LEÇON QUINZIÈME
Argcmxïit. De Dieu considéré comme créateur par émanation de luimême , et du monde considéré comme émaué de Dieu ; de Dieu même sous le nom de suprême incorporé (pourouchottama.)
LE DIEU dit :
« On célèbre le figuier sacré1 , incorruptible, dont les racines vont eu-haut, dont les branches vont en-bas , et dont les feuilles sont des chants versifiés*. Ceux qui le connaissent, savent le Veda. Comme les rameaux de cet arbre naissent des trois qualités , ils s'avancent en-haut et en-bas ; et lefe racines se propagent en-bas, où elles sont retenues
1 Le lecteur connaît sans doute la propriété de ce figuier indien , dont les branches , en retombant h terre, j prennent racine , et forment bientôt des rejetons autour du premier arbre. Ici l'auteur compare le Veda ao figuier : ses racines sont au ciel, mais quelques-unes de ses branches , en Retendant par le moyen des œuvres , ront prendre racine sur la terre.
* En sanscrit tchhandas: c'est le nom particulier que Ton donne aux mètres des Vcdas,
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pendant cette vie mortelle par les liens de l'action ; on ne saurait ici- bas apercevoir ni la nature ni la forme de cet arbre, ni son objet; mais on peut couper toutes ses racines avec le glaive tranchant de r égalité d'à me; après quoi il faut rechercher cette voie d'où Ton ne retient plus ; c'est moi qui suis cette voie , je mène à ce premier incorporé, d'où est émané ce fleuve antique (l'univers ). Ceux qui sont exempts d'orgueil , de folie , de péché , de désirs , constamment occupés de l'esprit suprême , sans amour du plaisir et sans haine de la douleur , ceux-là marchent sans s'égarer dans cette voie impérissable , qui n'est éclairée ni par le soleil , ni par la lune , ni par le feu , cette voie d'où l'on ne revient point et qui est ma suprême demeure.
» Il y a de moi-même, en ce monde des mortels , une portion vitale , éternelle , qui , par son action, attire du sein de la matière (ou nature) l'ame et les cinq organes des sens, soit que l'ame sorte d'un corps ou qu'elle y entre ; cette portion de l'esprit suprême s'empare de l'ame et des cinq sens, et les entraîne ensuite , comme le vent emmène les odeurs qu'il a enlevées. Cette même portion gouverne l'ame , et les organes de l'ouie , de la vue , du tact et de l'odeur, et c'est elle qui reçoit les impressions des choses sensibles. L'insensé n'aperçoit pas en lui cette portion de moi-même, qui , dans lui; s'unit aux qualités; il ne l'aperçoit pas, soit qu'elle entre , soit qu'elle sorte du corps , soit qu'elle y
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réside et qu'elle en reçoive les sensations. Biais ceux -lk la voient qui ont les yeux de la science. Les yogis s'appliquant à la méditation , peuvent la voir fixée dans eux-mêmes, et , quoiqu'ils s y exercent , s'ils n'y ont pas fait de certains progrès , ils ne l'aperçoivent pafr, faute d'y penser assez.
» Je suis la lumière accumulée dans le soleil et qui éclaire le monde , et celle qui se trouve dans la lune et dans le feu ; je pénètre tout ce qui existe dans la nature, et je le conserve par mon influence; je nourris, je conserve toutes les plantes, et me changeant en. sève, je les rend savoureuses. Je deviens la chaleur disséminée dans le corps des animaux , en m'unissant a l'air qu'ils respirent et qu'ils exhalent ' ; c'est moi qui digère leurs alimeus des quatre espèces s. Je réside au cœur de chaque animal j c'est de moi que vient la mémoire , la science, et le raisonnement; et dans tous les livres qui enseignent la religion et les devoirs , je suis la science et l'objet de la science ; je suis encore l'imr terprète de ces livres. ■ ^
» Il y a deux esprits incorporés, l'un altérable et l'autre inaltérable. Le premier se trouve dans tous les êtres qui ont vie , et l'inaltérable est placé enhaut 3. Outre ces deux esprits, il y en a un Uroi-
1 Le texte porte prdna et apâna; l'un est l'haleine, et rentre le neat inférieur. Tel ef t au moins le sent que lui donne Wilaou.
1 La nourriture ett ou mâchée avec les dents , ou léchée avec la langue, on sucée avec les terres , ou ruminée dans l'estomac.
3 C'est-à-dire il est l'essence divine ; en sanscrit coutastha»
DE J.-D. LANJU1NAIS. 219
sième,respnt<5uprême,ie{)reweresprit, qui, pénétrant les trois mondes, les donserve, en est 1'ipaltérable maître ; je suis au-dessus de l'esprit altérable, et au-dessus de l'esprit inaltérable qui habite en chaque homme ; c'est pourquoij'on me nomme, dans le monde e*dans les livres sacrés* le suprême esprit ou le suprême incorporé (pourovc hottama). L'homme exempt d'erreur, qui me connaît, dans cet état de suprême esprit, connaît toutes choses, ô fils dçHkarata, et me aert(nniquement) dans toute sa conduite. Ainsi, Arjouna, je t'ai fait connaître cette doctrine secrète $ celui qui la comprend sera un homme sage, et il fera tout ce qu'il doit faire.»