‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 70 sur 101 · IX. — Du jeu des échecs indiens · texte numérisé non relu

IX. — Du jeu des échecs indiens

Il faut en distinguer deux, l'ancien et le moderne ; autrement, le premier et le second >

Le premier est celui que Ferdousi, l'Homère

1 Le premier et le deuxième jeux des échecs t'appellent en sanscrit tchatounutga, quatuor corpora , les quatre corps, on espèces de troupes,

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persan, a décrit dans la vie de Nouschirvan ou Chosroès II ; l'autre est expliqué d'après un des Pourânas , par sir William Jones , dans les Âsiatich Researches ; vol . 2 , n° ix ' .

Le pfemier est tout de combinaison , le second est joué avec les dés ; le second a dix pièces au premier rang, ou cinq pions doublés, et dix pièces derrière ; deux rois au milieu , et leurs quatre assistans à chacun*, c'est-h-dire , les cinq grandes pièces doublées. Toujours on y reconnaît l'ancien Petteïa doublé , d'abord par l'addition d'un rang de cinq pièces élevées, qui remplaçaient avec avantage l'cepà ypappri, et puis redoublé encore par le doublement des cinq petites pièces et des cinq grandes.

Le premier compte parmi les grandes pièces dans chaque parti , au lieu de deux rois et de quatre assistans pour chaque roi , un roi et une reine , trois assistans près du roi , et trois près de la reine.

Le second admet, parmi les grandes pièces , quatre rois et quatre assistans pour chacun, outre les pions, ce qui donne clairement quatre armées ,

les quatre armes qui sont dans l'Inde, les elépbans, les chevaux, les chars armes et l'infanterie. De ces mots sanscrits les Persans ont fait Chatrang ou Chatring , les Arabes leur Chatranj , les Grecs modernes leur ZotTpi'xiov, les Espagnols leur Axedrez. Mais notre mot Kchecs , Scacchi , de la basse latinité , Chess en anglais , pourraient bien tenir au vieux allemand Schach , latrocinium, pour bellum. Th. Hydc, Will. Joncs , Gebelin , le dérivent du mot persan schak , roi.

1 On trouve encore dans les Atiat, Res. , 7 vol., des éclaircusemens sur le jeu des échecs. L'auteur, M. Hiram Cox , y contredit Will. Jones, et se livre à de longs dévcloppetnens , comparant le jeu indien avec celui des autres nations.

dont deux sont réunies , et agissent de concert contre les deux autres; en un mot, deux doublemens successifs des cinq pièces du Petteïa. Il s'ensuit que la pièce nommée reine aux échecs a subi plusieurs métamorphoses. Premièrement ,* elle fut une des deux pièces inviolables, du Petteïa doublé ; ensuite , elle fut un roi , elle fut aussi le ministre du roi , enfin on l'a nommée reine.

Nous n'entrerons pas dans de plus grands détails sur la proposition de M. Christies , que les échecs ne sont que le Petteïa perfectionné. L'auteur luimême ne prétend pas l'avoir démontrée ; mais on ne saurait disconvenir qu'il l'a rendue très-probable : du moins il a complètement prouvé que le jeu des échecs a reçu des améliorations successives, comme toutes les inventions humaines.

En voici un nouvel exemple que nous devons à l'amitié de M • Silvestre de Sacy , et qui est tiré du jeu des échecs , tel que le jouait le fameux tartare Tamerlan ou Timour, et que son historien Ebn-Arabschah appelle le grand jeu des échecs, parce que le nombre des pièces y surpasse beaucoup celui du jeu ordinaire des Orientaux, et qu'il était , sans doute , plus difficile et plus intéressant pour les esprits capables de combinaisons profondes.

Hyde, en son traité de Ludis Orientàlibus , a profité des passages de l'historien de Tamerlan , relatifs au grand jeu des échecs ; il n'en a cependant rapporté qu'un seul qui se trouve dans l'édition purement arabe de Golius, p. 40a, et dans

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l'édition arabe et latine de Manger, Jtom . II, p . 798 : encore la traduction qu'il en donne, n'est-elle pas parfaitement exacte , non plus que celle de V attier . Manger l'a bien rendu en ces termes : Àssiduus erat ( Timur) in lusu latrunculorum , eo quod ingenium acueret zjisit autem animus ejus sublimior, quant ut luderet ludo latrunculorum parvo , ideoque non ludebat nisi lusu latrunculorum magnOy cujus Scaccarium est decem areolarum in undecim, auctum videliùet duobus Camelis, duobus Camelopardis, duobus Excubitoribus, duobus Musculis, VezirOy aliisque rébus, ejus que descriptio (ou plutôt imago) deinsubjicietur. Ludus autem latrunculorum parvus cum magno comparatus , ut nihil est. 11 faut voir dans Hyde l'explication des noms donnes à ces différentes des pièces.

Le second passage d'Ebn-A rabschah , annonce dans celui-ci , se trouve dans l'édition de Golius . p. 4^3, et dans çplle de M. Manger, t. 1 1, p. 376. L'historien, après avoir parlé des plus habiles joueurs d'échecs avec lesquels Tamerlan avait coutume de jouer, et entre lesquels aucun n'était comparable h Ala-Eddin de Tauriz, ajoute au sujet d'Ala-Eddin, suivant la traduction de Manger : Ludere splebat cum imperatore ludo schacchico magno, vidique apud eum ludum schacchicum rotundum, et longum. Ludus schaccfucus magnus aucttis est de quo supra (ou plutôt additamenta ea habet quœ supra nobis dicta sunt) , ejusque ratio ipsâpraxi optime addiscitwr, née ejus expo-

sitio sermonis ope multum haberet ulililatis. Hyde observe qu'Ebn- Arabschah n'a point donné la figure de Y échiquier rond, ni du long, Scaccarii rotundi et oblongi; mais les mots rond et long doivent peut-être s'entendre de la forme des pièces et non de la figure de l'échiquier. Le même savant a public , d'après un manuscrit, la figure du jeu d'échecs de Tamerlan , que son historien appelle le grand jeu déchejcs ; mais je ne sais pourquoi il s'est permis d'en agrandir l'échiquier qu'il a fait, comme il le dit lui-même, de cent trente cases, au lieu que, suivant la description d'Ebn- Arabschah, il ne doit avoir que dix cases sur onze , c'est-à-dire cent dix cases en tout. Hyde a cru, comme il le dit expressément (10), que l'échiquier de cent dix cases ne présentait pas un champ assez vaste pour les opérations de deux armées aussi considérables qu'elles le sont dans ce jeu. Ce n'était pas un motif assez fort pour l'autoriser à altérer la représentation qu'il trouvait dans le manuscrit d'Ebu-Arab-

1 Scaccarium magnum secundum Arabshahitfys descriptionem t*<- • des constare arcolis 110, quœ quiilem forma mmis angusta vide fur, Cum enim in sçaccario parvo (ubi sunt tantum utrimque duplicati militum ordines ) quatuor areolarum séries interponantur, in sçaccario magno , ubi utrimque triplicati sunt militum ordines , ex eadem analogia sextupla areolarum séries inter utrumque exercitum interponenda est ; cum numerosiorés exercitus magis amplum et spatiosum campum , in quo committalur prœlium, deposcant. Ideoque taie scaccarium magnum ma jori forma i3o, areolis distinctum hic repreesentandum curavi. *

Tamerlanis scaccarium 1 10 areolarum o nus i mus , cum a lier un t forma majore 1 3o areolarum illiul minus comprehendat : nam otnne majus mniinct siium mintis, etc. Hyde, Syntag. dissert. , t. Il, p. ^5.

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schah. C'est ce qui nous engage k donner ici très-exactement la figure du grand jeu d'échecs d'Ebn-Arabschah, telle qu'elle se trouve dans l'excellent manuscrit de cet historien , qui, de la bibliothèque de Colbert, a passé dans la bibliothèque nationale , où il porte le n° 709 paralii les manuscrits arabes. Nous le* faisons d'autant plus volontiers, que cette figure ne se trouve dans aucune des éditions de cet historien. La seconde ligne de chaque jeu a un appendice , en sorte que tout l'échiquier contient cent douze cases.

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