LEÇON TREIZIÈME
Aucumint. Qu'est-ce que le corps et' quel est céhn qui le connaît? Qu'est-ce que la matière ( ou la nature ) , et l'esprit (ou rincorporé )? Qu'est-ce que la vraie science, et l'objet de cette science? Autrement, que signifient les mots : kchetram, hchetrajna, prakritt , ponrouch* , jtidnam , jnejram ?
CRICHNA dit :
Apprends, fils de Countî , que ce qui peut être blessé , dissous dans les êtres vivans et organisés *, c'est ce qu'on nomme le corps ( Kchetram ) ^ et que ce qui , dans ces mêmes êtres , est supérieur ou Ta le premier, ce qui connaît, juge et aperçoit, c'est ce que les sages appellent celui qui connaît le corps. Apprends que dans, tout corps animé, c'est moi qui connais le corps ( qui suis Kchetrajna ). Il y a une science qui fait distinguer le corps, et celui qui le connaît; c'est la vraie science. Ecoute ce que je vais te dire en abrégé relativement au corps, ce qu'il est , les parties qui le composent , comment il se dissout, et d'où il provient, de quoi il est capable ; c'est ce que les Richis ont chanté , ensei-
1 Ce commencement est une paraphrase que le traducteur a juge cessai re.
DE J.-D. LANJUINAIS. *og
gaë , prouve clairement dans leurs poésies théologiques ' sur les principes des choses.
» Le corps est sujet à dissolution; on peut dire en abrégé qu'il se compose des cinq élémens : du sentiment de soi-même , de l'intelligence ( bouddhi), de l'esprit (avfa/ctam) invisible, des onze organes corporels * et des cinq sens * , avec l'amour, l'aversion, le plaisir et la peine, la réflexion et la fermeté.
» La science4 consiste k être exempt d'orgueil, de fourberie , d'injustice , k avoir de la patience et de la droiture , le respect du a ceux qui nous in* struisent ; k être pur, constant, modéré; k réprimer les inclinations sensuelles et l'égoîsme ; k méditer sur la naissance , la mort, la vieillesse, la maladie, la douleur et le péché ; k être détaché de ses enfans , de sa femme , de sa famille et des autres objets ; k conserver une entière égalité d'ame en toutes circonstances favorables ou contraires ; k me rendre le culte k moi seul et avec fidélité ; k aimer la re-
1 L'expression est brahma soûlrapada , vers qui contiennent les. règles de la science divine.
9 Le texte porte : les onze sens , et cependant les Indiens n'en reconnaissent que cinq , comme nous ; plus , un sixième , qui est le manas ou instinct passionné. Il faut donc supposer que l'auteur désigne ici les organes des sens et d'action. Ici on en compte onze { Wilson , dans son Dictionnaire, en désigne et en nomme dix, dasendrya, savoir : la peau , l'œil , la langue , le nez , l'oreille , l'organe de la parole , la tuajn , le pied , l'anns et le pudendum. ,.
*Ce que le traducteur appelle ici sens, est dans le texte objet, des sens y indrijragotchara. Ce sont le son, la forme, la couleur, etc.
* Vraie science confondue avec rasage qu'on en fait, avec leb djfets qu'elle produit sur les vrais sa vans.
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traite, se privant des plaisirs de la société des hommes; à s'appliquer continuellement à la science de l'ame suprême; à la science de ce qui est vousmême ' ; voilà ce que c'est que la science (Jndnam), et ce qui en diffère , c'est l'ignorance.
» Je vais vous expliquer l'objet de la science, et ce qu'il faut connaître {jneycun) pour obtenir l'immortalité.
» Le suprême Brahmaest sans commencement: on ne peut l'appeler être ( sot ), on ne peut l'appeler non être ( asat ) *; il a de toutes parts des mains, des pieds, des têtes, des bouches et des oreilles. Il est dans le monde , et contient en lui tout l'univers; séparé de tous les organe* defc sens, il en a toutes les perceptions; il est sans désirs, et il pourvoit aux besoins de tout l'univers ; il est sans qualités , et il reçoit les impressions de toutes les qualités ; il est dans tons les êtres le dedans et le dehors , ce qui se meut et ce qui reste immuable; il est tellement subtil qu'on ne l'aperçoit point; il est loin de nous et il en est près; il est indivisible et il existe en toutçs choses ; il conserve , détruit et produit tout ; il est au-dessus des
1 Le mot sanscrit est UtUwam , que Wilson explique par toi , hoc , ( nom de l'Être divin), et twam, tu. Tattwam est Pessence de Pâme, considérée comme la même que Tesprit divin qui anime Punive». C'est aussi la vérité.
* Nous avons déjà expliqué le sens de ces mots : la divinité dans ses oeuvres est une substance matérielle , et dans son essence un être immatériel ; mais comme il n'est qu'un , il ne peut pas être positivement dénommé par l'un ou Pautre mot.
MWf.
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ténèbres et la lumière des lumières ; il est la science et l'objet de la science , et ce qu'on obtient par la science ; il demeure dans nos âmes.
» Voilà en abrégé ce que c'est que le corps {kche* tram ), ce que c'est que la science (jnânam ) , et ce que c'est que l'objet de la science (jneyarn'); ceux qui possèdent cette connaissance et qui rendent le culte à moi seul, s'assimilent à moi.
» Sache maintenant que la matière (pràkriii).ei l'esprit (pouroucka, c'est-à-dire l'incorporé) n'ont point eu de commencement , et que les qualités (gounas ) et les changement de forme provieaneqt de la matière- Dans les mouvemens du corps la matière est le principe de l'acte* dans le sentiment du plaisir ou de la peine, c'est l'esprit qui est le principe (actif et passif ).!* esprit, comme étant incorporé dans la matière > participe aux qualités qui viennent de la matière; et le penchant qui résulte de ces qualités produit la génération ( ou incorporation) , et détermine si elle se fera dans une matrice bonne ou mauvaise. L'esprit incorporé est le grand Dieu lui-même, l'esprit suprême; c'est lui qui, dans lé corps animé, observe, dirige, protège et reçoit les perception
» Celui qui connaît ainsi l'esprit incorporé, la matière et les qualités , est sauvé de la renaissance mortelle.
» 11 y a des hommes qui , par la contemplation et l'opération même de l'esprit, aperçoivent cet esprit
ait OEUVRES
en eux-mêmes ' : il y en a qui le connaissent par la méthode contemplative du Sânkhya ■ ; d'autres par la pratique des œuvres ; d'autres le servent sans l'avoir vu, dociles k l'enseignement qu'ils ont reçu d'autroi. Ces derniers même, à cause de leur docilité , seront exempts de renaissance mortelle. . » Toute génération de substance animée ou inanimée, se fait, ô chef des enfans de Bharata, par l'union ( l'incorporation ) de l'esprit dans la matière. Celui qui voit l'être suprême dans tous les êtres animés, celui qui l'y voit toujours vivant quoiqu'ils périssent , voit ce qui est vrai ; et celui qui , voyant l'être suprême présent , ne pèche point par sa faute , entrera dans la voie suprême. Celui qui voit que ses œuvres sont faites entièrement par l'influence de la matière , et qu'il n'y est pas actif, voit ce qui est vrai ; quand il voit tous les êtres compris dans l'être unique , et cet être unique distribué dans chacun d'eux , il connaît le créateur, et il y sera réuni. Cet esprit suprême et inaltérable étant sans commencement et sans qualités, ô fils de Countt, n'agit point dans nos corps et n'y est point soui|lé par nos actions. Comme l'éther, à cause de sa subtilité, s'insinue partout sans être altéré, de même l'esprit suprême demeure dans nos corps et reste inaltérable. Comme un seul soleil éclaire le monde entier, de même celui qui connaît le corps
1 Sorte, d'iUuminisme.
' Nous ayons déjà vu plusieurs fois que c'est le nom de la méthode du sage Capila.
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{kchetrajna} vivifie tous les corps. Ainsi, celui qui connaît par la lumière de la science , comment le corps et l'esprit sont distincts l'un de l'autre , celui qui sait que l'homme est finalement délivré de sa nature corporelle , parvient à l'être suprême. »