‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 2)Chapitre 43 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

Des Religions dans VÉidt.

U y a cent raisons pour éconduire l'auteur, quand il veut, sous pein» jd'exil ou de mort , imposeï* k tous le formulaire de religion qui lui est venu en tête.

De plus , il s'est égaré sur la distinction de U tolérance civile et de la tolérance ou intolérance religieuse ; il a brouillé les idées les plus claires et les plus simples ; on dirait qu'à force de préjugés tm calviniens ou philosophiques, il ne s'entend plus iui-»même. C'est qu'il se passionne et qu'il parle encore une langue mal faite, la langue ténébreuse de la scolastique et de l'inquisition. Depuis qu^il a écrit les notions de justice et d'ordre social ont été mieux analysées , mieux connues; la politique relative aux religions, redevenue plus cvangélique, a change de langage ahisi que de maximes; les goii-

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vemeffieiis éclairés n^admettent rien de cette coactiou religieuse et citrfle qui , dans plus d*aiie cobtiiunion chrétienne , suivant le.droit de Josbiiiei et des Décrëtales^ renversait , outrageait les droits de la nature ^ et détruisait devant Dieu le mérite d'adhésion et de choix , en détruisant la liberté morale. 11 n*y a plus de religion de F état proprement dite , parce qu'elle serait exclusive de toute garantie des droits privés et de toute liberté polmque ■ . Quand un sage législateur parle des religiom difTcrcntes et compatibles avec Tordre social , il ne songe pas plus a les tolérer qu*à les persécuter; il ne protège point la sienne comlne privilégiée; il protège également celles que la loi admet ; il établit et maintient la liberté légale de leurs coites. On sait aujourd'hui que la société civile n*est pas instituée pour choisir une religion ou la sincoper, pour composer et mettre en loi une religion édectiqtie f ni afin de punir Tathéisme , Thérésie , l'indifTércntismc , lorsqu'ils ne troublent point direo temcnt la paix de Tétat. Toute contrainte en pareille' matière est injuste et corruptrice y puisqtrdle ne saurait avoir sur la conviction intérieure la pltis légère influence. La société civile existe précisément pour conserver , par des formes appropriées a son but, et pour garantir a chacun la sârctc de sa personne, la jouissance de sa propriété

■ Voyez l'Essai de Au Daitnou sur les lÀhertés IndivùiueUn ■ y (•dition, Pnris , 183'i, I" partie,^ rh. t ; et les Constitutioms Fiwf tMisvA , liv. H , ch. ^1.

et de son industrie, un droit sociiil sans privilégesi et particulièrement la liberté 'jpersonnelle , d'opir nion et de conscience, de croyance et d*incrédulité, la liberté aussi d'exercer en commun , s'il le veut , la religion qu'il préfère.

Tels sont les droits inaliénables que l'homme tient de sa nature , c'est-kdire de Dieu même , et cgeux que la religion chrétienne suppose, approuve, établit comme pouvant seule assurer une prix immense aux vertus. Ainsi, en fait d'opinions religieuses ou antireligieuses , le législateur et le magistrat n'oxit aucun droit d*en punir l'absence ou la manifestation , s'il n'est prouvé que celle ci a été laite dans des circonstances qui constituent un délit , un crime , c'est-h-dire un véritable attentat k l'ordre et a la paix. Les lois, ou plutôt les contrelois en opposition avec ces principes ne sont que de cruelles iniquités. L'homme est naturellement religieux , c'est pour lui un besoin; c'est là sa grandeur, son bonheur, sa consolation ineflfable y c'est le ciment de la société; aussi la plupart des hommes professent , même extérieurement , une religion commune; mais devant les lois, chacun doit rester juge suprênie de la vérité de la religion qu'il pratique , et de la fausseté relative des autres. Comme législateur, comme magistrat , l'homme n'est ou ne doit être, à vrai dire, ni tolérant, ni intolérant, ni sceptique , ni éclectique , ni athée ; seulement il ne juge point les religions sous le rapport de vérité ou de fausseté ; mais il est également }uste

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et impartial avec elles ; il respecte le sanctuaiit inexpugnable de la conscience ; il déclare ëgafe* ment libres tous les cultes reconntis sociables; i les proté{i;e également tous ; comme protecteur, il en salarie quelquefois les ministres ; mais toujoun il les tient soumis h sa police extérieure ; il ne Ifor laisse que Tautorité de renseignement et du serrioe religieux reçu dans Tctat , aiin qirils ne dey iennept jamais des prétextes ni des moyens soît d^opprimer, de perséctiter les particuliers , soit de trotibler la paix, la décence, Tordre public.

l)e cette théorie , si Ton passe il la pratique, ou trouve les législations nouvelles pnrttigëes en trois systèmes.

Dans le premier, qui e^t celtii des Anglo-Ainrricains, la loi protège tontes les religions et n*fti sidarie aucune ; il y a nécessairement entière liliertr de cfuiscience, sans qu'il y ait de riniliflTérenlismf plus que sous dos religions dJiFôrmles.

Dans le second systrme, qui est celui de Li France, il y a une religion très*iniproprt>nient qualifiée relifçion Ht^ fétat , et qui est sahiriée par l'état; mais les autres cidtes établis stint libremeni exercés, soit que Tétat en salarie les mînistrrs. Hoil qu'il eu fusse payer les (Vais par les co ndiginnuaires, soit ({u'il ne veuille pas s\)ciruper de cet obj(*t. (le plan mixte nVst vicieux qiiVn parolrs: mais ce mauvais langage amène trop aistimeuC a Si suite les grands ainis, les mauvaises lois« les in.iD- >ai$ jugemcns, les mauvais exemples rt les in.in-

I)K J.-n. TANJUINAIS. Soç)

vaises coutnincs. Ces ulnis, on ne peut les provenir oti les rcpriincr, s'il n'existe, pour choisir les membres de la chambre dleclive, des lois, des réglemens, des usages qui assurent la liberté des élections » celle de lu presse, et lu punition de tous ceux qui détruisent ces libertés, ou les changent en simulacre par violence ou par artifice , par lettres circulaires , ordres écrits oti discours de vive voix; surtout il futit.de sages lois sur la police extérieure des cultes, avec des tribunaux légitimes , yigilans, doctes et modérés, pour mettre ces lois à exëcufioUy connue faisaient atitrefois les cours de parlement, mais sans qu'ils s'arrogent ouvertement • ni par subtilité le pouvoir législatif.

Enfin j dans le troisième système, qui est reçu en Espagne, en Portugal et dans tme partie de r Amérique Méridionale, on ne laisse de liberté de culte que pour la religion catholique; c'est détruire la liberté de conscience, multiplier les hypocrites et les profanateurs. Une grande partie du clergé protégé de la sorte a souvent d.e lui-mâme, ou soudoyé par des étrangers, excité, dirigé, produit activement les horreurs de la guerre civile , sous prétexte de servir la religion et le despotisme. Voyez rr.spagne, non \)[\slihdrce, nuiis transformée en un théâtre affreux d'intolérance, de vengeance, d'anarchie I de crimas et de misères!

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