‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 75 sur 101 · DU DOCTEUR HAGER · texte numérisé non relu

DU DOCTEUR HAGER

Ce nouvel ouvrage du savant et laborieux docteur Hager est encore bien intéressant pour l'amateur, homme du monde, pour Fhomme de lettres, l'antiquaire, le naturaliste et le philosophe, tant parce que c'est la suite et le complément de la Numismatique Chinoise % qu'à cause de l'importance des matières qu'on y trouve discutées, et de cette érudition rare, profonde et étendue qu'on doit y remarquer.

Tout lecteur instruit qui l'aura parcouru , sera persuadé que pour bien entendre seulement les auteurs grecs et latins, ce qui est déjà une tâche immense , il ne suffit pas encore, de réunir à un jugement sain, a la lumière des sciences toute l'é-

1 A Paris de l'imprimerie de Didot Faîne, un vol. in-4° grand format, de 175 pages sans la préface qui en contient 37. On y trouve le texte chinois et la traduction française de plusieurs inscriptions chinoises inédites , et une planche gravée représentant le frontispice d'un temple de la religion primitive des Chinois à Canton, avec l'explication.

* Avril, 1789, in-4°> p« *47 *?1 *48.

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rudition grecque et latine; qu'il y a, dans ces auteurs, des termes difficiles, des faits importans qu'on ne peut éclaircir , ou sur l'explication desquels de graves erreurs sont presque inévitables sans le secours des langues , de l'histoire et des antiquités de F Asie , en un mot , de ce qu'on appelle orientalisme ou érudition orientale. Tout cela, il est vrai, c'est la mer à boire, comme dit La Fontaine. Eh bien! dans cette mer, comme dans les autres, sans cesse redoublons d'efforts; mais demeurons du moins dans nos assertions infiniment modestes.

Ce livre est dédié au vice-roi d'Italie, a qui M. Hagcr doit sa chaire de langues orientales. Ce prince a fait demander un exemplaire du Panthéon-Chinois, pour l'envoyer à Paris à la Bibliothèque impériale.

Si l'on s'en tient à la page-titre , le sujet du livre paraîtra double. Mais véritablement tout concerne un seul objet bien désigné dans l'un des faux titres qui porte seulement : Nouvelles Preuves que la Chine a été connue des Grecs. C'est cette connaissance, autrement ce fait, que la Sérique des anciens était la Chine, qui forme tout le sujet de l'ouvrage. Le reste, tout riche et curieux qu'il est, ce sont des parties de ce vaste sujet , des accessoires.

Le titre de Panthéon-Chinois est nouveau et piquant ; il est donc on ne peut mieux choisi pour le libraire. Mais quelques-uns le trouveront peut-être ambitieux ; d'autres hasarderont d'en contester la

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justesse. D est vrai, sans doute, en quelque H ne faut pourtant pas chercher ici sur l'ancien culte national en Chine (car il ne s'agit pas dn culte dominant de ce pays , et qui est celui de Fo) , des édaircissemens , des détails analogues à ceux dn Panthéon ALgyptiorwn de Jablonski. C'est une ébauche savante , pleine d'intérêt , et néanmoins une ébauche qui laisse beaucoup fa désirer aux littérateurs et aux philosophes. M. Hager est en état, plus qu'un autre , de l'achever, de remplir entièrement , autant qu'elle peut l'être , cette tâche difficile et glorieuse.

S'il l'entreprend , il examinera peut-être si le mot Panthéon est assez exact pour un coite qui semble avair été monothéiste.

De quelle époque à -peu -près est ce temple; Il tous les esprits dont il publie le frontispice? Le Thangti, le suprême Esprit , n'était-fl pas seul adoré , comme la divinité ? les chin ou chen, et les cheng n'étaient-ils pas regardés comme des êtres subordonnés, comme des intercesseurs? N'y avait-il pas pour eux des cérémonies, des places secondaires et bien distinctes ? ( Voyez Mémoires concernant les Chinois, tom. II, p. 12 et suivantes.) D y avait fa Athènes , à Rome, un Panthéon, je le conçois; mais siérait -il d'appeler Panthéon, un temple fa Dieu, aux anges et aux saints?

Dans sa préface , l'auteur expose le sujet , l'occasion de l'ouvrage ; ensuite il se justifie de Tinexécution du Dictionnaire chinois, qu'il était

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chargé de publier & Paris. Ces deux objets doivent aussi fixer notre attention. Parlons d'abord du premier.

Qu'était-ce que la Sérica? que Thina major oii Thina? qu'étaient les Sères et lès Sinœ , qui fournissaient aux anciens la soie et d'autres marchandises précieuses de l'Orient? Ce sont des points importans h l'histoire des peuples , du commerce et des arts , et pour l'intelligence des auteurs grecs et latins. Ces points furent obscurcis par les savans du siècle dernier. Pour rester fidèle a des énoncés de mesures géographiques , souvent en défaut , où â rejeté les faits historiques qui font de la Sérique la Chine , et de Thinœ, une des anciennes capitales des Chinois. Chacun a voulu faire son système; bientôt il y a eu , en Asie , au moins cinq Sériques très-difiérentes , et séparées par d'immenses espaces. Ainsi , on ne s'est plus entendu , on a tout embrouillé , pour vouloir mieux faire que nos devanciers.

Les géographes, les savans qui ont écrit jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, s'accordent presque tous h reconnaître la Sérique pour la Chine, tels sont Charles Etienne , Philippe Clavier , Isaac Vossius, Cellarius, etc.

Thomas Corneille , Sanson , etc. , la voyaient dans le Cathai; mais ils ne savaient pas que le Cathai était la Chine, lait bien établi dans le Panthéon Chinois. Ensuite on a vu Bayer placer la Sérique datas le Tibet; P&*, dans l'Igour.

Danville , à qui Ton doit tant de précieuses découvertes sur la géographie ancienne ,- voulait bien convenir que les Sères étaient situés au bord intérieur et occidental de la Chine septentrionale d'aujourd'hui ; mais il prétendit que ce n'était pas dans la Chine du tems des anciens. Il plaça donc les Sères, si doux , si policés, la Sérique, le pays de la soie , dans la Tar tarie , dans un prétendu royaume de Tangout.

Son autorité entraîna William Jones, Brotier, M. Men telle. On a dit, on a répété : «Les anciens ne connaissaient pas la Chine. » Pénétré de cette idée , M. Gossclin a reculé bien davantage vers l'Occident. Apres avoir mis Thinœ h Tanasserim dans le royaume de Siam , il a vu la Sérique dans le pays de Srinagar (ou de la ville sainte), audessus de riudostan septentrional , sur les bords de la rivière Allac - Nandara , qui se jette dans le Gange.

Assez d'hommes habiles du dix- huitième siècle sont restés néanmoins attachés k l'ancienne doctrine , pour qu'on ne puisse reprocher a ses partisans d'avoir innové. Nous citerons Delisle, de Guignes, la Martinière, l'auteur de l'article Sérique, dans l'ancienne Encyclopédie ; Mannert, dans sa Géographie des Grecs et des Romains y Guthric , ou son abréviatcur. (Voyez Abrégé de la Géographie de Guthrie , cinquième édition , page 49 si.)

Enfin, le docteur Hager, rencontrant cette ques-

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lion dans sa Numismatique chinoise, a suivi l'antienne tradition ; et i\- l'a défendue avec toutes les armes qui lui sont familières , plus savamment , plus vigoureusement que n'avaient fait ses devanciers.

On lui a fait des objections; pour les résoudre , il offre de nouvelles recherches, de nouvelles observations qui viennent à l'appui de ses premières idées. L'usage de la soie sérique chez les anciens Grecs, le culte des esprits chez les Chinois, comparé avec le même culte chez les Grecs ; les vases murrhins, cl même les autres vases antiques des Grecs, dont il cherche chez les Chinois la première origine , la route des commerçons grecs par le château de pierre, d'où ils comptaient sept mois pour se rendre dans la Sérique, tout cela lui a paru prouver des communications anciennes, et très-anciennes, entre la Grèce et la Chine; telle est la matière variée du livre intitule : Panthéon Chinois .

La seconde partie de la préface renferme des assenions, des observations critiques relatives au dictionnaire de la langue chinoise , lel qu'il convient de le publier en Europe , sur ce qu'on doit à cet égard à Founnout, a de Guignes , sur l'habileté de M. de Guignes fils dans le chinois.

Disons ce qui est d'un intérêt plus général , et ce qui ne doit pas offenser.

Dix mille caractères ou environ sont très-suflisans pour mettre en état de lire avec fruit les

meilleurs livres chinois anciens et modernes. Les plus habiles lettrés de la Chine n'en connaissent pas davantage.

Les dictionnaires chinois connus en Europe, notamment celui des missionnaires, venu de la Propagande , transporté de Rome h Paris à la Bibliothèque impériale, ceux qu'on trouve en Angleterre , n'ont que dix b quinze mille caractères an plus.

Fourmont fit graver environ cent vingt mille différens caractères chinois , qui sont conservés k rimprimerie impériale. Mais lui-même a imprimé que les Chinois se servent pour lire , écrire , composer et interpréter, de dictionnaires qui n'ont que de huit à dix mille caractères.

Le père Foureau , docte missionnaire, dans un ouvrage manuscrit sur la grammaire chinoise de Fourmont , qui est déposé h la Bibliothèque impériale, reproche vivement h Fourmont les vingtdeux ans qu'il mit k faire graver environ cent vingt mille caractères, lorsque moins de dix mille pouvaient suflire; et il ajoute : pour une phrase juste dans cette grammaire (de Fourmont) il s'en trouve dix fausses.

Fourmont s'occupait, il est vrai, de plusieurs dictionnaires chinois , mais il n'en a pas laissé un seul en état d'être publié pour l'usage des Européens. Il lui manquait , afin de réussir dans cet utile travail , des ressources qu'on doit aux missionnaires , et que l'Europe ne possédait pas de son tems.

De Guignes ne fit rien pour la publication d'un dictionnaire chinois. Celui dont il se serrait lut rédigé , dit le savant père Amiot,Àns une des deux provinces de la Chine où Ton parle le . plus mal. 11 est aisé de s'en apercevoir h la. manière dont notre académicien rendait les mots chinois en caractères européens ; il supposait très fréquemment dans ces mots notre r, qui ainsi que notre b est aussi étranger, que Test notre/a la langue sanscrite , ou plutôt samscrda, et que Test à la langue française cette consonne de beaucoup de nations, que nous rendons par les trois lettres tch ainsi réunies.

Il y a quelque chose de plus malheureux , c'est que ce dictionnaire et tout ce que M. de Guignes savait de chinois , ne l'empêchèrent point de commettre de graves contresens dès long-tems relevés par Deshauterayes , et rappelés ici par M. Hager.

L'auteur expose ensuite les études et les voyages qu'il a faits lui-même pour se mettre en état de publier un Dictionnaire chinois, et ce qu'il a découvert et publié pendant qu'il préparait ce travail à Paris , et mettait en ordre les cent dix -sept mille caractères de Fourmont. Ces détails sont personnels sans doute , mais plus scientifiques encore, et tendent h montrer que sans avoir été en .Chine , l'auteur est capable, et même plus capable qu'un autre qui arriverait de Canton, de faire imprimer a l'usage des Européens ce Dictionnaire* M. Hager avait promis , non pas de le composer, mais de le taire imprimer tel qu'il a été fait en Chine; il ne

veut pas qu'on lui attribue l'inexécution de cet ouvrage , tant désiré des savans.

Le Pant(Jp>n Chinois est divisé en onze chapitres. Lies six premiers ont plus particulièrement pour objet de prouver que la Sériqne des anciens était notre Chine , et que là étaient leur Thinœ , leur Sera major, deux mots qui désignaient la ville alors capitale des Chinois , dans la Chine Septentrionale. Les huit autres chapitres vont de [dos loin au même but , rassemblant les vestiges d'anciennes communications commerciales et religieuses entre les Grecs et les Chinois.

Viennent ensuite le frontispice gravé d'un temple chinois h Canton , dédié à tous les génies , l'explication de ce frontispice , les inscriptions chinoises dont il est orné , et deux versions françaises de ces inscriptions , Tune par un anonyme français, et l'autre par M. Hager.

Nous nous arrêterons au onzième chapitre sur la toison d'or , au douzième sur le culte des génies en Chine et en Grèce , et h l'explication du frontispice du temple de Canton à tous les génies. C'est ce qu'il y a de plus neuf dans l'ouvrage. Il suffit de dire que les chapitres précédens sont riches d'observations savantes et nouvelles, qui nous, semblent confirmer de plus en plus le système entier de l'auteur sur la position de la ScriqueN

Il a oublié d'observer que la Géographie , attribuée à Moyse de Chorêne , sur laquelle il s'appuie beaucoup, est ou supposée ou interpolée. C'est ce

qu'a prouvé , dans le Journal des Savons l, M. de Sainte-Croix , et ce qui affaiblit un peu l'argument de Fauteur, tiré de la Géographie dont il s'agit. Dans ce dernier livre on parle de Bassora , ville fondée Tan 1 4 de l'hégire , époque de deux siècles postérieure h Moyse de Chorêne , auquel ce livre est attribué.

M. H. avait insinué dans sa Numismatique chinoise, que la conquête de la Toison-d'Or^ par les Argonautes, pourrait bien n'être qu'une image poétique de l'importation chez les Grecs de la soie et des étoffes de soie.

Il revient a cette conjecture ingénieuse dans ce nouvel ouvrage , et lui donne une grande apparence de vérité.

Toison est le nom même de l'idée par laquelle les anciens et les modernes ont cru devoir désigner la soie , l'étoffe de soie ; c'était pour eux comme pour nous la couverture, le voile, l'habit par excellence. Ainsi le mot générique , couverture , toison, était chez les Latins un nom de la soie, c'était vellus, d'où vient notre mot velours , pour désigner la principale étoffe de soie.

La toison qu'emportèrent les Argonautes était d'or : c'est que la soie écrue est couleur d'or; c'est que la soie s'est vendue long-tems au poids de l'or ; c'est qu'enfin elle s'unit à l'or, et que les plus précieuses étoffes étaient fort anciennement eu

1 Avril , 1 789 , in-4°, p« 347 et 148.

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soie tissue ou brodée, ou autrement couverte d'or. Il y a lieu de croire que l'usage du brocard, en Chine remonte à huit siècles avant Fère chrétienne. L'habit médique, si connu en Grèce plusieurs siècles avant l'ère chrétienne , était tissa d'or et de soie. Tarquin l'ancien , h son triomphe , était vêtu d'or et de soie.

La toison d'or était suspendue à un arbre, à des arbres. Ce n'était donc pas de l'or recueilli dans les eaux courantes , avec des toisons de brebis ou avec des étoffes de laine. Mais on regardait la soie comme une production végétale de certains arbres; et cette erreur était encore l'opinion d'un voyageur français, d'un de nos auteurs du treizième siècle. Mais il y a des contrées ou la chenille qui fait la soie , ne quittant pas l'arbre qui la nourrit , on a pu dire sans absurdité que la soie vient sur les arbres. La soie venue ainsi sur les arbres , ou la soie sauvage , est si commune en Cochinchine , que les hommes dévoués aux plus rudes , aux plus sales travaux , y sont vêtus en soie. En Chine même, ou recueille beaucoup de soie sauvage.

Les anciens auteurs plaçaient la toison d'or, l'un sur un chêne , l'autre sur un frêne , ou sur un hêtre. Aussi est-il vrai que la soie sauvage est for* mée sur le chêne, sur le frêne, sur le hêtre et même sur d'autres arbres , comme Ta observé Béaumur. La chenille du palma-christi sauvage ou dômes* tique , donne au Bengale une étoffe de soie si durablc; qu'elle passe dans son intégrité de généra-

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tion en génération. La soie la plus fine ei la plus forte, chez les M adécasses , vient sur un arbre nomme anacau, et qui ressemble au cyprès. En Chine, on recueille de la soie sur le chêne k feuilles de châtaignier, sur le frêne, sur le poirier. On pourrait en recueillir sur le chêne ordinaire.

L'histoire du bélier de Phryxus est une fable démentie par Diodore et Palœphate. Elle se dément elle-même ; la peau d'une seule brebis n'aurait pu être suspendue , comme on le dit de la toison d'or, à plusieurs arbres àrla-fois.

De toutes ces observations , l'auteur conclut que la toison d'or était la soie , et que les Grecs la reçurent du pays de la soie, de la Sérique, autrement de la Chine , par le moyen des Argonautes.

Mais une communication encore plus ancienne et très-remarquable eut lieu entre les Grecs et les Chinois. L'auteur en trouve les traces dans les conformités de ces deux peuples sur le culte des esprits ou des génies . et sur l'usage religieux des vases a trois pieds, autrement des trépieds sacrés. C'est le sujet de son dernier chapitre.

Les génies ont des noms communs en Chine et dans l'Occident.

Le nom commun des génies en Chine est Chin : c'est le Genius des Latins, comme c'est le Djen des Indiens, le Djin des Persans, le Tschan des Turcs. On retrouve ce même mot dans le y&opu des Grecs , être fait; c'est un génie créateur qui a toutyZuV.

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Le génie suprême en chinois, c'est Ti ou Chan-ti, haut , très-haut. C'est le Div des Indiens; A£, Atoç des Grecs , le Dius des Latins. T et D sont consonnes de même organe ; D est la forte ; T est la faible. Les Chinois, peuple amolli, n'ont pas la forte ' .

Le nombre des génies s'est accru successivement, et de la même manière , en Chine et en Grèce , et bien ailleurs.

Le trépied était l'emblème du mystérieux génie créateur. On connaît le divin trépied de Fouhi. Les «anciens rois de la Chine se prosternaient devant un trépied. Cong - Fou - Tsce , s'est mis en prière devant un trépied. Le trépied est dans les temples chinois , comme le triangle chez les chrétiens, représenté sur l'autel, h la place la plus ëminente. Les trois supports du trépied d'Apollon, dans le temple de Delphe, représentaient, dit -on, la toute science de Dieu , la science du passé , du présent et de l'avenir .

On ne parle que d'un trépied sous Fouhi. Il yen eut trois sous Hoang-ti , et trois fois trois sous Yu. De même au temple de Delphes , il y avait d'abord un divin trépied. Trois muses, emblèmes de trois génies , présidèrent aux oracles qui s'y rendaient; Athènes ensuite eut neuf muses; elle eut aussi

1 y oyez en réponse a la Lettre de M. de Guignes , dans le Afonitejtr du 22 janvier 1807, la troisième règle de la Grammaire Grecque de Port-Royal.

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neuf archontes , comme la Chine avait neuf provinces ou grands districts.

Le nombre des génies s'est accru à l'infini en Chine et en Grèce : génies du ciel et de la terre ^ génies du feu et de l'eau , génies des montagnes , des villes, des maisons , des portes et des fenêtres : voila, dit l'auteur, les dieux de la religion natiouale des Chinois, de leur religion primitive et actuelle ; le tribunal des rits à Pékin n'en connaît point d'autres. De même, chez les Grecs et les Romains, toute la nature parut animée. Trente mille génies , dit Hésiode , sont les gardiens des hommes.

En Chine , comme dans la Grèce , les trépieds sacrés étaient ordinairement de bronze. Ils avaient deux anses, ils étaient religieusement vénérés; on y gravait des inscriptions ; c'étaient des offrandes agréables à la divinité. Enfin , chez l'une et l'autre nations, ces vases étaient employés dans les temples, les uns à brûler des parfums, les autres à contenir le vin des libations , d'autres k recevoir les offrandes, d'autres aux purifications.

Le frontispice du temple de Canton , publié par M. Hager, est tiré de la superbe collection des temples chinois que possède M. Clos à Paris.

On voit sur ce frontispice , au-devant de l'entrée du temple , deux grands animaux placés chacun sur un piédestal , comme les sphinx qui semblaient servir de gardiens h l'entrée des temples en Egypte. L'auteur croit que ce sont des

chiens ; il appuie son opinion de recherches curieuses , et qui paraissent concluantes. Comment résister à celle-ci ! Le caractère chinois qui signifie montagne du sacrifice , ou le plus ancien lieu du culte en Chine, est composé du caractère montagne au milieu , et à droite et à gauche , du caractère qui signifie chien. M. Hager fait voir ensuite que le sphinx était originairement un chien; il le prouve par la généalogie du sphinx selon la fable , et par une étymologie de ce mot plus satisfaisante, mieux soutenue que celle du savant Zoëga dans les Nummi œgyptiaci du Musée Borgia. M. Hager dérive ce mot sphinx du mot médique spaca, qui signifie chien, et qui se reconnaît encore dans le sabaca de la langue russe. Il explique aisément l'altération qui a produit le spfuna? , et s'autorise ensuite du Dictionnaire d'Hesychius , qui enseigne littéralement que spaca veut dire chien ou sphinx.

Les Grecs avaient , il est vrai , pour désigner le chien , ce mot kuôn , qu'on retrouve dans le kûa des Indiens ou de leur samserda, et dans le kuen des Chinois ; mais voulant désigner le chien sacré, puisqu'il faut parler ainsi , ils durent naturellement emprunter l'expression d'un peuple comme les Mèdes , avec lequel ils avaient (tes relations , ches qui les chiens étaient vraiment des animaux sacrés , et nourris avec un soin religieux , chez qui manger ta chair canine était un péché aussi grave que de manger de la chair humaine.

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JVi. Hager donne ici deux versions françaises des inscriptions qu'on lit sur le frontispice du temple en question. L'une par un anonyme , semble presque partout si évidemment infidèle , que nous ne croyons pas devoir en occuper davantage le lecteur. L'autre est de M. Hager, et parait en général donner un sens trcs-convenable , que nous suivons ici :

1 re inscription : (à) tous les esprits tutélaires.

2e (à) tous les esprits tutélaires (de) Canton.

3e (sur la) terre, oui, non.

4e Çdans le) ciel, lumière, vérité.

5e mes bienfaits (sont) infinis.

0e {ce qui est) parfait, (1*) avancer encore ; (ce qui est) vicieux , (le) porter à la perfection.

T Ue) P^e (j^s) vcrtus i (les) mérites.

8e Tous reçoivent mes bienfaits.

9e J'envoie et j'aggrave de triples maux.

io* (je) pénètre (le) cœur humain.

j ie J'examine l'intention.

1 2e Selon ma volonté.

1 3e es-tu venu ? (ou) tu es venu ( enfin) ?

1 4* nourfir (ou conserver ) tout.

Reste a parler de l'exécution typographique du Panthéon Chinois. Elle est magnifique comme Test généralement tout ce qui sort des presses de M. Didot l'aîné. On regrette de n'y pas trouver cette correction exacte, mais si difficile , que présente la Numismatique chinoise. 11 y a ici dans

le français , dans le latin , dans le grec , d'autres fautes encore que celles de'Yerraia.

On aime la belle italique de l'épltre dédicatoire. On serait plus content d'y voir l'italique plus belle qui résulterait de caractères fondus sur les modèles de Tccriture italienne de Rossignol ou de Paillasson. La difficulté des liaisons dans des caractères typographiques , n'eu est plus une , ce semble , d'après le succès que M. Didot vient d'obtenir en imprimant les caractères si liaisonés de l'écriture anglaise, mais écriture fort inférieure en beauté à celle de Rossignol ; écriture d'ailleurs qui n'est pas française, qui est anglaise.

Enfin , nous oserons ajouter qu'on ne se fait point aux caractères grecs , droits , papillotes , fatigans , que M. Didot a employés, encore cette fois, pour le texte grec dans le Panthéon Chinois. Le grec des notes est bien préférable. Les beaux caractères grecs dont Claude Garamond a fixé les modèles , à Paris , dans le seizième siècle , n'ont pas été surpassés ; ils ne le seront peut-être jamais.

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