‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 29 sur 101 · LEÇON DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON DOUZIÈME

Argumiht. Moyens de plaire au Dieu suprême et de lui être réuni , ou quels sont les plus parfaits adorateurs de Dieu.

ARJOUNA dit :

« Parmi ceux qui vous servent toujours ainsi uni-

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quement, il en est qui, de plus, tous adorent comme être inaltérable , et hors de la portée de nos sens ; cette dernière circonstance rend-elle pins parfait le culte rendu k vous seul ? »

LE DIEU dit :

a Ceux qui me servent toujours ainsi avec une ferme foi sont ceux dont le culte est le plus parfait ; mais ceux qui , vainqueurs de leurs inclinations sensuelles , ont pour toutes choses ( hormis moi ) une entière égalité d'ame, se réjouissent du bonheur de tous les êtres, et m'adorent toujours d'ailleurs comme être inaltérable , hors de la portée des sens, pénétrant' tout, incompréhensible, audessus de tout, fixe et immuable; ceux-là , certainement , viendront k moi ; ces derniers , ceux qqi ont leur esprit toujours appliqué à ma nature, non perceptible pour les sens , ont plus à travailler que les autres. La route qu'ils préfèrent est k peine accessible aux êtres corporels. Mais les premiers, ceux qui appliqués k moi, faisant de moi l'objet de leurs pensées , de leurs méditations , n'adressent qu'a moi leur culte , et rapportent k moi toutes leurs œuvres , 6 fils de Prithd , bientôt je les délivre de cet océan de vicissitudes qu'on éprouve en cette région de mortalité; donne -moi donc ton ame , place-la dans moi , tu habiteras certainement en moi , tu obtiendras ainsi le rang suprême. Si tu te sens incapable d'avoir toujours l'esprit fixé en moi , efforce-toi de m'obtenir, 6 contempteur des

richesses, en demeurant constamment uni k moi. Si tu ne peux encore suffire à cette constante union, • applique-toi aux œuvres, les rapportant h moi; accomplis les œuvres à cause de moi. Ainsi tu atteindras la perfection , et si cela est encore au-dessus de tes forces , au moins sois-moi dévoué : renonce avec courage au fruit de toutes tes œuvres; la science est meilleure que la pratique; la méditation continue est meilleure que la science ; la renonciation au fruit des œuvres est meilleure que la médi-~ tation (continue ). Cette renonciation fait bientôt arriver au suprême état. J'aime celui qui, exempt d'orgueil et d'égoïsme , bienveillant , compatissant envers tous les êtres animés , indifférent aux peines et aux plaisirs , patient et content , courageux , ferme dans ses résolutions , a l'esprit fixé en moi , et dévoue son culte à moi seul; celui qui ne trouble point les hommes , et qui ne laisse point troubler par eux son esprit ; qui ne se livre pas aux . mouvemens de la joie ni à ceux de la colère ou de la crainte ; celui qui rend son culte k moi seul , demeurant au-dessus des événemens , pur, droit , impartial , libre de sollicitudes , et résigné sur le succès de toutes ses entreprises ; celui qui rend son culte à moi seul et demeure sans joie, sans haine, sans tristesse et sans désirs , indifférent au malheur et à la prospérité. J'aime enfin celui qui , persévérant dans le culte rendu à moi seul , est le même pour l'ami et l'ennemi, souffre également le chaud et le froid , la douleur et le plaisir, l'honneur et

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l'ignominie , est satisfait de tout ce qui arrive, garde le silence, n'a point d'habitation, et demeure ferme dans ce genre de vie. Ceux qui , animés par la foi , me servent constamment, se nourrissent de cette ambroisie de la religion que je viens de te connaître, j'ai pour eux le plus tendre amour. »

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