‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 8 sur 101 · DEUXIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MÉMOIRE

En Europe , nous écrivons le sanscrit ou avec les caractères romains ordinaires, tout insuffisans qu'ils soient à la rigueur pour cet usage, ou avec cm mêmes caractères adaptés au sanscrit par diverses modifications. De même en Asie on écrit cette langue plus ou moins correctement, avec les alphabets plus ou moins riches , propres à d'autres idiomes • de cette partie du monde : on l'écrit , par exemple, avec les caractères persans modernes, qui sont ara* bes d'origine. Je m'arrête k ces indications, mon dessein étant de ne parler avec quelques détails que des alphabets indous et des écritures indouës qui servent au sanscrit.

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Connaître ces alphabets , c'est connaître d'abord les caractères de leurs véritables voyelles, ceux de leurs voyelles de convention , et ceux de leurs diphthongues et les formes qui distinguent les Voyelles brèves d'avec les longues; ensuite les caractères des consonnes tous syllabiques de leur nature ; puis lés figures qui avertissent de supprimer, dans la prononciation des consonnes , les voyelles qui leur sont naturellement inhérentes ; enfin les caractères groupés dont le nombre n'est pas défini ; c'est pouvoir dire le nombre, et les noms, et les formes diverses, initiales, médiales et finales, soit complètes, soit abrégées des différentes lettres , et la valeur de chacune, sa place dans récriture et sa place quelquefois différente dans la prononciation : ce qui augmente ces difficultés , c'est que tous ces accidens varient du plus au moins , selon les usages propres h chaque pays de l'indostan. Mais qui saurait tout cela, ne serait pas habile dans les écritures indiennes du sanscrit ; pour le devenir, il faut de plus qu'il apprenne , outre les signes des nombres, non-seulement d'autres signes qui marquent certaines suppressions de lettres , certains repos , la mesure ou l'accent , mais encore l'art très-compliqué de lire et d'écrire soit en vers , soit en prose , unissant les mots, les phrases , les pages sous l'apparence d'un seul mot par addition ou suppression, ou permutation des voyelles et des consonnes et de leurs signes représentatifs.

Ces règles d'union ou d'assemblage , qui forment

& CCCTEES

a»*»i des régies de dechii

«ks mots suis . ne sont . dans ks

cnne basrae. 4ri**i nombreuses ni

ment définie* qu* dans ks grammaires dn

elie* *out difficiles a priver dans la

tont ^ cause de la multiplicité des caractères qa

en font le sujet : on les nomme les règles dn um/Êi

on da Aâmcua. Elles forment un système assez fis

et **« naturel, avec leqnd on petit à la longs

se familiariâer. et qu'on trouve réduit

synoptiques dans les grammaires

Indépendamment des alphabets é dans llnde même pour écrire le sanscrit , et des alphabets indigènes servant au sanscrit et aux prient* polis % il j a des alphabets purs indoos qri n'ont jamais servi ni pu servir à peindre, soit le sanscrit - soit les prâcrits les {Jus anciens et cawquecament les plus analogues au sanscrit.

Néanmoins ces alphabets indous ne sont guère différent de ceux qu'on emploie pour le sanscrit, si ce n'est par un pins petit nombre de signes; 3s sont propres a des idiomes plus pauvres que k sanscrit et que les anciens prâcrits , à des idiomes auxquels suffit , pour cela même , une plus petite quantité de kttres. Il est tel de ces idiomes qui n'en a que dix-huit.

An contraire, ks alphabets indous du sanscrit ont , s«ns compter ks groupes en nombre indéfini, deux fois plus de caractères que l'alphabet romain. Cest d'abord qu*0 y a de ces caractères qui sont

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complexes, qui contiennent réellement, avec une voyelle, une, deux et trois consonnes ; c'est aussi qu'il faut une grande abondance de signes polir une langue non-seulement riche de presque tous les produits sensibles de l'organe vocal, mais où la distinction des voyelles longues et des brèves test ës-

" sentielle et doit être partout fidèlement exprimée par la distinction des .caractères ,. pour une langue où se rencontrent des homonymes singulièrement nombreux et qu'il est titile de signaler au moins

' par l'usage obligé de lettres différentes , énonçant des sons ou des tons souvent semblables , toujours très-analogues et d'une signification très-différente. Les Européens , depuis trois siècles , impriment des livres dans l'Indèstan; mais les'Indous, asservis à leurs antiques usages , n'ont point pratiqué pour eux l'espèce de typographie dont la Chine leur donnait l'exemple , et qui est si propre à donner de la fixité aux formes deslettres ; de là vient qu'ils ont eu dès iong+tems , et qu'ils ont encore presque autant d'alphabets que d'idiomes vivabs. C'est un des obstacles les plus rebutans aux progrès des étrangers dans la littérature indoue ancienne et

"moderne.

Quoi qu'il en soit , les écritures indoues , tant celles du sanscrit que des pràcrits anciens et des prâcrits les plus modernes et les plu* simplifiés , ou les plus pauvres, semblent toutes provenir d'un même alphabet, comme tous les prâcrits paraissent issus d'un seul idiome; c'est ainsi que tous les al-

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pfaabets de l'Europe sont venus de l'alphabet grec , pris lui-même de l'ancien alphabet phénicien , autrement chananéen, lequel k son tour pourrait être chaldéeu d'origine , autrement babylonien ' .

Parmi les écritures indoues, toutes celles qui servent au sanscrit se distinguent delà plupart des autres écritures anciennes de l'orient et-cle l'occident de l'Asie , par un plus grand nombre de caractères, tant des voyelles que* des consonnes, et par la marche quelquefois bizarre de ces caractères; mais elles s'en rapprochent par l'usage des groupes/ qui remonte h la plus haute antiquité.

La marche des lettres en sanscrit est généralement horizontale et de gauche à droite.

Nous disons* généralement; car, dans les écritures du sanscrit, par exemple dans l'écriture déyanâgari, la lettre syllabique ra, quand elle est suspendue au-dessus de la ligne, et IV bref de la forme, qui est médiale par sa nature, sont peintes transposées , .en sorte qu'il faut prononcer la première avant celles qui la précèdent, et la seconde après celles qui la suivent : ainsi la première de ces lettres offre deux caractères ou davantage, agglomérés perpendiculairement , et pourtant elle marche de droite à gauche ; la seconde marche de gauche à droite ; mais toutes deux enjambent sur leurs

1 V. The origin and Progress. ofWritting, hf Thomas Asile. Cap. IV, London, 1784, in-4° vol. Traité de la Formation mécanique de* tangues. Paris , an ix , 1. 1 , p. 41*- Histoire Naturelle de la Parole , de Gebelia; in- 8*, p. H, cfa. 11 , p. 1*9.

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Voisines chacune en sçns opposé. Ces singularités nous ont paru vraiment dignes d'être observées ; on en trouve de même nature dans l'écriture grantha. i

Il y a dans les caractères groupés, c'est-h-diré liés ensemble , des lettres noiFseulement accotées , mais encore des lettres d'un même mot, d'une même ligne , placées au-dessus et au-dessous du corps horizontal et commun dont elles dépendent ;• ce qui donne à ces lettres supérieures et inférieures une direction perpendiculaire.

Il arrive encore, sans que les caractères soient précisément et parfaitement groupés, c'est-à-dire liés et ne faisant qu'une seule figure , qu'ils se trouvent placée, deux, trois et quatre, les uns sur les autres perpendiculairement.

Mais chacune des trois directions perpendiculaires dont nous venons de parler n'est qu'accidentelle.

Les groupes de lettres s'appellent en sanscrit phala , ou samjroga, ou jroucta câra. Le mot phala, analogue au grec ^xxÀAcfc et an latin phallus, exprime ici la multiplicité des caractères jointe à l'unité , soit réelle , soit apparente, de la figure *. Le mot samjroga est composé de sont, avec, et à! yoga, jonction. Youcta câra peut se "traduire en latin j une ta Uttera, ou, pour rapprocher da-

* Cette «ftymologie peut être spirituelle ; tmàw il est yrai de dire que phala veut dite fruit , et , M Sgtvé , proéuti , résultat.

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