SELON LES VEDAS
Les Vedas , ces livres fondamentaux de la religion et de| sciences chez les Indiens ; ces livres que des savans croient aussi anciens , ou plus anciens que Moïse , sont encore si peu connus dans l'Europe, qu'on a doute qu'ils se trouvassent dans l'Inde ' , et qu'on les a traités même àtfabuleuar*. Cependant ils existent en entier à la grande bibliothèque de Paris , mais en sanscrit , qui est la langue originale. Or , le sanscrit , langue ancienne de. la Perse comme de l'Inde , et contemporaine de l'hébreu, langue sacrée, liturgique et savante des Brahmanes , langue polie et très-perfectionnëe , mère des langues européennes et de quarante langues indiennes vivantes; enfin, dans laquelle il existe encore aujourd'hui une quantité innombra-
' Sonnerat, forage aux Indes, în-4°, t. 1, p. n4- De Sainte- Croix, Obserr. prelim. fur YE zourvédan , t. I, p. 1 1 1 . Supplément aux Recherches sur les Arts de la Grèce , par <f Hancarrille . Londres ,
1785, in 4°» P* 38.
* IjC wrant jxrir Paulin <lc Saint-Barthélémy, clans le Systema Brahmnnicum, flom'E , 1791 , j>. 181 , se iu«xnie beaucoup des Anglais et f|i»i Fiançais, incni» tics missionnaires qui ont |>arlc des Vedas connue cli* rliusr» rccllcs.
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ble de livres anciens et modernes de science et de littérature, en vers et en prose; le sanscrit est malheureusement encore trop peu connu en France et dans le reste de l'Europe.
Dans cet état, VOupnek'hat d'Anquetil Duperron , cette version latine et littérale d'une traduction persane d% longs textes des Vedas , contenant l'ancienne théologie et la philosophie secrète de l'Inde , doit encore exciter vivement l'intérêt et l'attention des gens de lettres. La nature du sujet, l'antiquité du système, ses rapports frappans avec d'autres systèmes européens , anciens et modçrnes, le nom célèbre et la profonde érudition du traducteur , son voyage dans l'Inde , le long séjour qu'il y a fait, par un dévoûment admirable à la recherche des anciens monumens et à l'avancement des sciences , sa vie stoïque , sa vieillesse laborieuse, son caractère original et d'une fare franchise , son style vigoureux , ses pensées grandes , hardies , profondes, ses réQexions et les doctes recherches littéraires et historiques , philosophiques et théologiques , commerciales et politiques , dont il a enrichi cette production; tout,, dans cet ouvrage, pique la curiosité des lecteurs.
UOupnek'hat était inconnu en Europe lorsque Anquetil Duperron l'annonça en 1778 , et promit la traduction qu'il en a publiée ' . On le trouve cité une seule fois dans les AsiatickResearches a; et
1 Législation Orientale, in -4°. Paris, 1 778 , p. ai. •
' Tome I , p. 346.
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M. White , professeur d'arabe à l'université d'Oxford , en a public en anglais quelques fragmeos , en 1783 , h la suite des Institutes politiques et militaires attribués à Ta merlan. M. Halhed en a donne un fragment en anglais, en 1781 , dans sa préface sur le Code des lois des Gentoux. On peut le voir en français p. xv de la traduction française de ce code , publiée k Paris en 1788. Le P. Paulin de Saint-Barthélémy, datas un livre publié en 1 793, a parlé de VOupnek'hat comme d'un ouvrage si altéré par des interpolations, qu'il ne peut servir qu'à répandre des ténèbres sur la rçligion et la philosophie des Indiens ' . Telle fut l'opinion des plus sa vans orientalistes, mais aussi de l'un des écrivains les plus tranchans et les plus dédaigneux ; elle est au moins très-exagérée .
Un banquier français , nommé Bernier, remit h Anquetil, en 1775, le manuscrit persan deYOapnek'hat , de la part de feu M. Gentil, résident de France à Faisabad , nouvelle' capitale du pays iKAoud. C'est sur cet exemplaire et sur un autre , envoyé de la même ville et par le même savant , qu' Anquetil a composé sa traduction. Il existe en
1 « Bbagavat-Ghita quem Wilkins , et Oupnekliat quem Anquetil » Duperron , nullo samskrdamicœ grammatUœ ei lexici adminiculo » prœditi converterunt , tant aperte vagis et errantibus additionibus » scatent , ut ex Us indicée gentis religio et philosophia non solum » dignosci ncqueat , sed etiam majoribus tenebris maneai involuta. » Musœi Borgiani F'elitris codices MMSS . Avenses , Peguanît Siamici, Indottani, auctore Paulino a S. Bartholonueo, Rorub, >7<)3 ,
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Angleterre deux autres manuscrits persans du même ouvrage , apportés par M. Boughton Route, ancien gouverneur du Bengale , qui a fourni les fragmens en anglais publiés par M. White; fragmens dont le nouveau traducteur censure vivement l'inexactitude.
Certains passages de YOupnek'hat font conjecturer que Fauteur écrivait plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne : c'est un point que le traducteur promet d'établir, et il a tenu parole , en recueillant dans plusieurs notes des inductions tirées du texte , qui paraissent justifier cette assertion, et tiiême faire remonter l'auteur de quelquesuns des textes de l'ouvrage à une époque assez rapprochée de celle du déluge universel.
Quant à la doctrine; elle a pour base l'existence de Dieu, d'un esprit créateur de toutes choses. Voilk ce qu'on trouve dans les anciens livres du monde , dans cet entrait des VedcLs, comme dans les longs de la Chine, et dans le Zend-Àvesta des Persans. C'est un or mêlé souvent avec des scories et de la boue -y il faut l'en dégager.
Sur ee point si important, Anquetil Duperron cite des passages remarquables de Strabôn, de Plutarque , de saint Ambroise , de Palïadius , du Mahdbhârata ' , de XAiin Akbari et du Teskerat-
1 C'est-à-dire grande Histoire , suivant le père Paulin <le Saint-Barthélémy, ou plutôt Histoire du grand Bharata, l'un des plus anciens rois de l'Inde et de sa famille j c'est le recueil de dix-huit anciens poèmes épiques , contenant ensemble plus rie cent mille stances , où se trouvent
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Assalaîhin , qui démontrent l'ancienne et perpétuelle croyance des Indiens en un seul Dieu créateur, dont Brahmà, Vichnou et Shiva ne sont que les agens ( ou les attributs personnifiés ), et en une première intelligence qui procède de ce dieu suprême : dogmes précieux , dit Anquetil , que le cours des siècles , les successions des peuples , les révolutions de l'univers iVont pu effacer de la mémoire des hommes.
Parmi ces textes, il en est un tiré AxkMahâbhârata, traduit par Anquetil sur la version persane qui est à la Bibliothèque du roi, et que le docte Maurice, auteur des Antiquités et àe,Y Histoire de F Inde, eût employé avec avantage, s'il l'eût connu , dans sa dissertation ' sur les Trinités Orientales. On est étonné de trouver dans ce texte trois personnes divines , deux qui procèdent de la première, et toutes trois ayant concouru à la création : Dieu saint et élevé, ineffable, abakt; (peut-
d'antiques renseignemens sur la mythologie, sur l'histoire de l'Inde, «t des explications sur le système indien de religion et de morale. Avant la publication de YOupnek'hat , le Bhagavad-Gtta , qui est on épisode du Mdhdbhdrata , était la meilleure source qu'on pût consulter* sur la theosophie indienne.
. * A dissertation on thc Oriental Trinities , cxtractcd from the fourth and fifth volumes of Indian Antiquities, 8°. London, 1800. Le but de ce lirre est de prouver que la Trinité' des chrétiens fut comme chez les juif» avant et depuis l'ère chrétienne , et que les Trinités orientales , même celle de Platon , ne sont que des copies altérées de l'ancienne tradition du genre humain , dont il y a des traces dans l'Ancien-Testaraent. Une partie de ces mêmes idées avait déjà été développée par d'Hancarville , dans son ouvrage cité à la seconde page de cet extrait.
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être Avyàkta ), le grand, le premier intellect, le grand sans fin, mahanat ( Mahânâiha ), et le cœur, la volonté ou l'équité (Ahankard).
Anquetil prétend , et avec assez de raison , qu'eu matière de philosophie et de théologie , le respect pour la vérité oblige h traduire très-littéralement les originaux.
En conséquence, il commença par traduire VOupnek'hat mot à mot en français. Son travail était barbare et inintelligible; il corrigea sa traduction, et l'ouvrage devint moins obscur; mais ce n'était plus le vrai sens de l'original.
11 réfléchit alors que le latin admet les inversions comme le persan , comme l'arabe et l'hébreu ; que Maracci s'en est servi avec succès pour traduire le Coran avec plus de fidélité , et. que notre Vulgate , nos versions latines interlinéaires de la Bible rendent assez exactement le texte hébreu . En conséquence . il a fait sa traduction littérale en latin , s'aidant de quelques Mvrespersans relatifs h l'Inde, et des dictionnaires sanscrit, bengali, telinga et malabar, qu'il a pris la peine de transcrire pour son usage. Il promettait alors ( tom. 1 9 pag. 4?8 ) de compléter son travail sur VOupnek'hat par une grammaire et un dictionnaire de la langue sanscrite, qu'il devait donner d'après un manuscrit de la Bibliothèque du rot , mais en caractères romains , avec une traduction française. Déjà le P. Paulin de Saint-Barthélémy avait publié k Rome , et en caractères qu'il appelle sanscrits, mais qui ne sont
autres que les caractères malabars nommés g*xwiham, une grammaire déjà langue sanscritç , et la partie de V Amarasinha , ou du dictionnaire de cette langue qui contient les noms des dieux et des déesses; le tout jTaprès d'anciens manuscrits indiens l . Il est fâcheux que le savant Anquetil 9'ait pas trouvé tous les encouragemens nécessaires ppur achever sa belle entreprise. Nous n'auriotip pas été privés si long-tems d'un aussi puissant moyen d'étude , que la France aurait eu la gloire de donner la première au monde savant.
Seulement il aurait fallu que le texte du dictionnaire sanscrit fût imprimé en caractères devanâgarisy parce que c'est le plus facile et le plus répandu des alphabets indiens , parce que c'est le plus ancien , et enfin parce que c'est la manière d'écrire adoptée chez les Brahmanes les plus instruits» qui habitent à Bénarès, l'antique ville de Kasi.
La dissertation, mise par Anquetilen tête de sa traduction , est proprement une comparaison raisonnée de la doctrine philosophique et théologiqpe de YOupnek'hat, avec celle de plusieurs célèbres rabbins, de quelques anciens docteurs de l'église chrétienne , de plusieurs théologiens catholiques .et non catholiques, et de quelques autres écrivains modernes.
Il en résulte que cette doctrine est la même, ou
1 Sidharoubam, seu Grammatica Samihrdamica. Ronue, in-4+, 1 790. Amarasinha , sectio prima , de cœlo, Romae f m-4°, 1 798..
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h-peu-près, sur les quatre chefs suivras, qui forment autant d'articles séparés dans cette dissertation.
i ° L'Être suprême , sa nature et ses attributs.
20 L'origine du monde par émanation ou par création.
3° L'existence d'un monde naturel et intellectuel de beaucoup antérieur au nôtre.
4° L'influence des astres sur la terre et sur les corps terrestres.
Sur le premier chef, l'auteur rapporte les morceaux les plus remarquables des hymnes du demichrétien Synésius, évêque dePtolemaïs, en Afrique.
Quand on connaît la Théosophie ' des Brahmanes, leur doctrine sur Dieu, son unité, sa trinité; sur l'identité de la substance divine avec celle des esprits célestes; sur la distinction de la lumière ou de l'esprit , d'avec les ténèbres ou la matière ; sur Dieu tout à-la-fois agent et patient, sujet et objet, et sur la manière de s'unir à lui par certaines spéculations mystiques ; on ne retrouve presque rien dans les hymnes de Synésius qui ne suppose et ne rappelle toutes ces idées.
La création des esprits et du monde matériel fut une émanation (effluvium') de la substance même de Dieu ; leur destruction est leun rappel ou leur re-
1 L'art. Théosopht* , dans l'Encyclopédie , nous fait voir, dans la doctrine singulière des theosophes modernes , des idées fort analogues k celle du système indien de VOupnekhat.
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tour dans cette même substance; ayant la «..^«.«wu, Dieu est tout ; par la création il ne fait que s'étendre , et il est encore toutes choses. Ce système des Brahmanes fut enseigné aussi par quelques docteurs de l'Orient, juifs et chrétiens. C'est le sujet du second article de la dissertation préliminaire.
Nous voyons dans le troisième que, chez les Juifs et chez les Chrétiens, non-seulement on a cru à l'antériorité de ce monde surnaturel ou des esprits, mais qu'elle a été par quelques-uns qualifiée $ éternité* L'auteur cite en preuve ce passage célèbre de saint Basile de Césarée : Ante hune mundum erat status quidam cœlestibus potestatibùs conveniens , transcendens tempus omne, œ te mus, perpetuus.... et un passage analogue de saint Jérôme dans son commentaire sur l'épître à The : Sex millia needum nostri orbis implentur anni ; et quantas prius œternitates j quanta tempora, quantas sœculorum origines fuisse arbitrandum est, in quibus angeli , throni , dominationes, eueterœque virtutes servierint Deo y et absque temporum vicibus, absque mensuris substiterint ? Saint Augustin avouait son ignorance sur cette espèce d'éternité du monde intellectuel ; c'est assurément ce qu'on peut faire de mieux .
Le soleil et la lune ont sur les corps terrestres une influence reconnue par tous les physiciens , et même par tout le monde. Cette première observa* tion , trop généralisée dans l'Inde , et bien ailleurs, a fait attribuer à tous les corps célestes une influence
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spéciale sur les hommes et sur les bêtes, sur les végétaux et sur les minéraux ; de là cette vaine science de l'astrologie avec toutes ses branches. Ânquetil cite à ce sujet le livre du médecin Gode- 11 iu s ? publié en 1609 : De magne tica curatione vulneris cura superstitionem et dolorem et rentedu appliccuionem; celui qui parut à Paris en i555, intitulé : Harmonia cœlestium corporum et humanorunij astronomiœ et medicœ , per Ant. Mi* saldum Monlucianum, elaborata et démons trat a; et l'abrégé des ouvrages de Swedenborg , contenant la correspondance du ciel avec l'homme et avec tous les objets de la nature; enfin les ouvrages pour et contre le mesmérisme. Il conclut que la correspondance physique du ciel avec la terre est une hypothèse qui mérite toute l'attention du sage et la discussion la plus approfondie.
Le résultat général de cette dissertation est que les dogmes de l'Inde , sous le nom de doctrine orientale, ont passé des Indiens aux Perses, des Perses aux Grecs, des Grecs aux Romains ; qu'ils nous sont aussi parvenus par le nord de l'Europe ; qu'en fin rien n'est nouveau pour un homme instruit , rien n'est absolument mauvais , et que tout ce qui est mauvais renferme l'indice ou le germe de ce qui est bon.
La citation d'un passage très-curieux d'Or i gène, dans son livre contre Celse , ne sera peut-être pas déplacée ici ; elle offre une idée assez juste et peut faire trouver moins extraordinaire le langage dont