres d'intervention pour le despotisme , nous voyons la Grèce toute chrétienne , et secondée de son valeureux clergé, égaler et surpasser les anciens prodiges de valeur, pour échapper au joug affreux de ses horribles tyrans. N'est-ce pas là une guerre chrétienne bien autrement sacrée que celle des Phocéens * ?
. Prétendre que le chrétien ne doit s'occuper que des choses du ciel , c'est travestir l'Éyangile qui porte : Cherchez premièrement, et non pas , cherchez uniquement le royaume de Dieu ^. Sans doute
' Snr la Icgitimité dn grand-turc dans la Grèce , voici le jugement «Fan chrétien , dVn profond publiciste et d^un logicien renommé , écrivant en 1697 : u Eh ! qui doute que les chrétiens de la Grèce , descendus » des anciens Grecs , ne pussent justement secouer le joug des Turcs , n s^ils en avaient la force ? » Locke , du Gouvernement Civil, qh. XV.
^ Saint Mathieu , c^ VI, ▼. 33.
499 OBUVRBS
cette recherche ne doit pas être Tunique. Le cfaiitien, dans les malheurs publics, n^est pas insoiih ble RU bien ou aii mal de sa patrie , lot» même qui n*a rien h se reprocher. Il doit j dans i^adreniie, pleurer at^c ceux qui pleurent; il doit agir j|Mtt eux , s'il est possible ; il doit faire dada les oocisions tùui ce qui est juste, tout ce qui est estùmh Me ou aimable, tout ce qui mérité' ia itmwip*. Il doit acôomplir tous ces devoirs, obéir aux magistrats, payer le tribut , donnet sa pie powr m frères * . Est-il rien de plus contraire h rindiffiireact envers les hommes, envers la patrie? Par detoir do prudence , au moins , et non par lâcheté, k chrétien obéit comme les autres aux mauvais gwvernemens t{m existent, à celui qoi est mauvaiict usurpé, comme h celui qui est mauvais et lé^time: mais, puisque Tautcur du Contrat Social nrovi, liv. III , ch. vn , qn*on sait bien qU*ilfàui sàufffit un mauvais gouvernement... quand on fa^ pom^ quoi trouvc-t-il mauvais que les chrétiens reconnaissent avec lui une doctrine si triviale, et qillb sachent s^y résigner, suivant la nature des circoalances, comme font partout les hommes de seul commun?
IjC christiarnsme , dît- il encore , ne prêche que dépendance et senntudcy et les clirétiens sontfaiti
' Saint Paul niix Philippimi, ch. fV, ▼. A.
' Saint Paul aux Romains, ch. XIU , t. 7 ft S; ftamt Jcm . c^ rli. \ni , V. 34 ; f'p* » (*h. III , y. 16. 'I|
être esclaves* Nous venons de moutrer le contraire par les princûpes et par les faits. Suppo- I sfvut que le reproche soit mcrité > qu*ou nous exi^ plique donc pourquoi la vraie liberté y celle qui ( produit et accompagne la civilisation et les lumièil resy celle qui se fonde sur la raison , sur la relif. gion, sur des lois égales pour tous, celle qui ré- I prouve l'esclavage domestique et Tesclavage de la glcbe, celle qui respecte les droits de Thomme <lans tout le genre humain , sans distinction de couleur ni de pays ; qu'on veuille nous expliquer pourquoi cette liberté est née dans le christianisme, et pourquoi elle ne se rencontre ni en fait , ni en droit , lû même en simulacre , que chez des peuples chrétiens. Le christianisme est et devait être le perfectionnement moral du judaïsme : or, la loi des Juifs excluant Tabaolue dominaiion de Tesdavage , Tavait changé déjà en louage de service , pour six années' seulement, sauf convention expresse et libre pour un tem& plus long , qui finissait au moins k Tannée jubilaire.
. Ainsi donc, au lieu d'attaquer notre religion par dea imputations fausses , par des exagérations malignes et injustes , il faudrait apprendre ce qu'elle est , il faudrait l'étudier sans passion , daus sçahistoire et dans ses monumens, la méditer dans ses textes et dans son esprit , dans les écrivains qui ont contribué a sa gloire, dans elle-même , en- un mot,
■ Dralcron., di. XV, ▼. i^, 17 et «9; Lëvît., ch, XXV, t. 19 et 41 •
494 ORIIVBES
et non dans les abus qu^elle improuve , dans ses dëgradations accidentelles et locales , pon dans rultramontanisme, non dans rhorriblc inquisition ni dans le pernicieux jésuitisme ^ ni dans les satins des incrédules. Il faudrait être assez impartial ot • «nssez éclairé pour la distinguer soigneusement dr son plus dangereux ennemi , le faux christicmismi^ qui , n^étant qu^gnorance et injustice , comipdn et domination, pharisaïsm^et machiavélisme, fom^ berie et parjure, excite et fomente les erreurs et les abus, les superstitions et les piersécu tiens, le despotisme public et la servitude privée ; ainm enfin les conspirations et les révoltes, qu^il faudrait quelquefois, non pas vouloir éteindre dans le san^, mais traiter comme des symptômes réels de griefc légitimes d'un juste mécontentement national, a»* quel il serait sage an moins de remc^lier par «les irforirics salutaires.
Quand on a, de cette manière, étudié la religion chrétienne, on y a reconnu qu'elle est une religion de science, de justice et de liberté, qui prosp'it dans la science , qui s'altère , s'aflTail^lit ou sVtriut localement par Tignorancc et le servage qu'imposent, de nécessité, le pouvoir arbitraire et le privilège réunis h la domination cléricale ; on y a yu que nous sommes tous frères par le sang et la oiiture, comme descendus tous d'un seul hominefi d'une seule femme, comme enfans de Dieu, qiù ne fait point acception des personnes ; ainsi r«»n comprend, sans dispute et sans coact ion violence
l)i: J.-U. LANJIJIIHAIS. 495
* OU artificieuse y que nous devons nous uiuier tous
* les uns les autres d'un amour vraiment fraternel, ^ qui détruit par la base tout esclaiuige public ou
■ Cette même étude nous (ait apercevoir que Jésus, m par un seul précepte ^ en rétablissant Tinstitution iB primitive du mariage , c'estk-dire, en abolissant la T polygamie ^ en supprimant ou restreignant le dis yorce , a rétabli pour tous les peuples chrétiens la st liberté dans le gouvernement de la ' tamille ' , et 0 par-lh qu^il a préparé la liberté dans le gouveme- K ment de Tétat. On y apprend qu*il faut provisoire- {: ment tolérer, en de certaines limites, le despotisme » public et Tesclavage privé , surtout lorsque , par il Fignorance et la commune misère, Tétat social est 0 comme dans Tenfance , et qu^on ne pourrait atta- ^ quer brusquement ct% deux abus sans causer de pires désordres. Ou y voit aussi qu'en elles-mêmes .j- les libertés raisonnables ne sont au fond que les dé f Toloppemens de layraf^rmV^ naturelle et religieuse; f on sent avec joie que cette double fraternité est une force vive et continue qui doit produire sur tout le globe ses précieux développemens , enfanter partout des rois constitutionnels, des constitutions libérales, franchement, fidèlement observées. •. Ijesclaçage domestique , fléau corrupteur des maltries et des esclaves, a disparu déjk chez plusieurs
• Vojei YEsêai d« F, -V. Rainhard , sur le Plan formé par le Fondaitur de la Religion Chrétienne pour le hovheui tlu genre humain ^ cb« !▼• In 19, \ht§Atj 1799.
490 œuifiiRs
peuples chrétiens^ et il s^ëtemdra cliea tous les peipies de la terre ^ suivant la raison et les maiinM de rÉvangile.
Il sont bien inconscquens les prctendus ngn qui ont toujours rhumanitë sur les lèvres , et fi en ruinent le principe autant qu*il est en en, lorsquMls enseignent si légèrement la pluralité primitive des races d'hommes ; et quand ils affectttf d'attacher aux couleurs des infërioritës absoha d'intelligence , ressuscitant la folie païenne de ca anciens raisonneurs qui prétendaient légitimer i'» clavage et le fonder sur la nature même.
De la religion civile proposée dan» le ConinU Sotiiâ.
jtuÊi ommêM immmmm n^/à». ViM.
Toui ont of ^ In crtma ëoonn* dr tarr Uw biN
qui DA croyait pai comme «m.
Puisque , selon notre auteur , la religion cbrrtienne, celle même qu'il appelle sainte , sublimt et véritable , est contraire à C esprit social , a k force y à la durée des états , il a dû chercher quelque chose de meilleur ou de moins mauvais: ctf croyant en avoir fait la découverte , il a créé ptf la loi une nXx^WïW purement ci^^Ue ^ une profesii» de foi quon ne peut pas , dit-il , forcer de cmirtf mais qui est telle, qu on peut bannir de Fétat q» conque ne la croit pas ; quon peut le bannir, non comme impie , mais comme insociahle , commt
incapable et aimer sincèrement les lois , la paix , M de sacrifier sa vie à son devoir. Si quelqu'un > :^rès oi^oir publiquement reconnu ces dogmes, se ponduii comme ne les croyant pas, qu'il soit puni fb mort y il a commis le plus grand des crimes , fiar il a menti deççnt la loi.
. , M ab 8*il croyait ces dogmes, quand il les a reconmi , et s*il a malheureusement cessé de les croire , O Toilà donc puni de mort ;pour simple opinion , II;, fans avoir menti devant la loi; et s^il a cru de oaur comme ce Juif qui disait de bonne foi : Je wws. Seigneur y aidez mon incrédulité, et que 0Sê\is exauça , il mourra encore , par la loi du phi- >aophe , saus être coupable même d*un mensonge. Ne sont-ce pas là des corollaires de cette ipqui- .^on atroce émanée du despotisme des empereurs amains , qui fut en effet ' théodosienne , justi* SjBPne, et qui s^appela droit romain, comme d'au* barbaries * , avant d'être devenue papale y épis-
* F'ayez dans ce Yolome VHistoire Abrégée de l'Inquisition Reli-
.<# WamaçiU t U baiAnBMk inventa , dit>on , par
•n iStn «n Ittlift, mnm nae protoetioB étrangère, nW auqoW letonr an droit des Codes romaina et dee Pandectea ) k ea 1 9 eà , à cAté de qaelquet beaiix,axioniea , on trouTe etdaTaga privé, pobUcy sulMtîtntiona, afalme de déiordrea, tortavee, mreligîciite , textes incertains , incohifrena , cootradiotoivea» AlUittfa ridiculea , inextricables , mineuses pour les plaideorf • Cette lue raison écrite, avec ses impertinentes gloaeai ses étemda y et son océan dHnterminablea controTersea , est un chaos la joatioe fut plongée , maia offrant çar^t-là daa éolairs.de sens nom-* i. Ce diaos aenrit à combattre , adoucir, embrooiller» sonlsnir I, abattre enfin le fimesla régime aristoeratiqne et iéodal ; it III. 39
498 ÙBUVRBft
copale ou sainte, puis impériale d* Allemagne, jà
royale, seigneuriale, parlementaire, cslmiam
et genevoise ; enfin , adoptée en réalité par despKli
losophes 1 on vient de lire le texte de RoiiMa;li
en voici un autre plus remarquable tiré dahhh
sées Philosophiques de Diderot : « Quiconque» W
» nonce au peuple un dogme qui contredit h » le
» ligion dominante , justifiât-on de sa reljgioBfff W
» des miracles , le gouvernement a le droit des- |«ll
» vir , et le peuple de crier : crucifiez4e!^CfÊ »(
ainsi que Tempereur Julien , dans son discoon ■
cynique Héraclius , invoquait ce curieux apof^
thegme d'un philosophe de son tems : Tous cm
qui mettent en question sHl existe des dieur^ivt
faut pas leur répondre comme à des hommes fi
faut les poursuii^re comme des hêtes fawtt'^
lieu ne dit pas le nom de ce penseur expéditif, ^
il ne manque point de Tappeler : notre sage sirief
et t homme chéri d Apollon et des Muses '.
il*
fat comme on piédestal sur leqael on érigea la poiaMiice arbitrâc^ monarqnef ; il a foarni des écbafaadagei pour Htmx en E0«f ^ nooTeanx Codes Civils , et malhenrcnsement la partie inqoiataiiib ^ DonTeaox Godet Criminels , et le 83nitème pënal de la noo-fCTdtW' délits politiques. A moins qu^on ne rétrograde , il ne doit phnâff^ les nations ëclairëes qu^nn recneil de docnmens dliistoire et Smà^ \ l Dans son édit dn i4 mai i8i4 » le pape Pie Vil a recoBoa ^ ^W rùprudence romaine eit Min dédale où /oui éloigne des pnnafff^ dameniaux , etc.
* Un antre persëcntenr, qui, dans le vaste empire dela'Chiae.v^ appeler le hauirciel et le grand autocraie , a pensé an dis-aa*<* siècle comme Diderot et conune la sage sirène de rcapcicv J^ On lit dans nn édit chinoU en data de i8o5 : Ceur ami se pfA ^
.ousseau^ qui, à divers égards , mérite qu^bn Qore comme un ami de la yérité , comme un ifaiteur du genre humain, est plus modéré dans paroles ; mais que dire d'un philosophe qui pose de punir d'exil ou de mort la manifes*^ Dn d'une pensée, d'une opinion ; qui divise les yens comme les factieux ont coutume de faire; établit une catégorie criminelle , non pas de Editeurs, mais de ceux qui pensent mcd, une aude ceux qui pensent bien , et qui veut anéantir remière , comme l'inquisition extirpait les héques?
lonçoit-on quelque chose de plus atroce et€e ( furieux ? Si l'athée ou le partisan d'un déisme Jemeut hérétique se conduit comme s'il croyait déisme légalement orthodoxe ^ cel hypocrite tppe k la peine ; la loi excite et récompense son c égoïsme , son astuce mensongère ; il sera ré- 5 pieux , sociable, capable même de mourir vO' '€urement pour la loi. Que dis-je ! il pourra décer impunément les non-rconformistes réels ou tendus ; il pourra les proscrire , les immoler Une des mécréans , et lui-même ne pas croire Dieu.
^'auteur allègue en note un trait de l'histoire se retourne contré lui. t^ésar, dit-il, opinant ir Catilina, tâchait d établir le dogme de la
^ son% indignes d*étre considérés comme des hommes. Voyez la Iction an^^se de ce triste monument dans les Mémoires de la So^ ^ lÀUéraire de Bombay ^ tome I, page la ; Londres , 1819.
5oo OISUYR,Efl
mortalité de Vame; Caton et Cicéron se eonim taient de montrer que César ai^ançaii une doctrm pernicieuse à Vétat. £h ! que jxMivaient-ik Ue de plus, je ne dis pas sans hypocrisie , sans iniqoilp, mais avec quelque espérance de succès ? On ne faisait alors dans Rome que préluder au despodsor impérial , créateur de rinquisition ciwle an 4' ^ au 5* siècles, provocateur de rinquisition eccUàÊh tique au congrès de Vérone , en 1 184 > et prnw^ seur enfin du système de Tinquisition phiiosopkh que, aussi iuuestc que la pfcmière.
Le paganisme n'avait pas et ne comportait pv
da symbole religieux , ni de sen'ice habituel etif-
ghlicr ; il consistait partout en culte extérieur, col-
ii-dire en récits poétiques souvent contradictoifS
et souvent licencieux , en salutations , prostmr-
mcus, promenades autour de Tidole ou de Tautd.
eu sacrifices ou offrandes d'animaux ou d'homaci
eu processions , en chants, en courses vugaboodei
en orgies. Los paiVus du tcms de César n'avaictf
pu coiniallrc les dogmes, les écritures, la moraliv-
les sacremcns, les prières, la discipline; duchn<o^
nisme ; ils n'avaient pu, connue Rousseau, en bvv
un extrait arbitraire, une religion ('IrrtiqiierlwP
culte. D'ailleurs la mauvaise philosophie de ce iff:*
la, les mauvaises habitudes gémirales, et roiithoo-
slasme de la liberté, auraient fait échouer IVritrP-
prise. (laloM ne mourut-il pas en sVcriaiii ' l^
vertu nest quun vain nom ? (^uant h (-inTon.-HJ"
inirateur, traducteur, abréviateur des ouvr«f*
DE J.-D. LANJUINAIS. 5oi
le Técole platonicienne , on sait bien que hors la tribune, il disputait pour et contre Texistence des lieux j et que Pautre vie n^était souvent pour lui |n'un objet de doute , une théorie populaire , utie loGtrine exotërique ' .
- Rousseau lui-même a bien senti que les hommes défie contenteraient pas de son squelette de religion ûvile, sans instruction, sans temples et sans culte *. 3 s'est donc résigné , non pas k protéger les "ireli- {ions en vigueur , il tenait trop k son plan funeste^ nais seulement h les tolérer; encore sa tolérance isi très-bornée; il vous dit bien qu'il est danis de 'protéger toutes les religions ; maïs c'est en excluant Meutes celles qui sont, dit-il, intolérantes; ainsi lonc il soumet tous les citoyens de son utopie h sa ^Ugion ^i^ile y très*intolérante; il suppose», pour [a soutenir des juges et des bourreaux ; et c'est à grand'peine s'il fait quelque grâce a des systèmes ^pjày paraissant admettre son credo fort succinct; infirmeraient en se permettant d'y ajouter quelque bhose.
> Mais il se pourrait que des religions plus tolérantes prétendissent néanmoins rejeter ou modifier en partie le redoutable symbole ; ce serait , selon Rousseau, un crime d'état. Rbusseau ne peut donc Ipes vouloir que toutes les religions tolérantes et tolérables soient tolérées ; il ne le veut pas effeo-
* 'Warburton , Dwine JLégation dû M6ïs9.
* V. Conseils du Trône , P. Rousseaa faisant pour Fr^éric H le -rîta<d d^on p«t thëîame.
5oa œtJVREB
tivement. Toutes les religions qui en quelque poitf modifient sa religion civile , il les rejette par cède clause : a Les religions additionnelles au légal sjm' bole ne seront tolérées qu'autant que leurs dognm n auraient rien de contraire au desH^ir du ciiojtk^ c'est-k-dire rien de contraire ft la scrupuleuse Ibtégralité de ce même symbole y devenu le deroir civique le plus rigoureusement obligatoire.
Maintenant qu'est-ce qu'une religion tolérank} Vous croyez qu'une religion est assez tolérante, au moins légalement^ quand elle se contente d'étn elle-même tolérée , ou protégée du genre de protection qui serait accorde aux autres religions r^ çues dans l'état; quand elle fait profession de les souffrir toutes paisiblement, de ne les combattre que par des raisonnemens , sans violence , sans injures, avec les égards commandés par la fraternité natDrelie entre les hommes, ou selon la charité prescrite par TKvangile envers les hérétiques de Samarie Vous êtes là dans une grande erreur ; cette tolérance, qu'on était convenu d'appeler cii'i7^,pour la distinguer de la tolérance de non- approbation, laquelle était connue sous le nom de tolérance théologique , eu un mot , cette véritable ti^lérance ., qui doit satisfaire le philosophe et le chrétien les plu> ombrageux , ne suflit pas à notre législateur, à un philosophe tolérant par essence. Rousseau nenuB que point de nous dire : ceux qui disfinguerJ fintolérance civile et P intolérance théologique se tn*m pent à mon mns. En cons(iquence , il propoM* mif
in
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fi
ai
Irr
DB J.-D. LANJUINAIS. 5o3
Kciion légale toute nouvelle , consistant à supposer [ue les deux espèces aTinioléPCuice sont insépara- ^ies. En un mot, il faut (juç tout religionnaire qui L joute un iota au symbole pbilosophic|ue reconnaisse Ml qu^il a tort de Tajouter» ou qu^il est indifférent |u*OQ rajoute. Mais celui qui ferait k ce même sym- K>le quelque retranchement devra subir Texil ou la mort. Cela n^est compatible ni avec la justice , ni iVec le sens commun , ni avec.la morale publique, ai avec le respect qu^on doit h la conscience de chanxn. Ainsi Rousseau , pour nous guérir de Tintoérance par une tolérance soi-disant philosophique, reut que nous soyons absurdes et iniques , et même :ruellement persécuteurs.
Cependant la tolérance, jointe k Timprobation, nais accompagnée de la charité envers tous , est Scrite dans cet Évangile pur et simple que Rousleau veut bien admettre; voilk donc , sous ce point le vue, Fauteur encore une fois pris en contradiction avec lui-^même.
INulle part on n^ignore que cette formnle hors ie tÉgUse point de salut > signifîô d^abord point aie salut hors de la charité envers tous les hommes Joëlle ne rend donc point insociable)* Allons plus \oini elle signifie sans doute ce qu*a dit Jésus, quç celui qui ne croira point sera condamné; et ce qnue Jésus a dit pareillement , qu*i7 ny a qu^une bergerie et qu'un pasteur; elle sign^ç ce qu*a écrit saint Paul , qu^il n*y a cçàune foi; enfin que les adultes dans les communions réformées risqueqt
5o4 OKUYRES
leur salut en y restant par une erreur peut-être mi invincible ; elle ne signifie donc pas qu'ils sont oi seront absolument réprouves. Sont-ils déjk mom? le vrai chrétien ne les juge pas ' , et ne peut la jager, car il ignore leurs demieirs sentimebs. Soil-k vivans? la foi des chrétiens nous ordonne de croire qu*!ls pourront jusqu'à la fin de leur vie entrer dans la bonne voie; et la charité dëcrite par saisi Paul nous oblige de désirer, d*espércr de croire môme la conversion future des pdcheurs, et de prier pour que celte grâce leur soit accordée: car il n^est pas permis au chrétien de haïr ; il Ini fst ordonné d'aimer tous les hommes comme luimême.
Rousseati termine ce chapitre eu nous rappehnt que Henri IV, sur le point d'abjurer le calvinîsiDey écrivit h l'une de ses concubines, la plus diffamée dans rhistoire , et la plus exaltée quelquefois par une l)assc flatterie : Paris vaut bien une messe Ce uiot plus qu'indécent ne fut point le motif qui détermina Tabjuration de ce prince ; les historien attestent ' qu'il en eut un meilleur dans les insmictîons qu'il reçut des évêques, et dansTavcuqiK lui firent les ministres protestans qii^on peut birt son salut dans la religion catholique, ainsi qu'on k
' Je ne parle jtoini du inori ; Dieu seul est ton juge. C^eii a-' yeux de ce truit/re qu'il fst debout ou qu'il est iomhé, Saînt-BfntfA leltro Tii**, iraiirès saint Paul.
^ Voyer. Histoire des Projets de Hêunionj rtc , par N. T^bj?*»: Paris, i8'j4 > p^go 4*4 ^^ auivanlcB, pages ^cjjA ri siiivanlr».
DE J.-D. LANJUINAIS. 5o5
pouvait avant les modernes réformés , pour qui ce doit être un grand sujet de réflexion lorsqu^on leur demande : Qui étes-vous? et d'où venez- vous? dans quelle Eglise étaient vos pères? où se sanvaient-ils avant les derniers schismes ? combien de milliers de religions chrétiennes et différentes admettez-vous , puisque vous reconnaissez h chacun le droit d'en figiire une ? entre toutes ces religions , laquelle est la véritable, puisqti'elles se contredisent et qu'elles ne pieu Vent être vraies toutes ensemble ?