‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 2)Chapitre 44 sur 49 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

ADRESSÉE A M. B"^ ?ÏIÂ , AVOCAT , A HARSKILLK.

Paris , lo mai iStl

Monsieur , je n'ai point ravanlage de tous connaître, si ce n*estpar la lettre que j*ai reçue, signée de votre nom et de vos qudités, et datée de Marseille , du 8 avril dernier. Cependant vous me demandez , mais avec beaucoup d*ëgards et de témoignages d'estime, dont je vous remercie, quels sont au vrai mes sentimens religieux , et quels en sont les motifs.

La seconde question est infinie, j'y reviendrai en peu de mots, et je la traiterai un peu k l'avance.

Sur la première, je suis chrétien et catholique; je l'ai été toute ma vie , grâce a la divine miséricorde. Je le suis par habitude, par sentiment, par conviction la plus profonde, après des études immenses du pour et du contre, faites avec le jAvs

' Cette lettre aurait dft être place'e en tête de ce Tolume dont die «I rintroduction naturelle : raaii ellcn^ëtait pas dam let papier* de raolnr, et lomqaVlle nous a et^ reraiie , PimpreMion du ▼olame était pmqv terminée, lia déclaration de Tauteur, qu^il n' écrit pas pour U pMic , ne noui h, point arrêté , parce qu^i/ y a tenu et convenance pour tout» comme il le dit ensuite. ( lYote de V Editeur, )

DE J.-D. LANJUINAIS. 5ii

sincère désir de connaître la vérité; en priant , en agissant dans la retraite, au milieu du monde, mais selon les règles générales de TÉvangile et de l'enseignement de rÉglise.

J'ai eu des liaisons soutenues avec Dupuis , avec Volney, son prosélyte , deux hommes dont Tautorité vous parait si imposante. Us m'ont honoré constamment de leur estime et de leur amitié , connaissant bien mes principes et ma conduite. J'ai lu, relu, analysé leurs ouvrages,, et je m'afflige encore de n'avoir pas aperçu la possibilité de les ramener à des sentimens chrétiens. J'ose en accuser l'orgueil de l'esprit, et l'abus de l'érudition la plus fausse, la plus chimérique.

Exemple : Tous deux nient l'existence de Jésus- Christ, parce que le jour de Noël est célébré le premier jour du solstice d'hiver, par la condescendance d'un pape aux habitudes des payens , qui celé- . braient le même jour leur fête du soleil invincible'; et cependant Jésus-Christ, suivant les traditions des Eglises àHAsie, n'était point né au 25 de décembre, ni même dans ce mois. Pour ce chétif rapprochement, inexact h tout prendre, vouloir nier la prédication et la vie humaine de Jésus-Christ , n'est-ce pas rendre inexplicable l'existence de l'Ancien et du Nouveau Testament , et de toute la bibliothèque des livres chrétiens et juifs depuis dixhuit cents ans? Yolney enchérissait sur son maître en confondant le Christ , c'est-à-dire l'Om/ sacré, le Messiah, avec un héros-dieu de l'Inde, Chrishna,

5i« OBUVBfiS

c^esl-h-dirc noir, on sanscrit , et dans les quaranli langties indoues dérivées du sanscrit. Que de graw erreurs pour détruire des faits, des monumens qal couvrcut la terre, qui relèvent et consolent ThuiDinité ! Je votis abandonne le prétendu cliristianisne de Chateauliriand , sa religion de Paris comme a religion de Londres, si bien a]ipréciée tome III da Concordai de Tabbé de Pradt. Quant b La Meanais, il n*a guère que son style imité de Jean- Jacques , et son blasphème : Qtie depuis trente ans, la lecture de rÊcriture^Sainie a fait commeiin des milliers de forfaits. 11 faut remonter plus haut; il Ihullire et méditer cette Fcriture-Saiute, etks Pères do TllgHsc et Bossiiet. Bossuet! et luemeFénélon, bini moins habile et bien plus subtil, et si justement condamne, et pourtant si admirable dans ses chefs-dVinivre. Il faut leur joindre Pascal, Arnaiild et Mcole, Kourdaloue, Massillon et Duguet, etc., etc., et lire les psaumes et les prophéties expliquées par notre vénérable pixfsidcnt Agier« qui vit encore. Je vous abandonne le rc!*;îine des jésuites anonymes et pse\idonymes , et leur ou notre aristorratic anti-c:oiislilutionnclle et incorrigible. Ce ptMiplc lionorc Dieu du bout des lèvrcvs, cl méprisa le (^ourc huiuaiu. iMallieur a vous, scribes et pharisiens, c|ui nt'toyez les bords du vase, et laii^ sez TordiuT au fond; (jui n*enlrez pas, etcpiieup£chez dV.ntrcr!

[Maintenant que vous connaissez la nature de mes sentiuieus religieux, vous eu demande 7. les moti/i.

DE J.-b. LAlfJUINAlS. 5t3

Ce sont ceux qui , depuis le commencement du monde jusqu^h présent , ont détermine les patriarches , TËglise judaïque s et TEglise chrëtienne «t catholique dans toutes leurs doctrines. Ce sont les M>lides réponses que l*on a faites dans tous les tems aux athées , aux adversaires de la révélation , et à toutes les communions séparées de HÉglise catholi-^ ^e. Les études sur ces motifs sont vastes et inépui* nUes. Je m*en occupe encore tous les jours avec plus Qu moins de succès ; mais je conçois que Ten* leignement de TEglise , et la connaissance des faits et des vérités fondamentales de la religion sur la foi et la morale 9 suffisent aux simples fidèles, et que rignorance des plus simples chrétia^s, qui croient et qui pratiquent , qui ont la foi et la cha« rite f suffit et vaut mieux que des études immenses, que tous ne peuvent pas faire, et que beaucoup font si imparfaitement et si vicieusement. Pour avoir me ingère mais plus que suffisante idée de ces grandes études dont je parie , souffrei que je vous renvoie au Dictionnaire de Théologie dans VEn* ejrclopédie Méthodique , in>4*, 3 vol. Il y a lii de quoi vous occuper long-tems. Ce qui m*a touché le pluS| ce sont les Saintes*Ëcritures. C*est la voix majestueuse des prophéties qui ont eu leur accom* plissement; cVst la sainteté des Kvangiles; c*est le frit miraculeux de rétablissement du christianisme par des pécheurs et des ouvriers ; c^est le spectacle que m'offrent les juifs qui éprouvent le sort prédît.

et qui portent sur leurs épaules les saints livres m. 33

5i4 OBOVEES

de 1* Ancien-Testament ; c*est celui que .me donnai les athées , les déistes , et les docteurs des comi» nions séparées de la catholicité. J*avoue (pielare* ligîon a ses côtés obscurs, et ce doit être; maisdk m*offre des torrens de lumière dont je suis cooi accablé. Il est vrai que ma vie fut toujours wt^ Je n*âi jamais senti d'intérêt b ce que Uiea et a révélation soient des chimères ; j*ai vécu ayec li grâce ) selon les principes de ma foi. Je ne mVi suis pas caché 9 même en 1793; et c*est enjjMitt comme chrétien que }'ai été dix-huit mois tuabk i vue. C'est comme chrétien que j'ai ctc, avecks^ cours de Dieu, courageux et constant dans ma carrière politique. Je n'ai point cherché les choses do monde, et Dieu me les a données par surcrob- Excusez ces détails par la situation où vous ine placez y et par mon vif désir de repondre h vou*e aitente, afin d'être envers vous, qui me faites IIiodneur de m'interroger, un des instrumens des bonté de la Providence. Demandez avec sincérité et avec humilité, et au nom du divin Sauveur, et il tous sera donné. Cherchez et vous trouverez, frappes et il vous sera ouvert.

Vous parlez du déisme, et de votre intérêt pour les grands hommes qui l'ont professé. Médites farticle Déisme dans le Dictionnaire que je vous n indiqué j et quand au sort des individus, fiez-vous dans la sagesse, la justice et la bonté de Dieu. Voos n'avez point d'acte de foi h faire précisément sur le sort étemel de tel ou tel , mais bien sur ceci , q^

DE J.-D. LANJUINAI8. 5i5

Platon même enseignait : Omnes liomines in capile suo pecca^erunt; unum nomen dictum est Iwmi" nibus, per quod sal^i fieri possunt. Étonnez-vous d*apprendre ou de vous ressouvenir que, suivant Platon, Socrate attestait le besoin où sont les hommes dé rinstruction donnée par Dieu même ; et que dans le livre du Juste Milieu^ près de six cents ans avant Jésus-Christ , Confucius même attendait et conseillait et attendre le Saint qui deifait venir (par rapport à la Qiine) de l'Occident. Lisez les Psaumes de David, Isaïe et tous les autres prophètes , et méditez, comparez nos Évangiles, où je ne vois aucun mysticisme capable de vous repousser. Le mauvais mysticisme a été condamné dans Fénélon. 'G*est celui qui dispensait de s'occuper distinctement .de notre foi et de notre espérance , et voulait permettre d'offrir à Dieu , comme un mérite , la résignation de l'enfer. Sans doute vous n'appelez pas mysticisme les dévotionnettes dont nous occupent si fortement les jésuites et les hommoies de Içur école, de leur société née (comme disait la Sorbonne dès le milieu du seizième siècle), non pour édifier y mais pour détruire I

Je n'ai pas besoin de vous faire observer que •cette lettre est écrite pour vous et non pour le public, il y a tems et convenance pour tout. Accusezmoi réception, et veuillez agréer l'assurance de mes ' sentimens les plus distingués.

5i6 tR^eVREd

aae

NOTICE

tVE x^otnrftAOi itntTVL'é :

ZV h Religiên considérée dans sa Source^ ses FmmusHi Déçeloppemens j par M. B. Constart.

Cet ouvrage si redierché , si remarquable par k sujet et par le nom de Tautear, par le candèif germanique , presque nouveau pour nous y àa mtème religieux ; par le développement d^ane cnxbtîon très-vaste , enfin, parle vague et la fobdiilé d'un langage toujours pur, brillant et sonore, ce traité doit avoir quatre volumes. Nous comnençM à soupçonner qu*il en aura un plus grand nombit. pards que Tauteur aime k sVnfoncer en d*énonDei controverses littéraires, mythologiques, historiqna et critiques, dont ses lecteurs n'aperçoivent peulêtre pas comme lui toute la nécessite.

Dans le premier volume , il a exposa sa plûloso» phie et sa théologie , sa manière spéciale d*a|^Mn^ cier toutes les religions , et une histoire nouvelle do fétichisme ou des premières lueurs de culte et dr sacerdoce qu^on peut observer cbec les sauvagci.

Dans le tome suivant, il décrit la religion do peuples sortis de Tctat sauvage, et il continue soo histoire du pouvoir sacerdotal, considéré, sous Tancieu polythéisme , comme obstacle funeste à la

liberté el au perfectiomieincDt civil et vel%ieuii. tt. trouve cet obstacle chez tous les aEieiens^ excepté cbez. les Grecs y et il consacre un livre entier powr explicpier ce ^aud phénomène exceptionnel , pour montrer combien il est heureux , cent fois heur* rêux pour la race humaine, que les Grecs se soient affranchis du joug des prêtres , cooservanG seula cette liberté d intelligence qui permet à Vanue les élans les plus sublimes, et à Tesprit ses plus no^ bies déi^eloppemens . 11 ajoute : Si tous les peuple s édatrés ont pu s'éUs^er cm point de comprendre

ei d embrasser le christianisme, c'est, humaine*

ment parlant, qiie les Grecs, par leur propre éner^ gie» restant libres du joug sacerdotal , ont su conserver la vie de la pensée et la force niorale; c'est que Platon avait préparé les esprits à recevoir le ibëiame épuré par le divin auteur de la religioi^ cfaëtienne, et à résister aux tentatives violentes et obstinées des juifs convertis qui prétendaient faire rétrograder la nouvelle religion jusqu^'au )udaïsra& dofloriiné par les prêtres.

Le tome troisième contiendra : i"* ub exposé complet des dogmes et des rites qui entraient dans les religions sacerdotales de Tantiquité ;, %"" un examen particulier de Tauthenticité des épopées homériques, question, nous dit Tauteur,. de la pàu haute importancelitiêrdàve et philosophique,, parce que de sa décision dépend tout le système qu'il fanMè adopter sur la marche de tesprit humain , et que c'est F histoire entière de notre espèce; U

5i8 OKUVEB»

sera établi que la mythologie de P Iliade est ment homérique , mais qae t Odyssée n*est ni à même auteur, ni de la même époque, etqoVIe contient une interpolation très-notable relative ministres du culte.

Enfin 9 le quatrième volume doit présenter Fhih toire du plus haut degré d'harmonie et de poRk où est arrivée la première forme religieuse qmm soit présentée à FinielUgence humaine.

Tel est le canevas de ce grand ouvrage, ou M. B. Constant a regretté de n'avoir pas à-la-fois puhir tout sou travail , afin de mieux prévenir les attaques d'une orthodoxie ombrageuse et sévère, ï propos d'un livre dont les incrédules lui savent k plus mauvcds gré, parce qu'il a réfuté leurs alliques et n'a pas dépeint la religion comme sœm de tous les maux y ni la divinité comme une lahorieuse création de V imposture. Mais il ne veut ni taire une vérité, ni se courber devant une erreur: c'est ce qn^il a déclaré par une lettre publiée en 1824 dans la Rei^ne Européenne , n" 2, ii roccasioii de son premier volume. Nous croyons avff lui que tous les hommes impartiaux qui auront la attentivement son second tome, reconiiaitroulqnc Tauteur ne mérite pas les soupçons dont il se plaiuL ceux d'athéisme , de panthéisme j et même d*iin théisme qui nierait la révélation chrétienne, il sen toujours (rompté parmi les apologistes du chrUtianismc , c'est-à-dire parmi ceux qui ont caracii-riM' îwfc le plus de savoir et réfuté avec \v plus de \i-

DE J.-D. LANJUINAIS. Sig

goeur, outre les sophismes particuliers de l'ultramontanisme , les attaques des incrédules les plus fiunëux de tout pays et de toute dasse.

Son système ne satisfisût point les catholiques ; mais Tauteur est connu pour protestant, il se proclame tel , il a le droit de le faire , et il doit Taroir selon la raison , TÉvangile et la Charte ; son système peut encore ne pas convenir k la généralité des protestans, k ceux qui ont conservé la foi protestante du seizième et du dix- septième siècles, puisqu*fl n*admet point , par exemple , l'inspiration ni Tau* thenticité de bien des textes historiques de T Ancien Testament; mais chacun, dans le protestantisme, peut régler et limiter sa foi par son jugement individuel. Au dix-huitième siècle ^ il s*est élevé, en * diverses parties de l'Allemagne , une branche nouvelle de protestantisme qui fonde son christianisme sur un sentiment naturel. Et si Pauteur a écrit, tome I, page i4o : « Jja nature de Fhomme est lu source unique de toutes les religions et de leurs mocUficaiions ; » voici comme il s'est expliqué j tome II; page 289, 247^ ^^SeX. sSi : « Dans notre opinion sur le judaïsme, il n'y a rien qui nous sépare de la communion chrétienne à laquelle nous appartenons. Nous reconnaissons la réiféla^ tion faite à Moïse..*., nous reconnaissons la ré" ifélaiion chrétienne '..... Notre jugement sur des

' 11 convient , tome U , page 4^ > qu'elle n'est point perfectibU. , qu'elle es/ parfaire, Qae deyient doQC avec elle cette prétendue />e#v

5m OBUVRE»

faiiA pariieU est un hommage de plu$ à la ém^ mié des deux religions accordées par le cid m genre humain. > Cepeadant il a dit , tome 1 : i Li seotiment intime e$t la rëyélation même. » Et t. H, pages 221 et asa : a Ce que nous nommom nMlotion, d! autres V appellent sentiment intime,vi^ Peu ru)us importe : toute lumière yient de Dieu.H la révélation est partout où il y a quelque chou de vrai, de noble et de bon. » Ëa effet, cette dot triue est celle d*une brauicbe nouvelle de protesuatisme allemand, qu*on a souvent appelé simfJcoKDl religiosité, moui^ment vers le chriatianisme, w cliristianisme naturel. Cette doctrine , j*ai dn h remarquer ; je ne dois pas ici la combattre.

Dans notre annonce du premier volume, m Af(^/icar^ de juin 1824» ^oujiS avons paru estimer Topposition vigoureuse et génëneuso de Tauteur ï la doctrine do t intérêt bien entendu, c*est-à-di[t au fond très-mal entendu, puisqu^il u*y a , selon luiHoaeuKi , d'intérêt bien entendu que celui d'étrt juiilti et fi<Ièlo k la loi de Dieu. Malgré ce témoignage (restiuie dans lequel nous persistons , après avoir éclairci Téquivoque , nous croyons très-raisonuable et très^chréticnno ' la célèbre condamna

fMvUbilUé prrptitutUe et progressive selon la civilisation » celte pir fectibilitd qiio ranteur voit inveporable de toate forme de relifioa'Je fin forme , car, pour notre auteur, le christianitmc méinc ii*nl ^ forme et non reiiffion. (T. I , p. l'iS , 181 et iBa.)

' Il faut savoir ({ue de Torient h Toccidenl de TAcir , et m Einrf* romnkf en Espagne, en Italie , en Franc», atc. , le rldtarhcment abtali des «vnvres ft du culte et de la récompense a produit Iks plus haut**!

DR J.-D. LANJUiff A18. 5a»

tion <lo cet amour pur défendu à Rome par les jésuites , de ce quiétîsine qui fait lui seul sa vm extérieure et son culte extérieur (tome l , p. 48) ; qui délaisse el la vertu iC espérance et Tamour de Dieu comme récompense , deux choses pourtant recommandées par les Kcritures. Cet amour pur serait commode pour les cœurs tendres et pour ces hauts esprits qui, afin do perfectionner le serui^. /ii^/t< religieux ou %^ forme y ne voudraient souf* frir ni prêtres , ni églises. 11 est vrai que Fauteur adit trop légèrement , tome I , pages 58 , Sg et 6o , qoe la forme qu'if appelle aussi religion chrétienne ne meut point de sacerdoce , de temples ni daurtels, ni 9 etc. Il est vrai quMl a dit en son article Christianisme y tome YI de V Encyclopédie nouvelle, que Tautorité voyait dans les premiers chrétiens des hommes qui ne voulaient point de culte extérieur; mais il a déclaré^ tome II , p. 659 et 66o , quMl ne veut point PeAsence de tout sa^ cerdoce; que la société de religion est coni>enable aussitôt qu*on sort du fétichisme , et que le chrisiianisfne a des rites extérieurs; il a proclamé Tu* tilité d'un ministère d'amour et de paix, et les

ééÊOÊàtm , eacbét daai llnde losi le nom d^iinion a Dieu , choi 1m MiMnbDMU tous le nom de tou/ume , et en Europe fom celui de m/oUnosisme» ( f^(^*. mon Analyse de VOupneh'hai , ^of. les oqTr«|;e« Ai Boesoet wr le quîétisnie , et le trop fameux Tf^nme nir la ^c de rtfvéque Riocl , impruml ^ Broxellei en iSaS. ) M. B. Coiiftant a pu . •or ce iujet , te ranger de TaTii de Fvnëlon , improuve' par let calliolii|ues , lans donner lieu (fattaqucr le moindrement In pureté de te» ▼lies

5» CBU¥EES

exemples de œtlc ntilitié, il les trouve dans b moiiion qni est la sienne ^ et i£aii# /ei auire$

numions chrétiennes.

Mais est-il, selon lai, bien sage de se fier as raisonnemens qn*il (ait là-dessus, et même sur ton autre point ? Il ne saurait le Tonloir, pnisqo^ wt a^is (t. I, p. 73—79), en fait de rdigioD, il fai rejeter non-seulement Vauionié de la parole H h témoignage , mais aussi le a aisoh >¥ emert , pute qu*il ne conduit qtitm doute, et que la It^giftt fournit des syllogismes insolubles pour et ctmtn toutes les questions. Cependant H avait dit, p. 44 du même tome, que la logique est un besoin é r esprit, comme un besoin de Famé, ce qui aérerait la logique k la hauteur même du sentiment religieux; enfin , dans son ouvrage , maigre le mépris qu'il fait du raisonnement, il se flatte asMi souvent d'avoir prouvé, d'avoir démontré ses assertions de tout genre sur des objets qui ne som point matériels.

Ceci nous conduit .a examiner, en finissant, si le sentiment qu'il vante comme notre guide lepltu sur et la révélation même , il convient de s'y lier plus qu'au raisonnement et à l'autorité de la parole et du témoignage. Vous allez voir, toujours d'après notre auteur, par la nature du sentiment religieux qu'il invoque, et par les résultats de ce même sentiment, combien c'est un guide peu digne de confiance, combien il importe d'y joindre la logique j et même V autorité de la révélation divine

promise au commencement de notre histoire , selon les juifs et les chrétiens , cette révëlation que Socrate paraît avoir désirée et prévue par instinct , et que le philosophe Confticius semblerait avoir annoncée par tradition quatre siècles avant Jçsits- Christ.

Dans sa nature, le sentiment religieux , selon M. B. Constant, est une /acuité, un besoin, un désir de recevoir des communications menfeilleu'ses, de se mettre en rapport ai^ec la nature, autrement a{^ec ses forces inconnues. C'est une^a- *culié de Vame d'être exaltée, subjuguée en sens contraire de ses intérêts (sans doute mal entendus); c'est aussi V instinct, c'est la conscience, jïous averiissant du rapport des forces de la nature aifec nous ; c'est un ai^is de notre cœur,- c'est un moi^ t^ment; c'est une émotion naturelle, in{H)lontazre, universelle, indéfinissable et inexplicable; c'est enfin /suivant un texte de lord Byron, indiqué par M. B. Constant (tome I , page 142), c'est la méditation du spectacle du ciel et de la terre , qui ^ nous détachant de l'égoîsme et nous- dépouillant , avant le tems , de notre enveloppe terrestre, plonge notre ame dans le grand abîme.

Si tout cela vous semblait vague, et uny^ ne sais quoi, une idée obscure pour des Français, écoutez le reste (p. 80, 36i et suiv. du tome I), et jugez le sentiment isolé dont il s'agit , jugez-le d'après ses résultats. Il mène \et sauvages au fétichisme , k Ifli sorcellerie , aux sacrifices humains ; il mène

fs4 OBUTEES

rhomme civilisé ^ non juif ni dirélîea , €mux supmâiitions/ mais ces superstitions sani-^eUes donc i

/unestes?. sachons-^leur gré étembdlir du

plages sombres , comme le grand abîme de loré Bjron ^ et hàtons-nous de convenir qu'il j a id un bien relatif qui excède le mal^ le nudfiiA jamais dans ce qui est naturel; le véritable M», c'est la proportion ( avec les tems , avec diaqK époque de civilisation). Enfin, Tauteur ne diwmnle pas que le sentiment conduit k des formes qui soaK des dissolutions honteuses, des crimes harriUes,! des/ormes qu'il appelle avec raison abominaUut intolérantes, oppressUf es, scuiguinaires ^ maiic^eit la faute des prêtres surtout , et des formes ; ce n*cil pas ceJle du sentiment qui est toujours le/bnd. U faut se ressouvenir que toutes les religions ne soat que des /ormes; le christianisme, dans ses dogaOi sa morale, ses rites et sa discipline la plus générale, n^est vraiment ^u* une /orme ; il a cela de commun avec tous les systèmes de polythéisme, de superstitions et de dissolutions religieuses les phtt délirantes. Maintenant, lecteurs, voyez et jugei; éprou^z tout, dit saint Paul> e^ retenez ce quitU bon; à notre avis , i) y a certainement de trè»bonnes choses accessoires dans le système videui au fond de M. B. Constant.

DE J.-D. LANJUINAIS. 5iS

NOTICE

SUE l'^outrags IHTITIJLB

JDu Jésuitisme Ancien et Moderne , par 'M. d% t^RAUt , ancMii

archevêque de Maliflies \

Jésuitisme se prend ici, non pas seulement pour désigner le caractère et la doctrine des jésuites, des jésuitesses, proies et alliliës ; mais pour Tétat même <des jésuites et de leurs ailUiés, leur institution , leur conduite civile , religieuse , politique et morale , depuis que cette société existe. L'auteur, bien avantageusement connu par ses investigations , et par ses improvisations si faciles et si profondes , en faveur des droits du genre humain et des progrès de la civilisation , réduit tout son sujet k ces deux mots : (c Est-il bon pour le monde , que \e filet du Jésuitisme j sous lequel on fut si long-tems enveloppé , soit de nouveau jeté sur nous? »

Et d^abord , que sont les jésuites ? Cet examen par lequel M. de Pradt entre dans le fond de sou sujet , est amené par dix chapitres préliminaires

' Cette Notice , et les deux qai la «iiiyeiit , ont été imprimées ensem* Ue, en i8ti6 , sons le titre : Les Jésuites en Miniature,

{JYMe de rÉdkeur. ) 3 Pfrtis, 1895 ; Béchet a)né ; in-S» de 4$o pages.

5s6 OKUTRES

d*im grand intcrêt , et dont voici les litres : Dwtgers de la tendance de t Europe vers les dùcusions religieuses; Que sont les religions dans tôt', dre de la civilisation? Nature élu christianisme a son action sur F homme, (deux chapitres tmremarquables sur un sujet qui semblait épuisé.} Comment Faction immense élu c/iristianisme est modifiée par la ciifilisation ; Effets de la Eeligkm et de la Civilisation sur la Société; F Intolérance (autrement, le mélange si funeste du spirituel avec le temporel.) Discipline ecclésiastique, et .Voriage des prêtres catholiques (blàuië par Tauteur]; Effets de la Civilisation sur le Monachisme; Tableau des Ordres et des Congrégations religieuse!^ avant 1789.

Mais que sont les jésuites? L^aiiteur a partage cette grande question en dix autres cliapîtres sur La Grandeur (mondaine apparcnimcut) de /"/astitut jésuitique et sur le Génie de saint Ignace i sur les Progrès et t Histoire du jésuitisme ; sur le Bien et le Mal quont fait les Jésuites dans le* missions, les prédications , la littérature et rinstruction publique; sur le Jésuitisme comparé m monachisme grec; sur F Abolition et le Rétablis-^ sèment des Jésuites. Tout cela occupe cent trentfdeux pages, que nous allons remplacer par un tableau bien court, fort exact ncaunioins, etconséquemment assez décisif.

Les jésuites sont un corps monstrueux, aoticanoniqne et anti-légal , sans modèle dans tout^

DE J.-D. LAN1UINAI8. Sa;

rhistoire. Ce corps est , en France, et bien ailleurs, polyonyme et pseudonyme , et par escobarderie , ^ en rébellion contre les lois qui le rejettent ; partout où il existe légalement, il est en partie clandestin ; il est aussi ecclésiastique et laïque, séculier et régulier, des deux sexes , et de tout rang , de tout costume; son yrai nom serait les tels quels , selon le fameux général Ricci.

Pauvre par vœu solennel , il amasse continuellement tous les biens du monde ; il est commertçant; et par les dons, les testamens, les tours adroits , il s*enrichit sans cesse aux dépens des fa-

Protecteur des rois, car il fut créé (6n osa le révéler il y a peu d'années) , afin de consenfer les pouvoirs politiques ' ; exempt de Tautorité des ordinaires, et armé des plus audacieux privilèges nltramontains , contre les lois et les rois , les magistrats et les pasteurs du premier et du second ordre;

Constitué partout en instrument passif de deux monarques étrangers , le pape et le général ; mais résistant au premier, pour obéir plus servilement au second.

Abjurant pour soi le précepte divin de la prière coQunune; imposant aux deux sexes de fréquentes réunions privées , qu'il amuse avec des parades et

* Uinoite dûFénéion, par M. le cardinal de BeâaMet, tome I, pagei i5, 16.

Sft8 ' ORUVRBS

du mystidsme, avec des prières longues et répéiéa.

Dëyodeux bouffon , taerveineux dramaturge, directeur habile pour cmouToir, effrayer, nlifh guer les ignorans , facile et commode pouf captiver les puissans et les riches , pour en faire da hypocrites ou des dupes, toujours des servitenna des agens.

Agresseur perpétuel, corrupteur incorrigihieè la foi 5 des mœurt et de la disdpline catholiquo. * et donuaut même en chaire ses ëcrivainS' pour la sârs garans de la vraie doctrine ; fauteur en Aâe des rites idolâtres ; en Europe , des cr/i/ dé^Hdkmi aisées \ et du cordicolisme charnel et politîqBe, si fameux , si déplorable.

Voué très-activement h l'espionnage, hrincrigoe. aux délations, aux persécutions ;- pronioteor de rinquisition pour la foi, des ligues, des schismes, des guerres civiles , des massacres et des dragoonades.

S^inlcrdisant les évéchés, poursuivant, exploitant la direction des consciences royales, les cardinalats et la dictature séculière.

Ennemi acharné de toutes les libertés légitimes: patron ardeut , fauteur infatigable de tous les de»potisDies.

Convaincu d'avoir sans cesse troublé la paii

' Ces dévotion! procurent le salât h peo de frais ; en Toici onr : dila h U sainte Vierge : le matin , bonjour , Marie ; et bonsoir, Mane . en ^fMi coadNNit. Le cortiitiolùmê est «mot* plai frolr ; il wtÊH ^ posséfler nu de porter sur soi une image du sacre Co-ar.

DR J.-D. LANJUiMAlS. Sag

dans les ëtats , comme dlans les familles ; d'avoir enseigne , prêche , conspire 6n Europe et en Asie> Tassassinat des monarques , Tinterversion de Thërëditë des trônes ; d*ayoir , enfin , constamment et par tous les moyens y pour le triple intérêt de son opulence , de sa domination et de sa vaine gloire, MUS prétexe de religion et d^obëissance , maîtrise, opprime , au nom des papes et des rois , les papes même , les rois , les peuples et les plus doctes , les plus vertueux personnages.

^Yoilk ce que dépose Tfaistoire impartiale , et ce qui n*est que trop détaillé dans ses monumens'. « Ces reproches , en très-grande partie , furent vérifiés durant quatre années consécutives , par Clément XIV , et par lui reconnus , ou formellement bu implicitement, dans sa bulle tt abolition desjésuites, après laquelle il mourut, dans Tannée, avec toutes les marques du poison *. Et ces reproches demeurent irréfutables. Cependant, la cour de Rome , dans im bref abusif, où elle affecte par son style le pouvoir suprême spirituel et temporel.

' Voy. LeM JéêmUê CrimintU de Lète^Majeêté ^ i ^ol. in-ia| Péril y loui le titra de La Haie , 1 758 ; // Catechîsfno de* Oetuiti, cot^ foremui 5 , 6 7 et 8 , Lipiia , iSao , 1 ▼ol. ; les Lettres Provineiaies de Faacal i le Recueil des Asêertioiu des Jésuitei ; les RéquiêUoireê des Proeureurt généraux contre la Société de* JénùUs ; les Instruetions Poêtoraleê du due de FitarJamee , éuéque de Soissons , contre les JésuUes et contre les erreurs des frères Hardouin et Bermffer; la Bulle de Clément XIV^ du 31 juillet 177S1 etc.

* Voyez La Vie de Vlwéque de Pisioie, Scipion iticci. Bruxelles et Paria , i8a5 } in-8* ; Baudoin , t. I.

53o OCUVKKS

i^ rétabli les jésuites, saos iéforiner en rien les TÎca de leurs constitutions ; elle les a donc rëtaUis ei qu'ils étaient ^ soldats de la cour de Rome , «dessus des lois et du pouvoir royal et épisoopsi-, elle a invoqué ces fameux rameurs , si malheoraisèment vigoureux et expérimentés i elle a diihlMr sujet oui, et puis non, et enfin oui sous le prétuli que le monde chrétien les réclœnait iTune eeîr unanime; et pourtant , ce monde chréuen fiit uè»* étonné d'apprendre qu'il demandât ou désîtât Ici jésuites; et au milieu du silence général k cet égard, un roi de l'Europe ' fil entendre officiellement sci cris de douleur et ses. protestations énergiques. Pourquoi donc ce rétablissement pontifical des jésuites que réprouvent en France nos lois et nos jUbertés? Ce corps ne peut reparaître qu'avec des vêtemens où tout le passé est inscrit , et qui som l'uniforme de la gendarmerie d'élite du despotisme ; donc , il n'y a pour eux nulle restauratioo possible ou durable. Ils perdirent les Stuarts, et ils font les Stuarts des moines. Renaissant à Rome, ils y mourront encore 5 c'est leur avenir.

» Revenus par sous terre, ils envahissent de nouveau notre belle patrie; mais la France ne s'est pa* prononcée sur eux par loi de l'état, ni même par ordonnance connue; et , quant k présent , il serut impossible qu'elle se prononçât pour eux, du moins par une chambi^ des députés Mbrement et consti-

* I^ rot fie Portugal.

DE J.-D. LANJUINAIS. 53i

t^ttliottoellement ëlue. Les jésuites se montrent ; ils agissent- parmi nous ; on reissent leur présence ; mais f comme une hostilité secrète , une^ contrerévolution , une guerre qui Botenâoe les chamJires et les libertés légales ; ils se montrent enfin , comparons inséparables d^un parti qui ne peut soufirir les lumières , qui trouve la vaccine trop favorable k la population, qui veut un peuple peu nombreux et peu instruit , qui veut les droits d*ainesse , les sabstitutions , les majorats (et leqr stérilité immobile)., qui tolère 11 pouvoir des chambres ^ pourvu qn'il soit dans ses mains ; qui , après avoir demandé à fondre en arm^ sur les cortès , a dijBamé avec audace le traité d* Andujar, et remercié Ferdinand lie la banqueroute faite aux Français , en la faisant k l'emprunt des Cortès, dépense par Ferdinand lui-même.

» Le jésuitisme^ qui a parlé de tout, a*t-il dit un mot contre Tinfâme traite des noirs (on contre celle des blancs non moins odieuse) , ou en fevéur de la liberté d'Amérique ou de la Grèce; et n'est-ce pas fa lui que six millions de catholiques irlandais doivent rapporter la continuation de leur ilotisme?

» Les jésuites nous arrivent précédés d'une défaveur toujours croissante ; ils j feront participer inévitablement tout ce a quoi ils s'attacheront et se diront liés; religion, clergé, royauté, tout sera compris dans les effets de leur fatal voisinage..... Jugeons de Tavenir par le passé ; on voit dé)à la . guerre s'allumer dans la société ; des brandons pré-

53*1 OBUVEEft

curseurs apparabsent. Rappelonckiions la morale di corps jësuitique, et Tempire qu*il a exercé (qo*i reprend ) dans Tintërieur des familles ; comment 1 s^empare de Tesprit des femmes y des serviteurs d des servantes; comment, démon faniilier, il entre en rampant , et bientôt se change en tyran doncitiqiie *, une fois admis , impossible de s'en défiiire... Disons-le hardiment à toutes les familles , comme k tous les gouvememens : fermez vos portes aux jésuites, où renoncez à Fespoir de la paix. Sa première expulsion vous avait délivres de ce cmidkfmar"; leur retour va vous le rendrez G*esi comne un levain qui fermente, aigrit tout.

f) Le jésuitisme est d-ailleurs incompatible atec Tordre constitutionnel et la liberté de la presse. L'ordre constitutionnel e^t un gouvernement régulier; c'est le contrat social en action. La liberté de la presse est le contrôle dans la société ; c^est la seotinelle nécessaire aux gouvemans comme aux goaverués. Mais le jésuitisme ne veut que rarbitraire et les voies détournées , les équivoques , et TidU)lérance, et les persécutions pour de graves riens: il abhorre, il combat toute liberté civile ou religieuse.

» £t quel peut être son résultat final ? Son seul enseignement littéraire , fort superflu aujourd'hui le met en contradiction avec soi-même. Le père Porée avait formé Voltaire; les jésuites furent détruits par leurs élèves, et ce furent eu partie ces élèves qui opérèrent la révolution de 1 789, et méine telles des années suivantes.

» Ënfîn le jésuitisme , combiné avec la marclie actuelle du christianisme, annonce des suites nqn •moins redoutables pour les jésuites, et pour Tultramontanisme qu'ils préchenret qui les protège. Il y a dans la conduite des jésuites, dans les débats, les contestations qu'ils font naitre partout, quelque chose d'intraitable qu'on finit toujours par rencou- 1;rer, et 'dont les rois, les peuples, le clergé, le pape même , voudront absolument se débarrasser. Vous prétendez raffermir la religion, vous ne faites ipie montrer partout son masque ou son fantôme ; TOUS ne faites vraiment que l'affaiblir et la perdre , s*il était possible. Que signifient ces flots d'écrits qui vous poursuivent, et ces applaudissemens sans fia, quand rhypocrisie.est exposée aux regards du public ? Que veulent dire ces appels, au protestan* tisme, si ce n'est qu'on, vous fuit , et qu'on ne peut TOUS supporter, parce que vous êtes incapables de souffrir les autres? Vous ternissez et vous décriez tout ce que vous vantez^ tout ce que vous touches^. £n desservant l'état, comment serviriez-vous les rois, que vos doctrines et vos partisans menacent , k présent même et sous nos yeux , d'être destitués par le pape? Vous avez corrompu la morale, et TOQS'&'avez jamais su épurer les mœurs. Leur épuration en France date de la révolution et .de nos libertés ; vous vmiez donc , contre elle , rapporter les anciens désordres ,' en ravivant des querelles religieuses sans terme , sans raison , et qui. n'ont fait que du mal : on ne veut plufr se laisser prendre

534 ORUVEBft

k VOS dégniscmens. Ce n'est pas pcHir vous ifiie certains hommes vous évoquent ; c^est pour eux, c*cs pour leur service : vous u'êtes que les machinnde leurs guerres personndles. Les terribles épÎDCsi|ip vous reproduisez feront mettre en oubli vos sl^ yiccs plus trompeurs qu'utiles ; vous semez des Pb» bal et des Clément XIY , vous les retrouverez : voii votre destinée... Poor vous rétablir solidement,! faudrait détruire la nature de Thomine , soù c^ et son cœur. »

Voila un faible extrait des solides et briliaslci improvisations de Tauteur contre, le )ësnitî«De. C^est assez pour atteindre notre but , qui est de faire connaître cette nouvelle production si impor tante deTun de nos écrivains les plus féconds, lo pins célèbres et les plus utiles.

Ce volume est terminé par un Appendice de plus de cent pages , qui contient des pièces )ustiHcatifr» et des développemens, parmi lesquels on reanarqueni surtout les réflexions additionnelles sur la li* berté de la presse, et contre les projets déploraUn concernant la nécessité I(*gale de la bénédiction do mariage , et la tenue des registres de Tétat civil par les prêtres.

Sans doute le Jésuitisme est écrit un peu dam le style négligé des pampidels; diius ses tirades, ii arrive çà^.t-là que Tauteur se rép^^te, ei finit par sa pensée la moins forte et ie moins élégammeiM exprimée.

On remaiTfue aussi parfois que, sur le fond clff

l)K J.-D. LANJUINAIS. 535

choses, il donne quelque prise à lu critique. PuisaMf liiéme abstraction de In DiMey on ne pein plus dire €fue les ouvrages des Grecs seuls nous <^tii fait con-^ naître rimcienneAsie. /^ génie ^ in greindeuf de êainî Ignace sont des choses auxqueHes on n*G9l accoutume que dans quelques écrits des jësuiteerî On h peine à gdûter , ^ans correctif, làghiteti la grandeur d*}^ne soeiëtë religieuse qui a fait tftnt'dé mal et peu de bien. On ne compraidpa» quHl hefaille plus dire des jésuites qu'ils' oiit tué, Voulu tuer, déposer ou faire déposer leis rois, lor^ie; par eux et pour eux, on a souffert, même dans la cfhambre des députés, cette doctrine de déposition des rois; l()rs<iu*impunéménttamde)fv!res, h Lyon et k ï%ris , nous la prêchent en termes positifs ; lorsque , dans toute la France et dans tous les séminaires, on combat OU Ton déprime la déclaration si modérée du clergé de lOSa, qui est ii beaucoup d*égards un palladium des rois contre ces idées séditieuses. On ne sait pas ndn plus comment Fauteur a pu dire, page 33a, que les anciens jésuites fle sont dirigés sUreiment ai^ milieu du monde , lorsqu'ils ont été, dès avant 1702, continuellement censurés, condamnés, et quarante fois expulsés de tant d'états. Il nous maïujue donc, véritablement, encore aujourd'hui une bonne histoire des jésuites, avant et depuis. leur abolition et leur rétaUissementparPie'YII. ).»

/ M. rarchevéqufî'deAlalioes, dans un appendice, déclare c^xvt^Y usure (saïas dcnite rÎDtéré^ de.rargeni

prête) est défendue par la religion caiboUqu. Cette religion, nous croyons Tavoir prouvé {Voju t. XXYIII de la Revae Encjrclopédique , p. 861)^ ne défend dans le prêt k intérêt que les injusbc» acddenteUes y comme elle les dëfeiid dans tons I0 autres contrats licites en eux-mêmes.

Mais qu'est'ce que tout cela, sinon des taAa légères , dans un ouvrage en sonune très-bon^ largement conçu en vue d'un grand bien public , rapidement composé , selon que l'exigent les teins, exact en religion, en morale, salutaire en politique, écrit d'inspiration, avec une éloquence entrainanle, et avec la logique irrésistible des faits les mîeox avérés , les plus notoires ? * •

NOTICE

SUR l'ootragb iHTiTura :

Bèflexions sur le Procès du Constitutionnel et du Courrier^ de,

par M. l'abbë de La Mennais.

(Paris, 1826 y in «8* de 4^ P^S^*-}

Il faut bien en convenir, puisque c'est un fiiit public, les glorieux arrêts de la cour de Paris, qui ont avec tant de justice et de haute sagesse , rejeté l'accusation de tendance contre les deux journaui défenseurs les plus constans de nos libertés civiles

ht religieuses, demeurent inefficaces. Ils n'empê- Vdbent pas les jésuites , abolis par nos lois , d'e;dster Bn France et de nous régenter; ils n'empêchent pas t*aasociation secrète qui en veut k nos lois fonda * ^nentales , de continuer ouvertement la guerre aux principes, de répandre le trouble dails les conlteience9»trop peu éclairées, d'exciter le faux zèle i^des hypocrites , de diffamer Bossuet et le clergé de iton tems, enfin les doctrines les plus anciennes, les ipIns.éTangéliqifes, les plus nécessaires k Tindépenidance du trône et k la paix de Tétat. Voyez le^ ^Nauçelles Réflexions de M. de La Mennais. 9 Get écrit k deux objets connexes , m^is très-distincts ; Tun , indiqué par le titre , est simplement de décrier ces deux nouveaux arrêts , qui ne seront 'jamais cités dans nos annales, sans que l'histoire décerne aux magistrats qui les ont rendus , et aux irvocats qui les ont préparés , un tribut de louanges les mieux méritées ; l'autre, dissimulé, caché sous I m titre illusoire , est la défense officieuse et audacieuse et ridiculement sophistique de ce vicaire de LjTon qui a publié dans un imprimé sa haine éter^ neUe contre les quatre articles du clergé de France de 1682, etc., etc., et dont le procès criminel s'instruit , dit-on , actuellement ' •

Voici d'abord comme s'y prend l'auteur pour décrier les arrêts; il allègue vaguement l'i/ico^r^/ice

• n a ^ mu horf de pr^attion conuie inieiiië.

536 CACVRRS

et I» contradiction; puis i) répète , dans le stjrkb pliifli serré, leplos énergique, les chefs les pitisapffr rens de raccusation de tendance; il concentre b bilement les zéros de crime , ponr faire croiren erimes réels que la Cour royale n*a pas sa défloivrir;* il veut bien reconnaître ensuite que foui M fini sur la question légale. ■

Eh ! quelle autre question veut-il doift agilff? Il s'en prend an genre de défense adopté dans m deux procès ; les avocats, dit-il ;» n^ont pas nHlrn faits; mais il n^ajoute pas, ce qui est vrai, qali les ont démontrés. Il cherche appui dans les ofl^ gâtions très-précises de MM. Bellari et de Broe; mnis il oublie que M. de Rroë a tacitement abandonné une partie des allégations de M. Rellarl: I ajoute que la couru penché la balance contre la procureurs du roi en /acteur des avocats, comne s*il y avîiit dans tout cela nouveauté , irrégnlariM. chose remarquable ou ignorée de ses lecleim.

Mais /es aufK^ats , dit-il , sont i*on\^enus sans dijf! culte de la diffamation. Ce fi*est lu qu'un dff sophfsmes de mot ou de style, qui font si sntnesl toute la force des argunicns de M. de La M- Il continue dans le même genre et avec la même faiblesse : T'^oules'Vous honorer le clergé , racf^mn au peuple TOUTES le s fautes individuelles du prêtres , etc, 1! éloge TACITE des bons prétns sera la récompense temporelle de leurs vertus- li se plaint de ce récit trop fréq^teni ; mais jiu mnins-

^•Vil est trop fréquent, peut-il être mis à la cburge s .4M-joumaJiste» quand ils racontent des faits pn-

». 1 1 {dernier grief : Les avocats se sont rendus accu-

i. *^mteurs; ils ont fait de vieilles déclamations contre

p sJRPft^i* or, r Église n'a de vie et de force que par iMy? chef. Reprenons : accusateurs, de qui? de

^•^lix.qifd, nu mépris de la raison et de la dëclara-

I •|JMBA*de:t^3, impriment impunément, èi Lyon et ^- Paris, que le pape a droit de déposer le roi; qui

^ ^blient la formule de pétition des états-généraux k présenter au pape contre les rois dyscoles; q^i

^ jaAettfiqt aux voix de leurs paroissiens la damnation 4^ I.40uîsXyin et de Charles X, pour avoir donnée

I Jun^ la Charte ; qui séduisent le peuple ignorant , iKHi^^roineitent la religion par de ridicules miracles jijt de sottes légendes ; qui enfin rétablissent et înpipjiiennent î^ corporations dangereuses y supîfffwées et aiUi*-légales.

•n Honorons I nous catholiques , le chef de notre j^lise» iwis Conservons le palladium de nos quatre jWtiçie», Condamnés par Pie YII, pendant qu*il

. 4Mfût: i^gratter expressém^ent de ne pouvoir pas ^jiKÇiMer le» Géoràtales qui commandent contre les

' |l^|[)^j(i(:|ties^ les^ destitutions , les croisades et les conlifiOatÀ^ns t et qui dispensent de leur tenir le ser« jQ^nt d(^ iidéUié.. La cour de RrMFne n^es% pas Rome; hi:COwd^ Rome n*est pas mérne Téglise diocésaine irie Rome» et toute Tlvelisc diitoésuiiM; de Rofiieest wif^rieure a PEglise catholiifue; eulin, le sort des

54o dEUYRBS

décrets de Rome dépend du consentement des lé- 1 " gislateurs, et de l'assentiment de toute cette Église. ^

Dire que celle-ci ri a de vie et de force que fm son chef y c'est mauvaise rhétorique , et c^est errtor et blasphème. Saint Pierre fut- il plus apôtre^ les onzes autres , et que saint Paul , tous honoià de la mission divine et apostolique? N'est-ce net que toute l'Eglise moins Rome? Fandra-t-il Sn anathême aux conciles œcuméniques décrétant lev supériorité sur le pape, déposant les papes rivaux, et leur nommant des successeurs légitimes , reconnus a Rome et dans toute l'Eglise ?

L'auteur promet de discuter, dans un écrit ^ cial , sa ridicule opposition aux quatre artîdes de ] 1682 , et en attendant il a l'audace de soutenir, contre les deux arrêts de la cour royale et les pmves citées dans les plaidoiries , que la loi qui ordonne renseignement de ces articles dans les &cultes de théologie et de droit, n'est pas loi de l'état; qu'elle ne peut pas Tétre; que c'est un pur acte de despotisme de Louis XIV. Voilà commf il traite l'une de nos lois fondamentales, ohsenrff fidèlement jusqu'en 1789, et renouvelée par nnf loi de 1801 . Quoique , pour d'excellentes raisons, le concile de Trente n'ait jamais été reçu en Francf. il s'appuie de ce concile pour attribuer à l'autoritf spirituelle le droit d opposer des empéchemens Jirimons au contrat de mariage ; il s'en prévaut poïir applaudir a des prêtres perturbateurs , qui osent traiter de concubinage le mariage fait suivant le»

DE J.-D. LANJUINAI8. 54i

^formes de n^s lois , formes qui sont en parfait ajc- ^ord avec la discipline générale des seize premiers .lifedes de TÉgliée catholique ; et il se fait argument jHe son absurde système de concubinage ' pour jus- . fifier les refus arbitraires d inhumation ecdësiasclique.

I, Il n'est pas nécessaire de combattre sérieusement da pareils excès ; mais il est bon de montrer par quels sophismes de mots ou de style Tauteur essaie d*appuyer sa guerre inconcevable contre la raison , rancienno discipline générale de TÉglise pendant seize siècles , contre la Charte et les libertés gallicanes , si précieuses tant qu'il y aura des catholi- ^ qnes dans le royaume, et que les excès ultramontams n*y. auront pas effectué Tapostasie qu'ils préparent. " Puissent-ils ne l'opérer jamais ! puissions - nous , rester catholiques, c'est-à-dire, intégralement chrétiens, mais toujours fidèles h l'antique discipline, k nos usages propres , toujours gallicans ! ' Il appelle ses erreurs sur la validité , les formes , du mariage , fidélité aux lois de l'Eglise. Etrange abus de mots ! L'Église a des canons, c'est-k-dire des règles intérieures. L'Ltat seul a proprement ' des lois, parce qi^'il a seul des. règles armées de ' force coactive extérieure. Comment peut-il dénier I que l'Kglise , considérée par rapport aux lois , est ' dans l'État, et que les premières règles de l'Église

* Ia% ritei du mariage civil luffiiexit poar ^*il loit légitime , «t romi»fkm du rit nuptial Mcramentel nVit pai un péché , peccatum , non ûêt. .. Gmon du pipe Nieolaa l**, ad Bulgaroê , Tert rtn S6o.

(le France, après l^Kvangfle, sont les qtiftre atfkb. de 1 A82 ? >*est-cc pas là an droit «certain et un U historique? Kst'ce que des figur^ de rbétoriqM*. des sophismes , des argoties peuvent dctmire b raison , les faits et Tautoritc des siècles. Il appdk les antiques vérités contraires h ses lubies, ne raison toute neui^e, une déraison prcnUgieuse^ fa ruine de la religion l

Il appelle ces jésuites pseudonymes , profès m ainiiés, ({ui tiennent ou surveillent en France bewcoup de séminaires légaux et illégaux , il les nonanr littéralement, le clergé y ï Eglise gallicane, If clergé et vingt millions de Français. S*ilséuîenl rïCglise gallicane y cette Kglise aurait doncTirir sur les plus importantes maximes , et conséqucmment , elle aurait elle-même détruit sa considmtion VA sa gloire , elle se serait rendue incompitihie avec rindépendancc de la monarchie. Lois d(î nous des fictions si injurieuses et si afiligeaotes pour les catholiques!

Lors(|u*on lui dit que ne pas contester au pape le droit de déposer les rois, c'est reconnaître cette prélenlion déplorable et anti-évangélique , c*est attaquer 1(^ trône et son indépendance , il n-pond (pu; ces alarmes sont feintes et hypocrites ; il méconnaît les leçons continuelles de Phistoire. et in fameux regrt'ts que Pie VII exprima otnciellenieDt. de ne pouvoir plus disposer des troues.

Dtilendre cette précieuse déclaration de w>Sj. vKscr quitlilier \ïultramontains et de jésuites, les

l^ésuites pseudonymes (jui nous assiègent; il dit que

Jc^^st préluder aux proscriptions révolutionnaires.

^Geux qui rejettent avec lui Cette même dëclara-

fAon sont y à son avis / des Français fidèles, par

, «fpili même j à la foi catholique; que furent donc

Jiurs illustres prédécesseurs ^ sans excepter Bos^

jritaet y que sont tontes les Églises , qui ont autant

de libertés que la cour de fiome a d*injustéà' prë-

^ientious? 11 répond follement : Cédez à V Église

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