‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 48 sur 101 · IV · texte numérisé non relu

IV

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les Indiens et tous les anciens philosophes et théologiens grecs ou orientaux se serraient quand ils voulaient transmettre de grandes vérités philosophiques ou religieuses. Il semble donner lieu de croire que les mêmes doctrines étaient répandues chez tous les peuples civilisés de l'antiquité , fait dont on a d'ailleurs d'autres preuves. « En Egypte, » dit Origène , les philosophes ont une science su- » blirae et cachée sur la nature de Dieu , qu'ils » ne montrent au peuple que sous l'enveloppe de » fables et d'allégories... Toutes les nations orien- » taies , les Perses , les Indiens , les Syriens , ca- » chent des mystères sous des fables religieuses. » Le sage de toutes ces nations en pénètre le sens, » tandis que le vulgaire ne voit que le symbole » extérieur et l'écorce ! . »

Revenons à YOupnek'hat. On en doit la traduction persane au prince Mohammed Dora Schekouh, frère aîné de l'empereur Mogol Âurengzeby et qui périt de mort violente en 1657, par ordre de cet usurpateur.

Nous allons donner en abrégé la préface du traducteur persan , d'après l'analyse latine d'Anquetil . Il serait aussi long qu'inutile de traduire ici la version entière de cette préface.

« L'an de l'hégire io5o , et de J. C. 1640, Mo- » hammed Dara Schekouh, voyageant dans le » beau pays de Cachemire , y trouva Molaschah y

1 Origen. Contra Cels,, lib. I , p. : i.

DE J.-D. LANJUINAIS. *Sg

» le plus docte des islamites ; alors il fit recueillir » des livres mystiques pour s'instruire sur la doc* » trine de l'un ion a Dieu qui est obscure dans le » Coran , et qui demeure presque inconnue. Il se » fit apporter les livres divins , la loi de Moïse , les » psaumes de David et l'Évangile. N'y trouvant » rien d'assez clair, il eut recours aux Indiens, » dont une caste fort ancienne parlait beaucoup » de l'union à Dieu.

» Chez cette caste , au - dessus de tous livres di* » vins étaient les quatre Vedas envoyés du ciel » aux prophètes , et contenant la vraie doctrine sur » le secret de devenir un avec Dieu.

» UOupnek'hat, extrait de ces quatre livres , » renferme ce qu'ils ont de plus excellent. Il y en » a des commentaires par les prophètes de ce » tems-lk.

» Ce prince , animé de zèle pour la vérité , ayant » cherche k découvrir la doctrine de l'union h » Dieu, par le secours des langues arabe, syrienne, » persane, sanscrite, résolut de faire traduire » en persan YOupnek'hat, vrai trésor en ce genre , » afin d'en faire part aux islamites.

» L'an de l'hégire 1067, de l'ère chrétienne » 1 656- 1 657, il fit venir de Bénarès , résidence des » savans de cette caste , en la ville de Dehli , des » pandits et des sannyâsis , verséà dans la con- » naissance des Vedas et de YOupriek'hat, et fit » traduire mot à mot en persan cet ancien et » excellent recueil, qui est la source du Coran.

iflo OEUVRES

» Quiconque lira et entendra cet ouvrage avec » pureté et simplicité de cœur, comme une traduc- » tion de la parole de Dieu , jouira d'un bonheur » sans fin. »

UOupnek'hat est partagé en cinquante sections. Le premier volume de la traduction d'Anquetil n'en contient que six, qui occupent 3oopag. in-4°; les six sont divisées en quatre-vingt-six instructions appelées brahmen ( brdhmana ), ou plutôt en quatre-vingt-trois ; car dans ce nombre de quatrevingt-six sont comptées : i° la préface abrégée cidessus; 2° une table explicative des mots sanscrits qui sont conservés dans la traduction; 3* la table des titres des cinquante sections , avec l'indication de celui des quatre Vedas d'où chaque section est extraite.

Les quatre-vingt-trois brahmen de ce volume sont presque tous autant de morceaux détachés en forme d'historiettes et de dialogues ; ils développent tous, ou énoncent quelque point du système secret de la philosophie et de la morale indienne .

Ce système est un vrai mélange de Spinosisme ou de panthéisme, de théosophisme ou d'illununisme , de quiétisme, et même d'idéalisme k la manière de Berkeley.

Dieu est tout ce qui existe et tout ce qui parait exister, tout <fe qui couuah et tout ce qui est connu, tout ce qui est ame ou esprit, et tout ce qui parait corporel; Dieu seul est tout, est agent et patient,

DE J.-D. LANJUlïlÀlS. rîi

objet et sujet, cause et effet. Voilà le spinosisme ou plutôt un panthéisme bien caractérisé.

Dieu est l'être-lumière : par certaines pratiques de l'ame et du corps , on parvient h le connaître , à le voir même dès ici-bas. Ainsi Ton devient un avec Dieu, on devient lumière, on devient Dieu. Voilà Tilluminisme au plus haut degré.

En cet heureux état , on est dans le repos , on n'est plus rien pour le monde , on ne pense plus , on ne peut pas pécher. Les bounes œuvres ne servent pas , et les mauvaises ne nuisent pas. Voilà sans doute un quiétisme fort dangereux.

Ce monde-ci n'est qu'une simple apparence : c'est l'illusion des rêves pendant le sommeil ; c'est une série d'accidens ou de modifications de nos esprits ; c'est Dieu en tant qu'il est dans nos âmes, et qu'il agit sur elles, sur lui-même, en leur donnant , en se donnant des sensations et des idées qui ne sont pas réelles -, c'est comme un jeu d'escamoteur ou de charlatan. Voilà un spiritualisme plus raffiné que celui de Berkeley.

Toute cette doctrine se trouve textuellement et sans cesse répétée dans YOupnek'hat. Elle y est mêlée de traits d'histoire , de mythologie , de mœurs indiennes, de notions physiologiques et métaphysiques plus ou moins inexactes, d'abstractions réalisées , d'idées mystiques ou allégoriques et cabalistiques , qu'il est quelquefois mal-aisé de comprendre , et qui souvent ne paraissent que des rêveries ou de graves puérilités. Mais il faut

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convenir qu'on y trouve en même teins un fond de principes les pins sublimes de religion et de morale , et qui peuvent subsister indépendamment des hypothèses auxquelles ils sont lies dans cet ouvrage. Ces principes ne sont-ils pas des traditions primitives du genre humain transmises jusqu'à nous, avec des additions et des altérations qui les déguisent et les défigurent ?

Après cette idée générale de l'ouvrage , voici quelques détails qui paraissent à divers égards les plus intéressans: i° Dieu; 2° la création; 3° les bons et les mauvais génies ; 4° fe monde ; 5° les hommes. Nous rangerons nos extraits sous ces divers titres, et nous désignerons par des chiffres les braknxen, où l'on pourra trouver les textes de la version latine , dont nous allons essayer la traduction ou l'analyse. Nous ne prétendons pas concilier les contradictions ou les incohérences réelles ou apparentes qui s'y trouvent. On apercevra, sans que nous le disions, combien sont pernicieux certains dogmes indiens ; combien ils sont loin de la vérité.

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