DE J. HAGER
Cet ouvragé; dont S. M. l'empereur et rora bien voulu agréer la dédicace , ne sera point trouvé au-dessous d'une distinction aussi honorable , soit que Ton considère la nouveauté et la difficulté du sujet , soit qu'on examine l'utilité et la profondeur des recherches, soit qu'enfin l'on s'arrête à. la beauté , disons mieux, à la magnificence de l'exécution typographique.
Le savant auteur, M. Hageiy«bien connu dans la république des lettres par plusieurs ouvrages d'une vaste érudition, et par la belle entreprise que sa majesté lui a confiée de publier h Paris un Dictionnaire de la langue, chinoise , avec les caractères chinois gravés par les soins de Fou rm ont ,
1 Un toI. grand in-4° de plus de aoo pages, avec plusieurs gnmires , écritures et inscriptions chinoises , et une carte de M. Barbier du Bocage, représentant la route d'une cararane grecque à la Chine.
À Paris, de l'imprimerie impériale, an xm ( i8è5).
s'est occupé d'abord a faire mettre en ordre les cent dix-sept mille caractères chinois existant à rimprimerie Impériale. Cet immense travail est achevé , et rien n'arrête plus l'impression du Dictionnaire. Ainsi, par la volonté et la bienfaisance d'un gouvernement éclairé, la France aura de plus en plus justifié l'éloge que lui attribuent les Anglais même, ses éternels rivaux, d'avoir fait connaître h l'Europe savante la littérature de la Chine. Les raomens libres que lui a laissés le triage de ces caractères , M. Hager les a employés à cette numismatique , dont une partie est puisée dans les auteurs chinois soigneusement cités. Un tel livre manquait à l'Europe; car il faut convenir que Duhalde et Bayer ont à peine effleuré ce qui regarde les monnaies chinoises , et que sur un sujet aussi difficile , ils sont tombés dans des erreurs graves , redressées par M. Hager avec modestie et avec justesse , autant qu'il nous est permis d'en juger. La plupart de ceux qui , après Duhalde et Bayer, ont écrit en Europe «sur la numismatique, ne parlent point des monnaies ni des médailles de la Chine. Le plus récent, Pinkerton, ose contester qu'il en existe ; et si M. d'Hancarville en a publié quelquesunes , il les a présentées comme des monnaies tatares et indéchiffrables ; enfin, celles que M- Scberer ' a données comme chinoises, ne sont que le fruit de l'imposture, une seule exceptée.
1 Pans tes Recherches sur le NownaurMonde. PtyrU, 1 777.
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M. Hager explique toutes celles qu'il a pu connaître , et particulièrement les soixante-quatre picces dissemblables de monnaies anciennes ou modernes , chinoises ou japonaises , qui se trouvent à Paris au Cabinet des Médailles.
Ce travail est précède de la Numismatique. , en dix-huit chapitres, contenant l'origine et les progrès de la monnaie en Chine , et de profondes rechercherches sur l'ancienne Sérique et sur les vases murrhins. Toute cette partie est également intéressante pour l'historien et l'antiquaire, pour le géographe et le naturaliste, enfin, pour le bibliographe et l'amateur de palaeographie.
Nous analyserons d'abord ce que l'auteur a recueilli sur les objets et les matières anciennement ou présentement encore employées dans la Chine, comme valeurs représentatives et moyens d'échange; et la, il sera question de la Sérique. Nous parlerons ensuite des monnaies et des médailles proprement dites, et du papier-monnaie. Ce qui concerne la digression sur les vases murrhins > terminera cet extrait.
Il parait que le chien fut anciennement, chez les Chinois , comme il l'est encore chez les Tatares Yur-pi-ta-tsè , sur les bords de YOusouri, et plus encore chez les habitans du Kamtschatka , un des principaux moyens d'échange. C'est que chez les uns comme chez les autres, cet animal , qui se transporte et se conserve aisément , rend beaucoup plus de services qu'en Europe , et que parmi ces peu-
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pies , la qjiair du chien est , à présent même-*- une viande de boucherie estimée , comme elle lé fut à Carthage, comme elle Test ailleurs.
Ainsi , Ton ne doit point s'étonner si , dans l'écriture chinoise, le caractère qui signifie chien, est la base essentielle des caractères qui désignent le genre , et presque toutes les espèces de quadrupèdes , comme en latin le mot pecu ( qui se prononçait pecou) comprenait toute espèce de bétail.
L'auteur observe , h cet égard , page 43 , que dans la langue des Tatares , anciens dominateur^ des Russes , le mot koupek signifie chien ; que des monnaies de Tamerlan étaient appelées coupe k; que des koupeks tatares viennent très - probablement les coupeks de la Russie , pays dont la langue est si analogue au latin ; qu'enfin les deux syllabes des coupek transposées, pourraient bien avoir produit le pecou ou pecu des latins, d'où vient leur mot pecunia, argent ou monnaie.
Cette conjecture , digne d'attention , n'est pas dépourvue de vraisemblance; mais ee qui n'est point une conjecture, c'est qu'en Chine, comme dans toute l'Asie méridionale, certains coquillages maritimes ont fait fonction de monnaie : M. Hager le prouve par des autorités respectables et par cette raison solide , que dans l'écriture chinoise toutes les idées de richesse et de commerce s'expriment avec le caractère qui signifie coquillage. C'est ici la seconde fois qu'il a saisi, dans cet ouvrage, l\
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casion de prouver par l'exemple la Vérité de cette remarque déjà connue , que les caractères chinois sont, a beaucoup d'égards, des monumens historiques , et comme les témoins irrécusables des anciennes mœurs et des anciennes traditions. Chez les autres peuples, l'histoire est dans téâ mots de leurs langues écrites ou parlées; en Chine, elle se trouve dans le caractère de l'écriture.
Outre les chiens et les coquilles, et même les tortues , la soie fut en Chine , elle y est encore une mesure commune de richesse. C'est ce que l'auteur, démontre pag. ioo, 101 et 102. La Chine est le pays de la soie, comme dit le savant père Duhalde» L'empereur, les princes, les mandarins, les gens de lettres , les femmes , les domestiques , presque tous les habitans sont vêtus d'étoffes de soie /Il n'est pas, dit Àmiot, jusqu'au moindre soldat qui n'en soit couvert , lorsqu'il fait l'exercice ou qu'il monte la garde. C'est en Chine que les Anglais, les Rus* ses, etc. , vont chercher cette précieuse marchandise. Si les empereurs de la Chine conduisaient la charrue , en l'honneur de l'agriculture , les impératrices allaient en cérémonie cueillir les feuilles de mûrier dans les vergegs du palais. Au cinquième siècle de l'ère chrétienne , l'épouse de l'empereur Ou-ti renouvela cet antique usage.
D'après ces détails et tant d'autres, accumulés par le docteur Hager, on est déjà porté à croire que la Sérique des anciens , le pays des Sères ou le pays de la soie, Utait la Chine , et que Sera Me-
tropolis en était la capitale. Les Grecs et les Latins, ignorant ou négligeant le nom de la Chine , usité dans le pays même, la désignèrent par le nom de sa principale richesse. Us l'appelèrent donc Séri^ que , à-peu-près comme ils nommaient pays des Es se dons celui de quelques Tatares voisins qui vivaient sur des esseda, sur des chariots, ou qui avaient toujours leurs chariots prêts pour se transporter d'un lieu \ un autre.
Charles Etienne , en son Dictionnaire géographique, au mot Serica, Philippe Cluver, Isaac Voss, enseignaient que les Sères y ces hommes doux, policés , buveurs d'eau , amis des vertus , étaient les Chinois. Le célèbre de Guignes s'indignait contre l'opinion contraire.
Ces hommes si doux , si hautement civilises , le plus savant géographe de l'Europe, dans le dernier siècle, d'An ville, entreprit d'en faire des Tatares. Avec tous les secours de sa rare et profonde érudition , il prétendit , qu'excepté un petit coin de terre , à l'extrémité de la province de Chen-si, la Chine est étrangère a la Sérique. Il voulut que Sera fut une ville de Chen-si, aujourd'hui Cant-tcheou, et capitale d'un royaume imaginaire qu'il appelle Tangout. Cette opinion fut adoptée par beaucoup de savans , entre' autres par Brotier {Mémoires de VAcad. des Inscrip., tom. xlvi), et par William Joncs, dans son cinquième discours anniversaire (asiatik Researches, tom. h)-
M. Gosselin, si connu par Ses doctes travaux ,
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sur la géographie ancienne , a pense {Géographie des Grecs , pag. i32) qu'il faut chercher Sera, encore moins à t Orient , c'est-à-dire, plus loin de la Chine ; et , dans ses derniers ouvrages , il met la Sérique dans l'Indoustan même , et Sera à Srinagar, non loin du Gange , au midi d'un autre Srinagar, qui eét la capitale du Cachemire. '
Un point aussi important et aussi controversé dans la géographie de la Chine a excité vivement l'attention de M. Hager. Il consacre cinq chapitres a montrer que la Sérique est la Chine, et que Sera fut la capitale de l'empire Chinois. Il accorde seulement , p. 137, que la Sérique a pu s'étendre jusques dans la Tartarie chinoise, et que vraisemblablement Ylgour £ fait partie de la Sérique.
Il établit d'abord , contre la plupart des géographes modernes, que la Sériqi^efut connue des Grecs , et que les Grecs y ont voyagé. Il cherche ensuite où était le pays des Thinœ, ou Tsines ou Chinois; quelle fut leur capitale deux ou trois siècles avant Jésus-Christ; quelles étaient les limites de cet empire, à l'orient et à l'occident.
Long-tems le pays des Chinois, le pays de la soie fut composé seulement de leurs- provinces septentrionales d'aujourd'hui , traversées par le Hoang-Hoy ou la rivière jaune. Alors il était borné au midi par le Kiang, c'est-à-dire \ejleuve par excellence II avait pour capitale Hien-Yang, non loin de Si-gan-Fou , Hien-Yang dont il ne .reste plus que l'emplacement, et détruit par on incendie
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qui dura trois mois. Voilà ce que. les Grecs appelèrent Sera ou Thina. Au-delà du Kiang, au raidi, la soie n'était pas cultivée.
Les choses étaient dans cet état , lorsque environ a5d ans avant Jésus-Christ , Tchî-rlfoang- Ti; delà dynastie des Tsin , ce fameux incendiaire de livres , et l'auteur de la grande muraille , conquit le vaste pays au-delà du Kiang, jusqu'à I3 mer des Indes , puis réduisit en provinces les royaumes tributaires. Alors il quitta le titre de roi, et prit celui de Hoang-Ti^ que les Européens traduisent par le mot d'empereur. La renommée de ses conquêtes fut si éclatante, qu'apparemment tout le pays de Sa vaste domination fut appelé , par les nations étrangères, Tsin ou Tchin ou Sin, du nom de la famille régnante, diversement prononcé; etceqpm que les Chinois ne se donnent pas , ce nom qu'ils repousseraient, disait William-Jones, est celui que leur donnèrent des écrivains grecs et latins, et quç leur donnent généralement les Siamois, les Cochin* chinois, les Indiens, les Persans, les Arabes, Le$ Turcs, les juifs et les chrétiens.
Eratosthènes , bibliothécaire d'Alexandrie, et contemporain de Tchi-Hoang-Ti> connut la capitale de la Chine, et la nomma, le premier des Grecs, du nom des Tsin, prononcé à la manière des Grecs, ©rvou; c'était selon, lui l'extrémité de l'Asie orientale vers la mer.
L'auteur du Périple de la mer Rouge , un* marchand d'Alexandrie, qui navigua aux. Iudes trois
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cents ans rfprès la mort d'Eratosthènes, dit qu'à l'extrémité de l'Asie orientale, il y avait au nord, une très-grande ville méditerranée appelée Thinœ, dont on apportait la soie. Il lajpnet au trente-sixième degré de latitude orientale , ce qui répond ^-peuprès à la contrée où se trouvait Hien-Yang, h celle de Si-gan-fou et d1 'Ho-nan-fou , qui devinrent ensuite les capitales de l'empire. «
Tous les anciens géographes que M. Hager cite avec scrupule , déclarent que Thinœ était la capitale des Sine s; que le pays des Si ne s commençait où finissent le$ Indes orientales, et qu'il faisait rextrémite de l'Asie.
Papus , contemporain de Théodose > et cité dans Moïse de Chorêne, dit positivement que le Tse nastan , autrement le pays des Tsin , produit de la soie ; que ses habitans sont de riches fabricans de soie ; enfin , que leur roi réside à Syria ( pour Sera).
Dans le même siècle , la table de Peutinger plaçait Sera Major, Sera la capitale , à l'extrémité de l'Asie, près la mer Orientale.
Ce n'est pas tout. La«ner qui baigne la Chine à l'orient, est appelée dans la cosmographie, rédigée sous Auguste, et citée par Pline l'ancien , Oceanus Série us , l'Océan du pays des Sères. Ce pays était donc la Chine.
Beaucoup d'autres anciens auteurs déposent, les uns que la ' mer Orientale , c'est-à-dire , celle qui borne la Chine à l'orient, était Y Océan Sérique;
les autres que les Sères habitaient les cStes de cette mer.
Les Sères étaient donc en effet les Chinois, et Sera était leur capitale.
Après avoir ainsi décrit la limite orientale de la Sérique , l'auteur en désigne avec autant de clarté les limites occidentales , et réfute les autorités , les objections qu'on lui oppose.
Déjà ses preuves paraissent avoir subjugue le savant élève de Danville, M. Barbie du Boccage , géographe des relations extérieures , qui , sur là carte annoncée dans le titre , a tracé la route d'une caravane grecque, depuis Hièrapolis en Syrie jusqu'à Sera en Chine . On peut croire que beaucoup d'autres se. rangeront de cet avis, et que sur une des questions les plus controversées de géographie ancienne, M. Hagcr obtiendra l'honneur d'avoir fixé de trop longues incertitudes.
La soie passa de bonne heure de la Chine à l'occident de l'Asie. Le vêtement de soie fut appelé médique. Le costume nièdique adopté par Alexandre, était un habit de soie. L'habit que les Grecs appelaient autrefois médique , est, dit Procope, celui qu'on appelle aujourd'hui sérique. Il paraît donc que les Grecs allèrent d'abord chercher leur soie dans la Médie, où elle se cultive encore , où il s'en fait un grand commerce. Ils y allèrent par le Phase et la Colchide. Jason passa de la Colchide , par terre, jusqu'en Médie, où , selon Ptolémée, une ville et un montagne s'appe-
laient Jason. Ainsi, M. Hager insinue, p. 146 et 147? que la conquête de la Toison-d'Or, par les Argonautes , pourrait bien n'être qu'une image poétique de l'importation en Grèce de la soie dorée ou écrue ; et , dans ce système , Médée , de qui Jason reçut la Toison-d'Or, serait la Médie personnifiée, ou plutôt la femme qui livra aux Argonautes la soie, la toison rnédique.
Cette conjecture mériterait d'être approfondie par Fauteur ; et sans doute il n'oublierait pas dans ce travail d'examiner les idées bien différentes de M. Dupuis et M. de Heeren sur le voyage des Argonautes.
Revenons aux monnaies.
Sous la quatrième dynastie chinoise , qui est celle des Tsin , vers 25o ans avant Jésus-Christ , s'abolit entièrement en Chine l'usage de la monnaie-coquille , et on fit le commerce avec du métal au poids. Les Chinois l'ont fait aussi avec des pierres précieuses et des couteaux.
Il y a apparence que les premières monnaies chinoises proprement dites , furent des couteaux , comme chez les Grecs ce furent des brochettes h rôtir les viandes, des obeles ou oboles y d'où vint ensuite le nom à' obole donné à des pièces de Monnaie.
Les Chinois avaient encore des couteaux-mortnaie , avefc des inscriptions qui prouvent leur qualité de monnaie , au premier siècle de l'ère chrétienne. Ils en avaient de bronze et d'or. M; Hager
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en représente plusieurs, chapitre IV, avec leurs inscriptions qu'il explique.
Il prouve , chapitre Y, qu'à là même époque , ils avaient une autre monnaie presque aussi grossière , en forme de carrés oblongs , échancrés d'un bout , des deux côtés , et fendus à l'autre bout jusqu'au tiers de leur longueur, ressemblant k quelques-unes des tessères d'hospitalité chez les Romains. Ces monnaies sont ornées de caractères et d'inscriptions. Il en est que Duhalde et d'Hancàrville ont déclarées indéchiffrables , et que M. Hager déchiffre et explique d'une manière qui paraîtra satisfaisante.
D'après cet état d'enfance dans lequel se trouvait l'art des monnaies en Chine, au premier siècle de l'ère chrétienne , il n'y a rien de si fabuleux que ces récits d'historiens chinois modernes , qui nous parlent de pièces de métal monnayées, ayant coun en Chine il y a quatre h cinq mille ans. Duhalde attribue au fondateur de la seconde dynastie, lequel vivait dix-sept cents ans avant J.-C. , trois pièces de monnaie chinoise, l'une ronde et deux carrées. Mais, en Chine même, on les croit du teins de l'empereur Ou-Ti , qui régnait cent quarante ans avant J.-C. ; elles sont sans date.
D'après le Dictionnaire de Cang-Hi, qui régnait dans le dernier siècle , la monnaie chinoise en pièces de bronze , rondes , avec une ouverture carrée au milieu pour les enfiler, commença sous la dynastie des Tcheou antérieurs , vers l'an 1 1 ao avant J.-C. ;
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mais alors la domination chinoise ne s'étendait qu'à une seule ville qui renfermait tous les sujets de l'état ; et , deux siècles après , les amendes étaient encore prescrites en métal au poids.
Sous la dynastie des Tsin paraîtrait avoir cornmencé l'usage des inscriptions sur la monnaie ronde et trouée en carré; elles ne marquaient d'abord que le poids ou la valeur, par ces deux mots, puon-leang, qu'on rend par ceux-ci, une demionce ; encore est-il permis de croire que cette inscription appartient h la dynastie des Han, qui commença deux cent trois ans avant J.-C. On sait que l'empereur Ou-Ti , sixième de cette dynastie , fit substituer aux mots puon-leang, ceux-ci ou-chu^ que M. Hager traduit par cinq vingt-quatrièmes d'once. Il insiste, k cette occasion, sur la ressemblance frappante entre les caractères et même les noms des nombres chez lés Chinois et chez les Romains : il soupçonne que ceux-ci ont emprunté des premiers ces noms et ces caractères , et plusieurs autres choses , comme la statère , dite romaine en Europe, et si différente de celle des Egyptiens et des Grecs , comme Yabacus ou machine arithmétique f la clepsydre , les arcs de triomphe , les cyprès autour des tombeaux , le culte des ancêtres, etc.
Les dates sur la monnaie ont commencé en Chine , vers cent soixante ans qvant J.-C. ; mais le premier prince dont on y trouvé le nofcd est King-
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Ho y autrement Fi* Tif qui régnait Tan £65 de l'ère chrétienne.
On trouve encore des monnaies, sans date, en cuivre , en fer ou en argent, jusque dans le sixième siècle. Les monnaies avec le nom du prince , en caractères perpendiculaires , ne commencent qu'au septième.
Les Chinois n'ont d'autre monnaie réelle ayant cours, que des pièces de bronze dont la forme est ci-dessus décrite.
Mais ils ont d'anciennes pièces hors de cours, qu'on attache sur la poitrine des enfans.
Ils ont «aussi des médailles proprement dites, appelées Pài, qui ne servent pas, et qui n'ont jamais dû servir de monnaie ; enfin , ils ont des médailles religieuses , des médailles astrologiques ; ce sont des détails qu'il faut voir dans l'ouvrage même.
Après le Mémoire de M. Langlès sur le papiermonnaie des Orientaux > on lira encore avec fruit les Recherches de M. Hager sur le papier-monnaie de la Chine. C'est au douzième siècle de l'ère chrétienncqueccttemonnaieparaîtpourla première fois dans l'histoire chinoise, « La vingt-quatrième » année de Tchao-hing (i i55 de J.-C. ) , le roc- » tal, est-il dit , manqua h un tel point, qu'on eat » ploya les pendans d'oreilles des femmes pour j » suppléer. Alors, on fabriqua du papier- scellé, » pour réprésenter l'argent. » En 14 1 1 , l'empereur de la Chine fit présent au roi de Malacca,
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(Tune somme d'argent et d'une grande quantité de papier- monnaie .
Mirkhond, écrivain persan, parle de papier-, monnaie fabriqué à Tau ris , capitale de Y Aderbejan, des la fin du huitième siècle de l'hégire > et le nomme tchao. Ce mot tchao est chinois ; c'est le nom du papier-monnaie en langue chinoise , dans laquelle il signifie manque de métal.
Mirkhond rapporte qu'outre l'inscription musulmane en caractères arabes , il y avait sur ce papier des caractères du Ratai ou du Kitaï, nom donné a la Chine-Septentrionale , et h une grande portion de la Tatarie, dans le dixième siècle, après que les Tatares kit a, ou kitaï, ou hitan, eurent conquis cette partie de la Chine. Le nom chinois tchao prouve assez que les Chinois avaient inventé ce papier. Les Tatares Mongols, comme les Persans, ont donc en ce point imité les Chinois.
Il reste à rendre compte de l'intéressante digression de l'auteur sur les vases murrhins y où l'on buvait le vin chaud, parfumé de myrrhe; sur ces vases d'un prix énorme , dont on ne connaît bien ni la matière , ni les lieux qui la produisent , ces vases que Pompée le premier fit connaître à Rome dans son triomphe sur Mithridate ; où Géopâtre buvait son maréotique ; enfin qui parurent si précieux à Octave-César, qu'il n'en réserva qu'un seul pour sa part de tout le butin d'Alexandrie.
Depuis trois siècles, les plus savans hommes ont écrit à l'envi sur ce sujet , et n'ont pu encore
se concilier. A ne parler que des viyans, on peut
citer, à Paris, MM. Larcher, Mongezet Millm; h
Helmstadt, en 179 1 et 1797, le comte de Veltheim;
h Londres, en 1800, le docteur Vincent, dans son ouvrage sur le périple de la mer Rouge}
M. Bœttiger, sur la Toilette des anciennes Romaines. ( Magasin Encyclop., année i8o5, janvier,
Le minéralogiste Agriçola le premier a dit que ces vases étaient de pierre , de pierre Ghalcédoine.
Long-tems ceux qui vinrent après lui crurent que c'était de la porcelaine.
Winkelman avait remis sur la bonne voie , en prouvant au contraire que c'était une production naturelle, une substance siliceuse, telle que Ponyx ou la sardoine.
M. Mongez a cru y reconnaître l'espèce d'agatbe que Wallerius, Cronstedt, etc., appellent cackolong > et le comte de Veltheim la pierre de lard des Chinois. On a plaisanté en Allemagne sur la pierre de lard; cependant , M. Bœttiger adopte Popiuion du comte de Veltheim,
Sans prétendre classer la pierre d/a dans son espèce particulière , parmi les substances minéralogiques, M. Hager parait démontrer que les vases murrhins étaient les célèbres vases connus en Chine sous le nom dyu, autrement dyu-che. Ces mots chinois signifient une sorte de pierre précieuse demi-transparente et bien sonore , connue de tout tems k la Chine , qui se trouve encore dans les mon-
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tagnes , les rivières , les vallées et ravins , |ant de là Chine occidentale et septentrionale, que du pays de Kascbgar et de la rivière de Ko tan, dans la petite Bukarie.(Voy. p. 160 et i65 de la Numism. Chin., Mém. concernant les Chinois , tom. VL jiag. 257 et a58. ) Les Chinois, "dans les tems les plus reculés, en faisaient, et ont toujours continué d'en faire, des vases , des bijoux , des ornemens de toute espèce, et des instrumens de musique.
Il est prouvé par les témoignages les plus curieux et les plus dignes de foi , que la pierre d'yu a toutes les couleurs, et les taches et les nuances, et les autres propriétés indiquées dans les vases murrhins par Pline l'ancien , Properce , Pétrone , Martial , Stace, et les jurisconsultes romains dans le Digeste; qu'elle joint k une dureté presque égale k celle du diamant , une fragilité surprenante ; qu'elle résiste aux pointes d'acier les plus acérées , et qu'il faut avec sa propre poussière la travailler au touret; qu'elle est d'un poids énorme en comparaison des autres pierres; que plus de 5oo ans avant J.-C. les anciens rois de la Chine, comme les empereurs aujourd'hui, avaient des vases d'yu pour boire des liqueurs chaudes dans lés festins ; qu'ils coûtaient et qu'ils coûtent encore , des sommes exorbitantes; qu'on pouvait sans qu'ils fussent contrefaits , les travailler en Egypte ; enfin , qu'il y a des blocs de cette matière de plus de deux pieds de long, ce qui permettait d'en faire des vases très-élevés.
Ne pouvant indiquer aux antiquaire» et ans naturalistes un dépôt en Europe où ils puissent voir et toucher un vase ou un autre objet de pierre ftjru, M. Hagerleur indique, dans la Bibliothèque Impériale de France , une douzaine de peintures venues de la Chine , et qui représentent des vases à*jru de différentes couleurs; et il ec a choisi un, couleur blanc de petit-lait , la plus estimée des Chinois; on en trouvera la gravure k la page 1 6& C'est une tasse très-élégante . travaillée avec assez d'art pour qu'on » y voie figurée tout à l'en tour, en plein relief et au naturel, une tige de nénuphar avec ses feuilles et son fruit , symbole de Dieu créateur, selon la cosmogonie de l'Inde et de l'Egypte , répandue en Chine, au Tibet, etc.
Pour faire de plus en plus connaître la pierre d'jru ou iïyuche > nous transcrirons ici trois passages d'auteurs qu'on ne lit plus guère, et qui paraissent contenir des particularités intéressantes.
Le premier est tiré de la première décade , liv. V àtY Histoire de la Chine, par Martin Martini, imprimée à Munich, i658. Il prouve l'extrême valeur des pierres d/u, puisqu'un des rois de la Chine offrait k un des rois tributaires quinze villes pour s'en procurer un seul bloc. De là est venu un proverbe chinois : « Précieux comme quinze villes, »
Chaus rex , le roi du petit pays de Tschae , pretiosum habebat lapident a Simsyu dictum, e qixo sinici imperatores regium sigillum conficiunt. Refert alabastrum fere vel gagaten, eiiamnum
DE J.-D: LàNJUINÀIS. 4a5
ad Si nos > a Mauris e regno Cascare afferri solitus. Sed ejus prœcipue magniiudo in pretio est , et si quadratum œquet, cujus latus unum non sit dodrante minus , tune emmvero immensi est valons ac solo imperatore dignus. Talent ergo quum haberet Chaus, S in rex (le roi du petit pays de Tsin , dont les souverains ont fondé l'empire de la Chine), misso legato, quindecim cwitates , si eum sibi tradat, promittit... Il serait inutile de continuer la suite de cette négociation scandaleuse qu'on trouve dans Y Histoire générale de Chine du père de Mailla; mais cet auteur a négligé de rapporter le nom chinois de la pierre précieuse pour laquelle on offrait de céder quinze villes.
Les deux autres passages sont tirés du livre du père Trigault de Christiana Expeditione apud Sinas, ouvrage publié h Augsbourg en i6i5, et rédigé sur les mémoires du célèbre jésuite Ricci , le premier missionnaire européen qui ait pénétré en Chine.
Zonœ senaïoriœ Sinarum (les ceintures des mandarins chinois), e materiœ dignitate indicant majestatem. Alice enim e tornatili stipite, e cornu aliœ y nonnullœ ex argento, aurove ; sed omnium nobilissimœ y e marmore quodam pellucido , oui Jaspis nomen imposuimus; sed omninojaspis non est, ac forte sapphiro marmori similius , ipsi yu-ce vocant : ab Saracenis ab occasu , e regno Cascar, negotiatoribus importatur, et ab Sinis habetur in p ri mis in pretio 4 Sed de eo erit aliquis
4*6 OEUVM*
dicendi locus . Ceci est tiré du liv* i, ch. i. Voici ce que l'auteur ajoute, liv. 4* ch. 12 :
Nulla est negotiatio pretiosior, frequçntiorvt in hoc itinere toto (dans le pays de Kaschgar), quam fragmentorum marmoris pellucidi çuj usdam y quod jaspin nos vocabuli penuria solemus appellare; hœc fragmenta regiferunt allecti magnitudine pretii quam Cataïensis rex ipse arbitrât ur, e sua dignitate ; quidquid régi minus placetj liberum est inprivatos distrahere j lucro tali, cujus spes tantos labores sumptusque bene collçh catos putat. Ex eo marmore variam supeUectilem concinnant, Yasa, vestium et zonarum ornamenta, quœfrondibus acfloribus affabre insculptis, sane non exiguam referont majestatem; ea marmora qui bus plénum est hodie regnum, Sinœ yu-ce vo~ çant; et duplex est ejus marmoris species j altéra pretiosior, quœ ex flumine Coton , non procul a Yegia educitur, eofere modo quo gemmas urina? tores piicantur, et instar silicum crassiorum educi sole t j altéra species inferior e montibus eruitur, et in saxa majora dijjinditur, in laminas duabus fere ulnis latiores , quœ deinde ad iter accomr modari sole t. Abest nions iste ab hac regia (Hiafkan , capitale de Kaschgar, et lieu de marché célèbre où la caravane de Caboul termine son voyage , et où la caravane du Cataï commence le sien) , dierum viginti itinere , et cansangui-cascio , id est morts lapideus appellatur. (Ne serait-ce point ici la montagne d'Onyx de Ctésias?)
DE J.-D. LAKJUINA1S. 4*7
Eruuntur inde fragmenta labore incredïbiU, vel loci solitudine , vel marmoris durit ia, adquod tantisper emolliendum ferunt , ex truc to desuper igné luculento domari. Hujus quoque eruendifacultatem rex alicui negotiatori vendit , sine cujus facultate, toto contractus tempore cœteris negotiatoribus effossio prohibetur.
L'ouvrage de M. Hager finit par le texte chinois et la traduction d'une inscription chinoise du quinzième siècle , laquelle se trouve sur des vases d'airain accidentel , comme celui de Corinthe. Ces vases existent k Paris, dans les collections de MM. Van-Horn et Denon. L'inscription n'exprime que le tems de la fabrication, qui remonte a environ quatre cents ans , à l'époque précise de l'incendie du palais impérial , où la fusion des meubles d'or, d'argent et de cuivre produisit en Chine l'airain factice dont il s'agit.
Malgré quelques défauts d'ordre et de style qui peuvent être remarqués dans l'ouvrage dont nous venons de rendre compte , on ne sera pas désavoué des savans , quand on dira qu'il est digne de leur attention et de leur estime , et qu'au-delà de tout ce que nous avons recueilli dans cette analyse, il est riche d'une multitude de traits nouveaux d'une critique saine et d'une profonde érudition.
NOTICE