‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 83 sur 101 · SUR IA PERSONNE ET LES ÉCRITS DE COURT DE GÉBEL1N · texte numérisé non relu

SUR IA PERSONNE ET LES ÉCRITS DE COURT DE GÉBEL1N

SU* l'oEIOMI IT LES PROGRÈS DI LA O&AMMAI&B GIWlfcALI.

Professeur de droit à Rennes, élu au concours, en 1775; élu, quatre ans après, l'un des conseils des états de la province de Bretagne ; devenu ensuite membre de rassemblée constituante et d'autres assemblées législatives; enfin retourné, en 1796 comme en 1791, professeur de législation dans ma ville natale, j'y trouvai des élèves avancés en âge, pleins d'esprit et de candeur, mais qui, au milieu de nos troubles, n'avaient pu suivre que très-faiblement les premières études.

. Us étaient peu en é la t de comprendre mes leçons, quoique je les donnasse alors en langue française, parce qu'ils n'avaient pas acquis les notions métaphysiques les plus essentielles , bien loin d'avoir contracté L'habitude d'en faire usage , habitude si nécessaire, particulièrement aux jurisconsultes. J'étais convaincu dès long-tems que la science de la grammaire générale, qui, bien entendue, peut se

1 Ce Discourt précède l'édition de V Histoire Naturelle de la Parole^. publiée en 181 5 par LanjuinaU.

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confondre avec la bonne métaphysique et la bonne logique , et pose même les fondemens de la morale naturelle , pouvait le plus efficacement suppléer à ce qui leur manquait, bâter et assurer leurs progrès dans l'étude à laquelle je devais les introduire, celle des lois positives, celle qui apprend k les interpréter , à les juger au besoin , à les corriger, et mémo à les projeter et à les rédiger.

Mais la chaire de grammaire générale, à Rennes, avait un titulaire absent et non représente • Je m'offris par zèle, et je fus agréé pour le remplacer provisoirement. Le premier donc, en cette ville, j'enseignai la grammaire générale , non-seulement aux étudians en droit- publie et privé , mais à d'autres léfeves qui se présentèrent et qui furent assidus ,

Lorsqu'ensuit?, élu membre du sénat français et suivant un noble exemple qui m'était donné en d'autres sciences par d'illustres ' collègues , enfin pour satisfaire en parue aux besoins des teins , je donnai à Paris des leçons publiques de législation, je recommandai avec succès à mes élèves l'étude de fa grammaire générale et des autres parties de la philosophie rationnelle.

Je suis retourné moi-même, dans mon loisir laborieux et honorable , h ces deux études , auxquelles je tiens par goût, par reconnaissance , et que je n'ai jamais séparées de i^étède de la religion et de ses monumens, ni de l'étude des lois, cherchant sans cesse k m'éclairer dans mes recherchés par l'histoire, les langues et les antiquités.

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'tes mes notes sur Y Histoire Naoar Court de Gibelin.

S vain célèbre sont peut- '*nés du tems de leur mort.

même, Gébelin

tes; mais Us furent

'ii des admirateurs et

foule dans la France et

iijtion publique et aux succès . abord un esprit extraordinaire et érudition, puis les grands rôles qu'on r dans les associations éclairées, puisl très-répandues en Europe; ajoutes 3a gisque entreprise de faire connaître le monde l iiinitîf dans sa langue primitive, dans tous ses dialectes , dans ses hiéroglyphes , son écriture , sa mythologie, son calendrier, ion culte, son histoire, jçs antiquités , le bonheur admirable dont on jouissait dans ce vieux monde -, enfin , d'expliquer tout cela par les grands principes du besoin et de Tordre naturel, et de reproduire ce même bonheur au milieu de nous par une morale , une religion, une politique agricoles.

Sa vie fut laborieuse et modeste; son caractère doux, expansif; s# conduite respectable; sou esprit hardi et sa plume féconde. Souvent la modicité de sa fortune l'obligea de travailler avec trop de rapi-

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dite, et le. priva du loisir nécessaire pour mettre la dernière main à ses ouvrages.

Il était doué de la mémoire la plus heureuse ; d'une imagination vive, qu'il ne savait pas toujours captiver ; d'un style facile, brillant et animé, quoique diffus. La justesse de sa critique ne répondait pas à l'étendue de ses connaissances , et celles-ci avaient encore plus de superficie que de profondeur; mais elles parurent d'autant plus merveilleuses , qu'il vivait à une époque où la solide érudition, habituellement décriée, devenait de jour en jour plus rare.

Élevé dans les principes de la théologie des réformes et dans l'école de Genève , il ne craignait pas d'allégoriser les faits surnaturels de la Bible, et de les ployer hardiment a ses systèmes.

Un éloge qui lui est dû, comme historien et comme philosophe , c'est qu'il ne perdit jamais de vue le bien-être des hommes, et qu'il présenta constamment la vraie gloire des nations et de leurs chefs comme inséparable de la modération , dé la justice et de la paix. Son Histoire de Nabuchodonosor ' est un fragment précieux , une grande et vive leçon pour les rois et potir les peuples. .

Comme grammairien et comme interprète de l'antiquité , il a eu des vues heureuses ; il a recueilli a pleines mains des faits utiles. On regrette qu'il se montre si fréquemment ami du paradoxe, domine

1 Morulc Primitif, t. VIII, p. 1-123.

par ses hypothèses favorites, entraîné par une confiance , un enthousiasme qui donnent à ses écrits de la vigueur et de l'éclat , mais qui pouvaient servir à Terreur tout aussi bien qu'à la vérité.

De la ses assertions hasardées sur la mythologie, la langue primitive et la grammaire qu'il appelait universelle ; de là ses étymologies divinatoires ou fausses , dont le voisinage décrcdite celles qu'il démontre ou, qu'il aurait pu démontrer; de là son dévoûment aux utiles doctrines et aux exagérations même des philosophes économistes, et, s'il est permis de le dire , à tant de charlataneries dont la théorie et la pratique du magnétisme animal étaient accompagnées de son tems. 11 lut le disciple du célèbre docteur Quesuay ; il en reçut l'enseignement comme un nouvel Evangile, et s'en montra l'un des plus chaleureux propagateurs. Dans le même tems , on le vit , sectateur zélé du mesmérisme , en publier une docte et volumineuse apologie, et mourir bientôt après (en 1784), martyr et victime, dit on , des épreuves magnetiquqs, laissant imparfait , mais très aVancé, son MowU Primitif, qui est son plus beau titre de gloire.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il donna à son siècle une impulsion forte et durable vers l'étude des langues et de la grammaire» Malgré les imperfections qui déparent son Histoire Naturelle de la Parole, ce livre, toujours demeuré en estime, passe pour le meilleur des ouvrages de Gcbelin. Il manque dans le commerce; il est recherché dans les

ventes, et il doit l'être, ne fât-ce que pour le rare avantage qu'il a d'être le fruit de longues études et de beaucoup de réflexions de son auteur ; en un mot, d'être précisément l'analyse, rédigée par Gébelin même, du second et du troisième volumes m-4* de son Monde Primitif.

On a cru que ce serait une chose agréable au public d'en donner une seconde édition , avec des notes historiques et critiques , et que rien ne serait plus convenable que de présenter en tête de cet ouvrage la revue des principaux livres concernant la grammaire générale, connus avant 1776 (époque où l'auteur a donné sa Grammaire Universelle) , et de ceux qui ont paru depuis sur le même sujet*.

Pour la première partie de ce travail ,< j'ai trouvé de grands secours dans la Lettre dé Tfaïébaufr à M. Pingin sur F Histoire Grammaticale ' , dans Y Histoire de la Langue Française , par M* Henry * , et Surtout dans le Discours préliminaire que M; Thurot 9 placé en tête de sa traduction de la Grammaire de Harris. Si dans son plan M. Thurot eut compris les auteurs étrangers, et s'il eut voulu parler de ceux qui ont écrit depuis GébeKn , je n'eusse pu mieux faire que de renvoyer à son Discours, où brillent à un haut degré les rares et utiles connaissances avec le talent de les mettre en œuvre.

'Tome II de la (Grammaire Philosophique de Thicbault , p. 161-190, 3 Paru , 181a , in-8°, 1 vol. m

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Il me dispense d'entrer , ayant d'aller plus loin , dans de longs détails sur beaucoup d'articles.

Je crois utile de m'arréter sur les dénominations qu'on a données fa la grammaire générale , et sur le sens même de dette expression qui a été plus vivement que judicieusement censurée f : ce sera mieux désigner et circonscrire mon sujet.

La grammaire générale est la science générale de l'expression de nos idées par le discours.

C'est proprement une science et non un art ; car elle se compose principalement de faits coordonnés et d'explications de ces faits. Elle dit en quelles manières diverses on peut, avec les facultés de àotre esprit et notre instrument vocal , ou le secours de l'écriture, clairement exprimer nos idées, an moins dans certaines langues. -

Toute grammaire particulière étant un recueil de règles à pratiquer, constitue un art. C'est (m an-science, ou plutôt une science-art, quand elle est tout fa-la-fois générale et particulière.

La grammaire générale est une science générale, parce qu'elle n'a pour objet aucun idiome déterminé , mais qu'elle traite ou des choses communes fa toutes les langues, ou des choses communes fa plusieurs langues * .

S'il y avait une grammaire générale qui dit exactement tout ce qui est commun fa toutes les langues,

1 Grammaire Philosophique de M. Tliiebault , t. 1 , p. 6-9. * Préface de la Grammaire Générale de P. R. , p. 1.

et qui, en outre , ne dit que cela ; ou bien, s'il s'en trouvait une où se trouvassent expliques tous les principaux procédés grammaticaux de toutes les langues de notre monde sans exception, cette grammaire-la pourrait s'appeler universelle : titre, au premier sens , de la compréhension la plus étroite , quoique de la signification la plus étendue; mais, au second sens , titre chimérique et qui le sera long-tems encore, vu que nous sommes loin de connaître toutes les langues de la terre.

Quant aux dénominations de philosophique et de raisonnée, elles n'ont rien d'assez distinctif.

La philosophie , c'est la raison appliquée bien ou mal ii tous les objets qui intéressent l'homme : la raison embrasse la pratique et la théorie. Ainsi, tout ce qui est pensé , ou opéré en employant la raison, sera philosophique, si l'on veut, d'oae vraie ou fausse philosophie; et dé plus , il sera raisonné , pourvu que Ton s'appuie sur des raisonnemens bons ou mauvais. Or, aucun auteur ne s'imagine manquer ni de raison ni de raisonnement. De là, toute grammaire, soit générale, soit particulière, peut s'appeler tout ensemble et philosophique et raisonnée. Il n'y a donc rien de plus vague, de plus insignifiant , de plus inutile que ces qualifications, qui ont- d'ailleurs l'inconvénient de paraître ambitieuses.

De toutes Jes grammaires générales, ou soi-disant universelles, ou philosophiques, ou raisonnées, je ne sais pas s'il en est une seule qui embrasse vrai-

ment tout ce qui est commun à toutes les langues. D'un autre côté , je n'en connais pas une qui ne dise que ce qui est commun a toutes les langues ; pas une aussi qui expose tous les procédés grammaticaux de toutes les langues , ni même tous ceux de certaines langues déterminées; et j'en connais fort peu qui ne traitent pas de beaucoup de particularités comme de choses vraiment communes «h tous les idiomes.

Voilà , je crois , assez de motifs pour justifier l'expression de grammaire générale, choisie par MM. de P. R*** et préférée depuis par la presque universalité des grammairiens, et assez d'exemples pour qu'on m'excuse de considérer ici, comme appartenant à la grammaire générale , certains écrits qui contiennent des doctrines communes à {Jus d'une langue , des objets de grammaire comparée.

J'observe , en passant , que nous n'avons encore en Europe que des essais sur la grammaire comparée ; et , quant à la science générale des langues , celle qui embrasse leurs filiations , leurs histoires , leur$ débornemens, leurs alphabets, leurs lexiques, les méthodes de les enseigner et leurs littératures grammaticales, elle est a peine connue en France ; l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne et la Russie ont seules , à ma connaissance , produit quelques ouvrages de ce genre.

Quoi qu'il eu soit, je ne découvre dans l'antiquité presque rien qu'on puisse rapporter à la grammaire

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ches littéraires sur les langues , l'histoire , les sciences , les arts et les immenses littératures de l'Asie , en même tems qu'il nous offre les moyens de soutenir des rapports commerciaux avec cette partie primitive dû g<*tire humain.

Ce nouvel ouvrage est dédié à 1* Académie de Calcutta. L'auteur Ta divisé en cinq chapitres, mais il avertit lui-même de le distinguer en trois parties.

La premièse se compose des définitions et des principes, tant du système général des sons parlés, que du système des lettres ou des signes destinés à figurer ces mêmes sons. Ici Ton trouve quelques notions nouvelles , et d'autres déjà répandues qui sont mieux éclpircies. Dans la seconde, l'auteur expose et souvent discute, avec une saine critique, toutes les énonciàtions vocales ou toniques usitées dans nos langues d'Europe ; elles se réduisent k dixneuf oti vingt voyelles et à trente deux consonnes, à-peu près comme dans les langues les plus riches de l'Asie, dans le sanscrit particulièrement, selon plusieurs de ses alphabets.

Les vingt-cinq ou vingt-six lettres de l'alphabet romain ne suffisent pas à peindre toutes les variations de la voix ; mais cet alphabet a le précieux avantage de présenter les formes les plus simples, et d'être usité dans toute l'Europe , en Amérique et dans les colonies européennes de l'Asie. L'auteur propose de le rendre universel , en tirant du fond même de cet alphabet si connu, d'autres signes

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simples nécessaires pour figurer les sons étrangers.

Dans la troisième partie, Fauteur donne un exemple pratique de sa théorie , en rappliquant à l'alphabet arabe, comme à l'un des plus compliqués de l'Asie, quoique n'ait pas le vice extrême des milliers de groupes en usage dans le sanscrit. Après avoir analysé l'alphabet arabe dans tous les procédés de sa formation , il le résout entièrement dans nos caractères d'Europe , et en d'autres également simples , qu'il déduit de ces mêmes caractères. Son travail peut s'appliquer au. turc , au persan, au syriaque , à l'hébreu , h l'éthiopien , etc. , même ** sanscrit et à la langue chinoise.

On a donc ici un système unique de lettres simples et de formes élégantes , au moyen duquel une multitude de langues ou de dialectes, les plus utiles, les moins connus et les plus difficiles , peuvent se lire, s'écrire, s'imprimer aisément et promptement, à l'usage des Européens , et bientôt des Asiatiques même.

Les curieux de la science étymologique trouve-» ront dans cet ouvrage des vues savantes sur cet objet et plusieurs applications heureuses.

Si l'auteur y traite un peu lestement Pythagore, Platon et leurs disdples de visionnaires et de rêveurs hypocondriaques , il ne se montre pas mieux prévenu en faveur des productions littéraires de l'Asie. A son avis, « l'histoire n^y récite que des » fables; la philosophie n'y professe que des so- » phismes ; la médecine , que des recettes ; la mé-

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C'est un éloge qui indique assez bien la profondeur d'esprit de Sanchez et la fréquence de ses méprises. Parmi ces hommes célèbres , il convient de distinguer Henry Etienne, et de leur adjoindre Vaugelas. Le premier donna, en 1 566, son Traité sur la Conformité de la Langue Française avec la Langue Grecque, et, en 1579, son livre de la Préexcellence de la Langue Française ' , deux ouvrages de grammaire comparée , qu'on peut lire encore avec fruit , et qui ont au moins le mérite d'avoir favorisé l'étude et les progrès de la langue et de la grammaire françaises. Le second, bien connu par son recueil de Remarques sur la Langue Française, appartient h mon sujet par sa préface, plus élégante que profonde , où il a si bien discuté une des grandes questions de grammaire générale,

1 Je m'aperçois, en -relisant ceci , que j'ai fait dans cette page et Tune des suivantes , quelques omissions qui peuvent se réparer en cet endroit, préférant à l'ordre exact des tems , celui de la matière. J'avais donc oublié (je demande excuse pour bien d'autres oublis ) : i° Défense et Illustration de la Langue Française, par Joachim du Bellay (dans te§ Œuvres), i5g7,in-ia;

a° Des Avantages de la Langue Française , par Le Laboureur, Paris, i65o;

• 3° Défense de la Langue Française, pour t A rc-de- Triomphe , par Charpentier, 1676, Paris, in-ia ;

4° De V Excellence de la Langue Française, par le même; Paris, i683, in-ia , a vol. ;

5° Règles pour discerner les Bonnes et les Mauvaises Critiques en ce qui concerne la Langue , par Arnaud ; Paris , 1707 , 1 vol. in- ta ;

6° Essai sur les Langues en général , sur la Langue Française en particulier, par Sablier; Paris ; 1777 , in- 8?;

70 Méthode Comparative pour le Français et le Latin, par Fontaine; Paris, 1806, in-ia.

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