IV. a
Aussi le mdt o»bel-isque veut dire le petit soleil; et te n'est pas un mot égyptien , c'est tm mot grec. Le premier qui fit élever un obélisque en Egypte fut Sésostris , qui vivait long-tems après l'époque de Sémifami$.
Tel est le précis du troisième chapitre de notM dissertation relatif aux arts et aux sciences.
4. Si les Chaldéens devancèrent en astronomie tous les autres peuples, ils durent avoir aussi les premiers des caractères, ne fût-ce que pour écrire leurs observations sidérales , dont l'importante *éric renfermant plusieurs siècles consécutifs, fui trouvée h Babylone lorsqu'Alexandre conquitcette ville, et fut envoyée k A ris to te par Callisthènes , un des officiers de ce monarque.
Diodore de Sicile nous parle aussi d'une inscris ption en caractères syriaques, gravée par ordre de Sémiramis sur un rocher de la Médie»
Hérodote mentionne l'inscription que la même reine avait ordonné de placer sur son tombeau, et qui subsistait encore au tems du roi Darius.
Outre l'écriture vulgaire, il y avait che« les Chaldéens, comme en Egypte, et aujourd'hui encore dans Tlnde, une écriture sacrée. Démocrite composa un livre sur récriture sacrée en usage k Ba*bylone, et qu'on a soupçonné , peut-être avec raison, avoir été récriture cunéiforme.
Des écritures assyriennes il nous est resté, i° le carré chaldaïque employé encore par les juifs modernes , et trouvé aussi à Palmyre ; a0 le cuthéen
ou samaritain; 3° le sabéen, autrement appelé mendéen, ou nabatho-chaldéen, alphabet syllabique , d'après lequel Bayer imagina que les Assyriens eurent peut-être un alphabet syllabique , unissant dans les mêmes caractères les voyelles aux consonnes ; 4* ^ caractères des monumens persépo litains qui prouvent l'antiquité de récriture à clous.
Enfin, nous avons sur les tuiles de Bahylone, une écriture à clous qui ne ressemble bien qu'à celle des monumens persépolitains , et qui n'en diffère qu'autant qu'une même écriture varie selon les siècles et les pays.
L'écriture à clous est moins étrange sans doute que l'écriture à feuille de saule, que celle à griffe de dragon et autres , inventées en Chine pour communiquer plus secrètement entre les six royaumes qui divisaient autrefois ce vaste pays. Des clous fichés dans une muraille ont servi d'annales , du moins à Rome et en Etrarie. Il n'est donc pas étonnant que l'écriture ait pris la forme de clous. Les caractères même arrondis des Romains furent d'abord anguleux ou pointus ; on peut s'en convaincre en examinant les anciens alphabets grecs ou étrusques, syriaques d'origine, et d'où est venu l'alphabet latin.
Les anciens caractères persépolitains étaient entièrement cunéiformes. Ils venaient probablement des caractères de Babylone, qui étaient aussi cunéiformes. L'antériorité de ceux-ci ne doit pas être contestée, puisque les Chaldéens furent les maîtres
qui ont enseigné les autres peuples ; puisque Thémistocle nous atteste l'origine assyrienne des caractères persans , puisqu'Hérodote la suppose ou la fait présumer.
Voici des rapprochcmens encore plus curieux.
Les caractères sanscrits que les Indiens appellent xleva-nâgaris , pour exprimer qu'ils les tiennent immédiatement de la divinité, sont composés de clous; ce qui parait confirmer que les Indiens tirèrent leurs lettres et leurs sciences d'Assyrie, par le moyen de la Perse , où les modernes ont d'abord découvert récriture a clous.
La forme des clous est particulièrement remarquable dans les plus anciennes inscriptions en devanâgari. Dans celles qu'on a découvertes h Mahabalipuram , à Kener , h Elora , Ekvira , dans l'île de Salsette, et a Bouddal. Cette écriture indienne paraît dériver de l'écriture h clous de Babylone.
On trouve aussi des écritures de ce genre sur des enveloppes de momies d'Egypte.
L'alphabet tibétain, qui est venu de l'Inde, surtout le plus ancien tibétain, appelé ouchem, est cunéiforme.
L'écriture a clous paraît exister dans les lettres dites perlées des monnaies samaritaines, et de 'divers monumens grecs.
Elle éclate dans l'estranghelo ou syriaque. Un des caractères des briques de Babylone est exactement semblable au teth de l'estranghelo.
Elle se remarque enfin dans l'alphabet éthiopi-
DE J.-D. LANJU1H AÏS. 3$9
que ancien ou axumitique , et dans le moderne ou amharique; dans le couzouri, ancien caractère de la Géorgie, et dans les caractères ruuniques du nord de l'Europe.
Ainsi les anciennes écritures se rapprochent d'une source commune ; et les caractères à clous sont probablement les premières esquisses de tous les caractères alphabétiques.
5. Dans le dernier chapitre , l'auteur examine à quel genre d'écriture appartient celle des briques de Babylone , comment on pourrait les déchiffrer, et quel est vraisemblablement leur contenu.
On écrivit d'abord sur les pierres, les rochers , les piliers, les murailles; et la plume était apparemment un clou ou un autre instrument analogue. Selon le témoignage de Pline, les observations astronomiques de Babylone étaient inscrites sur des briques. Mais on ne sait pas si ces briques étaient séparées ou en colonne, ou çn corps de muraille.
Les Babyloniens écrivirent des ouvrages sur des colonnes de briques» Nous apprenons de Clément d'Alexandrie, que Démocrite avait tiré des traités de morale d'une pareille colonne babylonienne.
Des rochers, des colonnes , des briques , des murailles chargées d'écritures , turent les premiers livres du monde. Delà; probablement , l'écriture perpendiculaire k laquelle ces sortes de pages étaient plus propres. Nous la retrouvons sur les briques de Babylone , où les clous qui la composent sont rangés la tête en haut et la pointe en bas,
3go OEUVRES
ou chaque ligne perpendiculaire est inscrite dans un carre.
Telle fut l'écriture des Ethiopiens, des Égyptiens, telle est celle des Chinois.
Eustathe sur Homère , nous apprend que telle fut aussi l'écriture chez les Grecs , qui tiennent leur alphabet des Syriens ou Phéniciens.
Encore aujourd'hui les Syriens, comme leurs ancêtres, écrivent de haut en bas.
Les Mongols et les Tartares de Chine, dont l'alphabet vieut aussi de l'alphabet syriaque, écrivent aussi perpendiculairement; non de droite à gauche comme les Chinois, mais de gauche à droite comme les Syriens
L'écriture persépolitaine parait ou alphabétique ou du moins syllabique ; car les mêmes figures y reviennent souvent , tandis que l'écriture des brn ques de Babylone , plus près de l'origine de l'art , semble, comme l'écriture des Chinois, hiéroglyphique ou monogrammatique , renfermant dans ui* seul assemblage , des traits , tout un mot , toute une phrase.
En conséquence , l'auteur la croit analogue aux fameux koua , ou huit trigrammes ' des Chinois ; espèce d'hiéroglyphes qui représentaient la pensée par des traits et des arrangemens les plus arbitrai^ res dans l'origine.
Il croit donc qu'on ne peut essayer le décbtf»
1 V. Mémoires concernant tes Chinois, in-4% t. H» p. 17 etift.
DE J.-D. LAlfJUINAIS. 3gi
frement des briques babyloniennes , qu'en rassemblant un grand nombre de ces pièces 9 et leur appliquant l'art ou la doctrine des combinaisons, ou en découvrant, par conjecture, ce que peuvent signifier les inscriptions qu'on possède.. Il semble , néanmoins , que cette première méthode ft$ peut servir qu'autant qu'on sait la langue de l'écrifurc à déchiffrer.
Essayant la seconde méthode , M- Hager rassemble quelques probabilités , d'après lesquelles il soutient que les inscriptions des briques de Babylone doivent ressembler k celles d#9 briques des autres peuples, comme lés Romains et le$ Etrusques, qui avaient coutume d'y inscrire négligemment des choses de pur intérêt privé, comme d#s date$, les noms des fabricans , ceux des propriétaires qui disaient employer les briques , et le nom des lieux où elles devaient être placées.
Les principaux résultats de toutes ses recherches et de ses conjectures , sont : i° Que les inscriptions persépolitaines sont vraiment de l'écriture , non des caractères magiques, ni des fleurs;
20 Que les caractères à clous étaient usités, non pas seulement en Perse , comme on l'avait cru , mais chez les Babyloniens;
3° Que ces caractères ne viennent pas originairement d'Egypte , ni de la Bactriane , mais de Babylone , et qu'on devrait les appeler babyloniens plutôt que persépolitains ;
4° Qu'ils sont précisément les caractères sacrés
3p» OEUVRES
de Babylone , sur lesquels. Dcmocrite avait composé un livre j
5° Que ce sont les plus anciens caractères chaldaïques ;
6° Que tous les alphabets semblent en dériver primitivement ;
7° Que l'ancienne écriture de Babylone était , comme celle des Chinois , perpendiculaire et monogrammatique ; que c'est la plus ancienne manière d'écrire, sans dessiner, en tout ou partie, les objets de la pensée;
8° Que les caractères persépolitains ne doivent pas être lus perpendiculairement comme ceux des briques babyloniennes, mais horizontalement et de droite à gauche.
Quand on a répandu des lumières comme notre auteur, sur des points d'antiquité aussi curieux et aussi obscurs , on est bien modeste de s'appliquer, comme il fait, ce vers d'Horace :
Est quoddam prodire tenu» , si non datur ultra.
DE J.-D. LANJUINAIS. , 3g3
NOTICE
SUE l'oUTRàGI IHTITULI :
Mithridates oder aligemewe Sprachenkunde , mit dem Voter unser als-Sprach probe , in hey nahc jïinf hundert Sprachen und Mundarlen , po/z Johann. Christoph. Adelung.
Mithridates , ou Science générale des Langues , avec l'Oraison Dont, pour exemple, dans près de cinq cents langues ou dialectes , par Jean Christophe Adelung , Conseiller aulique et Bibliothécaire en chef de l'Électeur de Saxe. Avec cette épigraphe :
Alius alio plus invenire potest , nemo omnia.
Avsok.
Première partie , i vol. Berlin, 1806, 686 pag. , sans la Table synoptique, la préface , l'Introduction , et la Table alphabétique.
Cet ouvrage, très-important par son objet , aussi remarquable par les grandes difficultés , que par le succès de son exécution , a déjà été annoncé dans ce journal (en 1806, tom. VI, pag. i33), avec l'intérêt qu'il mérite ; mais il convient de le faire connaître davantage.
Nous dirons d'abord, au sujet de son auteur, enlevé depuis quelques mois à ses amis et aux lettres, à l'âge de soixante-quinze ans, qu'il fut un des savans les plus infatigables et les plus féconds de toute l'Allemagne , si riche dans cette classe
3q4 - OEUVRES
d'hommes; il a excellé dans ia partie grammaticale , et s'est distingué dans plusieurs genres différera. Outre son excellent Dictionnaire delà Langue Allemande, aussi utile pour cette langue, que Test celui de Johnson , pour l'idiome anglais ; outre ses doctes et judicieux ouvrages particuliers sur la philologie allemande , Adelung â publié des écrits nombreux et recherchés, tant sur l'histoire civile et sur l'histoire littéraire, que sur la philosophie rationnelle, sur la physique et la chimie, enfin , sur la diplomatique. (V. Teiitschland Oeléhrte d'Hamberger et de Meusel , article Adelung.)
Le Mithridate , ouvrage posthume, fruit de quinze années d'un travail assidu , devait donner des notions générales sur toutes les langues , et des textes de chacune soigneusement expliqués ; l'auteur n'a pu achever que ce qui concerne les langues de l'Asie et celles de l'Europe. Cette première partie, publiée depuis peu de mois, comprend les langues de l'Asie, au nombre de centcinquante neuf.
La seconde partie ne tardera pas à paraître ; elle embrassera toutes les langues de l'Europe. C'est eo supposant que l'ouvrage soit continué et Complété , que l'on pourra se flatter de posséder en ce liirire tout ce que promet le titre, des notions générales sur tous les idiomes connus , et le Pater eu cinq cents langues' ou dialectes.' ! , r t
Ainsi l'on aurait, en peu de volumes , des maté* riau* nécessaires pour résoudre le magnifique prto-
blême que r auteur avait en vue : connaître le? caractères et les différences de chaque langue pour se rendre compte de la marche qu'ont suivie la raison et l'esprit chez les différentes familles humaines , pour déterminer avec {dus de certitude , ou conjecturer avec plus de probabilité , l'origine des idiomes, et en partie, l'histoire des nations qui les parlent, ou qui les ont parlés.
Il parai* cependant qu'outre des vocabulaires ou des essais de vocabulaires en chaque langue ou dialecte , trois secours encore seraient désirables pour créer ou rendre complète la science comparative des idiomes de toute la terre.
Le premier consisterait en tableaux fidèles de toutes les intonations et articulations des langues connues.
Le second , dans les différens alphabets de ces mêmes langues , exactement dessinés , avec des explications qui énonceraient, qui détermineraient la valeur de chaque caractère.
Le troisième , pour servir comme de contrôle , serait la connaissance de toutes les intonations et articulations dont l'instrument vocal est suscep* tiMe. C'est ainsi qu'aux différentes méthodes artificielles , employées dans la botanique , on aimerait h réunir les avantages de Tordre naturel.
Mais ces secours, dans leur intégrité, nous manquent, et nous manqueront toujours.
Le premier et le deuxième , par rapport aux langues mortes, parce qu'en' général, ces langues
3g6 OEUVRES
ont plusieurs caractères et de voyelles et de consonnes, sur la valeur desquels, jusqu'ici, les plus sa vans n'ont pu s'accorder, et par rapport à certaines langues de l'orient de l'Asie, parce que les caractères de ces langues sont les signes des idées, et nullement des sons, ni des articulations, et que, prononces, ils donnent , en chacun de ces idiomes, des mots tout-à-fait dissemblables pour des idées et des signes écrits parfaitement identiques ; enfin, par rapport même aux langues vivantes et dont les caractères peignent les intonations et les articulations, parce que, de l'aveu continuellement répété par les éditeurs et par les interprètes d'alphabets étrangers, sans en excepter le docte William Jones , il est impossible de peindre avec des paroles, la juste valeur de certains caractères, l'intonation exacte ou l'articulation qu'ils expriment.
Ajoutons sur la simple peinture non expliquée des alphabets existans , que cette seule tâche , physiquement possible à remplir, est encore si longue, si coûteuse et si difficile , qu'à vrai dire , nous n'avons , jusqu'à présent , dans ce genre , que des monographies. Le travail est fait avec soin, avec succès, pour quelques idiomes; quant à la généralité des langues connues, il n'existe guère qu'un seul ouvrage où l'on ait prétendu en recueillir les écritures , et ce n'est qu'un essai fort défectueux , dont néanmoius les exemplaires sont excessivement rares : nous le devons à un Anglais. On nous per-
mettra d'en mettre ici le titre ambitieux , mais trompeur. Pantographia contairUng accurate copies ofall the known alphabets in the world; toge iher with an english explanation ofthe pecurliar force or power of each le t ter y to wich are added spécimens of ail well authenticated oral languages , forming a comprehensive digest of phonology. By Edm. Fry. — London, 1799, 1 vol. grand in-8°. Un Allemand, beaucoup trop livré a son imagination, avait, en 1741 , publié aussi une sorte de pantographie , mais bien plus pauvrement exécutée, dans un livre néanmoins curieux , intitulé : Synopsis unwersce philologiœ, in qud miranda unitas et harmonia linguarum totius orbis occulta... eruitur , adornata à Gothofredo Henselio. Norimhergœ, in-8°, 1 vol.
Voilà pour les deux premières indications auxquelles on voudrait satisfaire.
La troisième tâche , qui serait autant du ressort de la physiologie que de la grammaire, est aussi difficile que les deux autres , sous un double point de vue. D'un côté , il semble convenu qu'on ne peut faire connaître par des paroles, c'est-k-dire , par une description claire et suffisante , orale ou écrite, des mouvemens de l'instrument vocal, certains effets très-connus et très-usités de cet instrument si occulte , en grande partie , et tout à la fois si compliqué. De l'autre, à ne considérer même les portions concaves et convexes , droites et spirales de cet instrument , que comme autant de li-
3g8 OEUVRES
gnes droites , quel audacieux ou quel insensé prétendrait tracer l'échelle de toutes leurs divisions possibles , classer et calculer tous les effets du concours général ou partiel , et des influences réciproques de toutes ces parties? quel alphabet à inventer pour peindre par des signes simples , tant d'idées nouvelles et si délicates ! quelle inépuisable source de contradictions et de disputes interminables ! déjà Ton ne s'entend pas sur la langue même des anciennes idées.
Demandez, par exemple, entre deux articulations analogues , D et T, laquelle est là forte ou la ténue, la rude ou la faible ; on vous affirmera , sans nul doute, que T est la forte; on citera le président de Brosses , Beauzée , Johne , etc. : maintenant , ouvrez l'excellente grammaire grecque de Port-Royal, et ses nombrex abréviateurs, vous Terrez que T est la ténue, c'est-h-dire, l'atténuée, la douce ; car cette grammaire ajoute que la consonne qui n'est pas ténue, le devient quand on la prononce trop doucement. Le Roy, dans sa grammaire grecque , décide nettement aussi que T est la douce; et pour achever le tableau, une docte grammaire grecque tout récemment imprimée, vous apprendra que ténue est synonyme de forte* Sur ce point donc, et sur beaucoup d'autres, les idées et la langue sont encore à faire ou k fixer.
Nouvelle preuve, bien superflue , de cette vérité fréquemment oubliée , et sans cesse confirmée par l'expérience, que l'esprit humain partout est forcé
DE J.-D. LANjlUlNAlS. 399
de reconnaître ou son impuissance;» ou sa faiblesse, ou son incertitude. Nous trouvons, en matière d'alphabet, qu'il est réduit, surtout quand il veut embrasser diverses langues * à se contenter souvent d'approximations , de probabilités , d'hypothèses ; heureux s'il pouvait toujours éviter la contradiction et Terreur..
On verra donc Sans étonnement que le savant auteur du Mithridate ne s'est point mis en peine d'employer des caractères exotiques , ni même d'approprier à son but, par des additions nécessaires, l'alphabet#romain , le seul qu'il emploie. 11 a cru que cet alphabet, prononcé il l'allemande, comme il le dit, suffit à rendre passablement, pour son objet, ziemlig > comme il dit encore, la valeur de tous les alphabets étrangers. On trouvera peutêtre que c'est là se contenter d'une approximation trop éloignée : l'alphabet romain, quand on renonce aux lettres exotiques, convient mieux, sans doute , pour faciliter quelque comparaison des langues entre elles , que l'alphabet russe, par exemple ; car le premier domine sur les peuples de la terre les plus éclairés ; mais il ne procurera que des notions incomplètes ou inexactes des langues étrangères , nombreuses , importantes , et qui , la plupart , ont des sons et des articulations propres, telles que l'alphabet romain ne peut servir à les exprimer. U faut , pour peindre fidèlement ces langues avec les lettres de l'alphabet romain , ajouter h cet alphabet quelques nouveaux caractères ,
4<x> OEUVRES
comme les savans de l'Inde pour écrire le sanscrda , quand ils négligent d'employer les caractères devanâgaris, ajoutent certaines lettres aux alphabets de leurs bhâchâs ou langues vulgaires , parce que le sanscrda est généralement plus riche en sons , en intonations que les bhâchâs.
M. de Volncy a proposé l'alphabet romain enrichi, améliore, pour écrire les langues de l'Asie. Voyez sa Méthode Nouvelle et Facile d apprendre les langues .arabe y persane et turque. Paris, 1795, in- 8°. Cette idée heureuse peut réussir par le concert des savans ; elle épargnerait aux Européens bien du tems et des peines. On est convenu pour la chimie d'une langue toute nouvelle; est-il plus dillicile de convenir, pour certaines langues , d'un alphabet déjà tout connu en très-grande partie , et qui, avec le tems, pourrait devenir l'alphabet universel de la terre?
Quoi qu'il en soit de cette imperfection, qui résulte, dans le nouveau Mithridates, de l'emploi exclusif de l'alphabet romain , dépourvu des additions nécessaires à la comparaison des langues, nous convenons avec plaisir que ce livre est singulièrement riche de faits relatifs a cette comparaison , et qu'il sera très-utile , même à ceux qui possèdent les ouvrages de ce genre les plus nouveaux. 11 le sera surtout aux voyageurs habiles, qui voudront se procurer un bon guide dans leurs recherches sur les idiomes des pays qu'ils auront visités.
Les auteurs qui se sont occupés de l'étude com-
DE J.-D. LâNJtJINâlS. 4of
parative des idiomes, se partagent en deux classes, sous le point de vue de la méthode qu'ils ont em~ • ployée dans le choix de leurs exemples.
Les uns .ont publié des vocabulaires polyglottes de certains mots choisis ; les autres ont mieux aibié recueillir et présenter des textes suivis en chaque langue.
Parmi les vocabulaires , on citera long-tems , comme d'utiles et brillans phénomènes, comme de magnifiques monuînens littéraires, le Vocabulario Poliglotto y et YAritmetica délie nazioni du savant ex-jésuite espagnol Laurent Hervas, publiés en Italie , vers la fin du dernier siècle. On citera ûon moins honorablement le Vocabulaire Polyglotte de cent trente mots choisis > représentés en deux cents langues d Asie et d Europe , ouvrage ordonné , dessiné par la fameuse Catherine II , composé par le professeur Pallas , malheureusement en langue et en caractères russes , publié à Pétersbourg , in-4% 2 vol. , et sur lequel nous avons de M. de Volney un si intéressant Rapport fait à Tctcodé mie celtique > imprimé h Paris Tan dernier.
Il est regrettable que cet excellent rapport ne soit relatif qu'a la première édition du livre , k celle de 1787, et que dans tout Paris on n'ait pu rencontrer, ni même citer alors, la seconde édition de ce lexique polyglotte , publié pour la seconde fois à Pétersbourg , en langue et caractères russes, en 1790, in-4% 4 vol., par l'Autrichien Jankiewitch de Mhriewo. Elle est dans une forme plus