‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 94 sur 101 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BAftTOWPADE SriTART LE DftOIT EOHAIF,

Après le droit hébraïque, persan, grec, indou et chinois, c'est le droit romain qu'il faut consulter, si Ton veut apprendre sur le régime du bâton des particularités morales et philosophiques bien intéressantes.

Voici d'abord un trait que nous fournit saint Isidore de Se ville dans ses Origines, 1. v : * Tar* quin4eSuperbe inventa (ou plutôt il renouvela), dit ce pieux évêqué , la bastonnade et les autres supplices y et il rr\érita F exil. »

Un texte de Cicéroq, conservé par saint Augustin , nous apprend que les décemvirs , qui rédigèrent la loi des douze tables , y avaient appliqué au délit d'injures par écrit public la peine d'être bétonné jusqu'à la mort. Des tyrans seuls. ont pu faire une pareille loi.

Dans la suite , la loi Porcia exempta de toute peine corporelle les citoyens romains qui préféraient s'exiler. Mais les proscriptions et le gouvernement impérial , en détruisant les libertés politioues , rétablirent les anciens supplices et le régime

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du bâton , même pour les citoyens. Cependant oh dispensa prudemment de la bastonnade les honnêtes gens (honestiores) ; on n'y assujétit que les petites gens, cives tenuiores. Leur réputation engouffrait un peu , nous dit une loi des Pandectes y mais ces mêmes Pandectes affirment que ce châtiment scrvile n'emporte point d'infamie. Justinien, dans une de ses Novelles > osa soumettre des ecclésiastiques h la bastonnade. Afin de mieux séparer , par des privilèges , les hommes libres d'avec les esclaves , il fut établi que , pour le même délit , ceux-ci seraient fouettés, c'est-à-dire frappés à nu avec des baguettes , des courroies , des nerfs de bœuf, etc.* mais qu'il ne serait infligé à nu aux hommes libres que des volées de coups de bâton.

Cependant il paraît que , suivant l'usage , cette distinction gracieuse et délicate ne s'observait pas toujours j ou bien que la bastonnade était quelque** fois aussi cruelle que réellement avilissante , ou enfin que le cercle des petites gens était bien élargi. On en jugera par le fait suivant que nous a conservé Suidas au mot Hiéroclès : « Le philosophe Hiéro- » clés d'Alexandrie était un esprit supérieur et un » orateur admirable ; par l'abondance et le choix » de ses expressions et de ses pensées , il ravissait » tous ses auditeurs. Sa fermeté, sa grandeur d'ame » relevaient encore l'éclat de son talent , et il le » fit voir dans une circonstance remarquable que » voici : Etant allé h Byzance, où il s'approcha des » hommes du pouvoir, il fut pour quelque motif,

» ou sous quelque prétexte , traîné devant le tribu* » nal, et battu, flagellé devant le juge par six exé- » cuteurs. Indigne de ce traitement barbare, il » recueillit dans sa main le sang qui découlait de » ses plaies, et le jetant au visage du juge, il lui » dit, comme Ulysse à Polyphème (qui venait de » dévorer deux compagnons du héros) : Tiens > » Cjrclope, bois de ce vin, après que tu as mangé » de la chair humaine. » (Odyssée, livre ix , verset 347.)

Les guerriers romains, et sans doute aussi les équipages des flottes romaines , étaient soumis h la bastonnade , fustuarium suppUcium. Polybe nous atteste que les condamnés souvent expiraient sous les coups ; Tacite ' et d'autres écrivains montrent, par plusieurs traits d'histoire, que ce genre de supplice fut, dans les armées des empereurs, un principe de sédition et de perte de discipline qui favorisa les invasions des barbares. Finissons ce qui regarde les Romains; chez eux, le nombre, des coups n'était point déterminé pour le citoyen ni pour le guerrier : tous étaient flagellés à la discrétion de l'ordonnateur. Enfin, l'usage était que tout homme esclave ou traité comme esclave tilt condamné pour de légers délits à être flagellé. C'est ce qui explique certains détails les plus odieux de l'histoire de la Passion daus les Evangiles, et divers fragmens des Actes des martyrs. Voici la formule

1 Tacili -innalex , lib. I , § 17 , 18 , a3 , 3i et 3a.

que prononçait d'ordinaire le magistrat en pareil cas : « Licteur, fais sortir, mets k nu, flagelle , châtie. » Summove, lictor, despolia, verbera, animadverte.

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