‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 28 sur 101 · LEÇON ONZIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON ONZIÈME

A&gcmbbt. Transfiguration de Crichna.

ÀRJOUNÀ dît:

(( Cette science ' mystérieuse et suprême ,' dont vous m'avez fevorisé, a dissipé mon erreur. J'ai entendu de vous-même, dont les yeux brillent comme les feuilles de lotus , ce qui regarde l'origine et la destruction de toutes choses , et votre puissance qui est illimitée. J'ai un vif désir de voir cette forme divine que vous m'avez décrite , ô souverain seigneur, ô le plus excellent des incorporés a . Si donc vous daignez le permettre, sublime auteur des choses , régulateur de la dévotion qui nous unit k vous, consentez k vous montrer k moi comme esprit infini. »

LE DIEU dit:

« Regarde , fils de Prithâ, mes centaines , mes milliers de formes divines si variées en espèces et en couleurs .Vois les Àdityas etles F^asôus , les Roudras 3 . Vois tant de choses qu'on n'a jamais. vues %

1 Le texte porte : la science de Yadhydtma.

1 Dans le texte , pourouchoUama.

3 V. ces mots dans les. notes de la leçon predédente. •

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4fik àt Bharata. Yôi» ici > tout le monde airiné e* inanimé, rompra daps mon imité ; vois tout ce que tû *s désira devoir. Maïs cela ne peut se Voir avec tes yeux naturels. Je te donne un œil céleste; ainsi contemple ma connexion (avec l'univers). »

SANJAYA dit:

Hari l , ce grand maître du culte , qui consiste dans l'union avec Dieu , ayant ainsi parlé , ô roi , se fit voir au fils de Prit ha dans sa forme suprême et divine.

Elle avait des visages , des yeux innombrables, elle éclatait en merveilles ; elle était chargée d'arpiqi divines et menaçantes ; elle portait de #om<» breuses couronnes, des parures, des vêtetneos inondés de parfums divins; elle montrait le Dieu iirfiqi dont la face est tournée de tous côtés. La splendeur magnifique de ce grand être était comçae cejje de mille soleils qui paraîtraient tout-à-ooup d^ns le ciel, s'il était possible. Arjowxa voyait dans le corps du Dieu suprême l'univers entier divisé en ses parties, et ne formant qu'an tout. 11 fut frappé d'étonnement , ses cheveux se hérissèrent, en présence de Dieu; étendant ses mains jointes, il se prosterna etclit :

ABJOUNA dit :

« O Dieu, je vois dans votre corps, tous les Dévas

rassemblés , et toutes les classes d'êtres animés; le

1 Nom de Vichùau, Ce mot -vent dire veri on jaune.

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seigneur Brahmâ assis sur le calice d'un lotus (nymphœa); tous les Richis et tous les serpens célestes. Je vous vois vous-même, vos visages, vos bras multiplies , vos nombreuses poitrines ' , je vois vos formes infinies de toutes parts; je ne vois en vous ni commencement , ni milieu , ni fin , 6 seigneur universel, qui avez toutes formes. Je vous vois avec la tiare , la massue et le disque % avec une masse de gloire qui brille de tous côtes , comme un immense brasier ardent, comme les feux du soleil: Vous êtes l'être simple et inaltérable , le plus sublime objet de science , le grand trésor de l'univers; vous êtes indivisible ; vous êtes le gardien de la loi éternelle ; vous êtes éternel ; vous êtes pour moi le premier esprit incorporé ' . Je vous vois sans commencement, sans milieu, sans fin; votre force est infinie, vos bras sont innombrables ; vos yeux sont comme le soleil et la lune ; votre visage est éclatant ; votre, splendeur échauffe l'univers. Vous avez seul étendu entre le ciel et la terre l'espace et les régions de l'air. Les trois mon-* des sont effrayés , ô grande ame , en voyant votre forme terrible. Les S ouras en troupes viennent devant vous ; il en est qui vous tendent leurs mains suppliantes , et qui vous prient h voil basse. Les

1 Le texte dit ventres.

1 Celait une espèce (Tanne appelée tchacra ; le bord de ce disque était aiguisé et tranchant. U avait en outre un trou par lequel on le lançait au milieu des rangs ennemis, et il était ramené par le moyen «Tune courroie.

* Cest-a-dire Pouroucha.

aoo ŒUVRES

troupes de Maharchis et de saints1 tous saluent, et yous adressent des hymnes magnifiques; les Roudras % , les Adityas , les Vasous > tous les Sadhjras l, les Vishouas *, les jishoiùnicoumaras s, les Maroutas*, les Ouchmapas1 , les Gandharvas ,les Yakchas, les Souras, les Siddhas vous regardent,et sont tous dans l'admiration. Les mondes, ainsi que moi, sont effrayés de voir votre forme redoutable qui montre tant dévisages, et tant d'yeux, de bras, de jambes , de pieds , tant de poitrines , et tant de bouches armées de dents menaçantes. Lorsque je vous vois toucher les cieux , briller de tant de couleurs , tant de bouches ouvertes , et tant d'yeux

1 Ce mot en sanscrit es» siddha . qui signifie parfait. Le siddha est un saint personnage , une espèce de demi-dieu dont les attributs ne sont pas définis. 11 habite avec les sages mourus la région qui se trouve entre la terre et le soleil.

2 V. pour les Roudras , les Adityas , les Vasous , les Gandharvas , les Yakchas , les notes de la leçon précédente.

3 Divinités inférieures qui étaient au nombre de douze.

* Autres demi-dieux, au nombre de dix, particulièrement honores dans les sacrifices en l'honneur des mânes.

5 C'est-à-dire les fils ftAsJwuinî, les deux gémeaux , fils du soleil et de la constellation ashouini, nommés , Vnn JVdsatya , et l'autre Dasrm. C'étaient les médecins du ciel.

6 Ce sont les» vents, classe de demi-dieux au nombre de quarante-neuf; V&you ou Mdrouta, dieu du vent, est fils de Cashyapa et de Diti, Indra sachant que ce fils de Dit* serait plus puissant que lui » pénétra dans le sein de sa mère , coupa , avec sa foudre , le fœtus en sept parties, pnis chacune de ces parties en sept autres. Ce qui forme le nombre de quarante-neuf; et Faire des vents, chez les Indiens, est partagée en autant de pointe.

7 Ce mot signifie nourri de mets chauds. On désigne par ce nom les pitris , ou mânes des morts , à qui Ton offre en sacrifice des nourritures apprêtées.

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flamboyans, je suis profondément troublé , agité , ô Vichnou ! Mes forces m'abandonnent ; voyant V05 dents menaçantes , vos faces flamboyantes, comme la conflagration du monde à la fin des tems , je ne distingue plus les régions des cieux , je n'éprouve aucun sentiment de joie. Soyez-moi propice, ô Dieu* des dieux, qui dans vous contenez l'univers. Je vois les fils de Dhritarâchtra, tous les Rajas > et Bhîchma , Drona , et Carna l le fils du soleil , et les chefs aussi de notre armée , entrer dans vos bouches armées de dents menaçantes; j'en vois quelques-uns qui s'arrêtent brisés entre vos dents. Comme les grands fleuves se précipitent dans la mer , de même ces héros de l'espèce humaine s'élancent dans vos bouches enflammées ; comme les essaims de mouches attirés par la flamme vont rapidement y trouver la mort, de même tous ces. mortels vont avec emportement se jeter dans vos bouches, etVousattirezleshommestoutentiers, vous les absorbez dans ces gouffres enflammés ; que vos rayons sont effervescens, ô Vichnou! le monde est rempli de vos splendeurs ; dites-moi ce que vous êtes sous cette forme nouvelle et terrible. Je désire vous connaître tel que vous étiez dès le commencement ; je ne conçois pas quelle est cette forme que vous me faites apparaître. »

LE DIEU dit :

« Je suis le tems, qui détruit les hommes; je vais

1 V. ces mot» dans les notes de là première leçon.

aos OEUVRES

ôter la vie h tons ( ceux qui sont devant nous ). Hormis toi seul, il ne survivra aucun de ces guerriers. Courage donc, sois vainqueur de tes ennemis, et seul possède tout l'empire. Je les ai - détruits à l'avance , tu n'es que mon instrument , toi qui sais te battre même de la main gauche ; attaque Bhîchma, Jaycuiratha, Corna et les autres guerriers; sois vainqueur de ceux que j'ai déjà frappés; demeure ferme ; combats , et tu vaincras tes ennemis. »

SANJAYA dit.

Après ce discours du dieu à la belle chevelure , Arjouna , tout tremblant, l'adora, se prosternant ; et tenant les mains jointes ■ , reprit très-humblement la parole :

ARJOUNA dit :

« O vous qui êtes maître des impressions qui se font sur nos sens, le monde habite en vous, et s'empresse de vous obéir, tous les Râkchasas épouvantés s'enfuient devant vous, tandis que les Siddhas vous adorent prosternes. Pourquoi ne seraient-ils pas en adoration devant vous, ô grande ame, vous qui êtes plus puissant que Brahmd *, ( le créateur immédiat); vous êtes l'infini, le roi des Dévas, l'habitation des mondes. Vous êtes

1 Cette posture est celle du critdnjali , qni consiste à élever les mains rapprochées, et la paume en-dessus, comme si l'on présentait son offrande a celui que Ton supplie. Sous ce rapport la traduction aurait besoin (Fétre modifiée.

a Brahmd même périt.

DE J.-D. LAHJU1NA1S. ao3

inaltérable , et vous êtes ce qui est, et ce qui n'est pas l . Vous êtes le Dieu primitif; le premier incorporé > le suprême trésor de cet univers; vous possédez la science, et vous êtes la science qu'il faut acquérir ; vous êtes la suprême habitation , et de vous, forme infinie, l'univers est émané. Vous êtes Fàjrou*, Varna, Varouna, la lune, le créa* teur et le père et l'aïeul des êtres ; je me prosterne en vous adorant mille fois, et je vous réitère» me6 adorations. Je vous adore en avant, en arrière et de tous Jes côtés , ô Dieu qui êtes tout : vous êtes d'une force, d'une puissance infinie, vous faites tout; vous êtes donc tout. Vous croyant moh compagnon, sans respect je vous ai dit : hé! Crichna, ou Yâdava} > hé ! mon ami... J'ignorais, votre grandeur, je l'ai fait par erreur, par négligence et aussi par affection. Tous mes badinages avec vous, quand vous étiez debout ou couché, ou assis, ou prenait votre repas, en secret ou en public , ô être immense , j'en implore de vous le pardon , vous êtes le père de tous les êtres qui se meuvent ou sont immobiles , vous êtes le gourou '

1 Sadasai, c'est-a dire existant indépendamment des formes matérielles , qui ne sont pas la vérité , et néanmoins visible par le moyen de ces formes extérieures.

9 Vdfou est le nom dn dieu de l'air ou du vent. V. plus haut , ainsi que pour Yama et Varouna, leçon précéd.

3 Le cinquième roi de la race solaire , Yayaii , eut plusieurs fils , entre autres Yadou , qui fut le père d'une branche collatérale , d'où sortit par la suite le dieu Crichna. De son nom tm descendans se nonvrmèrent Yddavas.

• Le gourou est le maître spirituel.

ao4 OEUVRES

le plus respectable, vous n'avez point d'égal dans les trois mondes , comment y auriez- vous un supérieur, ô vous qui êtes le seul au-dessus de tout? Ainsi je me prosterne en vous adorant, et j'implore votre faveur, ô Dieu si digne de louanges : pardonnez-moi, ô'Dieti, comme le père k son fils, l'ami a son ami, l'amant k sa bien-aimée; fai vu des merveilles qui n'avaient pas encore été vues ; j'ensuis ému de terreur et de joie; veuillez donc, ô Dieu , ô habitation de l'univers , me laisser voir votre l'orme. Je désire vous voir la tiare sur 1a

tête , et vos mains armées du disque et de la massue ' ; montrez-vous k moi sous cette forme k quatre bras, vous qui avez mille bras, et qui avez toutes les formes. »

LE DIEU iHl :

k Propice h tes vœux , bArjouna, je t'ai montré, par ma puissance mystérieuse , m% forme suprême, splendide et universelle, infinie et primitive , que toi seul as jamais pu considérer; nul mortel ayant toi , vaillant fils de Courou, n'avait obtenu la vue de ces merveilles , ni par la lecture des Vedas , ni par les sacrifices, ni par les études, ni par les libéralités , ni par les actes du culte , ni par les austères pénitences ; après avoir vu cette forme si redoutable, cesse de trembler, et redevenu calme et joyeux, contemple cette forme que maintenant tu demandes a voir. »

1 Cette représentation de Crichna est celle qui lui est ordinaire.

DE J.-D. LAN JUIN AIS. ao5

SANJAYA dit :

En même tems le fils de Vasoudeva se montra de nouveau sous sa forme ordinaire , et la grande ame reprenant cette forme rassurante, calma les frayeurs diArjouna.

ARJOUNA dit :

« Je renais en voyant votre figure humaine et paisible , ô désiré des mortels; je ne suis plus troublé , me voilà revenu k mon état naturel: »

LE DIEU ADORABLE dit :

« Cette forme terrible, que je t'ai montrée, les Dévas même désirent de la contempler toujours. On ne parvient k me voir tel que tu m'as vu, ni par la lecture des Vedas, ni par les austérités, les aumônes ouïes sacrifices. Mais on peut me connaître, me voir dans cette forme, on peut être uni k moi, par le moyen du culte rendu k moi seul, fils de Pandou. Il vient k moi , ô vainqueur de tes ennemis, celui dont les œuvres se rapportent k moi, qui me sert uniquement, qui renonce a tout désir personne] , et qui vit sans haine k l'égard de tous les êtres animés. »

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