‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 17 sur 101 · LEÇON TROISIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON TROISIÈME

Aigumiht. Nécessité de l'action , maïs de l'action dépouillée d'intérêt. Vaeawre n'est que le résolut des facultés naturelles. Cause dû nul.

ARJOUNA.

ce O Crichna, désiré des mortels, vous déclares que l'exercice de l'esprit est supérieur aux œuvres; pourquoi donc m'exciteâ-vous h une œuvre si horrible ? Ce mélange de sentimens trouble mon ame. Veuillez décider cette «question : comment puis-jç me procurer cç iqu'il y a <le meilleur ?» . .■ ■ •■

CRICHNA.

« Lorsque j'étais autrefois dax^s le monde revêtyi d'un corps en apparence, j'annonçai deux genres de vie, l'union (à VâXma)^ par la science ', pour les hommes méditatifs , et cette même union, par les œuvres, pour les yogis (de profession).

1 Le texte désigne encore le ëdnkhya* ÇapUa , qui F* professe r ■▼ait passe pour an avatare de Vichnau.

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« S'abstenir des œuvres ne donne pis la quiétude, et y renoncer ne mène pas absolument h la perfection. Nul homme ne cesse un seul moment toute espèce d'action , et ses facultés haturelles toujours le forcent d'agir. Celui qui s'abstient des actes corporels, et occupe son esprit k méditer sur les objets sensibles, est un insensé, un hypocrite) mais celui-là est bien estimable , qui , par son ame ayant subjugué ses organes corporels, sans désirs, est néanmoins disposé aux actes extérieurs. Accomplis ceux qui tè sont assignés. L'action vaut mieux que l'inaction; t'abstiendras- tu de l'action même de te nourrir? Notre état dans le monde, nous impose bien d'autres actions que celles qui se rapportent au culte. Agis donc, ô fils de Countt ! mais sans intérêt d'amour personnel. Lorsqu'autrefois le créateur eut formé l'homme , et lui eut commandé le sacrifice, il lui dit : « Parle sacrifice tu propageras ta race ; je veux qu'il soit pour toi (a v^che d'abondance1. Honore les Dieux par le sacrifice, et que les Dieux t'honorent de leurs secours. Ces soins réciproques vous procureront le borîheur suprême (aux Dieux et à toi). Les Dieux honorés par vos sacrifices , vous accorderont votre nourriture dé* sirée ; celui qui la consomme sans leur en offrir une partie, est un voleur. Les bons, en se nourrissant

1 Le texte porte : ichtaedmadhouk , d'où ton tirait toute chose désirée. Ce mot frit allmion à la Tache divine, qnr donne aux hommes ee qu'ils peureut souhaiter.

des restes duisacrifice , sont affranchi^ des peines dues à leurs ^>çchés ; et les médians , en prenant les aiimens préparés pour eux-mêmes, consomment ce qui aurait pu servir à expier leurs offenses. » Les animaux se nourrissent des fruits que la pluie fait naître , et la pluie s'obtient par les sacrifices ; le sacrifice est le résultat de l'œuvre., l'œuvre' vient des Dieux , et les Dieux proviennent de l'être simple et indivisible; aussi, le créateur, qui pénètre par tout est présent à tout sacrifice; quiconque icibas ne concourt point 'à cet ordre de choses, mène une vie impure; abandonné à ses sens, c'est en vain qu'il respire , ô fils de Prithd. Mais celui qui est calme et satisfait en lui-même, ne s'inquiète point des œuvres ; il ne prend pas d'intérêt k ce qu'elles soient faites ou omises; il n'attend des créatures aucun avantage. Accomplis donc toujours sans passion l'œuvre dont tu es chargé. Celui qui, sans# passion , fait ce qu'il doit faire, obtient le bien suprême. Janaka l et d'autres pareils ont cherché la perfection parles œuvres ; quand il est question d'agir, 3 faut auss* avoir égard à l'approbation des hommes. Tout ce que fait un supérieur est imité par la multitude ; l'exemple qu'il donne est suivi par le peuple. Moi-même, ô fils de.Pnthâ, je n'ai rien à feire dans le triple monde, rien à y rechercher qui ne m'appartienne ; cependant

1 Ancien roi de MtthiU, pire de SUd, qni fat répome an hen» Rdma.

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je vis dans les œuvres ; si je n'avais pas.d'açtivité , les hommes périraient, puisqu'en tout ils sont mes imitateurs. Si je n'agissais pas, -je serais cause de la dissolution , et je livrerais toutes les créatures k la mort. Comme les insensés , dans l'accomplissement des œuvres , s'abandonnent k la passion , de mémç , ô fils de Bharata, le sage doit agir sans passion ; il doit songer k obtenir l'assentiment des hommc3 , k ne pas diviser, par des controverses f les ignorans qui sont dan» le lien de l'action. Que le sage fasse toutes ses œuvres dans un esprit de dévoûment (k Dieu); tout ce qui arrive est le résultat des qualités de la nature. On s'égare par confiance en soi-même, quand on s'imagine être en soi-même la cause de l'action. Mais celui qui a connu la vérité , qui est instruit de ta distinction des qualités, et de celle des actions, sçit qu'en agissant nous cédons aux qualités de notre nature,' et il ne s'inquiète point de tout cela. Ce sont les hommes trompés par les qualités de leur nature qui s'inquiètent de l'action des qualités. Ceux qui connaissent la totalité des choses , se garderont d'affaiblir le courage de ceux qui l'ignorent et qui (pour cela même) répugnent aux actions. Te reposant sur moi des événemens , docile k ta conscience intime, libre d'espérance et d'amour propre et d'angoisses, résous-toi k combattre. Ceux qui , avec une ferme foi et sans répugnance, observent constamment cette doctrine, seront délivrés par leurs œuvres mêmes. Ceux qui la repoussent et la rejettent ,

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apprends qu'ils périssent privés de adenca et de raison. Le sage tend h ce qui est conforme à sa nature; les êtres animés suivent aussi leur nature; qu'y foire? Tout objet sotfmis k nos sens excité chez nous le penchant ou l'a version. On doit résister a l'un et h l'autre , car l'un et l'autre nous sont contraires. Il vautmieu*, à regret et malgré sa faiblesse* obéir k ses devoirs, que de remplir cea* des autres .avec force et alacrité. 11 vaut mien* perdre la vie en travaillant k s'acquitter de son propre devoir : ce n'est poii.t sans frémir qu'on entreprend celui des autres. ».

ARJOUNA.

« Veuillez me dire , ô descendant de Vrickni1, ce que C'est' qui pousse l'honnçe , malgré lui et comme par fçrce, au péché? »

LE DIEU répondit :

« C'est le désir aveugle et furieux , dévorant et coupable , naissant de la passion; voilà l'ennemi de l'homme, dans cette vie terrestre ; le monde y est enveloppé comme la flamme dans la fumée 4 comme le fer dans la rouille1, comme le fétus dans ses membranes* Cet ennemi implacable du sage •

1 frichti é\a\\ un prince de la branche collatérale de la race lunaire , à laquelle appartenait Crichiuu

* Le texte porte comme le fait bien entendre la traduction de M. Seklegel , qa»* le miroir ( fait de métal ) est couvert de rouille, œrujifce.

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prend toutes les formés; ce feti insatiable enveloppe la science dn sage , 6 fils de Counitl il établit son règne sur les sens , sur la volonté , • sur l'intelligence. Ayant enveloppé la science-, il nous ôte la raison. Tu dois donc avant tout subjuguer les appétits sensuels , afin d'expulser ce criminel adversaire de la science et du jugement.

« On admire les sens ; Vaine leur est supérieure ; l'intelligence est supérieure k l'ame. Au-dessus de l'intelligence est l'être suprême. Quand tu auras compris qu'il eçC au-dessus de l'intelligence et que tu seras fixé en lui , poursuis alors sous toutes ses formes le cruel ennemi que je t'ai lait connaître. »

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