ANTOINE ARNAULD
priStrbet docteur dk somBonFim, Nv h Pariii , le 6 février i6i i ; mort h Bruxelles , le 8 août 169^
Dans un récit grave, ce que le monde exige avaui tout, c'est la vérité; du moins lorsqu'elle est counue. 11 ne peut soulFrir qu'on mente pour persf)uu(^, pas mémo en faveur des rois, ni des papes.
ni de ce corps pbarîsaïque, auti-légal et monstrueux, sans modèle dans toute Thistoîre :
Polyonyme et pseudonyme par escobarderie ;
Ecclésiastique et laïc, séculier et régulier, des deux sexes et de tout âge , de tout costume ;
Pauvre par vœu solennel et accumulant tous les bieus d'ici-bas , commerçant universel , banqueroutier de sommes énormes , et par les dons , les testamens, heureux héritier dans toutes les faluilles;
Armé des plus faux systèmes et des plus audacieux privilèges ultramontains ;
Constitué partout instrument passif de deux monarques étrangers, bas flatteur du pape, mais esclave du général ;
Abjurait, pour soi, le précepte divin de la prière commune, imposant aux deux sexes, de fréquentes réunions privées qu'il régit , et qu'il amuse avec des parades et des prières surèrogatoires , longues et répétées;
l^votieux bouffon , merveilleux dramaturge
pour gagner, fanatiser les ignorans , mais facile et
.commode pour captiver les puissans et les riches ,
pour en faire de$ dupes on des hypocrites , et tou-
joui^s des agens, des serviteurs ; *
Agresseur perpétuel, corrupteur incorrigible de la foi, de^ mœurs et de la discipline catholiques ;
Fauteur en Asie des rites idolâtres , et en Europe des cent déifotions aisées, et des nombreux abus . de nos deux charnels cordicolismes;
{hù OEUVEEft
Voué très-activement à rintrigue, aux factions, h respioimage 9 aux délations, aux persëcutioiisi
Promoteur de Tinquisition et des eroisades ;
S'interdisant les ëvéchës, convoitant, pomrsoivant, exploitant les directions de consciences royales , et les cardinalats et les souverainetés séculières ;
Ennemi acharné des libertés légitimes, ardent fauteur de tous les despotismes ;
Protecteur des rois^ car il est institué , on ose nous le révéler aujourd'hui', pour paoTÉGER les gouifernemens ;
Convaincu néanmoins d'avoir troublé partout Tordre et la paix , d'avoir enseigné, pféché, conspiré en Europe et en Asie , l'assassinat des rois et les changemens de succession aux trône»;
De ce corps enfin , qui, pour le misérable intérêt de son opulence , de sa dommation et de sa vaine gloire, a constamment, par tous les moyens, sous prétexte de religion, de morale et de politique, maîtrisé, opprimé au nom des papes et des rois. les papes même , les rois , les peuples et les plus savans , les plus vertueux personnages *.
' Histoire de Fénélon, par M. le cardinal de B*** t. I, p. i5.
* Voyez Les Jésuiles Criminels de Lèze^Majesté dans la JTiéênê et dans la Pratique, i vol. in-i3, Paris, sous le tilrc de La Bix, 1^58, // Catechismo de' Gesuiti , confcrcnza 5, 6, ^ cl8. Lip*i»i iSao, I vol. in-S" ; Voy. les Lettres Provinciales de Pas.*al ; k /t> cueil des Assertions des Jésuites ; les Réquisitoires des Procurenn /généraux contre la Société des Jésuites ; les instructions Pastorale» de M. le duc de Fi/z-^ames, éféque de Soissons, contre les JésmUes,
Il est impossible d^ëcrire convenablemeiil sur ce qui touche le docteur Ariiauld, sans reconnaître d^abord l'innocence de sa vie , la pureté de son catolicisme , sa candeur , sa charité , son génie , sa science , ses rares talcns , son courage , sa douce résignation, et sans parler des injustices, des vexations^ des outrages qu'il euX a souffrir de la part des jésuites, dans sa personne, dans sa famille, dans ses nombreux amis, et des calomnies publiques ou secrètes qui, sous nos yeux, poursuivent encore sa mémoire ■ .
et contre les Errewi des frères Hardoiiin et Berruyer; enGn , U < bulle irréfutable de Clcmeat X, da nu juillet 1773.
Si quelqu^m mal instruit blâiuait comme exagères, les {raits sons lesquels on peint ici le régime cC les e\cH d''ùn corps toujours pertuibateur, et aussi pernicieux dans son organisation que dans sa conduite et sa doctrine , nous citerons le tableau su i Tant que H. de Hontclar. procnreor général au parlement d^Aix, en a trace, note 61 de son Compte MendUf etc.
« Corinpteurs politiques de (ont {lonvemement ; flattenrs des grands et de leurs passions , promoteurs du 'despotisme, pour étouffer la raison et s^emparer de Tautorité ; ennemis des rois qui s^opposent h leurs des- •eins obliques ; calomniateurs de tous ceux qui aiment sincèrement le prince et IVtat ; ils mettent un scq:tre de fer dans la main des rois , et le poignard dans celles de leurs sujets ; ils conseillent la tyrannie et enseignent le tyrannicide; ils allient de même an gré de leur intérêt Tin-* tolérance la plus cruelle , avec une scandaleuse indifférence pour le fond de la religion et de la morale ; ils permettent Ions les crimes , et ne permettent pas de dispute sur des mots et des ouitféiet peu intelligibles ; ib sauTCDt ridoUtre qui les considère , et peru'cntcnt le catholicisme qui leur refuse sa con6ance ; une querelle tliéologique est en Europe une affaire dVtat, et les superstitions malabares et le culte de Cong-fbn-tsec soot permis en Asie, m
' V07. Histoire de Fénélon, in-S*, 4 ▼ol. En réponse, voyez le Supplément aux Histoires de Bossuetet de Fénélon, avec les textes rétabli» 4^ins leur intégrité et les faits replacés dans Ioëw ordre ,
Gia OEUVRES *
Lorsqirapri's sa mort , les éloges historiques dfs grands hommes du -dix-septième siède^ par Charles Perrault , furent sur le point de paraître avec Ifs portraits, les jésuites, par un ordre exprès de h cour, firent oler de la collection Arnauld et Pascal: mais suivant un ancien texte qu^on ne manqua pas de leur appliquer , ces personnages illustres brti- Uueni au premier rang, d'un eclai cTaMtmi ptës vif y quon ne voyait pas leurs iMages. C^est ainsi que Topinion publique les a vengés continuelle» ment de toutes les attaques ; Amaiild et Pasc^al sont restés ce qu'ils étaient de leur vivant, deux flambeaux de la religion et des sciences, deux omrmeus de TKglise catholique et de leur siècle.
?îous avons deux histoires spéciales de la vie du docteur Arnauld, la première en un volume iu-ia. sans nom d'auteur , e^t duc au P. Quesuel , qui vécut avec Arnauld on terre otraugcre et y hyiii ses derniei^s soupirs; l'autre, par Larrière, est en doux vohmios in-S**; ollo fonno aussi le cinquantième tonio iu-4'' dos œuvres complètes d'AniauIJ, publiée \\ Lauzaune vei-s 1780, par MM. Dupacde BoUogardo or do lïautof.îgc. C'est Ih surtout, c'est (laus VI/ùsloùv Ecclésiastique y si curieuse et .sidcgante de l'abbé Racine : c'est dans les nomhretix ouvrages Iiisloriquos sur Port-Roy;il, qu'on pMii
n«r M. Talvirauil » in-S' , \ vol. Pans, iSjij. IVan» son li^nr mr !r fjpr. fou M. do MnÎ5tro afloclo un cran^ mtpiîs p*nir tons le» ccriTti» if Port-Roral : co no sont' pas lo$ sowl» trait* cpn ont rontin or lirrr H €mtirs »omWal>\os oonipMomonl riaicnloN.
DK J.-l). LANJUINAIS. G'i3
chercher des détails biographiques, critiques et polémiques sur Thomme extraordinaire qui nous occupe y et de longs catalogues de ses œuvres de théologie, de philosophie et de littérature. Nous devons nous borner à rassembler quelques-uns des grands traits qui le recommandent h la postérité, et k désigner ses prhicipaux ouvrages.
II sortait d'une famille noble , ancienuement connue en Provence, établie ensuite en Auvergne, et fixée h Paris en i557, où elle a produit des pcrsonnages illustres dans les lettres , dans la robe et dans répée, dans les grands emplois de TKglisc et de rétat. Son aïeul était procureur-général de la reine Catherine de Mcdicis ; son père eut le même titre, et celui-ci, qui pou^it être un des magis-* trats du parlement de PariT, préféra de se livrer devant cette cour aux nobles exercice du barreau, où il obtint de brillans succès.
Au milieu des crimes et des scandales de la Ligue il demeura toujours catholique et toujours fidèle au roi légitime ; ce fut lui qui plaida , en 1 5g^ , pour rUniversité, contre la société des jésuites j il prouva, par Thistoire de cette même Ligue et par l'attentat de Barrière , combien cette société était pernicieuse aux rois , à Tordre et k la paix du royaume ; et il établit , par un' décret de la Sorbonue, de 1554? qu'elle était , de plus, ennemie de la paix de l'Eglise , et née pour la ruine plutôt que pour V édification des fidèles. Il concourut ainsi h la fîure bannir du royaume; depuis il donna
6ii OEUVRES
contre elle son discours franc et vériitible autant que généreux lorsque Henri IV, après avoir rejeté cette socictc par conviction , se décidait h la rétablir , croyant dans son erreur , ëviter par cette molle indulgence le fer de Tassassin.
Le docteur Arnauld étafit le vingtième enfant du mariage de ce grand citoyen, avec la fille unique de Simon Marion, successivement conseiller, président, avocat-général au parlement de Paris.
11 avait appris de bonne heure le latin , le grec, lu, médite assidûment TEcriture- Sainte, les Pères de ri'glise et les chefs-d'œuvre de Tautiquité. Parmi ses condisciples, il fut toujours distiognê par rinnoccnce de ses mœurs, la douceur de son caractère, un esprit jj||te, vif, étendu , profond, une mémoire étonnante, une logique forte, une éloquence naturelle, et par cette pic'té sind're, solide éclairée dont toute sa fiimille lui donnait Texemple. 11 avait commencé h étudier le droit; mais les conseils de sa mère, ceux de sa sœur, abbcssc de Port-Royal , ensuite les lettres du pieui abbé de Saint-Cyran , continé par Richelieu dans une prison d'état , le décidèrent h consacrer sa vie et toutes ses études h la religion, pour en défendre, a tous risques, les dogmes, la morale et la discipline.
Long-tems il suivit les écoles de Sor)>onDe. et dès i635 et i636, six ans avant que le faineui livre de Jansénius eût paru, on le vit, en op|w>«ition aux nouveautés jésuitiques, exposer et m>u-
DE J.-D. LANJUINAIS. 6a5
Cenir avec applaudissement , dans une thèse sur la grâce et dédiée au clergé de France, Tantique doctrine de rÉglise , telle qu'elle est enseignée dans saint Paul, dans toute TEcriture et dans la tradition constante de TEglise catholique grecque et latine'.
En 16419 dans sa thèse pour le doctorat , il combattit la morale corrompue des casuistes modernes y et spécialement des jésuites , mais sans les nommer.
Déjà il venait d'achever son livre de la Fréquente Communion et celui de la Nécessité de la foi en Jésus- Christ , écrit en français et en latin. Lie premier touchait encore les jésuites. Sans les y nommer, Tauteur attaquait leur pratique si connue des absolutions et des communions précipitées. Cet ouvrage fiit approuvé en France, k Rome, par les plus célèbres évêques et par les plus habOes théologiens; il produisit dans TÉglise catholique une sorte de renouvellement salutaire , et valut au docteur Amauld son admission dans la maison et société de Sorbonne; Richelieu, décédé, ne pouvait plus , par sa main de fer y comme on disait alors, continuer de mettre obstacle à cette juste récompense.
En vain les jésuites diffamaient Tauteur avec ëclat et acharnement; en vain le P. Nouet, qui
■ Voyez \t Traité de Bo«aet , intitiilé : Défense de la Tradition ei de$ Saintt^Pères.
avait de hii-mènie approuvé le litre d*Amaiild, se -déchaînait en chaire contre Tauteur et l*ouvrtge, pour obéir à ses supérieurs. Il fut oldigë de fittrt, en leur présence 9 une réparatioti publique. Ytii»ment les jésuites en appelaient à Tinquirition de Rome; en vain ils obtenaient de la cour un onbe au docteur Arnauld d'aller se justifier de cette bonne oeuvre devfttit les inquisiteurs romainB : k parlement de Paris, le clergé, rUmversîtc, la S•^ bonne, réclamèrent pour nos libertés; eu définitive, les jésuites succombèrent partout dans cette lotte scandaleuse ; et Arnauld assura de plus en plus h saine doctrine , par son traité historique et critique de la Tradition de V Eglise sur la Péniienee et VEucliaristie.
Ses ennemis furent d^abord plus heureux dns leurs querelles concernant la grâce. Battus saus cesse sur ce sujet comme des novateurs, dan*^ te Ouvrages d' Arnauld, de Pascal, de Nicole et de tant d'autres, ils eurent par leur fameux P. Annat. •confesseur du roî , des succès d'intrigue de cntirrt d'influence ministérielle. Ils parvinrent à donner. aux yeux des ignorans et des faibles , une sorte d'apparence au lanlome du jansénisme qu'ils 001 eux-mêmes si bien caractérisé, en l'appelant «ne hérésie imperceptible , conséqnemmeiit une laclw* arbitraire , qu'on imprime a qui l'on veut, à la vfrité, h la vertu même. Mn i()55, ils firent excliin* Arnauld de la faculté de théologie de Paris; nuis soixante-dix ou soixante-onze docteurs, des pJib
UE J.-D. LANiUINAIS. Oa^
savaus et des plus célèbres , aimèi^ent imeu^ subû ~ le même sort, que de participer . à iCene violence) L^histoire démoutre qu'il n'y a pas eu d'affaire thëologique où Ton ait vu la justice naturelle plus méprisée, et la liberté .légitime plus asservie. Pa3cal , dans ses Proifinciales; Quesnel , dans deuxour , vrages spéciaux , l'un en latin l'autre en français,, , n'ont rien laissé à dire Ih-dessus. Déjà quelque actes de cette faculté l'avaient autrefois décgn^idé- I rée, particulièrement ses tristes décrets contre le i, roi légitime Henri IV, et contre le docteur Ed- ^ iQond Richer. Mais la grande époque de la déca- , dence de cette compagnie fut lorsqu'elle opprima $a L minorité libre et courageuse , pour se &ire contre Arnauld l'instrument pas^f des jésuites et de 1q cour trompée, maîtrisée par les jésuites. ^ Sous un gouvernement absolu , Arnauld dut prendre le p^rti de la retraite. Il vécut doncsoli* , taire et souvent caché dans les environs du mojj nastère de Port-Royal, où $a mère, .ses sœurs et sa nièce au nouibre de dou:^e , s'étaient faites religieuses et auprès duquel ses parens, ses alliés, ses amis, écrivaient, publiaient de. bons livres , en même tems qu'ils se livraient aux austérités de la vie chrétienne et aux soins de l'éducation de la jeunesse. Il cessa de paraître en public.: mais, il continua d'écrire et d'éclairer ses contemporains. C'était les éclairer que de leur démontrer la faillîbilité des papes , si ridiculement contestée et -si évidente néanmoins par In raison , par l'histoire ,
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par tes seules pièces du Grand BuUaire ; que de cottibatlre Tentreprise funeste et jusqu^alors moû, d*ëriger en article de foi les jugemens de Rome, sur des faits nouveaux et purement humains; qoe dé travaSler en un mot, avec les seules ressourcB de la science et du raisonnement , k délivrer ITglise et rÉtat de la guerre achamëe des jésuites et de leurs créatures, contre une hërésie sans liérétiques, et des hérétiques sans hérésie.
Pendant quelque tems les écrits d*Amau]d,df Pascal et de Nicole , chéris du public , eurent t li cour même un plein succès et suspendirent la tempête. Mais Tintrigue redoubla j et le roi cëdaoc aux captations de leurs ennemis, la persécutioo devint plus active. Si le prince, moins dérégie dans ses mœurs , avait pu secouer le joug du confesseur jésuite et directeur si commode , il se fût évite de grands embarras et des actes vexatoires sans nombre envers les personnes les plus estimables : oo n'eût pas vu la règle et la vertu même former nue classe de suspects , et devenir , suivant les just« expressions de Bossuet et de Boileau , un nom dt $ficte, un jansénisme.
Il faut avouer que dans ses écrits et dans ceux qui concernent la doctrine de Jansénius, Arnauld. Pascal^t leurs amis se fatiguaient, en partie, sur de* questions insolubles : cependant ils cédaient, noo pas h une mauvaise ardeur de dispute , mais au Rcheux besoin de leur siècle , k la dufe nécessite imposée par leurs adversaires ; et si d^iin côté ils sem-
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blent avoir descendu ainsi de la hauteur de leurs pensées, de Tautre il est certain qu'ils défendaient les opprimés contre les oppresseurs , et qu'ils combattaient pour le maintien des libertés naturelles, ecclésiastiques et gallicanes , contre le despotisme du dedans et contre celui du dehors. C'est k eux, ne l'oublions pas, qu'était dû cet avantage même, si tardif et trop inefficace , de sentir généralement la futilité des prétextes d'une persécution honteuse et cruelle, qu'on essaie pourtant de rallumer çk-et- Ik dans le royaume, et qui jette encore aujourd'hui des flammes éparses , contre lesquelles , dans l'état présent des affaires , il n'y a plus de protec* tion légale.
Mais durant cette' première retraite, Amauld ne se bornait pas k disserter sur la controverse. U composait aussi des ouvrages d'un autre genre , qui eurent une grande vogue, et qui la conservent depuis plus de deux siècles. Ce sont : i"" la Grammaire Générale et Raisonnée^ où il indique les principes fondamentaux de toutes les langues et les premières bases de la logique. Cette gram-' maire qu'il a rédigée est le fruit de quelques coisr versations d' Amauld avec dom Lancelot. On. ne connaissait jadis, ou l'on n'étudiât, en les effleu-r rant, qu'une vingtaine de langues ou dialectes ^ on en cultive des centaines maintenant, et l'on en compte deux mille. Nous comprenons aussi bien mieux qu'alors , les idiomes qu'on étudiait le plus
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dès ce tems-lk. I/ailleurt, la philosophie analrth que a fait de nouveaux {Progrès ; il en résulte que nous àvous dc)h et que nous aurons des grammaires générales encore plus satisfaisantes que celle d*Arnauld ; tuais il a glorieusement ouvert la carrière, a*. La Logique ou VArt de penser, ébauchée par Afnauld , rédigée par lui et par Nicole , et augmentée par ce dernier. Ces deux ouvrages ontfiit époqtie , et les éditions , les traductions , les c^mmentaîres en attestent le mérite et Tutilité. 3* h$ Ffom*eaux élémens de Géométrie, volume în-^V rftmprîmés pKisîeurs fois. Aruauld s'était proposé, dans ces clémens , de surpasser en méthode et en simplicité les élémens d'EucIîde et d*autric*s élémens de géométrie que Pascal av.:ît tracés. Il fut admiré de Pascal , c'est assez dirp potir la gloire de Tun et de l'autre. Ajoutons O'îf les belles méthodes pour la langue grecque et p"ar la langue latine durent beaucoup aux recherch*^ et aux méditations d'Arnanld: C'est sous sa direction qne Lancelot les a rédigées. Afin deneph:^ l'evenir aux écrits d'Arnauld qui ne concernera pas la religion , nous rappelons ici qu'il a lai.w «yr l'éloquence et même sur la poésie, des Béfferifrqui font également honneur a l'étendue et a l:i s:périoriré de son esprit. Ses Réflen^ions sur/F'" quence obtinrent les suffrages des jésuites mônj»*. et le P. Ronhours se plut a en donner une t^iiti' c dont il écrivit la piTface. Boîlean disait de cet *^»:-
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iKcage qi^'il ne s'était rien fait en notre langue de plus beau, ni de plus /art sur les matières de r}}4' torique.
A la paix de Clëment IX, en i66d, il fut à Rome , une première fois , déclaré que Topiniop sur le fait de Jansénius ne peut motiver un reproche d^hérésie y ainsi que Ta toujours enseigné Bossuet lui-même. Arnauld, avec lequel cette paix avait été concertée , fut compris dans Taccommo* dément. Le roi le nonce, lea iSvêques, lui témoignèrent dans leurs audiences Testime et la bienveillance les plus distinguées. Non-seulement il ne fut pas question de lui faire souscrire le formulaire, ni rétracter ses erreurs prétendues, mais le roi et le nonce l'invitèrent h défendre TKglise catholique contre les reproches des luthériens et des calvinistes,
11 répondit k cette provocation , en coopérant au grand ouvrage de la Perpétuité de la Foi sur P Eucliaristie , que lui et Tauteur principal , son ami , le célèbre Nicole , qui ne voulut pas être nommé , poussèrent dans la suite jusqu'h trois volumes in^""- D'autres écrivains ont augmenté de quatre volumes, pareil format , cette riche collection de monumeus des siècles chrétiens; et de lumineuses discussions critiques sur un sujet de si haut intérêt. Ce livre , approuvé par fiossuet , donna lieu b des conversions éclatantes; il fut singulièrement loué en France et a Rome, et recherché partout ; on le regarde comme un trésor
«9b CBUVEB8
piwr nEfgfiae csilliQliqiie. Ensuite Amaold pubik »s mal» Mr le Kemvwrsemeni cte la Morale de Ataa>^4^inft IMrifs Cmkwustes, où il attaque anc imaèr itîjgjimr «i dms ses premiers fcmde- .. Dmir ^RS^ [witimifj commiinioiis sépams
>feBi«^ lin^ wnrioes qu^ rendait , Fëdat des sac-
g4ft^vf»»1t nbitaiit, la Téneratictt qu'on lui portait
.^SMMorinMnt , ayaieot redoohie la baiue et la ja-
CHiàie JKS jésuites , ses ennemis héréditaires. Ils le
rtspnîsentaient h Tombrageux Louis XIY comme
le chef if une cabale redoutable à TEtat et à 1*£-
^foe. C'était vraiment une cabale diimërique, dont
Te docteur Amauld eût été le chef et les membres,
le ^néral et V armée prétendue. Cependant, pour
cdhner la haine et rinjustice, il supprima d^abord
tu plupart des visites qu'on lui faisait de toutes
parts; il n'accueillit plus les savaus étrangers, il
ivyut rarement ses amis; et, par ordre exprès, il
changea plusieui*s fois de demeure et de quartier.
estaient Ih des remèdes inutiles ; averti enlîn par
le duc de Montausier, en 1 679 , qu'il y avait à
craindre pour la liberté de sw personne , il fit le
douloureux sacrifice d'aller s'ensevelir hors de sa
patrie, dans une retraite ignorée , d'où il écrivit j
rai'chevêque de Paris et au chancelier du royaume,
pour faire agréer sa résolution. Obtenez, disait-il.
à l'un d'eux , que je vive caché : c'est la moindre
(les gnices qiie je puisse demander à un nn.
' S qu'Arnauld conserva toujours envrr»
Louis XIV les plus vifs sentimens d'un respect , d'une fidélité 9 d'un amour inaltérables.
Depuis cette époque , il demeura , comme dit Boileau :
Errant , pauvre , banni , proscrit , persécute ;
et les auteurs de ses maux ne rougissaient pas de l'appeler, dans leurs libelles, un fuyard et un va^ gdbondy oubliant ainsi avec trop d'imprudence le sort que les pharisiens de V Ancien-Testament firent éprouver au fuyard dwin ^ dont les jésuites se disent compagnons , et le surnom qu'ils se donnaient h eux-mêmes , dans un livre fameux , de pharisiens de la nouifelle alliance.
Arnauld se vengea bientôt comme un chrétien, de ceux qui le poursuivaient ou le livraient h ses ennemis. On vît paraître , en 1681 , sa vigoureuse Apologie pour les Catholiques y accusés de conspiration contre l'Etat. Il l'écrivit h la demande de Bossuet, et ceux qu'il y défendait contre la calomnie avec tant de zèle et de talent, c'étaient nonseulement les catholiques anglais, mais Louis XIY et son confesseur le P. de La Chaise , et le clergé, de France et les jésuites ; il est vrai qu'il suivit dans cet ouvrage la très-fausse doctrine du pouvoir absolu des rois , devenue alors presque générale.
11 s'éleva , aussi a la prière de Bossuet , contre les systèmes singuliers de Mallebranche concernant la nature des idées, la théologie etlemys-
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tère de la grâce. Divers ouvrages de Mallebranche , relatifs k cette controverse , furent ceniuns h Rome j et ceux du proscrit y furent approuvés, maigre tous les efforts des jésuites pour empêcher cette approbation et cette censure. Avec le célèbre Lemaistre de Sacy, Arnauld avait travaillé k la induction du NoiweaU' Testament, connue long-tems sous le nom de Version de Mons, et généralement approuvée en dépit des jésuites. A rexemjdedc fiossuet et de Nicole , il corrigea , il perfectionna cette version; et comme Bossuet encore, il en fil X apologie.
Toujours plein du désir de ranimer la piété des simples fidèles , il lança contre les erreurs du docteur Mallet, ex-jésuite , son Traité sur la Lecturt de r Ecriture^Sainte en langue vulgaire. La vérité sur cet article j prévalut alors même , jusque dans le conseil de conscience de Louis XIV. Nous lisons dans l'abrégé de V Histoire Ecclésiast que y par Tabbé Racine, tome XIII, page 783: Louis XIV fit distribuer aux nouveaux com*ertu cent mille exemplaires d Heures ^ a^ec POrdinairt de la Messe en français , et cinquante nulle 3a«veaux-Testam^ns en frajiçais. Fénélon fut un des distributeurs. C'était un blasphème sacerdotal réservé au tems présent, que d'assigner pour cà\^ a des milliers de crimes , la lecture de l'ilcrilurt- Sainte * .
' O blasphème nonvenn osl «ianb Ir journal intitule le i*oH*erval*v
DE J.-D. LA.NJT1INAIS. 635
Aniauld, dans son ouvi^ge contre Mallet et en d^autres occasions , avait employé contre ses adversaires des expressions fortes et piquantes ; il s'en est justifié plus d'une fois avec force et talent , et entre autres dans son Testament Spirituel^ et dans une dissertation au tome XJtVII de ses œuvres , <{ui ftit très-applaudie dû public. La conclusion de cette pièce intéressante est un morceau d'éloquence de sentiment que Tillustre Racine ne se lassait point d'admirer et de lire à ses amis.
Ce que notre auteur a laissé ensuite de plus important , ce sont des écrits nombreux contre la morale relâchée des casuistes et contre la morale-' pratique des jésuites y écrits pleins de faits et de mônumeùs avérés ; écrits si remarquables par la méthode et la logique , et par Télégante pureté du style , que d'Aguesscau les recommandait k son fils y comme des modèles dans le genre démonstratif et judiciaire. Ainsi, après avoir convaincu les jésuites d'introduire dans TEglise ce qu'il appelait si bien V hérésie de la domination y Arnauld leur môntt'a qu'ils s'étaient couverts d'opprobre et de ridicule en soutenant avec obstination , malgré les justes censures de Rome et de tout l'ordre épisco-
et sous le nom de Pabbe' de La Mennais ; mais pent-on s^ëtomier de quelcftie chose, lorsque des écrivains jésuitiques de la ligne de nos jours, diffament tout ce qu^on doit respecter, et qualifient de rigueur sage et salutaire les affreux massacres de la Saint^Bartliélemy, qui n^out de ressemblance qn'^avec regorgement des Armagnac , et avec les assassinats des premiers jours de septembre 1 7^ ?
pal en France , des doctrines très-corrompaes , en tenant dans leurs missions étrangères une conduite ecclésiastique la plus inexcusable. Ils intrîguèreDi pour faire mettre à Tindex ce recueil trop véridique; mais loin de réussir , ils eurent le chagrin cTj voir mettre un livre contraire de leur P. Tellicr, intitulé : Défense des nou{^eaux Chrétiens et des Missionnaires de la Chine , du Japon et du Indes. ,
Dans son huitième volume de la Monde Pratique ^ a propos de la calomnie^ péché véniel suivant les nouveaux casuistes, Amauld pulvérisa (k nouveau Tabsurde roman jésuitique d^une conspiration contre la religion catholique , ourdie autrefois à Bourg-Fontaine, par de prétendus jansénistes , et par Arnauld lui-même , âgé pour lors de neuf ans. Un arrêt célèbre du parlement de Paris condamna cette fable comme un enchainciniiit d'infâmes impostures , et la décision de cet arrêt a été justifiée eu divei^ ouvrages demeurés sans réplique.
Les jésuites prirent leur revanche en 1691 , par une autre calomnie bien plus méchamment tissue. accréditée par des lettres d'un faux Amauld , et do ses prétendus sectaires. C'était une correspondiiiice réellement établie et soutenue pendant une aiiuee au nom d' Arnauld, par des jésuites avec des docteur do Douav. Elle est connue dans l'histoire de ri^f^lisc, sons le nom delà Fourberie de Doum . Arnanid porta sur ce sujet des plaintes juridiqiH^:
mats les coupables s*en tirèrent par une ëvocatiou au conseil-d^ëtat, et cette évocation devint comme un ahîme creusé au fond de la terre pour y ensei^elir la mémoire d'un crime alors privilégié , ou fdutôt ce fut un brevet d'impunité pour les faussaires , et le signal d'ordres d'exil pour leurs victimes.
Peu de jours avant sa mort , notre auteur écrivit une savante et pieuse lettre par laquelle il obtint une réconciliation sincère et formelle entre Boileau et Perrault, qui s'étaient brouillés depuis longtems sur la question de la préférence entre les anciens et les modernes , et qui étaient demeurés toujours discordans. Malgré les jésuites, Amauld était resté , même avec Rome , en communion bien constatée ; il était si estimé des papes qui se succédèrent , qu'il en obtint la permission de dire la messe dans son humble asile. La nouvelle de sa mort fut un deuil k Rome ; son éloge y fut prononcé publiquement dans une illustre assemblée , au collège de la Sapience, et sa mémoire y fut louée en plein consistoire par deux cardinaux , dont l'un s'exprimait ainsi : On canonise des saints qui ont rendu moins de serçices , et dont la vie n'a pas été plus pure. Les épitaphes si belles et si connues que lui firent Boileau , Racine et le trop versatile Santeuil, expriment vivement ce qu'on peut dire h la gloire de celui que Louis XIV même appelait le grand Àrnauld.
S'il eût voulu écrire contre les vérités saintes et
flalutaires ^ de la dédaradoo du dargë de i68iy comme od ose le faire aujourdliu en France , 3 aurait eu la pourpre romaine. Mais il enseignait qae c^est particulièrement sur cela qu*il est nécessaire de demeurer ferme , et Ton voit dans le recueil de ses lettres les plus secrètes que flcckir k cet égnd, c^ était , à son avis , une grande faiblesse y um grande imprudence et une grande infastice.
La révocation de Tëdit de Nantes , siigp;cf rêe par les jésuites , fut dans Louis XIV une aussi grautk fitibiesse • une aussi grande injustice et une ans» grande in^prudence. Arnauld, quoique partisiui du pouvoir absolu . ne parlait qu^nivc peine de cet èvênemeot déplorable ; mais dans ses lettres d'ailleurs si modérées et si édifiantes , il lui échappa d*allé«ruer deux mauvaises raisons qui ten<lraieiit à excuser cet inexcusable coup-dVtat ; c'est fori inutilement que dans la nouvelle f^e de litusuet^ , on a voulu se faire de celle erreur du leiib. et do ses timides pnllialifs uue raison pour honorer le souvenir d'une persécution absui*cle vt inhumaine . assez expliquée par le despotisme d'alors, et que des journaux libres auraient arrél«*e nu mênif prévenue.
* \<sxft \t* f VTiu'nrj Posihumfs de M. ie *1uc «/r Fiu Jamn e\-éi^ue tir S*^isuyn* . Avignon . 1769. 1 to|. in-ii ; A'jj.n fii*tiin:t»f tw le* fihrr-fs de / F.çhse GaUicane, e\c. ; par M. Grv|rnir«. aDciff ^T^w «k lll<H»; Piris. iSïo. in-8*. 1 toI.
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