‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 16 sur 101 · IV · texte numérisé non relu

IV

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mû! je dois mendier mes alimena toute ma vie; et • à je dodhe la' mort à mes maîtres égarés par I'ubout des richesses, toute ma vie je me nourrirai d'alimens couverts de sang. Je ne sais lequel est meil*» leur pour moi de vaincre ou d'être vaincu par de tek ennemis. Ah!, si je suis volontairement cause de leur mort, pour moi la vie. n'a plus d'attraits ; la commisération et la crainte de mal faire déchirent mon cœur; le sentiment religieux me frappe d'épouvante. Dis-le-moi, je t'en supplie, quel est le parti salutaire? instruis-moi ; je suis ton disciple ; j'ai recours à toi. Je ne trouve rien qui puisse apaiser la douleur qui me dévore, quand même j'obtiendrais sur la terre un vaste et paisible royaume, ou l'empire sur les dieux ' mêmes. »

SANJAYA.

Il ajouta : « Je ne combattrai point , ô vainqueur de tes ennemis! » et il garda le silence. Crîchna parut sourire , et adressa ce discours au pjrincp désespéré, reposant sur spn char entre les deux armées.

LE DIEU

« Tu prends du chagrin pour des hommes dont le sort ne doit pas te chagriner; mais parles-tu selon la science ? Les savans * ne ^'affligent ni pour les

- ' p était possible de devenir roi des dieux , on Indra ; il fallait pour cela (aire cent ashouamedhas , ou sacrifices de cheral.

* Il a dam le texte : panâita , les doctes. Il s'agît de ces doctes qnj ôùê la science de Dieu par excellence. Gnénâm, proprement la gmo$* in-

DE J.-D. LANitSINÂÎS. ify

morts, ni pour les vivans; car j'ai loujotrrs existé^ toi de même, et ces illustres guerriers; jatnais aucun de nous ne cessera d'être. Comme l'ame incorporée éprouve les trois teins de la vie , jeunesse , âge mûr et vieillesse, de même elle est destinée h reprendre un autre corps. Le brave ne treinblë point ici-bas; c'est là sensibilité des organes, 6 fils de Countil qui donne le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, sentiments passagers et alternatifs; supportez-les , 5 fils de BhQrata! ô excellent homme ! Celui qui demeuré ferme et inébranlable avec une constante égalité d'ame dans le plaisir, comme dans la doiileur, celui- la se forme pour l'itiïmortalité. Ce qui vraiment n'est pas ne deviendra pas réel , et ce qui est réel ne cessera pas d'exister ; la différence des deux ne peut échapper h celui qui discerne l'illusion de la vérité; celui-là est impérissable qui a fait émaner de lui-même tout cet uni* vers : rien ne saurait détruire l'être infini. Ce4 corps caducs ne sont que lés enveloppes de l'esprit immuable, iiftmense, impérissable qui les anifoes Résous-toi donc à combattre, ô fils de Bharatat Celui qui croit avoir tué l'esprit et celui qui se croit tué sont également dans l'erreur. L'esprit n'est* pas destructeur et il n'est pas déttuit ; il île naît point et il ne meurt jamais; ce n'est pas un être dont on

donc , qui fut peut-être l'origine de tontes les gnoses du tems passé. Elle produit cette froide apathie qui fut en Europe le grand caractère des stoïciens , et qui éclate pHrtouf dans le chant divin.

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puisse dire : « Il est, ou il a été, ou bien il sera. » 11 n'est point né , il est l'ancien , il est immuable 7 éjernel; il n'est point tué avec le corps que Ton tue. L'esprit ne naît point; il est indestructible, éternel, infini. Qui sait cela, comment serait-il inquiet de savoir s'il tuera ou s'il sera tué? L'homme dépouille ses vieux habits et il en revêt de nouveaux ; c'est ainsi que l'esprit quitte sa vieille forme mortelle et prend une nouvelle enveloppe. Le fer de la flèche n'entré point dans l'ame, le feu ne peut la brûler, ni l'eau la dissoudre f , ni le vent la dissiper, car elle est impénétrable, incombustible , indissoluble, non susceptible d'éy aporation ; elle est perpétuelle ; elle pénètre partout ; elle est permanente, inaltérable, éternelle,* indivisible, ineffable et immuable. Si tu sais tout cela, pourquoi t'affliger ? Mais si tu penses que l'ame naît et qu'elle meurt, tu n'as pas encore sujet de te lamenter. De tout ce qui est né la mort est certaine, et de ceux qui sont morts la régénération est assurée ; c'est un destin inévitable ; il ne convient pas de s'en affliger. Le commencement et la fin des êtres animes échappent h nos sens ; nous ne voyons bien que leur durée intermédiaire. Duquel de ces états faudrait-il pleurer le changement ? L'un considère l'ame comme une merveille ; l'autre en parle comme d'une merveille : ce qu'il en a entendu dire , un autre le répète comme s'il s'agissait d'une merveille ; mais, de

1 C'est peut-être plntAt mouiller.... dessécher jma lien de dissiper*

PB J.-D. LANJUIMAIS. ifg

tous ces discoureurs, aucun ne l'a connue. L'ame, ô fils de Bharata ! Famé dans un corps quelconque est invulnérable ; ce qui lui arrive n'est donc pour personne un juste sujet de larmes. Pense au devoir qui t'est propre , h ton devoir de militaire , et tu cesseras de trembler. Rien de plus désirable pour un guerrier que de combattre dans une guerre légitime, puisqu'elle lui ouvre les portes du ciel. Heureux celui -qui prend part à une guerre de cette nature ! Si tu refuses de combattre dans une guerre légitime, tu manques au devoir et a l'honneur; ce sera une tache dans ta vie, et devant les hommes un reproche qui durera toujours : l'infamie pour un brave est pire que le trépas. Les rajas, sur leurs grands chars, attribueront ta retraite h la peur, et tu duras leur mépris au lieu de la haute estime qu'ils ont pour toi. Dans leurs discours injurieux , tes ennemis t'accuseront de lâcheté ; rien de plus chagrinant: Si tu restes vainqueur, tu posséderas la terre; et si tu meurs, tu vas monter au ciel. Relève toi donc, fils de Countîï et combats avec fermeté , éprouve avec égalité d'ame le plaisir et la douleur, le gain et le dommage , la victoire et la défaite, et dans l'instant préparetoi au combat. C'est ainsi que tu seras exempt de blâme.

« Je viens de te parier le langage de la raison ' ;

1 Le texte porte : « Telle est Popmion énoncée dans, le Sdnkhjra;'}e

i5o OEUVRES

rappelle-toi maintenant que c'est aussi le langage de la religion : mets-le donc en pratique , et tu çeras libre du lien des œuvres • Tes efforts ne seront pas vains, et tu n'en ressentiras aucune perte. II qp te faut qu'un peu de sentiment religieux pour t'affranchir d'une grande terreur. -Si tu as die la constance, enfant de Courou, il n'est ici pour toi ' qu'un seul parti à prendre. Entre des partis nombreux à l'infini , les mécpntens onfr à se décider. N'écoute pas les discours fleuris des insensés qui abusent de textes divins où ils se complaisent , s'aballonnent a leurs passions , ne prêchent pour fin dernilre qu'un bonheur passager parmi les êtres célestes , et osent affirmer qu'il ne faut rien espérer au-delà ; prescrivent un grand appareil de culte extérieur, pour récompense duquel ik promettent des renaissances en haut rang avec des richesses et de la domination. Ceux qui goûtent ce faux Système ambitionnent les biens et la puissance d'icibas f renoncent à leurs résolutions vertueuses , et rejettent les pensées qu'inspire une pieuse médita* lion ; ceux-lh manquent de constance. Il est vrai que les Vedas parlent de trois qualités ' ; mais sois ibre des trois qualités, ô Arjounal sois' libre de

yait te dire celle de Vyoga. Le tdnkhya était an système de philosophie établi par Capila. Le moi yoga signifie jonction, union. (Test la doctrine enseignée dans cet ouvrage.

1 Les commentateurs ne s'accordent pas sur le sens de ce passage. Il supposent que l'auteur fait allusion aux trois gowuu dont il parlera plus tard.

DE J.-Dt LAN JOINAIS. iSi

dualité \ appliqué- h l'être suprême a, exempt de sollicitude et maître de toi-même. Le théologien qui a du «discernement fait de tous les Vedas un usage aussi varié que l'homme peut faire des eaux d'un réservoir qui s'alimente de toutes parts. Fais l'œuvre pour elle-même et jamais pour son fruit ; n'y cherche point la récompense, pas même* le repos.

« Ferme dans l'union avec Dieu , fais tes œuvres sans désirs, ô toi qui méprises les richesses, sans t'inquiéter de l'événement prospère ou malheureux ! L'égalité d'ame est ce qu'on appelle union avec Dieu. Les oeuvres doivent être prisées bien moins que cette union. Cherche en toi-même ton appui. Malheureux: qui est poussé h l'action par l'appât de la récompense ! L'/ogtf ne «songe dans cette vie ni au bien ni au mal qu'il peut faire. Dévoue<~toi donc b l'union avec Dieu ; elle facilite les œuvres. Les yogi *> les sages ayant renoncé au fruit des œuvres, sont délivrés des maux de la renaissance, ils entrent dans la voie suprême du salut. Quand ta raison aura dissipé leô prestiges qui te font illusion, tu parviendras hl'oubli de toutes les controverses agitées et possibles en matière de religion ;

1 Ce mot dualité exprime les deux sentiment, opposes contre lesquels il faut également se tenir en garde : plaisir et douleur, froid et chaud, gain et perte , victoire et défaite.

* U j a dans le texte : dtmavan, plein de Vdtma, Pâme , par excel lence, Dien suprême.

3 Cette union qu'il recommande ae nomme yoga. Celui qui est uni a est de là appelé* yogi.

i5» CBUVREA

lorsque ton esprit, insouciant de toutes ces subtilités, sera fixé immuablement dans la contemplation, c'est alors 4jue tu obtiendras y raiment l'union avec Dieu. » # •

ÀRJOUNÀ.

« A quels discours peut-bn reconnaître l'homme sage fixé dans la contemplation ? comment sont dirigées son inaction et ses œuvres? »

LE DIEU

« Quand il a renoncé à tous les désirs qui peuvent agiter l'esprit , content de lui-même , il est- ferme dans la sagesse , il est calme dans l'infortune , les voluptés n'ont point d'attraits pour lui; exempt d'amour, de haine et de colère , il médite avec constance; il est un vrai mouni. Celui qui existe. sans aucune passion-, quelque chose qui arrive d'heureux ou de malheureux , n'éprouve ni joie ni aversion; c'est lk posséder la sagesse. Quand il peut, comme la tortue qui retire à elle tous ses membres , cacher ses organes de toutes les choses sensibles, c'est alors qu'il possède la sagesse. Les choses sensibles semblent s'éloigner. du mortel qui se réprime, qui se retient lui-même ; le goût même , en le voyant aussi réservé , le quitte et se retire ; mais quelquefois, ô fils de Countî! les désirs tumultueux entraînent violemment le cœur du sage qui s'efibrce de leur résister. Après les avoir domptés, il faut que Y yogi se repose, appliquant son esprit à moi seul. Qui peut dompter ses sens révoltés, possède

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la sagesse « Celui qui laisse son esprit s'occuper de choses sensibles, a bientôt du penchant pour elles; de ce penchant naît le dé&ir ; du désir (contrarié ) vient la colère ; la colère produit la confusion (des idées) ; celle-ci cause la perte de la mémoire ; ia perte de la mémoire cause la perte de la raison; et de la perte de la raison vient la perte du salut.

« Mais l'homme qui n'a pour les objets sensibles ni affection ni haine, commande à ses sens, h son esprit, et jouit de la quiétude. Celle-ci le préserve de tout chagrin, et il est uniquement occupé de son ame ; celui qui n'est pas ami de Dieu , a son esprit hors de lui-même; il a perdu la conscience de soi et il n'a point de quiétude % Sans quiétude comment peut-on être heureux ? Si l'ame s'occupe de choses sensibles, bientôt elle cède k l'impulsion des sens qui emportent sa raison , • comme les vagues entraînent le navire au milieu de la mer en fureur. Celui-là donc qui réprime les mouvemens qui le portent vers des objets sensibles , possède la sagesse. Le vrai mourri1 veille quand le commun des êtres vivans dort (s'abandonnant aux passions), et il dort quand ceux-ci veillent (pour satisfaire leurs désirs sensuels). Comme l'Océan reçoit les eaux qui lui arrivent de toutes parts , et demeure néan • moins dans ses limites , de même celui qui , au lieu de céder mollement à des passions qui l'assiègent ,

1 C'est le nom donne an sage , an solitaire , qui a dompté ses sens par la piété' et la pénitence.

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les combat et le? contient en lui-même , acquiert la tranquillité. Celui qui résiste avec constance au? séductions de tous les désirs , k celles de L'amour propre et à celles de l'orgueil , obtiendra la quiétude. C'est là la station divine, ô fils de Pritàd/ qui Ta obtenue est toute sa. vie exempt de crainte* et quand il dépouille son enveloppe mortelle, U est sauvé de la renaissance , il est absorbé en Dieu même. »

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