‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 49 sur 101 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

« C'est le créateur; son nom mystérieux esc » aum; il faut le prononcer en trois tems (45) - » Ayant appris ce mot, méditez-le aussitôt, car » c'est le mot par excellence. C'est pourquoi dans » le Sdrna- Veda ( nom du troisième Veda ) on » le prononce d'une voix haute et avec mélodie,

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» ce qui s'appelle { en persan ) adkhiteh ( ad- » hyâya) ou kerat.

» L1 adkhiteh est tout ce qu'il y a de plus ex- » cellent. Qui le sait et en fait le sujet de sa » méditation, obtiendra toutes sortes de biens » pour lui et pour les autres.

» Le mot auto suppose qu'on fait une inclina- » tion du corps; car si Ton veut approuver quel- » qu'un, on dit aum; s'incliner ainsi est un grand » bonheur.

» Ce mot comprend les trois Vedas. On ne » parle pas du quatrième, car il a sa source dans » les trois autres ; il est venu après eux , il en est » provenu (12). »

( Il parait assez prouvé par le te* te qu'il n'y eut originairement que trois Vedas, et que YOupnek'hat n'est pas toujours un pur extrait des Vedas ; qu'il s'y est mêlé quelques additions , sans parler des altérations , explications et dénominations musulmanes , qui se trouvent dans la traduction en persan. ) »

« On appelle aussi Dieu âîmâ> c'est k<hre Yame » par excellence; on l'appelle encore 1 'esprit , » Famé universelle, l'ame des âmes, l'ame de toutes » choses (p. 21 ) ; pram dtmâ> (parama aima ) » (c'est-a-dire , la première ame), kartara (kartri )) et kartd ), créateur, c'est-à-dire , V agent par » excellence ( car c'est lai qui agit dans toutes » nos actions et perceptions) ; antradjami (peut- » être antaryami) , c'est-k-dire > Vétre aw-dedans

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» de toutes choses; anandroup ■ j(ç%tÀ*H&-dirt joie » sans fin ; maïa ( màjâ), c'est-à-dire, illusion » ( à cause du monde matériel qui est là figure de » Dieu, de ce monde qui parait exister et qui » n'existe pas ). Il est la forme de la lumière, la » forme de la vérité , la forme de la science , la » forme de la joie ( 65 , 82 , 83, 84 et 86 ).

» Il remplit tout ; il est dans tout, et au-delà de v tout ; il est l'ancien ; il est le mâle et la femelle ; » il a tout fait ; il n'a pas été fait ; il est immortel; » il n'a point de sens intérieurs, ni de sens exté- » rieurs ; il est pur ; il est subtil , le plus subtil de » tous les êtres ; il est l'être universel et unique , » sans dualité (82) 2.

» On sait tout, on possède tout, on mange tout, » quand on sait que ce qui se nourrit et ce qui est » mangé , c'est le créateur lui-même , qui est par- » tout sous des formes différentes (10).

w II y a quatre parties ou quatre quarts de la » science de Dieu. Connaître l'Orient , l'Occident, le Nord et le Midi, c'est connaître un quart de cette science . Qui sait ce quart , a remporté sur les inondes une grande victoire 3 . Connaître la terre, Tatmosphère , le ciel et la mer, c'est en connaître 1* second quart. Qui le connaît est infini, et reml*>rt* I* victoire sur les mondes. Connaître le

Cttfc****** itnlpo» ^u' veut dire ybrme éternelle» * > t«tato«du Bhagavad-glta, p. 1 5i , une explication de ce mot* t v..^. ^ j^ ^ $ern point obligé de passer par Us mondes <Tex~

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» feu , le soleil, la lune et la foudre , c'est connaître » le troisième quart de cette science. Qui le con- » naît devient lumineux et remporte une grande ». victoire sur les mondes. Connaître la respiration, » la vue, l'ouïe et le cœur, c'est connaître le qua- » trième quart. Qui le connaît est dans le repos ; » il a remporté la victoire sur les mondes (i i).

» Le richi (le pénitent ou le saint) Apkesal y » faisait depuis douze années, auprès de son maître » Djabal *, les exercices de la mortification et le » service du culte du feu.

» Djabal donna a ses autres disciples la permis- » sion de se marier1; il ne la donna pas à Ap- » kesal.

» L'épouse de Djabal remontra à son mari que » le feu se plaindrait à lui de cette dureté. Djabal » ne répondit pas et se retira.

» Cependant Apkesal, affligé profondément , » cessa de manger. Je suis malade d'un grand dé- » sir de mon ame, disait-il , je ne mangerai pas.

)> Les trois sortes de feu * eurent pitié de lui ,

* Je ne sais quels sont en sanscrit les noms de ces deux personnages.

1 Le Brahmane qui solennellement , après sept ans d'épreuves , a reçu la bande numérale , pounnour, et à qui les cheveux ont été arrangés en coudoumi, ou toupet retombant sur le front, a reçu parla le droit d'enseigner et de sacrifier. Après douze ans de service , pendant lesquels il doit , sous un maître , vivre dans la mortification et garder la chasteté, il lui est permis de se marier en continuant le service de l'autel. 1! quitte alors son titre de Brahmatchart , ou qui va a Brahma , pour prendre celui de Grihastha ou Kerhest , marié.

3 Apparemment le feu commun , le feu du soleil et celui de la respiration ; triple lumière , triple emblème ou substance de rétre-lumière ( ^5 , p. 358). (C'est le feu du sacrifice , qui est le troisième. )

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» et voulurent lui communiquer la connaissance » de Dieu. Ils lui apparurent, et lui dirent : Votre » respiration est Dieu ; l'infini bonheur de l'aine » est Dieu ; l'éther est Dieu.

» Je conçois , dit-il , que la respiration est Dieu, » car elle est la vie de tout ce qui respire ; mais je » n'entends pas le reste.

» Les Feux dirent : L'infini bonheur et l'clber » ne sont qu'un ; l'éther et le fnahdtmâ ou grande » ame ne sont qu'un. C'est l'infini bonheur, non » pas du monde , mais de Dieu .

» Le premier Feu dit : La terre , le feu , les ali- » mens , le soleil , ces quatre sont mon corps ; et y» ce visage qui est dans le soleil , tout le soleil qui » est l'être - lumière , c'est moi. Qui médite ainsi » sur le soleil , ses péchés lui sont remis ; il sera » dans le monde ce que nous sommes; il sera heu- » reux et honoré dans cette vie. Sa postérité sera » nombreuse ; elle subsistera aussi long - tems que » le ciel et la terre ; nous l'aiderons dans ce monde » et dans l'autre.

» Le second Feu dit : La terre , l'air, les astres, » la lune , sont mon corps. Ce visage qui est dans » la lune , c'est moi. Qui médite ainsi, etc. (comme » ci-dessus).

» Le troisième Feu dit : La respiration , Téther, » l'atmosphère et la foudre, sont mon corps. Ce » visage qui est dans la foudre , c'est moi. Qui mé- » dite ainsi , etc .

» Tous les Feux dirent ensemble : O toi, dont

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» le désir est pur ! nous t'avons donné la connaisw sance de Dieu. Ton maître te le dira.

» Le maître survint, et dit h son disciple : Votre » visage brille comme celui d'un homme qui con- » naît Dieu. Qui vous Ta fait connaître? Ce sont » les Feux. Apkesal en convint; Djabal ajouta :- » Voila ce que c'est que le monde. Je vais vous » dire une chose qui fera qu'aucun péché ne lais- » sera de vestiges sur vous , de même que l'eau qui » passant sur le Nymphœa, n'y laisse pas de ves- » tiges. C'est Dieu qui voit dans votre œil. Celui » qui médite cela devient lumière , et sa lumière » est dans tout le monde; il acquiert le suprême » bonheur. Il ne subira pas la métempsy chose ; » il connaît , il devient celui qui est le plus » grand , le plus digne d'honneur ( page. 36 , tome. I).

» Des pénitens conversaient ensemble. Ou se » demanda ce que c'est que l'ame universelle , le » créateur. On convint d'aller s'en instruire avec » le richi Adlialat, parce qu'il connaissait le feu » qui est la semence du monde, qui contient tout » le monde... Ce richi les renvoya au Raja Kiki » (Kekeycï). Celui-ci les remit au lendemain. Ce » jour venu , il leur demanda sous quelle forme ils » adoraient l'ame universelle . L'un répondit, sous la » forme des deux mondes, présent et futur; unau- » tre, sous celle du soleil; un autre, sous la forme » de l'air ; un autre , sous la forme de l'éther ; un » autre, sous la forme de l'eau; un autre, sous la

» forme de la terre. 11 les loua tous, mais il leur » dit : Chacun de vous connaît le créateur, mais » non dans son intégrité... La tète du créateur ou » de Famé universelle , c'est la lumière suprême. » La figure du monde est son œil ; sa grande voie, . » c'est la respiration; il a le sommeil dans son » cœur; l'extrémité de son nombril est son trésor; » la terre , ce sont ses pieds ; son cœur est le lien » où il recueille l'offrande jetée dans le feu , et les » poils de sa poitrine sont les flammes qui allument » le feu du sacrifice (14, voy. aussi 27).

» Dieu pour les ignorans ' a deux figures et six » qualités : deux figures , c'est-à-dire qu'il est avec » forme et Sans forme; six qualités, c'est-à-dire » qu'il est mortel et immortel , fini et infini , ce » qu'il y a de plus extérieur et ce qu'il y a de plus » intérieur (29). »

La prière suivante, tirée, est-il dit, du T^eda (ce qui pourrait annoncer que tout le livre n'en est pas tiré), achèvera d'expliquer les notions les plus anciennes de l'Inde sur la divinité.

« Tu es Brahmâ; tu es Vichnou; tu es Rou- » dra * ; tu es Prajâpati 3 , tu es le feu ; tu es les

1 G'est-a-dire pour ceux qui ne tarent pas que Dieu e«t la seule chose qui existe , et que tout ce qui parait matière est mdyd, pure illusion faite a nos âmes , qui sont des parties de la substance de Dieu ; c'est-à-dire portions de l'esprit ou de la suprême lumière.

* Noms des trois pouvoirs de Dieu , considéré comme créateur, conservateur, destructeur.

* En sanscrit Prajâpati signifie le maître de la création, ou de la, première génération ou émanation.

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» Devatâs l ; tu es l'air; tu es ^/îrfr a; tu es la )> lune ; tu es l'aliment ; tu es Varna 3 , tu es la » terre ; tu es le monde ; tu es Véther; tu es exempt » d'erreur; tu fais les œuvres du Veda et celles du » monde ; tu es la loi et le monde. O seigneur du » monde ! a toi humble soumission; ô ame du mon- » de ! ô toi qui fais les actions du monde! qui détruis )> le monde ! qui goûtes les plaisirs du monde ! » ô vie du monde ! le monde intérieur et le monde » extérieur sont le jeu de ta puissance. Tu es le » maître ; ô ame universelle ! à toi humble sou- » mission. O toi, de toutes les choses cachées la » plus cachée ! ô toi plus élevé que nos perceptions » et nos pensées , tu n'as ni commencement ni fin ! » a toi humble soumission (67).

» L'ame universelle possède tous les tems ; elle » est présente partout. Mais comme elle est la vue » des vues , l'ouïe des ouïes , la pensée des pensées, » la science des sciences, elle ne peut être vue, » entendue, comprise, apprise, étant le principe » et la racine de tout (35).

» L'être universel n'est point le son, l'odeur, etc. » Il a tout fait, et il ne produit point ; il reste en » lui-même (39), c'est-à-dire, que ce que nous

1 Nom collectif des bons génies , des anges.

1 Le roi , le chef, le gardien des bons génies , dieux secondaires de la deuxième classe, appelés aussi Sauras : leurs adversaires s'appellent Daityas on A source. C'est Indra, dieu du ciel inférieur, de l'air, de la pluie , du tonnerre. D a de grands rapports arec le Jupiter des Grecs et des Latins.

s Le juge des âmes des morts.

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» croyons apercevoir par nos sens, ri est qiïappa- » rence.

» Le créateur est le te m s. Il a deux formes ; » l'une le teins, et l'autre sans tems. Ayant le 1» soleil , il n'y avait point de tems ; depuis le soleil » le tems existe.

» 11 y a diverses parties du tems : le din-cTœil, » le gheri ( 24 min. ), l'heure (60 min.), lepher » (qui est le huitième d'un jour ); puis le jour, la » nuit j le mois , Tannée qui est de 12 mois ' .

» Les douze mois se divisent, en deux parties. » La première comprend les six mois pendant les- » quels le soleil va au nord , depuis le signe du ca- » pricorne jusqu'à celui des gémaux : c'est le tems » de la chaleur; et la seconde, les six mois pen- » dant lesquels il va au midi , depuis le signe du » cancer jusqu'à celui du sagittaire : c'est le tems » du froid.

» Tous les alimens sont dans le tems ; et le tems » mange ou consomme tout. Comme on ne peut , » à la nage, arriver à la fin de la mer, on ne peut » de même arriver à la fin do tems.

» Le créateur est le tems et le soleil ; de lui pro- » viennent la lune et les planètes, et les étoiles » fixes, et toutes les autres productions (71).

» Comme le pépin annonce l'arbre , comme Té- » tincellc fait connaître la présence du feu , comme

1 La division des fractions du jour nVst pas celle qu'indiquent les livres sanscrits. Voy. les Lois de Afanou, 1. 1 , al. &{«

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» le rayon de lumière fait connaître la présence du » soleil ; de même le monde et la vie dans l'homme, » les sens, le cœur et l'intelligence annoncent Tame » universelle qui les a faits. De lui viennent toutes » les vies , tous les mondes , tous les livres divins , » tous les génies , tous les élémens ; il est Fêtre véw ri table : et YOupnek'hat enseigne la véritable » voie a suivre pour le connaître (74)-

» Il a fait les sept étages {iabulata) du paradis, » et les sept mers qui ^environnent l'Océan ( 82 , » p. 384)- H y a sept étages de la terre {ibidem » et 64, p. 3o7).

» Le feu , l'air, le soleil t le tems , l'eau , la res- » piration , l'aliment , Brahmâ, Vichnou et Ma- » hâdevaj tout cela, c'est le créateur; il est im- » mense ; il n'aura point de fin ; il n'a point de » corps (66). »

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