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ractères hindous , et affectées spécialement au par sanscrit, comme nécessaires à sa juste expression; tandis que pour les bhdchâs moderûës, moins riches en sons et en articulations que lé sanscrit et les anciens prâcrits , on emploie constamment des alphabets plus courts et des formes différentes , die fias en plus éloignées de la source commune , <jui est pourtant le devanâgari .
Le vieux hindava, ou hmdeçi, on hindi, qui est le fond de V hindi ou hindostanique > maintenant parlé dans tout l'Hindostan, passe pour avofr été l'idiome vulgaire et poli d'un ancien empire * •, du plus ancien empire des Hindous , dont la capitale était Kanyakoubja, ville que nous appehnfe Kanôge, située sur la rivière Rali ou Kalini , près de son embouchure dans le Gange, entre Loukûow et Agra. Cet empire- comprenait le Sirhind, qui est le Kouroukchetra des Hindous; il s'étendait ainsi dans le nord , de l'ouest à l'est , depuis les H* mites du Penjab (Pancthanada , les cinq âeuves), jusqu'au Gaifge 9 .
Les brahmanes assurent qu'ils ne sont point originaires de l'Hindostan , mais qu'ils y sont arrivés du nord-ouest, et qu'après leur émigration, leur premier établissement fut dans l'état de Kanôge 9. Ce n'est encore que cette partie dn
1 Aêiat. Rc*. , t. VII . p. mo, *3o; t X , p. 3g6. * Mdnava dharma shastra, on Menus Anordungen , Weimar 1797 , p. 28,11e 19. Waïkê osUndien, p. 35a et fccqq. 3 Aêiat. Res. , t. IX , p. 189.
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nord de l'Inde, en y joignant le territoire de Matbourâ , sur là Joumna ou Yatnounà , entre Dehlt et Agra , ce n'est que cette portion qu'ils appellent par excellence VÂrydvarta ', le vénérable on trèSnoWe pajs ; et par une désignation encore plus spéciale, le Brahmarchidesha, le pays des saints brahmanes. C'est la loi de hfenon, le Mânava dhdrma shastra, qui lé dit ; et elle ajoute , comme une règle abrogée sans doute depuis bien des siècles , qu'il n'y a qu'un brahmane , né dans la Kanyakoubja ou a Mathourà , qui ait droit d'enseigner aux hommes leurs devoirs * . Rien ne semble mieux démontrer, pour lé dire en passant, la haute antiquité du Mânava dkarma shdstra. Revenons au vieux hindava.
On ne peut pas douter que les mots dont il se compose sont pour environ les neuf dixièmes , on du pur sanscrit , ou évidemment dérivés du sanscrit5. Il s'écrit comme le sanscrit en caractères dé* vanâgaris; il a produit l'actuel hindava ou l'mdostanique , appelé lui-même en quelques districts , comme le sanscrit, pour la haute antiquité de& sources auxquelles il remonte, le langage des dieux 4. On le regarde comme l'idiome vulgaire et poli , usité le plus anciennement chez les Hindous,
1 Asiat. /fa*., t. IX, p. 189.
* Mârtava dharmd shastra , Ut. II t si. 19, *o. 3 Asiat, Res, , t. VU , p. mi , 2?4*
* Danisch's Missions , contra. 56, p. 713.
dans le pays de l'Inde où ils eurent leur premier établissement en corps de nation. Que de raisons pour penser que ce vieux hindava, langue morte depuis long*tems, mais conservée dans quelques ouvrages de poésie ' > est le plus, ancien dialecte hindou dérivé du sanscrit ; et qu'il est conséquentment antérieur à l'ère chrétienne, puisqu'on ne peut refuser cette prérogative aux dialectes sdrasouata et mâgadha, présumés plus jeunes, et dont nous allçns parler !
Le sârasouata est l'ancien langage prâcrit delà nation hindoue , jadis puissante, des Sdrasouatas, qui habitait la partie la plus septentrionale de Findos tan, sur les bords du fleuve Sarasouatî, autrement du Gagra *.
Cet idiome est celui des très-anciens prâcrits, qui se trouve le plus spécialement et le plus communément appelé prâcrit, pour le distinguer- de la multitude. des langues dérivées du sanscrit *. Cette distinction lui vient sans doute de ce qu'il est un prâcrit plus ancien, et un sanscrit moins altéré que la plupart des autres prâcrits, et de ce que sa dérivation du sanscrit est plus régulière. William Jo-
1 AsiaU Res. t. VU » p. mo ; t. X , p. 3g6. Le prâcrit de Soarmsena, autrement, le vraja, qui était une branche du vieux hindava , qui d£~ codait immédiatement du sanscrit par des permutations régulières , et dont il subsiste beaucoup de monumens , ne s'enten>l plus aussi dans le pays de Mathourà. Ibid> t. X, p. 393. V. sur le Vra)at t. VU, p. agi.
* C'est le Sarsouti.
* AsiaU Res. , t. VU , p. 219.
DE J.-D. LANJUIN AIS. $5
nés ' assure que sur six mots du sàrasouata, il en reconnaît cinq tirés du sanscrit.
. * C'est aussi le prâcrit le plus cultivé par les auteurs hindous, anciens et modernes '. Mais partout dans l'usage , il a fait place à l'hindostanique ou à quelque bhdchd moins connu : c'est le sort des anciens prâcrits * • Il est vrai néanmoins que le sàrasouata, considéré comme ancienne langue d'une vaste liuérature et régulièrement dérivée du sanscrit, en un mot, comme le prâcrit par excellence i offre, non-seulement des poésies nombreuses de drtférent genre, mais des grammaires, des rhétoriques, des prosodies et des traités de versification4. U y en a qui sont rédigés en sanscrit même, et l'un d'entre eux est cru si ancien, qu'on l'attribue à Patandjali , autrement Pingalanâga ou PingalâàtchâryaT personnage mythologique, mais célèbre cérame auteur, et du système contemplatif indien, Ifagarshasfra, et du Tchhandas , ou traité de la versification sanscrite , qui formeleKjuatrième des six Ahgas des. Vedas 5 .
Il y<a, nous assure Colebrooke, plusieurs beaux poèmes écrits tous en sàrasouata 6; il y en a qui sont mêlés de sanscrit t de sàrasouata et d'autres hhâchâs. Car dans la plupart des anciens drames de
1 Asiat. Res. , t. I , p. 5o6.
* Asiat. Res., t. VU; p. mo.
* Asiat. Res. y U VU , p. aao ; t. X , p. 39S.
* AsiaU Res. , t. X ,' p. 3go et sirir.
5 Viàharana du P. Paulin , p. xtii et 196.
* Asiat. Res. , t. VII , p. ng.
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l'Inde, on fait parler aux bons génies, aux femmes et k d'autres personnages respectables, le précrit proprement dit, qui est principalement lesdrasouata; en même tems que les dieux s'y expriment en pur sanscrit , les gens de basse caste en prient mdgadha , et les méchans génies Pishâtchas en' up jargon appelé de leur nom pedshétchi f .
(Test en pràcrit propre, soit sârasouata, «oit mâgadba (car j'avoue que cette alternative n'est pas encore assez ëclaircie *), qu'est rédigé le texte de la plupart des livres anciens et modernes de religion et de sciences des j ainas, secte indoue qu'on a longtems confondue avec celle des- baudha* ou boqdhistes , mais qui en parait distincte. Les deax m rapprochent en quelques points principaux, ootnme de rejeter les Vedas et d'avoir le pràcrit pour langue religieuse. Toutes les deux «ont très- anciennes { l'une est certainement , l'autre semble «être «intérieure à notre ère vulgaire : mais il est vranemL blable qu'elles sont deux branches détachées dtf brahmanisme. Les fables cosmogoniques et jh¥ok>* gique6 des boudhistes et des jainas ont un fond- qui ressemble h celui des fables brahmaniques; mtris'eq fond est brodé , chargé , elagéné chez lesbenw dhistes plus que cher les Ipabmaaes; et il est che»
1 V. Asiat. Res. , t. VTI, p. 199 et 019.3 VPH , p. 3io , oh Cdtebrooke se rétracte sur le prAcrit prgpre , qu'il dittftae que le mAgadhi. Mais le texte do tome VII , page 199, eat f«e?é>ab]*. Voyék aoaail, X , p. oSa , oS3 , 393 et 39f.
1 Voir la note précédente.
DE J.-p. J.4N JUINAIS. fy
les jainas p)u^ mervçiljeux encore» plu? gigantesque et plu* absurde que chez les boudais tes. Cette observation seule, pourrait servir & fijper l'antiquité relative de$ trois sectes principale*, qui emploient ou ont employé le prâcrit spécialement; Tune comme langue du * vulgaire çt de certains personnages dramatiques , les deu* autres comme langue religieuse et savante, pour mjgnx signaler san$ dputq le schisme et la haine contre les Vedas , qui sont rédigés en sanscrit, idiome le plus ancien , puisqu'il est le langage originaire des trois sectes.
J'ai dit que le texte des livres de religion et de science dçsjainas est généralement du prâcrit spécial; mais leurs docteurs ont reconnu que tout prâcrit est susceptible de plus d'équivoques que le sanscrit. £n conséquence , p?r un relâchement raisonnable du rigorisme de leur secte, les jainas ont admis l'usage du sanscrit pour les traductions de leurs livres de religion et de science, et pour lea notes et coinmçqt^ire$ pur ces même6 livres l .
Il m'a faUu , à cause des doutes qui embarrassent mon sujet , dirç un mpt par anticipation du, prâcrit de Magadha, autrement du directe mâgadhù C'est ici le lieu d'en^r dans quelques détails sur cet ancien dialecte, qui; fdtéré sons \e npm de bâti ou P<À\x a joué et joue \xn grand rôJLe dans l'Asie, au* delà de J'flindost^n,.
Le mdgadhi est un prâcrit très-ancien ; mais il
1 Aiiat. Rts. , t. IX , p. t&i , i83 , 3j<^; t. \ , p. 3gli,
paraît l'être moins que le vieux hindi et le sârasouata , qui dérivent tous deux du sanscrit sans intermédiaire , et qui appartiennent, selon les apparences , aux états les premiers formés dans l'Inde par les disciples du brahmanisme.
On dérive aussi le mdgadhi du sanscrit directement ' ; mais deux auteurs sanscrits , qui ont rassemblé les règles de cette dérivation, commencent par enseigner à transformer le pur sanscrit en prâr crit de Sourasena , autrement de Mathourd y qui est une branche du vieux fundava ' ou Kdnyakoubja; ensuite ils enseignent à transformer le sourasena en mdgadhi. Ce procédé suppose que le mdgadhi est postérieur au saurasenaj et consequemment au vieux hindi.
Il doit l'être, puisque le pays de M agadha est plus oriental que ceux de Kanyakoubja et de Sourasena , et puisque l'ancien empire de Katiôge vint se fondre en tout ou pour la plus grande partie dans celui de Màgadha , dont il est maintenant aisé de parier , d'après les trois sa vans Mémoire* où M. Wilforda traité ce sujet, tomes V et IX du Recueil de f Académie de Kalcutta.
Magadha est l'antique nom sanscrit du Bahar méridional , situé entre le Bengale et Bénarès , sur les bords -du Gange. Long-tems avant Alexandre , le Bahar formait un royaume qui avait pris telle-
1 Asial. Re$. , t. X , p. 3p3.
' Atiai. Ru, » 1. 1, p. SgS.
DE J.-D. LANJUINAIS. 9g
ment d'étendue par les conquêtes,* qu'il embrassait presque tout le cours du Gange ; aussi est-il appelé en sanscrit Anougângam (sur le Gange) , comme il est sous le même rapport nommé par les auteurs grecs et latins, le royaume des Gangarides. Ces mêmes auteurs le désignent aussi comme la région des Prases, npdfaxoe et Prasii, du ïom sanscrit Prâichya, qui signifie Orientaux. Sa capitale était la célèbre Palibotra, en sanscrit Poli ou Bàlibotra, ville des enfans Bali ou des descendans de Bala Ràma, l'un des héros du MahabharcUa , qui avait été le maître du Magadha.
Lk régnait, au tems de Seleucus-Nicator, le Sandrocottus des Grecs et des Latins, en sanscrit Chandra-Cotta, mentionné souvent dans les Pouranas *, et principalement k cause de ses rapports avec les Yavanas, autrement les Ioniens, les Grecs.
Ce .fut dans le Magadha (d'autres le font naître dans le Cashmir, d'autres k Bénarès»1} que dut naître , dans une famille royale , Boudha , ou , si Ton. veut, Tune des dernières manifestations du Dieu de ce même nom , au moins six k sept siècles avant Jésus-Christ a .
Lk régnèrent ensuite plusieurs rajas , zélés bou-
* Lite* plutôt Tchandragoupta. Ce mot signifie protégé de la lune, 1 Mém. de tAead. des Belles-LeUre* , t. XIV, p. ig3 ; t. XXVI ,
* V. Mém. de tAead. des Belles-Lettres, t. XL , p. rg5 ; Rituel
des Tatares Mandehoux, p. io ; Asiat. JUs. , t. IX , p. 8o.
cibistes ; là se déchirèrent» surtout au premier siècle de l'ère chrétienne , par des quereUe$ forieuses et par des guerres de religion , les boudhisies et les brahmani&tes. Ceux-ci furent les plus forts ; ils massacrèrent une, partie de leurs rivaux et chasserait les autres de la commune patrie. De nombreuses troupes des lactaires de Boudha émigrèrent pour toujours ; ils s'établirent , avec la langue de four pays d'origine, le mâgadhi, ou bali, ou pâli, leurs livres et leurs doctrines , dans l'île de Geylan , dans les autres îles et pays voisins de la mer, entre ffudostan et la Chine , contrées à l'égard desquelles le qiâgadhi ou bali est devenu la langue religieuse et savante , précisément ce qu'est le sanscrit pour les Indous , l'arabe pour les musulmans et le malais pour les îles de la mer du Sud. Successivement avec le boudhisme , le mâgadhi ou bali q pénçtfé dans presque toute l'Asie orientale,
A l'époque de cette grande émigration des tant: dhistes, les lettres florissaient, et, pendant d& siècles encore, elles ont fleuri dans l'empire de Magadha , où Ton cultivait l'ancien idiome rdjr gieux ou savant , le sanscrit ; où le mâgadhi éfirit devenu la langue vulgaire des Indous et en méfne tems la langue sacrée du boudhisme ; enfin où l'on avait, outre les théologiens ou philosophes, des bardes qu'on appelait bardahî. Ceux-ci étaient des hommes de talent, des écrivains tout k-la-fqis hérauts d'armes, poètes, orateurs, généalogistes et
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historiens1. Les bardes m&gadht étaient, dit-on, pour l'histoire , Las écrivains hinjlotis las plus estimés3.
Le prâcrit de Mâgadhp, ou le bali*, étak donc un idiome poli et qui avait sa littérature; on a remarqué qu'il s'éloigne assez peu du sanscrit , dont il de'rive sans nul doute. Substituez , dans le mâgadhi. à certaines lettres,, d'autres lettrçs de même organe ; élidez-en d'autres ; contractez des syllabes qui se ressemblent; etjç$ prâçrjt, comme le vieux hindi et le sârasouata , redevient du sanscrit ; voilà ce qu'apprennent et les grammaires et les dictionnaires 3 du mâgadhi , et les autres monumens de ce dialecte qui subsistent encore. Cependant on ne comprend pas cet idiome dans le Bahar, où il a régné si long-tems, k moins qu'on n'ait pris la peine dé l'étudier comme une langue morte.
Ces notions 'générales sur les trois plus anciens dïalqctes h&cfous dérivés du sanscrit ne doivent pas être iùi regardées comme des h ors -d'oeuvre ; il ttous semblé quelles appartiennent à l'histoire môme du sanscrit -, elfes ôîi démontrent la haute antiquité* elles font voir ' que cette langue avait cessé d'être langue vtilgaire fort long-tems avant les invasions
1 Asiat. Res. , yoJ. IX , p. 77; t. £, p. a8a. ' ■ Àsiaù ttés. , t.: ifc , p. 77.
t On peut ODfsatec m toute confiance» peur cette '{nation, Y Essai
•t defac simile.
» Asiat. Res., vol. X, p. «87.
des Musulmans ; elles prouvent que ceux-ci, à leur arrivée, n'ont pu trouver d'idiomes vivans que ceux déjà nés du sanscrit, et que plusieurs de ces dialectes sont de beaucoup antérieurs à l'ère chrétienne et au tems d'Alexandre.
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