A DIEU
« Qui sait que tout est le Créateur , celui-là est » absorbé. en lui, devient lui-même, et il est di- » gne de tout culte. Brcûm. 88> p. 10.
» Celui qui sait par qui il existe , qui se rend un ii avec lui , n'est plus esclave de Mâyâ, ou de l'ap» » parence illusoire ; et parce qu'il comprend l'être- » lumière , il est affranchi des liens de l'ignorance, » du moi, de la volonté , de la haine, de la crainte. » Ainsi il est exempt de renaître, et de mourir en » d'autres mondes ; il est sauvé ; et parce qu'il a » coûnu cet être-lumière , il est exempt du monde » du paradis, ainsi que du monde inférieur; il ob- » tient le pouvoir suprême ; il sera dans le troisième » nfionde, qui est celui de l'être par excellence (le » suprême paradis au - delà des mondes supé- » rieurs). Oupn. i3, BraJim. 110, p. 101,
» En connaissant le Créateur , vous dëvenes
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» même : cette science dure toujours. Bnxhm. *3t » » Renoncer k ses volontés propres, c'est le moyen » d'être le Créateur même; tout ce qiji n'est pas » cela n'est que vanité. . . En prononçant son nom, » l'on devient lui* même. » Brahm. i&iet 166.
Méthodes-pratiques d 'unification , <2<*c /«/* efforts merveilleux; divers signes et degrés à 'union.
(Test ici le côté le plus faible du système indien. Il offre tant de rêveries et de puérilités , qu'if aérait trop long et trop inutile de les exposer tontes ; et ces ridicules assertions > premier abus sans doute d'une théorie souvient Sublime et pure, ont dû finir par amener des maximes perverses , une disso-» lùtion déplorable* Le spiritualisme, le matérialisme absolu et le quiétisme r comme tous les extrêmes , ont conduit partout aux mêmes résultats. Les passions indomptées ne sont que trop ingénieuses à faire abus des doctrines même les plus répressives, en les cotrotopabt.
On trouve dansle BhagavadiZîta, tes Mfrtùutes de Menou , YEzoWvedtxm, les Mémoires de VAcadérmedes Belles-Lettres, et surtout dans le Sys~ tema Brahmanicum et le Viaggio aile Indie OrientcUi du père Paulin de saint Barthélémy, des recherches et des notions très-intéressantes sur les
quatre instituts ou régimes de vie successifs , de Bralimatchâri, de Grûiastha , de Vanctrprastka l
1 Brahmatchdri, initié qui marche a Brahma(Tahert aller, -marcher).
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et de Sannyâsi ; mais après tous ces ouvrages , on lira encore avec intérêt et avec fruit ce qu'en disent les Oupnek'hats , qui étant des extraits des Vedas même , paraissent plus près de l'institution primitive que tous les ouvrages qu'on vient de citer.
Entrer dans ces détails , ce serait dépasser les bornes d'un extrait. Nous nous arrêterons fa ce qui concerne les méthodes même prescrites aux Sannjrâsis et aux autres qui , par la contemplation , prétendent s'unir à Dieu; autrement, qui se procurent des extases par l'enthousiasme et le délire ; en un mot, qui prétendent fa être Yogis , c'est-àdire unis ou plutôt unifiés avec Dieu.
« Savoir qu'on est le Créateur , et que *out est » le Créateur , voilà le secret et la substance du » Veda. Quand on en est fa ce degré , plus de lec- » tures , plus d'oeuvres ; les lectures et les oeuvres » sont l'écorce , la paille, l'enveloppe : il ne faut » plus y songer quand on a le grain et la substance, » le Créateur. Oupn. 26, Brahjn. i34-
» Quand , par la science , on connaît le gtomd » Créateur, il faut abandonner la science comme » un flambeau qui a servi fa nous conduire au but.
» Il faut faire à%Aum son char, de Fichnou1 le
— Griha, maison; grihastha, qui reste a sa maison,' étant marié, obterrant le Veda.— Vanapra$ihay habitant des forets; qui stmt in sylviê.— Sannyâsi , qui a tout abandonne.
1 Aum est le nom mystique de Dieu ra triple. Fïchmm est la seconde personne de la Trinité indienne, Dieo, considère comme pénétrant , conservant l'unirera.
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» conducteur du char; avoir un brûlant désir d'ar- » river au monde du Créateur , se représenter vi- » vement le Créateur , anéantir ses sens intérieurs » et extérieurs ; et par-là étant devenu le Créateur, » abandonner toutes ces pratiques.
» Il faut retenir son haleine, lier sa pensée à un » objet particulier, raisonner en soi selon les Ve » das y penser que l'ame n'est qu'une avec Dieu ; » voilà comme on- est absorbé en lui .
» Retenir son haleine, au sens mystique, c'est » ou l'attirer , ou la garder, ou l'expirer.
» Quand on l'attire , il faut s'en gonfler pleine- » ment.
» Quand on la garde, il faut rester sans mouve- » ment , et en même tems dire, autant de fois qu'on » le peut , le nom de Dieu (jéum).
» Quand on l'expire , il faut penser que le vent » est sorti de l'éther , et va s'y absorber.
» Dans cet exercice , il faut se rendre comme » aveugle et sourd, et immobile comme un mor- » ceau de bois.
» 11 faut se tenir dans une place unie et propre; » bâtir autour de soi , en esprit , un mur de sépa- » ration , pensant que Dieu nous garde de tous cô- » tes, et méditant sur lui.
» Il faut se reposer sur les quatre genoux * ou » sur deux , si on le peut sans gêne , et le visage » tourné vers le nord.
* Qu'est-ce que le» quatre genoux ?
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» Avec un doigt on ferme une aile du nés, par j> l'autre on attire l'air , puis on la ferme avec un » doigt , en pensant que Dieu est le Créateur, qu'il » est dans tous les animaux, dans la fourmi comme » dans l'éléphant : on doit rester enfoncé dans ces » idées.
» D'abord on dit Aum douze fois ; et pendant » chaque aspiration, il faut dire àum quatre- » vingts fois, puis autant de fois qu'il est possible, » se représentant le Créateur comme un être par- » fait , et pensant qu'on peut le voir par le moyen » de sa lumière, etc.
» Faites tout cela pendant trois mois, sans crainte, » sans paresse, mangeant et dormant peu. Au qua- » trième mois , les Devas se feront voir h vous ; au » cinquième , vous aurez acquis toutes les qualités » des De votas ; au sixième, vous serez sauvé, vous » serez devenu Dieu.
» II n'y a pas là-dessus le moindre doute. » Oupn. 43.
Voici une méthode plus singulière, mais qui n'est pas moins efficace : le mécanisme en e&t plus difficile.
Elle consiste à attirer le vent de bas en haut , successivement , et à le fixer dans la septième région du corps.
« Avec le talon bouchez l'anus, puis tires le » vent de bas en haut par le côté droit , et faites- » le tourner trois fois autour de la seconde région » (du corps); de là, faites-le parvenir au nombril,
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» qu j est la troisième , puiq k la quatrième, qui est » au milieu du cœur , puis k la cinquième, qui est » la gorge, puis à la sixième, qui est l'intérieur du d nez entre les deux sourcils : lk , -retenez le vent ; » il est devenu le vent de I3 respiration {JSatnê unid çerselie). '
» Alors pensez au grand nom Aum , qui est le » nom du Créateur, ,qui est la voix universelle, la » voix pure et indivisible qui remplit tout; cette » voix-la , c'est le Créateur.., Elle se fait entendre » au contemplateur de dix ' manières. \À premier » son est commela voix d'un petit moinequ, le second » est le double du premier , le troisième est comme » Je son d'une cloche , le quatrième cqpune le son y> d'un certain coquillage , le cinquième comme ce- >> lui de l'instrument musical appelé irfna % le six- » ième comme celui d'un autre instrument appelé » tal > le septième* ressemble au son d une flfttc de » bambou , posée près de l'oreille , le huitième au » son de l'instrument pak'aoudj, frappé avec la » main, le neuvième au son d'une petite trompette, » et le dixième au son du nuage qui rugit et qui » fait dda, dda> dda.
» A chacun de ces sons, le contemplateur passe » par différons étaU, jusqu'au dixième y auquel il » devient Dieu.
1 Les Indiens ne donnent que sept tons a leur gamme musicale. Voyez Qupnek. , t. H, p. 38g; mais il ne s'agit pas de" cela ici. * La lyre indienne»
» Au premier, les poils de tout son corps se » dressent;
» Au second , ses membres sont engourdis;
» Au troisième , il ressent dans tous ses membres » la fatigue qui suit les jouissances de l'amour ;
» Au quatrième, la tête lui tourne, il est comme » ivre;
» Au cinquième, l'eau de la vie arrive dans son » cerveau;
» Au sixième, cette eau descend en lui, et il s'en * nourrit;
» Au septième , il devient maître de la vision , » il voit au-dedans des cœurs, il entend les voix les » plus éloignées ;
» Au neuvième, il devient si subtil qu'il peut se » transporter où il veut, et, comme les anges, tout » voir sans être vu ;
»* Au dixième , il devient la voix universelle et
» indivisible; il est le grand Créateur l'être
» éternel, exempt de tout, et, devenu le repos par* » fait, il distribue le repos au monde. » Otipn. 10, Brahrn. 94.
Autre méthode. S'asseoir sur les genoux et les talons, se teuir la poitrine, le cou et la tête élevés, rester immobile en dirigeant vers le Créateur toutes les pensées , toutes les forces de l'esprit.
Autre. Observer certaines règles sur le boire, le manger et le dormir ; ne respirer que par nécessité, par le nez et très-lentement; se tenir sur un terrain écarte, uni, bien exposé au jour et h l'abri du
vent; s'imaginer ensuite que le Créateur entre dans notre ame, en forme de perle, ou d*un nuage obscur de fiimée , ou comme la lumière du soleil , Ou comme un feu , un ver luisant, un éclair, un brillant cristal , ou enfin comme la lumière de ta lune.
Par ceâ pratiques, on est exempt de la vieillesse, de la maladie et de la mort ; on devient léger, subtil ; on a le rfjpos du cœur ; on a le visage lumineux, la voix douce; on exhale une odeur suave ; on rend peu d'exc rémens.
C'est là le commencement de lignification. Brah. no, p. io4et 107.
Autre. Regarder attentivement le bout de son nez ; contempler dans soi, dans son cœur, la lumière divine. Oupn. 20 et 21.
Jusqu'à présent le quiétisme et l'unification indienne ne paraissent que des illusions dignes de pitié ; telles furent celles des hésychastes ou quiétistes grecs qui, dans l'onzième et le quatorzième siècles , retenant aussi leur baleine et les yeux Bxés attentivement sur leur nombril, croyaient y contempler la lumière du Thabor, la lumière incréée ; tel était le quiétisme des juifs cabalistes , de madame Gujron, etc. Tel est celui des soufis, dans la religion musulmane ' .
Mais voici dans les Oupnekhats même, ou peutêtre dans les additions qui seraient passées dans le
1 V. Ssufunuu , Tkeologia. Persarum Pànikeistica , Uùutravit Tholuck. Berolini, in-8% 1821.
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texte , des excès plus pernicieux. (Cflst h mQwto commode et burlesque foudroyée dans les Proyinr ciales; c'est le xnolinosumç dan§ pes derpiers $xçè$j c'est une dévotioû compatible avec tom \m vices ei tous les crimes.
D'abord le mensoqge est permjp en pertwq? cas* par exemple, pour faciliter les maripgeç, pour £X4}~ ter les mérites d'un Brahmane ou .lis bpnnçp qualités d'une vache, l'un étant le ministre, et l'autre l'emblème vivant de la Divinité (Brahrti. 113, p. 1 36). C'est apparemment de ces meq$onge$ permis qu'il faut entendre ce qui suit : « Saf (qui $in gnifie vérité) est le non) de JDifeu , çt E}ieu est » trabrat*, c'est-à-dire trou ne font qu im,. Qçi » sait cela , ne ment jamais; et s'il me^t quelque jj fois, son mensonge est légitime. » Brahm. 99, pag. 43.
La seule lecture d'un Oupnefchat* 01} te récitation de certaine prière, suffit pour effacer le$ pfcf grands péchés. Il ne faut pas s'en étonner, ppife? que, par d'autres lectures, les mauvaises ftptioo? deviennent bonnes, et soi-même on devient Diftijt Brahm. 87, p.. 3; Brahm. 163, p. 356} fir%t/ifot 92, p, 36.
Mais si l'on était encore assez endurci pjWF ïftÉr gliger ces lectures si faciles , , il y a des metuœs , c'est a-dire de très courtes formules, donf qqejfcptfft» unes consistent en un seul mot , en une seule syl-
* Je ne me rends pa» compte de ce mot.
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labe , et qui expriment ces grands principes , que Dieu seul existe, que Dieu est tout. Ces mesures si commodes , pourvu qu'on, en considère attentivement la vérité, quelque péché qu'on fasse , couvrent les péchés et préservent de malheur. Brahm. 99, p. 44*
On sent que cela peut encore gêner- Eh bien ! prononcez seulement ProrBrcHutta ( pçra Brafima)j qui veut dire premier Créateur $ çt vpps sçrez purifié, vous seres le Créateur mêtrçe. firajim. 92, p. 21.
Voici des traits plus étonnaus :
« Quelque péché que vous commettiez, quelque » mauvaise œuvre que vous fiassie* , si vous cor*- » naissez Dieu, vous ne péchez pas; et quand mpmp » vous tueriez père et mère , quaud vpus voleriez » et mcme tueriez uu Brahmane instruit daijs le » Veda, quelque chose que vous fossfcz, vptre » lumière n'en sera pas diminuée... Qui me con- » naît, quelque péché qu'il fasse, n'est pas p4*- » cheur , parce que je suis l'ame universelle (qui » dans V homme opère le bien et le mal). » Brafini- 108, p. 85 et 92.
En efiet , si Dieu seul existe , s'il agit lui seul , ci les actions que Ton croit appartenir h l'homme ne sont que des actes de Dieu, se modifiant lui-ui${ne, il est clair qu'il n'y a et ne peut y avpir ni justçs ni pécheurs. Or voici ce qu'on lit mot-à-jnot (Brahm. i3a, p. aa3) : « Lia vérité est qu'il n'y
» a ni production , ni destruction, ni résurrection, » ni contemplateur , ni sauvé , ni salut ^ »
Et ailleurs (Brakm. i58, p. 337) : * ^ désir » de Êiire une œuvre pure, la crainte de faire une » oeuvre mauvaise , ne font point de peine au sa- » vant ; car il sait que l'œuvre pure et l'œuvre inau- » vaise sont Tune et l'autre Dieu même (qui agît). » Qui connaît ainsi ce que c'est que l'œuvre pure » et l'œuvre mauvaise, deviendra Dieu. » Voyez l'abus horrible qui se glisse et vient déshonorer la doctrine. Même enseignement, Brahm. 177 , page 432.
« Dieu goûte (dans les hommes) le plaisir de » l'union des sexes : ce plaisir est Dieu. » C'est encore ce qu'on trouve, Brahm. 159, p. 34a«
On sent assez où peuvent mener ces maximes , et les Indiens ne les mettent que trop en pratique dans leurs mœurs publiques et privées. La vie commune des peuples se conforme aisément à la doctrine , même secrète , de leuïs aveugles instituteurs , quand cette doctrine est favorable aux passions.
Nous croyons avoir fait connaître avec candeur et vérité toute la substance desOapnekfhats,\e vrai et le faux, le bien et le mal qu'ils contiennent*
L'exactitude et la fidélité delà version de M. Anquetil sont reconnues et vantées même par les Anglais; partout il a scrupuleusement traduit mot pour mot, et partout il a soin de mettre sous les
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» même : cette science dure toujours. Brtxhrn. Jt3f fc » Renoncer à ses volontés propres, c'est le moyen » d'être le Créateur même; tout ce qtji n'est pas » cela n'est que vanité. . . En prononçant son nom, » Ton devient lui-même. » Brahm. iâaet 166.
Méthodes-pratiques d 'unification , û«w /«/* efforts merveilleux ; divers signes et degrés à 'union*
G^st ici le côté le plus faible du système indien * Il offre tant de rêveries et de puérilités , qu'if aérait trop long et trop inutile de les exposer toutes ; et ces ridicules assertions , premier abus sans doute d'utae théorie souvent Sublime et pure, ont dû finir par amener des maximes perverses , une dissociation déplorable* Le spiritualisme, le matérialisme absolu et le quiétisme r comme tous les extrêmes , ont conduit partout aux mêmes résultats. Les passions indomptées ne sont que trop ingénieuses à faire abus des doctrines même les plus répressives, en les cOtfrotapatat.
On trouve damleBhagavad&fta, les M&titutes de Menou, YEzowvedam, les Mémoires de VAcadémie des Belles-Lettres, et surtout dans le Systetna Brahmanicum et le f^iuggio aile Indie Orienïdliàu père Paulin de saint Barthélémy, des recherches et des notions très-intéressantes sur les quatre instituts ou régimes de vie successifs , de Bralimatchâri , de Grthastha , de Vanarprastha l
1 Brahmatchdri, initie qui marche a Brakm*{T(fart aller, .marcher).
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Je tiens de comparer, sur deu* Cfmpttmsfuuiae * sa version latine avec les versions anglaiaes publiées ér\ 1817 et 1818 à Calcutta, et rédigées* diaprés les Aies sanscrite ,» par Btûnmofmn Royt) Bfrah<nïa^Wrès-Vérsé dans la langue et l'étude des Ve~ das; et je suis detaaeuré dé plus en plus convaincu de la confiance que méritent généralement les deux versions persane et latine, pour le fond des choses. Ceci peut sertir de réponse à une longue* plaisance et docte lettre que M. de Volney me fit L'honneur de m'adfesser sur ce sujet dans la Revue PhUoson phiquè, ata i3.