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La table suivante peut servir h comparer le fond
des langages monosyllabiques.
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DR J.-D. LANJUINAIS. 45i
Les peuples dont il est ici question ont un caractère qu'il convient de remarquer, et qu'Us doivent en parue à la douceur de leur climat, et en partie à leur nombreuse population; circonstance qui contribue puissamment k émousser et à adoucir les formes dures et raboteuses, s'il est permis de parler ainsi , des peuples barbares. Ils sont doux et flexibles à tout ; ils ont dans l'esprit un certain de-, gré de médiocre culture , qui , dans les sciences et les arts , consiste plus en talens mécaniques , en recettes et formules, qu'en génie et en principes.
Mesurés en tout et circonspects , au point de choquer les hommes d'un caractère vif^ ils poussent, la politesse et le cérémonial jusqu'à la pédanterie ' ; et quelque pauvre que soit leur langue k tout autre égard , ils l'ont rendue assez riche pour exprimer avec scrupule toutes les nuances de considération qu'ils ont imaginées.
Comme toua les hommes demi-civilisés, ils se
1 En ce genre , il n'est rien de plus remarquable que l'étiquette de la cour du roi de Candy, ou, aï Ton parle , c'eat à genoux, comme fbomme coupable demandant pardon h ton créateur offensé ; ou , ai l'on marche > c'est à quatre pieds , comme le bétail ; où, enfin, si Ton se tient en repos, c'est, le corps étendu a terre, h plat ventre, comme le chien devant son maître, (t'oyez dan» les MUcellaneaus Works t de H. Boyd, inS°. London, 1800, a vol., le récit de son ambassade auprès du roi de Candy; et dans YAnnual asiatik Registcr, in-8°, année i8o3 , la Notice sur Ptle de Ceylan. ) Les formes grammaticales , en ce pays, sont assez dignes de ces postures , et peignent aussi bien qu'en aucun Kea du monde, certains degrés d'élévation et d'infériorité, ou, si l'on veut, d'orgueil et de bassesse. Néanmoins la langue y est polysyllabique. Voy. ces formes dans le Mithridatc d'Adelung , t. I , p. a35 et aî^. (Ifoto du Trad.)
montrent cupides , soupçonneux et trompeurs envers les étrangers , cruels et inhumains dans leurs guerres et leurs y engeances.
Ils ont en général plus ou moins la laideur caractéristique des Ta tares Mongols , figure aplatie , petits yeux , regard oblique et nez camus. On croirait d'abord que cette physionomie a des rapports secrets avec les langues monosyllabiques ; on* se tromperait , car elle est commune- aux Japonais , dont ta langue est polysyllabique. Cette forme est indubitablement indigène chez les Mongols : aucune ne se communique plus aisément , et ne se conserve plus constamment che£ un peuple, quand une fois elle s'y est introduite. Les peuples dont nous parlons, plusieurs fois conquis par les Mongols, ne doivent donc cette figure qu'il leur mélange avec cette nation ' .
Chez les Indiens les plus septentrionaux , die n'est ni si générale , ni si fortement dessinée , sans doute parce que chez eux les Mongols ont eu moins d'influence , ou n'en ont eu que médiatement et seulement par le moyen des Chinois , souvent conquérons et dominateurs dans le nord de llnde. .
Nous parlerons de la manière dont les Européens doivent écrire et traduire les langues monosyllabiques, parce qu'il est aisé de s'y méprendre. .
■ Mais comment les Mongols, que l'auteur fait descendre deg enfbos émigrés des peuples a langues monosyllabiques, orit-jls acquis cette figure «rai les caractérise? Vof. le livre de Bl'nmenbach, De Farietate GemmrU Humani. (Note du Trad.)
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. Souvent on nous offre des mots de plusieurs syllabes, surtout lorsqu'il s'agit de représenter un objet dont nous avous appris à concevoir l'idée comme simple. C'est altérer tout le système de ces langues. Il est vrai, par exeniple, que selon notre usage , les mots chinois ngo tem (je autre) veulent dire seulement nous; mais il ne faut pas oublier qu'en chinois chaque mot a un ton qui lui est propre, et qui se perdrait en faisant de plusieurs mots un seul : il faut donc se garder d'unir les monosyllabes.
La faute est plus grave , s'il arrive d'unir des mots qui devraient être séparés, même dans une langue monosyllabique. Exemple : dans une version du pctfer en pegouan, on a écrit mokaon pour mo kaon (ciel concave); c'est confondre en un seul mot l'adjectif et le substantif.
Mais il n'y a point d'inconvénient & rapprocher par un trait d'union des mots qui n'en feraient qu'un dans nos langues d'Europe ; c'est concilier avec la clarté du discours l'usage des langues monosyllabiques. Dans ces langues, tous les mots ne sont que des radicaux isolés et indéterminés , sans déclinaison , conjugaison ni dérivation ; ri faut donc éviter de les joindre, si l'on veut, soit écrire, soit traduire littéralement. Moi beaucoup honneur ciel terre vrai maître, voilà les premiers mots àxxpaier en tonquinois littéralement bien traduits. Pour saisir le sens , les Européens doivent un peu aider
a la lettre , et expliquer l'obscurité des monosyllabes par des expressions pins formées.
Avec ces précautions, on trouvera encore asse* d'embarras , provenait de ce qu'on ignore le sens juste de divers petits mots destinés k déterminer les rapports des parties du discours, et de ce qu'on n'est pas familier avec certains idiotismes fort singuliers.
§ IL De l'Histoire Ancienne des Chinois.
La Chine , deux fois peut être aussi grande que toute l'Allemagne, et aussi peuplée que toute l'Europe ', était connue dans le moyen-âge , quanti* sa partie septentrionale , sous le nom de Caifuu.
Elle se vante d'avoir l'histoire la plus ancienne ; celle qu'a traduite Moyriac de Mailla, et que M. l'abbé Grosier a publiée h Paris en 1777, en la vol. in- 4% commence & Fo-hi , deux cents ans après le déluge de Moïse. C'est alors que Fo-hi dut gouverner les petites hordes entre lesquelles était partagé ce grand pays , et qu'il dut les réunir en un seul corps de nation.
Mais quoique les missionnaires d'Europe - aient admis ces idées , une saine critique les repousse et retranche de cette histoire , comme de celle des autres pays , beaucoup d'excroissances poétiques.
' Cette assertion parait fort incertaine. Sur ce point , la variation, eat extrême entre les auteurs. Ce n'est pas ici le lieu de chercher à résoudre la question. ( Note du Traà. )
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On ne petit rien croire de ces rois qui ne font que prononcer de longs discours devant leurs ministres ; inventer k volonté des sciences et des arts ; commander à leurs épouses d'élever des vers h soie , et à leurs mathématiciens de créer l'astronomie. Ce n'est que deux cent sept ans avant Jésus-Christ que l'histoire de la Chine présente des détails suivis , et prend un air de vraisemblance ' .
Citons un seul exemple. Cette grande muraille si fameuse (de cinq cents lieues de long), qui dut être élevée pour défendre les Chinois contre les irruptions des Barbares de la haute Asie , et qui ne les en a point préservés , fut bâtie , selon l'histoire chinoise (répétée par nos plus savans Européens), vers deux cent quarante ans avant J.-C. Un si prodigieux édifice, unique dans son espèce, devrait avoir été connu des anciens. Mais on n'en trouve nulle trace dans notre ancienne littérature, soit asiatique , soit européenne. Ptolémée , qui nous décrit la route d'une caravane., au pays des Sères, ne dit rien de la grande muraille. Ammien- Marcellin semblerait d'abord y faire allusion dans
1 Voy. de Guignes, dans les Mémoires de V Académie des In*cripl.t t. XXXVI , p. 4* •* 43 («t dans ton édition dn Choo-King). U faut avouer que sa critique est encore bien adoucie. Il ne rejette que ce qui est impossible. Franchement pour un ëtranger, dans un si grand éloignement des objets dontll traite , dans la disette de tous les secours nécessaires , la critique est bien difficile ; et l'on doit encore moins en attendre des savans dn pays. Mais quand de Guignes veut faire des Chinois une colonie
sortie d'Egypte, ma ans avant J.-C. , U ne peut plus luiHOaéme soutenb l'épreuve de la critique historique. ( Noie cTÂdehmg. Voy. Mémuconc- Us Chinois, t. IX, p. 336etauiv.)
ce texte , liv. XXIII , chap. vi : Contra orientaient plagam in orbis speciçm consertœ celsorum aggerum summitates ambiant Seras. Mais 3 ajoute : Àppellantur autem iidf/n montes Annivi; on reconnaît aussitôt qu'il n'a entendu parler que de montagnes , et que l'équivoque ne Tient ici que d'une certaine enflure de style. Les Arabes, qui visitèrent la Chine , vers Tan 85o , et dont Renaudot a publié la relation , ne parlent point de cette muraille ; on peut répondre qu'ils n'allèrent pas dans les lieux où elle est bâtie. Mais le célébré Marco Polo n'en dit rien, lui qui, en 12709 dut# la traverser, parcourant le nord de la Chine , 1m qui demeura trois années au service du Khan des Mongols1, lui qui s'est plu à raconter de ce pays tant de choses merveilleuses. La haute antiquité de * la grande muraille devient d'autant plus suspecte , que sa construction même décèle une origine beaucoup plus moderne1.
Sur ^'antiquité des Chinois et sur le haut degré de civilisation qu'on leur accorde si libéralement,
' C'est trop peu dire. Marco Polo eut , pendant dix-sept ans , la fiance du Khan des Mongols, qui , dans cet intervalle , fat tout à-1 Grand-Khan , sons le nom de Koublai, et Empereur de la Chine , sont le nom de Chi-Tsou. Ce prince employa Marco Polo a la conduite des affaires les plus délicates et des négociations les plus importantes* Vojws Mém. conc. les Chinois , t. V, p. 8. {Note du Trad. ) ■ '•
. ■ Le savant père Paulin de Saint-Barthélemi fixe au quatorzième siècle de l'ère chrétienne la construction de la grande muraiHe des Chinois : Sœculo decimo quarto exeunte conditus magnus Sinemsium msmu. V 'oyez Jornandis vindiciœ de var hunnorum, auctoreP. PmuUnOy etc. Romae, 1800, in-4°, p. 7. {Note du Trad.}
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il y a , de l'avis des connaisseurs impartiaux de ces derniers tems , beaucoup à rabattre , si même il en reste quelque chose ; et ce qui peut en demeurer, se borne à beaucoup de patience , à quelques difficultés vaincues, et à l'acquisition de quelques talens mécaniques ' .
Les Arabes de Renaudot n'ont trouvé rien de savant chez les Chinois , et les mettent fort audessous des Hindous pour l'astronomie'.
Il fallut h Koublai-Kan , premier empereur de la Chine, de la race des Mongols (vers 1280), faire venir des astronomes de Balkh , parce que les Chinois ne pouvaient dresser le calendrier. Leur incapacité dans l'astronomie et les mathématiques, a seule fait admettre et maintenir en Chine les jésuites. Ce Tribunaldes mathématiques y trop vanté, n'est qu'un corps de pitoyables astrologues, tels qu'en ont k leurs cours les princes de l'Orient. Le sageConfucius n'était lui-même qu'un astrologue; et sa morale, présentée comme si étonnante, n'est autre chose que des sentences détachées, comme en peut composer un homme sans étude, pourvu d'une raison saine.
L'une des plus fortes objections contre la haute antiquité des productions littéraires de la Chine,
1 Voyez la Numismatique chinoise, par le D. Hager. Paris, i8o5 , in-4°. {Note du TratL)
Ml semble qu'Adelung, sur l'antiquité et la chronologie chinoise, aurait dû renvoyer au savant Frerct. Nul autre , en Europe , n'a répandu sur ce beau sujet autant de lumières. ( Note du Trad. )
est le défaut d'anciens monumens, et la grande fragilité du papier à écrire des Chinois. Une inscription sur une colonne de métal, que du Halde place généralement en Tan 5o de J.-C., est l'unique ■ ancien monument que possède ce vaste empire , si renommé pour son antique civilisation. Quant au papier chinois, c'est de toutes les espèces de papier la plus promptement détruite par l'humidité, les vers et la poussière. Combien de fois aurait-il fallu copier et recopier les écrits chinois depuis deux a trois mille ans , si l'on, fait remonter aussi haut leur origine? Et qui aurait fait toutes ces copies successives? des hommes ignoraus et sans critique 9 comme sont les prétendus savans chinois. Jugez maintenant s'il y a de la vraisemblance k soutenir l'ancienneté de ces écrits, et la fidélité des canaux par lesquels Us nous seraient parvenus.
Mais s'il est permis de douter de la grande antiquité des Chinois et du haut degré de leur ancienne civilisation , il n'en est pas de même pour l'antiquité de leur langue. Qu'on rapproche , tant qu'on le voudra , l'époque de leur origine , leur pays fut l'un des premiers habités de la terre., et leur langue provient immédiatement de la langue
1 Cette assertion ne serait-elle point hasardée? Voyez Monument de t Empereur Vu, on la plus ancienne Inscription de la Chute , par le D. Hager. Paris , an X , grand in fol. Vu , premier rot de la pu mi en des vingt-deux dynasties chinoises, vivait dans le vingt-deuxième siècle avant J.-C. Voy. Art de vérifier les Dates , t. H , p. a4> • Mémoires concernant les Chinois, t. II, p. a49> 556 et suiv.
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primitive. Malgré leurs révolutions au-dedans, malgré les changemens de dynastie opérés par des conquérais barbares , les Chinois ont su conserver leur langue et leurs mœurs.
On voudrait savoir si la figure mongole est générale dans toute la Chine, ou propre à certaines familles septentrionales ; si c'est la figure chinoise des plus anciens tems , ou si elle pst survenue par le mélange des races, de 1210a i568. Au premier cas, les Chinois sont originaires mongols, mais leur langue n'offre aucun vestige de cette descendance. La seconde hypothèse est donc la plus vraisemblable. D'après les voyageurs arabes déjà cités , les Chinois , au neuvième siècle , étaient plus beaux que les Hindous; on assure qu'ils ressemblaient aux A rabespar leur air, leurs vê temens, leurs habitudes morales. Cela n'aurait pu être, si lcS Chinois avaient toujours eu cette laideur mongole; elle est donc d'une date plus récente. Les lois de Menou, réputées plus anciennes que les Kings de la Chine , paraissent toucher de bien près à la vérité , quand elles assurent que les Chinois , dans le principe, furent des émigrés de l'Indostan , surtout si l'on étend ce nom au Tibet , comme il arrive souvent. Les Chinois sont maintenant , il est vrai, les plus orientaux des peuples fa langues monosyllabiques , et conséquemment les plus éloignés du sol qui fut le berceau de l'espèce humaine. Mais si l'on présume*(et d'après le défaut de monumens que pourrait-on de plus ?) que par l'accroissement
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et les progrès du genre humain , les plus nouvelles familles ont repoussé de proche en proche les anciennes , jusqu'à ce que de fortes barrières naturelles, comme ici l'Océan , «aient arrêté leur marche, alors les Chinois paraissent les descendans les plus immédiats de la plus ancienne famille des hommes.
$ III. De la langue Chinoise.
L'examen de cette langue conduit au même résultat j c'est la plus simple des langues monosyllabiques ; c'est donc la moins éloignée de l'idiome primitif. Ce n'est plus, il est vrai, un langage composé seulement de sons voyelles : il ne reste de ces premiers essais informes, du langage , que quelques mots conservés dans les divers idiomes; mais à cela près , la langue chinoise se caractérise par le plus haut degré possible de simplicité ; et c'est ce qui m'engage à lui assigner le premier» rang.
Sc$ monosyllabes consistent, en général-, chacun dans une voyelle précédée d'une seule consonne.
Les deux ou trois voyelles , que nous autres Européens employons dans notre écriture pour peindre beaucoup, de mots chinois , n'empêchent pas qu'on ne doive considérer ces mots comme de purs monosyllabes. Il faut en dire autant de cette. addition, n ou ng9 qu'on trouve en d'autres mots. Les voyelles accumulées ne font que rendre, comme on le peut en Europe , de vrais monqpyllabes
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nois d'une valeur obscure ; elles n'appartiennent qu'a notre alphabet. Ce que nous écrivons liao , siao y kioun, est adouci et simplifié dans la prononciation chinoise , à-peu-près comme s'il y avait lo, so, kjoun. Quant au son nasal , c'est un vrai complément de la syllabe , un accident de l'instrument vocal. Ainsi, kjoun, kjang , Ijoung, nge> ngOy sont de simples monosyllabes.
La langue mandarine, et même en général les dialectes chinois, n'ont point les articulations b, d, r, x y z; celles-ci, p, t, b, s > leur en tiennent lieu.
Les Chinois ne savent pas faire entendre deux consonnes qui se suivraient immédiatement* Leurs articulations , que nous rendons multiples en les écrivant par ps et par tsch , sont simples dans leur bouche. Voici une conséquece bien remarquable de ce fait. Si dans un idiome étranger, ils rencontrent plusieurs consonnes de suite , ils altèrent le mot , ils le rendent méconnaissable , en séparant chaque consonne de la suivante par une voyelle. Ils n'ont que ce moyen pour faire entendre nos consonnes redoublées. Crux , pour un Chinois, fait cou-lou-sou; christus > est chi-li-si-tou-sou ; gratia, est gue-la tsi-ia ; spiritus , soupili-tousouy etc.
Les Chinois ont maintenant trois cent vingt huit radicaux , ou selon d'autres, trois cent cinquante. Bayer et Fourmont , le P. le Comte et Thomas Hyde, en ont publié des listes en caractères d'Eu-
rope, les deux premiers, d'après la prononciation portugaise , le Comte , d'après la prononciation française,, et Hyde, d'après l'anglaise.
Pour multiplier ces radicaux , les Chinois n'ont que la méthode d'en varier le ton , l'accent ; méthode digne de l'enfance de l'esprit humaiit.
Mais il y a pour chaque radical, cinq tons principaux : le premier, simple ou naturel; le second, que je voudrais caractériser en l'appelant creux , bas, profond; le troisième, qui commence haut, et finit en s'abaissait , comme non prononcé dans la colère ; le quatrième, qui va en s'élevant comme un cri d'admiration ; et le dernier, qui est bref et interrompu, comme un cri de peur.
Outre ces tons , il y en a d'autres réservés Apparemment pour des cas particuliers ; quelque$-*ms en comptent huit en tout, d'autres onze ou même treize , qui la plupart échappent k l'oreille comme a l'instrument vocal de l'étranger, et qui pourtant varient le sens du mot.
Ainsi, chou, selon les divers tons dont il. e*t prononcé, peut signifier un livre, un arbre, grande chaleur, raconter, aurore, mouvoir, pleuvoir, douceur, avoir coutume, perdre une gageure, .etc. De même tchoun, répond à maître, cochon, cuisine, colonne , libéral , préparer, vieille femme, rompre ou fendre, favorable, peu, humecter, esclave, prisonnier, etc.
Chacune de ces significations a le sens propre et le sens figuré. Il y a donc bien des mots susceptibles
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tle cinquante significations différentes , que la modulation la plus fine , celle d'un Chinois lui-même., ne saurait distinguer par autant de tons variés ; alors, pour se faire entendre, on emploie des mots additionnels ; veut- on employer, par exemple , le mot fouh, au sens de père? On le fait suivre du mot tschin ou djin, prononcé comme pour signifier homme ou parenté; de même pour mère, il faut dire mou tschin : c'est peut être de cette manière, qu'en d'autres langues on fait les mots de deux syllabes, pater et mater, par exemple.
Au moyen des principaux tons seulement , les trois cent vingt-huit radicaux donnent seize cent vingt-cinq mots différens ; et l'usage de l'aspiration les porte fa trois mille deux cent cinquante, tout au plus à sept mille sept cents , que l'oreille des Chinois , singulièrement délicate, exercée dès l'enfance aux plus fines distinctions, parvient fa distinguer sans aucune confusion.
Il ne faut pas croire que ces tons fassent un chant; le Chinois, en les employant, ne chante pas plus que le Français , par exemple , lorsque , par une prononciation très-exacte, il fait distinguer à l'oreille certains mots homonymes, comme Veau, lots, Vos.
Les trois cent vingt huit radicaux ainsi diversifiés par le ton et l'aspiration y sont tout le fond de la langue chinoise ; c'est avec cela qu'il lui faut se tourmenter d'une manière fort étrange pour ren-
dre le sens abstrait, le sens concret, tous les sens figurés. ' *
Cette langue ne distingue pas ce que nous appelons les parties d'oraison ; chaque mot y fait fonction de substantif, d'adjectif, de verbe, etc. La dérivation et l'inflexion en sont bannies, conséquemmcnt aussi la déclinaison et la conjugaison. Dans les grandes difficultés , elle a recours à la périphrase. *
Ti ou tié , mis après le nom, lui tiennent lieu de génitif; you de datif singulier et pluriel; et toung ou tsoung d'ablatif; exemple : gueh, amor; gueh-tiy amoris;you gueh, amori; toung ou tsbung gueh, amore.
Le pluriel s'exprime , i° par des mots collectifs; exemple, tou tschin (ou djin), plusieurs hommes; tschoung tschin, tous les hommes ; 20 par ces mots, tem , autre; poi ou men, beaucoup , plusieurs ; exemple : ngo tem (moi autre), ou ngo poi, ou ngo men (moi beaucoup), c'est-à-dire nous; 3* par la réduplication du nom ; exemple : djin djin (homme homme), les hommes; tou top tschin, une multitude d'hommes.
L'adjectif précède le substantif; on le reconnaît à ce caractère; exemple : chaou djin, bon homme; pai mahj blanc, cheval.
Le mot qui tient lieu de génitif forme des adjectifs, lorsqu'il est précédé du nom abstrait; exemple : pai tié, blanc; tsché tié, chaud : keng, avant
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l'adjectif positif signifie pins; exemple : kengyiou, plus doux.
Le superlatif s'exprime en répétant le positif, ou par quelque mot qui tantôt le suit , et tantôt le précède .
Les pronoms personnels sont : ngo ou go moi ; nih toi; ta il; nih tem (toi autre) vous; ta poi on ta men (lui plusieurs), eux ou elles, etc.
Les pronoms possessifs se forment en joignant aux pronoms personnels le signe du génitif; exemple : ngo tié (de moi) mon, mien; ngo men tié (de moi plusieurs) de nous, notre.
Les verbes n'ont que trois tems ; le présent s'exprime par le radical faisant fonction de verbe ; le prétérit en ajoutant lio; le futur en ajoutant ych, qui se met devant le verbe. Exemple : ngo leh lio, je suis venu; ngo yah leh, je viendrai. Dans le style familier, on dit avec plus de précision , ' ngo youeny leh, j'ai résolu de venir. Mais tant de clarté siérait mal au style noble des Chinois.
Au reste , il règne toujours beaucoup d'obscurité dans le langage des Chinois , et cela doit être ainsi par le défaut d'articles, de beaucoup de conjonctions , et d'autres expressions qui fixeraient le sens. Un texte chinois n'est qu'un assemblage énigmatique de sons rocailleux , de mots sans liaisons, sans modifications, sans désignations d'idées accessoires. On en jugera par ces traductions littérales : Anglais bon 9 Chinois meilleur, mer nulles bornes. La connexion des idées, l'ordre dans l'arrangement des