IV
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les prétendues preuves de dégénération et d'amé- i lioration intellectuelle, tirées, soit du volume, soit des protubérances du cerveau , soit de la grandeur de ce qu'on appelle l'angle facial. Mais les phénomènes de dégénération ou d'amélioration, réelle ou imaginaire , des races , n'attaquent point le fait de l'unité de la famille humaine; et, de l'aveu des auteurs, ces phénomènes quelconques ne détruisent point chez les hommes cette mesure d'intelligence et de volonté qui suffit à la moralité, à la civilisation et même aux talens.
Passant à ce qui regarde le caractère moral des nègres , les preuves pour le justifier ou pour l'excuser, quand il en a besoin , se présentent en foule sous la main de l'auteur ; il les expose avec franchise, avec discernement, avec énergie. Il en prend occasion de réfuter, chapitre 2, les objections principales des partisans de la traite et de l'esclavage ; mais nous ne devons pas le suivre dans cet épisode»
Parmi les traits signalés qu'il a recueillis d'amour du travail , de tendresse paternelle , conjugale , filiale , de bonté , d'amitié , de générosité et de dévouaient, nons citerons les suivans :
Adanson, qui visita le Sénégal en 1754» et qui en parle comme d'un Elisée , trouva les nègres d'un excellent caractère. Leur aimable simplicité me rappelait , dit-il , l'état des hommes à la naissance du monde .
Un nègre avait gagné de quoi se racheter , il préféra racheter sa mère.
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Frappez-moi, disait un autre à son rîiaître, mais ne maudissez pas ma mère.
Un blanc battait son père en présence d'un nègre ; ce nègre emmena vite l'enfant de ce (ils dénaturé , de peur , disait-il , que cet enfant n'apprît h imiter un jour son père.
Un nègre avait tué un blanc ; un homme , accusé de ce crime, allait subir la mort. Le vrai meurtrier va se dénoncer lui-même à la justice; il ne pouvait , disait-il f supporter le premier homicide , et encore moins l'idée du second,
Pour être libre, un esclave avait fui dans les bois. Il apprend que son maître est en jugement pour assassinat ; il accourt , se déclare le coupable, donne des preuves qui paraissaient concluantes , et subit la mort pour sauver le vrai criminel.
Ducolombier , propriétaire dans les colonies, avait affranchi l'un de ses nègres ; il perdit ensuite toute sa fortune. L'affranchi vint k son secours, vendit tout ee qu'il avait pour nourrir son ancien maître; cette ressource épuisée , il le nourrit de son travail journalier. La maladie vient frapper kla-fois l'un et l'autre; le nègre ne veut s'occuper de sa santé, que lorsque Ducolombier sera guéri. Ce bon Africain succombe de fatigue, en 1776 ; mais, en mourant , il dispose du peu qui lui restait encore , en faveur de Ducolombier.
Plusieurs nègres fugitifs avaient été condamnés à perdre la vie. On offre la grâce a Tun d'eux, h condition qu'il sera l'exécuteur. Il refuse; il aiofre
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mienat mourir. Le maître nomme un denses esclaves pour le remplacer : Attendez que je rne pr&~ pare. . . . . Il se retire dans la case, prend une bâche, s'abat le poing ? revient au maître f el lui dit; Exige maintenant que je sois le bourreau de mes camarades l
La charité compatissante des négresses et des mulâtresses est assez reconnue. Le célèbre voja+ geur Muogo-Parck en fournit dans sa personne tin trait bien touchant. A la suite d'un orage , il allait périr de besoin au milieu de l'Afrique ; une né-» grosse le recueillit; et pour le fêter , elle rassembla des femmes de sa famMle , qui passèrent une partie de la auiu a filer du coton , en improvisant des chansons. 11 fut te sujet d'une de qe& chansons qu'il a publiée dans le recueil de ses voyages y page 180. La voici: « Les vents mugisaaiesty et » la pluie toaftbûk ; le pauvre hotiMae* blond, acca** » blé de fatigue, vient s'asseoir sous notre arbre; » U n'a pas de mère pour lui apportée du lait; il » n'a pas de femme pour moudre son grain. * On chantait en choeur : « Plaignons , platgpons le pau* » vre homme blanc , il n'a pas de mère pour lui » apporter du tait ; il i> a pas de femme pour mon- » dreson grain. »
Sont-ce dpnc là desbarbares , dessuipides, des êtres si inférieurs, qu'on puisse les traiter comme des bêtes brutes ? Étaient- ils sans quelque* vertus , ces nègres que l'église catholique honore et fak honorer du nom de saints? Sont*ils des orang-ou-
tangs, ou des podgos , ceux qu'elle éftèfe au sacerdoce , et quelquefois a l'épiscopat ?
Noua invitons à Kre dans l'ouvrage de M. G. ,. la notice biographique du nègre Angelo Soliman > mort k Vienne, en 1796, oàia fille uniqae, feue M"' la baronne d'HeacktersIeben -, * tenu un rang distingue. Cette notice est remarquable par Pinstructsoâ très~étendue et les autres qualités rares de ce nègre , par la haute considération qu'il avait su obtenir et mériter.
Il ne manque rien aux preuves de Fauteur sur la grande aptitude des noirs aux arts manuels et aux professions soit industrielles, soit mercantiles, 4t h leur honorable succès dans tous ces genres.
Quant à ce qui regarde la formation et le perfectionnement des sociétés civiles, M. G. en a recueilli des exemples si nombreux , si caractérisés r ù bien attestés, qu'il ne sera plus permis de répéter que les nègres sont incapables de civilisation.
&ans doute la civilisation est dans l'enfance ou dans stf corruption ., par exemple , aiiroyaurçie de Juida , où les vaines cérémonies , les complitnefts d'étiquette, les formules mensongères, les génuflexions dégradantes sont prodigués et compliqués, ainsi qu'à la Chine ou au royaume de Candi 1 Sans doute elle est presque nulle dafis ces états où le prittee réunit tous les pouvoirs et juge toutes les causes ; dans ceux ou l'on ne parle au roitelet qu'à travers une sarbacane; où, quand il a dtné, bu
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proclame que les autres potentats peuvent dîner k leur tour.
Mais elle est assez régulière en beaucoup de région* de l'Afrique , où sont , avec un culte civil , des villes , des marchés , des écoles , des autorités constituées , des monarchies et des républiques , et même des monarchies où l'exercice du pouvoir est modéré tellement par les chefs des tribus, que ce sont eux qui décident delà paix ou de la guerre. On y voit même des états où la culture des arts et des sciences est en vigueur.
. Et pourquoi les noirs seraient-ils étrangers aux beaux arts, aux lettres et aux sciences? N'est-ce pas à leur race que nous devons une portion quelconque de ce précieux héritage?
Les Egyptiens, si justement célèbres par les arts et les sciences , les ont, en partie, du moins , transmis à la Grèce , d'où la communication s'en est faite au reste de l'Europe. Nous en sommes donc nous-mêmes redevables h cette race noire , que nous méprisons et opprimons , comme destinée, par l'auteur même de la nature, à une brutale stupidité,
MM* de Volney et Gregory, d'autres encore,
ont tiré nettement cette conclusion.
Elle est assez justifiée par ce fait que lès an-* ciens Egyptiens étaient nègres , autrement, qu'ils avaient la peau noire et les cheveux crépus. C'est Hérodote qui l'atteste , Hérodote dont la véracité est maintenant si bien constatée.
Aussi Blumenbach a remarqué ce qui distingue la race nègre dans des crânes de momie d'Egypte ; la Mumiographie du P. Paulin de Saint-Barthélémy1 nous fait voir les traits nègres dans des monumens nationaux de l'Egypte , et les Égyptiens provenant des Éthiopiens de l'Asie et dé ceux de l'Afrique , c'est-h-dire des nègres africains et des nègres de l'Inde. Enfin , les Coptes d'aujourd'hui , descendans des anciens Egyptiens , puisqu'ils en conservent la langue ', caractère d'origine le plus certain, ont encore le teint enfumé , le visage bouffi , les lèvres grosses , le nez écrasé1 , une vraie figute de mulâtre , comme dit M. de Volney.
Voilà ce qui devrait donner à penser aux aveugles contempteurs des noirs.
D'autres exemples de l'aptitude des noirs aux arts et aux sciences , également rassemblés par l'auteur, ne laissent rien à désirer.
Lui-même a vu , près de Londres, une école florissante de Vingt et un noirs; il a été témoin de leurs progrès , en tout semblables h ceux des enfans européens.
La même expérience a été faite avec le même
1 Mumiographia musei obiciani exarata, h P. Paulino h S, Bartholom. , etc. Patavii, 1791 , in-4°, 1 vol. de 65 pages.
* Voyez' Recherchée Critiques et Historiques sur la Langue et la, Littérature de t Egypte, par E. Quatremère. Paris, 1808, ra-8°; et la Notice de cet ouvrage , par M. de Sacy, dans le Magasin Sncjrclo-, fédique, par A.-L. Millin , 1808, vol. d>o£t.
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succès , à Paris , au collège de la Marche , sou6 les ye^x de l'auteur et de plusieurs autres membres de l'institut national .
; Çlle a été répétée avec les mêmes résultats dans la ville de Boston , par le consul de France Ginaud, sur une école de quatre cents noirs.
yVadstrom, écrivain anglais, et Tex- consul américain Skipwith, prétendent avoir remarqué che? les enfans noirs plus de dispositions pour les sciences , que chez les blancs .
Cependant les nègres ont produit des peintres et des musiciens, des poètes, des avocats, des professeurs, des prédicateurs , des médecins, des géographes, des astronomes, etc. M. G. donne ici des polices détaillées.
a Lorsqu'en 1 787 , dit-il , Toderini publia trois » volumes sur la littérature des Turcs, beaucoup » de personnes doutaient qu'ils eu eussent une , et » furent étonnées d'apprendre que Constan;inqple » a treize bibliothèques publiques. La surprise sçpa- )> telle moindre h l'annonce des ouvrages littçrai- » rcs composés par des nègres et par des mulâtres ?»
Les écrivains nègres sont plus nombreux que les mulâtres , et ont en général montré plus de ?£le contre la traite et l'esclavage.
L'an te y r cite six écrivains mulâtres et dix nègres, sans cou^ter La Cçuz Bagay* nègre Qa satig-mêlé , 011 ne sait lequel , auteur d'une bonne carte des lies Philippines, ^es. mulâtres çon{ : Çatstaing qui a montré des taJeos poux la poésie , se&
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pièces ornent divers recueils ; Milsccfil et Barbaud Royer; Boisrond, dont M. G. n'indique pas les ouvrages; Geoffroi Lislet , qui fut associé correspondant de l'académie des sciences de 'Paris , et qui ne l'est pas de l'institut ; enfin , Jules Raymond , qui fut associé de l'institut , et publia nombre d'écrits sur les troubles de Saint-Domingue et sur les droits des sang- mêlés.
Voici les dix écrivains nègres : M. G. indique leur ouvrages , et il en donne des extraits ou des morceaux intéressais ; il n'oublie pas non plus d'observer que le célèbre Lokman qui est , dit-on , l'Esope des Grecs , était un Ethiopien , un nègre, un esclave.
i* AmOy docteur de l'université de Wittembergen 1733, et conseiller du roi de Prusse, auteur de savantes dissertations sur des questions de philosophie et de droit ; versé dans l'astronomie , et qui parlait le latin, le grec, l'hébreu, le français, l'allemand, le hollandais.
20 L'astronome américain Bannaker, dont il est parlé ci-devant.
3° Othello } qui publia en 1788, à Raltimore , un Essai contre l'Esclavage des Nègres. Très • peu d'ouvrages, dit M. G., sont comparables h celui d'Othello, pour la force des raisonnemens et l'éloquence du style.
4° Cugoano. Il a publié, en anglais , vers la fin du siècle dernier , ses Réflexions sur la Traite et
(m* okuvre
l'Esclavage des Nègres, ouvrage dont nous avons une traduction française.
5° Capitein , fort instruit dans les langues , gradué, poète latin, théologien, prédicateur, missionnaire calviniste en Guinée. 11 eut la bassesse, pour complaire sans doute à des vendeurs et acheteurs d'hommes, de composer et de publier à Leyde, en 1742? une thèse latine où il soutint que l'esclavage ne répugne pas a la liberté évangélique , malgré ces beaux textes de Saint-Paul : Si vous pouvez être libres, soyez-le préférable-
ment Vous avez été radie tés , n allez pas vous
rendre esclaves. Cet ouvrage , riche de citations , mais très-pàuvre de logique , flattait Terreur et le vice; il a eu quatre éditions > Sjans compter une version hollandaise. On a encore un volume in-4* de sermonp en hollandais, publiés par Capitein.
6° WiUiams , professeur de langue latine et de mathématiques h la Jamaïque, connu par des pièces de poésie en langue latine; mort vers 1774»
70 Vassa, né dans le Bénin en 1754, auteur des Mémoires de sa Vie, eu anglais, ouvrage philosophique et moral, entremêlé de vers, réimprimé dans les deux mondes , et a la neuvième édition en 1794* Un fils de Vassa est h Londres sous-bibliothécaire du chevalier Banks , et secrétaire du comité de vaccine.
8° Sanchoy mort a Londres en 1780, a laissé, çn anglais , des lettres bien pensées , bien écrites,
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et dont il y a eu deux éditions, avec sa vie et son portrait.
9* Phillis Wheathley, négresse transportée à Boston. Elle publia, en 1772 , à l'âge de dix-neuf ans,, un recueil de poésies anglaises, réimprimé plusieurs fois en Amérique et en Angleterre. Son mari était nègre aussi , et avocat célèbre, connu sous le nom de docteur Peter.
A coup sûr, il serait bien aisé à notre auteur d'augmenter cette liste , et de nous enrichir en ce genre des notices les plus piquantes , si les communications étaient libres , surtout avec l'Amérique, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal; nous osons l'inviter à s'acquitter de cette noble tâche.
M. G., calomnié plus. d'une fois pour avoir fait le bien avec chaleur, selon son caractère, a prévu qu'il pourrait l'être encore pour ce nouvel écrit en faveur des noirs. Il en serait vengé sans doute par les suffrages des hommes éclairés et impartiaux; mais des pensées plus hautes animent son courage : il les exprime d'une manière touchante k la fin de la dédicace dont nous avons parlé. Ce morceau terminera notre analyse.
« Philantropes 1 personne n'est juste ni bon impunément : entre le vice et la vertu , la guerre commencée à la naissance des temps, ne finira qu'avec eux. Dévorés du besoin de nuire , les pervers sont toujours armés contre quiconque ose révéler leurs forfaits , et trouver mal qu'ils tourmentent l'espèce humaine. A leurs coupables tentatives
opposons, s'il se peut , un mnr d'airain r mais vengeons-nous d'eux par des bienfaits : hâtons-nous; la vie est si longue pour faire le mal, si courte pour opérer le bien! Cette terre se dérobe sous nos pas , nous allons quitter la scène du monde. La dépravation contemporaine charrie vers la postérité tous les elémens du crime et de l'esclavage : cependant, parmi ceux qui s'agiteront ici-bas, lorsque nous dormirons dans le tombeau, quelques hommes de bien , échappés h la contagion , seront suscités par la Providence ; léguons-leur la tâche honorable de défendre la liberté et le mal* heur. Du sein de l'éternité , nous applaudirons k leurs efforts, et sans doute, il les bénira, ce père commun qui , dans les hommes , quelle que soit leur couleur , reconnaît son ouvrage , et les aime comme ses enfans. »
L'auteur a trop négligemment employé le mot discrépance pour différence (de chevelure) , et le mot missionné comme participe d'un verbe missionner. Ces deux mots appartiennent, selon nous, à un mauvais néologisme ; ils doivent disparaître dans une nouvelle édition. S uni pulchro in cor* pore nœsri.
DE J.-D. 1.ANJUINAIS.
NOTICE