CONCERNANT CHRISTOPHE COLOMB
Oit répétera dans tous les âges ce que le roi d'Espagne Ferdinand , dit lé Catholique, fit graver sur te tombeau de Christophe Colomb , lorsqu'il perdit ce grand homme : Colomb a donné un nouveau Monde ' ; et nous suivrons peut-être , en Europe, l'exemple qui gagne en Amérique , de nommer Colombia le pays désigné maintenant pair le prénom de cet Americo Fespucci, qui lut salis doute un pilote habile, mais qui n'eut pas l'avantage de découvrir l'Amérique, ni giêtne l'honneur de commander un seul navire.
Si Colomb n'eût été qu'un aventurier, cherchant au hasard , découvrant par bonheur des terres inconnues , pour en faire la proie d'un maître et la sienne propre, il mériterait peu, sans doute, les
1 A Gastjlljl y a. Léon
Nievo mujido djo Colon.
L*. Italien» retranchent le* voyelles finale* , ou en atténuent la prononeiatkm. Fqnr écrire comme on parle , Colombo signa Colomb. On reUwftcbatt encore le b , par euphonie j ensuite* on prononçait m comme nu Ainsi, fauteur de Fépitaphc put mettre Colon, pour- rimer avec
beaux vers que le Tasse ' écrivit a sa louange dans la Jérusalem Délivrée ; il ne serait pas digne du rare honneur de tant de poèmes épiques , composés pour sa gloire , en tant de langues différentes s; et Ton peut présumer que les auteurs de la collection très-curieuse dont je vais rendre compte, eussent fait, sur un autre sujet, un plus honorable emploi de leurs talens et de leurs veilles.
Mais Colomb , au milieu des ténèbres du quinzième siècle y fut déjà savant dans l'astronomie et * 4 la navigation ; il observa dès-lors la déclinaison de
l'aiguille aimantée ; il inventa le Nouveau-Monde avant de le chercher ; la découverte.qu'il en fit est le plus grand événement des tems modernes. Il déploya dans son magnifique projet une profondeur d'esprit , une fermeté de caractère , une prudence i un courage , une activité admirables ; et ce qui vaut encore mieux que des avantages si brillans,
1 Gicrus. lib. CanU XV, st. 99 et seq.
* i° La Colombiade , eo vers latins, par Lorenzo Gambara.
a* Colombo* , carmen epicum , publié à Rome , en 171 5, par le jésuite Uberto Carrara , en douze livres.
3° 11 Mondo-Nuovo , poema di Th. Stigliani.
4° La Colombiade , par M"" du Boccage.
5° The Colombiad, par M. Joël Barlow, à Philadelphie, 1807. 11 y a an moins une autre édition postérieure.
6° L'Océanide , par M. Baggesen , poète danois. Je ne le connais que par ce qui en est cité dans la Notice de la Colombiade, de M. Barlow , imprimée dans le Magasin Encyclopédique de M. MilKn , mai 1809.
On cite encore le Madoc de Southey ; et delt Oceano di Aêessmndro Tassoniy dont il n'existe que le premier chant et un fragment du second. Ce serait un beau service rendu à la littérature qu'une édition portative du recueil de tous ces ouvrages , arec des traduction* françaises.
il eut des vertus et de la religion , au milieu de tous les scandales des pontifes et des rois , des grands et de la multitude. Sans doute, il faut bien que l'histoire impartiale en convienne ; il méconnut le droit des nations , comme ont fait les héros du vulgaire. Comme eux il ambitionna pour lui , pour les siens , les richesses , l'autorité , les honneurs et cette renommée qui n'est gloire qu'autant qu'elle célèbre la justice et la vérité. Mais sa probité privée ne fut pas douteuse;, mais, comme homme public, il montra de l'humanité, de la modération, de l'indulgence et de la générosité; on ne lui reprocha ni perfidie, ni basse flatterie, ni cruauté, ni rapine.
On s'est demandé quel lieu de l'Italie eut l'honneur de voir naître cet homme extraordinaire. L'erreur commune , appuyée sur une ancienne tradition équivoque , sur le consentement de la plupart des historiens , sur les titres que la critique n'avait point assez examinés , nous présentait Colomb comme natif de la ville de Gènes , et sorti d'une famille génoise :
fulgata per orbern
Fabula pro verd decepit sœcula ïausA.
C'est ainsi que s'expriment MM. Napione et Priocca, deux Piémontais, deux hommes de lettres, deux anciens administrateurs distingués ; ils paraissent prouver i° jusqu'au dernier degré d'évidence, que le père et les aïeux , et la plupart des proches
Co8 oegvaes
paréos de Colomb , naquirent à Cuccaro , dans te Monlf errât r annexe da Piémont; ils réfutent avec avantage la .tradition vacillante qui indique la naissance de Colomb, tantôt a Gènes, tantôt a Savone, ou k Cogoreo, ou ë Nervi > ou dans quelque autre lieu obscur du pays gémoîs; tantôt enfin à Pradello, dans l'ancien duché de Plaisance; 3° s'ils ne démontrent pas , du moins ils rendent extrêmement probable , qu'il naquit k Cuccaro , a» sein de sa famille.
M. Galeani Napione, qui fut intendant des finances da Piémont , pour le roi de Sardaigne , littérateurconnu, même hors de l'Italie, par plusieurs ouvrages de goût et d'érudition1, étant devenu possesseur de papiers authentiques, concernant un procès célèbre , jugé en Espagne, vers la fin da seizième siècle , entre les prétendans ao majorât institué par Christophe Colomb, trouva dans ces pièces des preuves irréfragables de la vraie patrie de ce grand homme dans leMontferrat; il les rassembla dans une' dissertation insérée parmi les Mémoires de l'Académie de Turin, volume de r8o5.
Ensuite, un ami de M. Napione, M. de Priocca, ex-ministre des affaires étrangères sous les deux derniers rois de Sardaigne , s'occupa du même
point d'histoire , dans une correspondance épistfo-
1 Deux traduction* en italien., l'une des TuscuUnes de Ciceron, «t l'autre de la Vie d Agricole. t toutes deux imprimées à Pise plosieurs fois ; et un savant livre intitule' : Delt uso e de pregi délia lingua italiana 9 hv8p, * toI.
laire avec cet auteur ; et c'est lui qui a publié, dans le volume que nous examinons ici, une nouvelle édition de cette Dissertation , avec une docte préface, des notes, des additions importantes de M. Napione; enfin, avec une lettre du même, concernant l'auteur de VImitation. Voilà ce qui compose un recueil en italien qui a pour titre : Délia Patriay etc. y De la Patrie de Christophe Colomb, dissertation publiée dans les Mémoires de F Académie Impériale des Sciences de Turin, nouvelle édition, avec diverses additions et une dissertation épistolaire sur l'auteur de VImitation de Jésus- Christ, à Florence, 1808, in-8°, 4^4 P8?68» avec
* un portrait de Christophe Colomb , d'après un ancien tableau existant, en 1808, chez M. Fidèle- Guillaume Colombo de Cuccaro.
La Dissertation est divisée par clmpitres , au nombre de treize.
L'auteur commence par l'éloge de Colomb; il expose F état de la querelle littéraire qui s'est élevée sur la patrie de cet illustre navigateur, l'origine et le résultat des papiers sur lesquels il fonde les
- deux assertions indiquées ci-dessus, p. 607.
Il traite ensuite des motifs qui doivent attirer l'attention sur son sujet , et de l'ancienne incertitude qui l'a si long-tems obscurci ; il combat les prétentions des Génois; il explique bien comment la folle vanité qui méprisait, en Espagne, les professions laborieuses et mercantiles, induisit Colomb,
sorti d'ancienne race de privilégiés, mais d'un père . iv. 39
6io ORUVRES
fabricant de draps, à faire un mystère du lieu de sa naissance et du dernier état de sa famille. 11 examiné ce qu'en a dit, dansl1 Histoire de Colomb, Ferdinand, son fils naturel , et prouve clairement que Christophe Colomb avait reçu une éducation lettrée.
De là il passe aux témoignages historiques sur la naissance de Colomb dans la famille et dans le fief des Colombo de Cuccaro.
Les auteurs qui rendent ces témoignages sont premièrement le jurisconsulte Sordi dans sa Consultation sur le majorât espagnol , accompagnée de l'arbre généalogique vérifié , reconnu au procès , le tout imprimé à Venise en i58g, et à Franfort en 1616; ensuite, le religieux Augustin Fulgence Alghisi, dans une Histoire manuscrite du Montferrat, où il cite les pièces du prpcès qui sont par* venues à MJSapione; un évéque de Saluées, François-Antoine délia Chiesa , dans une Chronologie imprimée à Turin , 1 645 , et dans sa Corona reale diSavoia; Antoine de Herrera Tordesillas, dans son Histoire Générale en espagnol , in-fol . , Madrid , 1 60 1 ; Alfonse Lopez ; Malabaila , dans le Compendio Historiale délia Cita dAsti, fioma , i638; Donesmundi surtout, dans son Historia Ecclesiastica di Mantova, Mantova , 1 6 1 6 ; enfin l'abbé Denina, dans ses Révolutions d Italie. . Arrêtons-nous aux chapitres les plus importans, aux huitième, neuvième et dixième, où M. Napione rend compte du procès sur la succession au majorât de Christophe Colomb.
Notre habile administrateur ne dissimule point que les ma jorats sont ennemis de la prospérité commune ; il nous atteste que , loin de servir à perpétuer les familles , ils contribuent à les éteindre plus promptement , et il appuie cette doctrine trop méconnue par l'exemple même des descendans mâles du grand Christophe Colomb, qui, avec le majorât le plus magnifique et une alliance, royale , dégéné • rèrent bientôt dans une fainéantise orgueilleuse , et s'éteignirent dès Tan 1578, tandis que leurs modestes collatéraux , les Colombo de Cuccaro , sans majorât , subsistent nombreux et dans un état honorable depuis six cents ans. Mais, sans le majorât espagnol du grand Christophe Colomb, il n'y eût point eu , pour savoir qui devait le recueillir , un grand procès, fruit ordinaire des tristes privilèges de ce genre , et , dans ce procès , n'eussent pas. été éclaircis, justifiés par titres, par témoins, par confession en jugement, les faits concernant la famille et la patrie de. Colomb. L'auteur en conclut qu'il n'y a chose si mauvaise qui n'amène avec soi quelque bien : Tanto e vero non esservi cosa si cattiva, che nonporti seco alcun bene.
A la cour de Ferdinand et d'Isabelle , on traitait de folie le projet de Christophe Colomb. Le roi même sembla partager long-tems le mépris qu'on en faisait. Colomb se montra toujours fermement assuré de découvrir, de conquérir un nouveau monde, mais jamais inquiet sur les droits des peuples qui en seraient trouvés possesseurs. Il fut en-
6is OEUVRES
chanté par les idées de gloire attachées k la plus brillante découverte, et la passion d'obtenir, dans son Monde, pour lui et pour ses héritiers, une vaste part de puissance et de richesses, tourmenta son ame. 11 osa vouloir assurer cette part par un acte positif entre le gouvernement et lui. On vit alors le plus singulier contrat qui se puisse imaginer.: d'une part, un individu qui promettait k son roi adoptif de lui donner un monde ; et, de l'autre, un roi qui promettait k cet étranger des vaisseaux pour en faire la recherche, et, en récompense , de le faire amiral héréditaire de l'Océan, vice-roi et gouverneur héréditaire des lies et du continent k découvrir, et de lui attribuer le dixième des revenus de ces pays en toute propriété, comme inventeur, avec le tiers comme amiral ; c'est-k-dire treize parts sur trente ; treize parts susceptibles d'accroissement indéfini. Par diplôme royal, la découverte et l'acquisition de l'Amérique furent le sujet d'un acte de prêt à la grosse aventure ; et voyez ce qu'est aujourd'hui l'Amérique.
Colomb avait tout prévu , hormis peut-être le partage du lion et le néant des hérédités , des majorais et des empires de la terre. 11 comptait beaucoup sur la loyauté espagnole, et ne fut pas trompé tout k-fait dans son espoir. Lorsqu'il eut accompli sa promesse aventureuse, on lui tint parole quelque f tems , k lui et k sa postérité.
Ses succès, lui suscitèrent des envieux. On peut croire aussi que , dans des entreprises comme les
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siennes 9 certains actes hors des règles communes lui avaient paru aussi nécessaires et légitimes, qu'ils semblèrent à d'autres peu excusables.
Le juste, le pieux Barthélemi de Las Casas, fut un de ses adversaires. Colomb fut dénonce, arrêté, déporté, puis emprisonné en Espagne, et ce ne fut pas sans peine qu'il triompha de ses accusa* teurs.
Il avait obtenu du roi des lettres qui devaient lui garantir la jouissance héréditaire des revenus et des privilèges stipulés avant ses découvertes.
Des copies de ses diplômes existent encore dans les archives de l'ancienne république de Gênes, où Louis Oderico les déposa en 1670, où notre savant et illustre M. de Sacy les a vues en i8o5.
Mais bientôt il se vit pressé d'échanger et de faire liquider ses droits pour une indemnité. Colomb osa s'y refuser ; et le roi Ferdinand n'ordonna point, malgré Colomb, cette liquidation contrariante, qui, à de certains égards, n'eût pas été sans excuse.
Christophe Colomb , devenu , après les rois , le plus riche possesseur du monde , et détenteur héréditaire , en titre , au moins , d'une partie considérable de la puissance publique espaguole, ne puise défendre de l'esprit ordinaire des privilégiés, et suivant l'allure commune, il ne vit rien de mieux h faire que de mettre en majorât ou fidéi commis affecté à l'aîné des mâles de son nom et de sa famille, non-seulement ses grands titres et ses grandes,
fonctions, mais aussi son immense fortune, li en obtint la permission en *497> et institua ce majorât par un testament de 1 5oa et par un codicille de 1 5o5, année de son décès .
Son fils , très-proche allié a la maison de Portugal , son petit-fils et son arrière-petit fils possédèrent , sans gloire personnelle , ce majorât ou ce qui le représentait.
Nous disons ce qui le représentait; car il est plus aisé de stipuler, de mériter , si Ton veut , et d'obtenir des privilèges pareils a ceux de Christophe Colomb, que de les conserver. Les rois, comme les peuples , ne se regardent pas comme liés irrévocablement par certaines concessions. Il fallut aux enfans de Christophe plaider contre Charles V, fort préconisé en style de rhétoricien , pour avoir bien voulu permettre qu'on plaidât. Ils durent se trouver heureux de consommer l'échange rejeté par leur père , et d'obtenir en indemnité la concession en fief de l'île de la Jamaïque, jet vingt-quatre lieues carrées dans le continent américain, avec une rente annuelle de dix mille doubles pièces d'or. C'était encore une majorât d'une richesse uniquç. L'alliance avec la maison de Portugal dut être d'un grand poids dans le règlement et la r'emiseï d'une indemnité si exorbitante.
Les choses étaient dans cet état, lorsqu'en 1578, mourut sans enfans don Diègue, arrière-petit-fils du grand Colomb. Il avait pour plus proche parent mâle Alvaro de Portugal , fils d'une petite-fille de
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notre immortel navigateur. Mais un Baldassare Colombo de Cuccaro, comme héritier du nom, lui disputa long-tems le majorât, prouvant, par titres et par enquêtes, que Christophe Colomb et lui descendaient des Colombo de Cuccaro, et que Do~ minico, père de Christophe, sorti de la famille privilégiée et. pauvre de Cuccaro , était propriétaire, k ce titre, pour un dix-huitième, du fief de ce nom, lequel vaudrait peut-être jusqu'à 3,ooo fr. de rente.
Il y avait encore , pour le majorât, une foule de prétendans. Le procès dura vingt années, soutenu à grands irai* de toutes parts , avec une ardeur , une subtilité, un éclat, une constance, une profusion d'écritures et d'imprimés proportionnés à la grandeur de l'intérêt, aux richesses et au rang très-élevé de quelques-uns des contendans. Tous reconnurent pour père de Christophe Colomb, Dominico Colombo de Cuccaro , et cette descendance fut déclarée véritable par le tribunal, qui néanmoins adjugea le majorât k Nugnez , fils d'Alvaro de Portugal , comme descendant de l'instituant. Sur tous ces points, M. Napione et son éditeur sont entrés dans de grands détails qu'il faut lire dans l'ouvrage même.
Les chapitres onzième et douzième traitent de l'histoire de Colomb par Ferdinand son fils * , et
1 On n'a de cette histoire qu'une version italienne. L'original espagnol, envoyé en Italie , a disparu. C'est une perte pour l'histoire. La fidélité de la version est soupçonnée.
■ Il
(XUVRES
ïi conformité de cette histoire avec la constatée au procès. Ferdinand ignore lieu ateris de la naissance de son père; mais il «util était (Tune famille noble. Le treizième discute les titres contraires, cités ou prodes auteurs génois ; on y voit, ou que ces supposés, ou qu'ils se concilient aisément m o*ue même généalogie.
La première partie de ce volume finit par deux ifui assurent h Colomb la découverte du i-Moude, qu'Américo Vespuce n'a point ~*Mt*aàiquée lui-même; mais qu'une erreur anntii"* « **> quelquefois une fausse critique , lui ont :«urtbttte, sans qu'il paraisse avoir , par aucun ariiktf« accrédité cette méprise. Voilà encore des :*£& nouveaux très-bien développés ici par M. Na-
Phruii une suite nombreuse de lettres et d'addi- :wu*« concernant la patrie de Colomb , et qui for- **ut « avec les divers monumens corrélatifs , la secvoJk partie du volume , nous remarquons et nous stvvou» devoir analyser la cinquième addition, où >* irvuveut rassemblées les grandes probabilités, au *N*ti*ii de la naissance de Colomb à Cuccaro même.
v ' JHui père était co-seigneur du petit fief de lr>fc(V*ft>« berceau de sa famille.
t' tfeux auteurs anciens, Àlgbisi et Donest*ai*&v disent positivement que Christophe Colitoik wMftut à Cuccaro, tandis que les textes cités pttui; V^ues portent seulement qu'il était Ligurien,
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expression équivoque, mais juste, puisqu'au quinzième siècle les marquis de Montferrat étaient souverains delà Ligurie, puisque Montferrat avait été originairement une dépendance de la Ligurie , et s'y trouvait encore uni k l'époque de la naissance de Colomb.
3° Un acte de 1 443 » produit dans le célèbre procès du majorât , prouve qu'en cette année même , six ans après la naissance de Colomb, Dominico son père résidait k Cuccaro.
4° Enfin , cinq témoins entendus dans l'enquête de fialdassare Colombo , supposent ou déclarent la naissance de Christophe k Cuccaro , disant qu'il avait, tu i Christophe * quitté ce lieu , étant en basâge, piccolo. On trouve dans les autres additions, et en général dans tout cet ouvrage , des recherches historiques et littéraires , neuves et curieuses. Elles seraient d'un grand secours k celui qui voudrait écrire la vie de Christophe Colomb ; beau sujet, bien digne d'une plume savante, d'un critique habile et d'un auteur versé dans la vraie philosophie , dans celle qui respecte la vérité , qui fait du bien aux hommes , et tâche de concourir k les rendre meilleurs.
Qu'il nous soit permis de dire un mot de la Dissertation de M. Napione sur l'auteur de l'Imitation , de ce livre du treizième siècle , et dont Leibnitz a écrit dans sa lettre 77* : Heureux qui, non content d'admirer cet ouvrage , en pratique les maximes! On sait que les plus doctes antiquaires
se sont deux fois assemblés a Paris , pour en examiner les plus anciens manuscrits et en découvrir l'auteur, et* qu'ils l'attribuèrent, comme Bellarmin, a Jean Gersen, religieux bénédictin, abbé de Saint-Etienne, de Yerceil, dans le Piémont. Tel fut l'avis de Mabillon , de Ducange , etc.
Il a été soutenu postérieurement , dpns une Dissertation italienne de Valsecchi', moine du Mont- Cassin, imprimée à Florence, 17^4 ; dans une Dissertation latine de Mœrz , autre religieux bénédictin , publiée en 1760 ; enfin , dans une Dissertation française, par Valart, k Paris, 1764, in- 12.
M. Napione apporte ici de nouvelles preuves à l'appni de ce même sentiment , et nous instruit , nous intéresse , en rappelant avec une satisfaction qui fait honneur à son amour pour sa patrie , que le Piémont à donné naissance au pieux Gersen , à Christophe Colomb , an savant Guasco , ami de Montesquieu , aux deux frères Cerutti , au fier et injuste et sublime Alfieri, au célèbre orientaliste le docteur G. B. de Rossi , au sénateur de la Grange, qui fut de son tems comme le roi des mathématiques transcendantes, enfin, au Didot italien, l'imprimeur Bodoni; au musicien Yalotti, etc., etc.
Dans le tems où cette Notice parut chez Marar dan , M. Napione publia un supplément à son livre Délia Patria, etc., sous ce titre : Del primo Scopritore del continente del Nuovo-Mundo, etc.
Firenze, presso Molini , 1809 , in- 8°, 1 15 pages ; on y trouve des , recherches et des observations très-curieuses à l'honneur de Christophe Colomb ; les prétentions d'Améric Vespuce à la découverte du Nouveau -Monde, et sur le nom d'Amérique y sont habilement discutées et appréciées
Dans le même terris parut a Rome un savant ouvrage intitulé: Dissertazioni , etc., Disserta» tions ou Notices historiques et géographiques sur Christophe Colomb (de Cuccaro dans le Montferrat) , découvreur du Nouveau -Monde, et sur Jean Gersen de Cavaglia, abbé de Saint* Etienne de Verceil , auteur de V Imitation de Jésus-Christ, en forme de Lettres, adressées à M. Napione par François Cancellieri ; un vol. in -8°. Rome, 1809, 4i5 pages.
Ces deux Dissertations sont imprimées en grand format et petit caractère, avec des notes, des tables synoptiques et alphabétiques très- complètes. On y trouve deux portraits élégamment gravés , celui de Colomb et celui de Gersen. On y traite les mêmes sujets que dans le livre de M. Napione, Délia Patria, etc. Seulement l'abbé Cancellieri les a considérés sous des rapports plus étendus , et iJ est remarquable par un plus grand luxe d'érudition.
Il adopte partout et fortifie quelquefois les assertions de M. Napione; souvent il les développe, et s'il n'a pu que glaner sur des terrains cultivés aussi habilement par son devancier, il faut con-
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Mais iioascnotsroiis» pour ks annoncer parucnwremen t • quelques points ks pins lumaoi- Mes. A propos dn père de Colomb, citoyen pri- T3éçîé, qui fabriquait et Tendait des étoffes de laine 7 Fauteur insiste judicieusement sur la haute considération due au travail, au commerce, k l'industrie; 0 (ait bien voir que les Italiens qui ,
DE J.-D. L4NJUINAIS. 6*1
je dois l'avouer , nous ont devancés presque en toutes choses, rejetèrent les premiers en Europe, ces préjugés barbares et funestes, qui régnèrent trop long-tcms a cet égard.
11 indique ce qu'on a écrit sur les communications de l'ancien continent avec l'autre hémisphère, antérieures h Christophe Colomb. Quelques-unes semblent assez prouvées ; mais comme elles demeurèrent généralement inconnues, elles ne peuvent en rien diminuer la gloire de Colomb, célébrée à l'envi par les poètes.
On trouvera ici des recherches fort étendues, mais encore un peu incomplètes sur les poèmes épiques composés en l'honneur de ce héros. M. Cancellieri voudrait qu'on réimprimât tous ces poèmes et qu'on en Ht un recueil particulier. Il conviendrait d'y joindre ce que nous avons dans les diverses langues de l'Europe, de plus beaux morceaux détachés en vers ou en prose, sur la découverte du Nouveau-Monde. Cette belle entreprise littéraire ne saurait manquer de réussir. Pour s'en bien acquitter , on ne trouvera nulle part plus de secours que dans la première dissertation de ce volume.
Jamais, observe notre auteur, on n'a consacré à Colomb ni statue , ni buste, ni médailles; a combien d'autres cependant on les a prodigués, qui les méritaient moins, ou qui même n'étaient dignes que d'oubli !
C'est surtout aux bienfaiteurs de l'humanité que
6aa OEUVRES
ces honneurs appartiennent; sous ce point de vue nous aimons à rappeler , avec M. Cancellierî , qu'au quinzième siècle le Flamand Kuckeld de Bierwlied obtint une statue pour avoir trouvé la bonne méthode d'encaquer les harengs. Le même honneur ne sera-t-il pas décerné un jour en quelque coin du globe, au découvreur du Nouveau- Monde? Il est vrai qu'en Amérique le vœu a été formé pour qu'on lui élève une statue et une à Barthélémy de Las Casas. Mais ce vœu, si digne d'assentiment et d'exécution , est demeuré sans effet. C'est à notre Europe de montrer l'exemple, puisqu'elle possède les artistes les plus capables d'acquitter dignement envers ces personnages illustres la dette de la famille humaine.
Il serait aisé de modeler la statue de Colomb , aujourd'hui que nous avons dans Tes livres de MM. Napione et Cancellieri son buste gravé d'après un tableau de famille que possède encore un des collatéraux de ce grand homme.
Colomb fut à peine de retour de son glorieux voyage de 1492 , qu'il s'éleva entre les cours d'Espagne et de Portugal un grave différend sur le partage du Nouveau-Monde. Le pape fut choisi pour juge, scelto perjudice , dit notre auteuï» ; et cependant , au lieu de prononcer comme arbitre , il affecta de décider de son autorité propre , comme s'il eût été le maître de notre globe terrestre. C'est ce qu'on peut voir dans la bulle du 4 mai !49^ ? qui , en établissant la ligne de démarcation , si fe-
DE J.-Dt LANJUINAIS. GiS
meusc dans l'Histoire moderne, proclama aussi que Colomb avait découvert de nouvelles îles et même» un* nouveau continent, certas insulas et terras firmas ; mais ces mots terras firmas étaient de fait inexacts en i493.
L'auteur a judicieusement inséré dans son livre le texte de cette bulle usurpatrice.
Parmi les autres textes peu communs qu'il a cru devoir offrir à ses lecteurs , et qu'il accom pagne toujours de notes savantes , on ne peut lire qu'avec intérêt et profit un singulier mémoire de Tévêque de Saint-Domingue, Alexandre Géraldini , le même qui avait aidé Colomb à triompher de l'opposition qu'il éprouva si long-tems à la cour d'Espagne.
Enfin, l'auteur a balancé doctement les avantagés et les inconvéniens de la découverte du Nouveau-Monde; il laisse peu à désirer sur les renseignemens bibliographiques concernant ces deux objets. Disons, pour nous résumer, qtie ce dernier ouvrage de M. Cancellieri est un nouveau service par lui rendu à la littérature ; que c'est un livre utile à ceux qui se piquent d'érudition , et qu'il mérite une place honorable dans toutes les grandes bibliothèques.
Le 4 octobre 1 809 , il a paru dans le Moniteur, n° 227, une réclamation anonyme assez vive contre ma notice du premier ouvrage de M. Napione , qui fait descendre Colomb le plus probablement,
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